LETTRE DE GUILLAUME CHARTIER A JEAN BOURRE
Monsieur du Plessis, je me recommande bien aifectueusement à vous. Je cognoys que j'ay aucunement diû'éré à pourveoir à voslre nepveu d'une prébende de Paris. Mais du temps que n'estoit gradué , ne le devoye honnestement faire. Et depuys ay esté contraint d'appaisier les contencions de la prébende que on disoit estre lectorale et appaisier ceulx qui contendoient d'icelle. Vous poves savoir par voz amys de par deçà ce que leur ay dit et fait touchant le fait de vostre dit nepveu, lequel je ay eu tousjours , pour l'onneur de vous, en bonne et singulière recommandacion , et l'ay aussi ordonné es sainctes ordres et fait et en ma maison et ailleurs toutes bonnes exortacions à estude et à toutes bonnes
RECHERCHES SUR GUILLAUME , ALAIN KT .U'A\ CHAIITIEK. /l3
meurs, ainsy que eusse voulu faire à mes propres nepveux , ausquelz et à tous aultres, depuys qu'il a esté gradué et que j'ay eu appaisé les questions dessusdictes , je l'ay voulu et vueil préférer. Depuys longtemps, et mesmement durant la maladie de feu maistre Jehan Aguenin , qui a esté longuement malade , ne ay eu aucunes lettres du Roy ne de vous , si non lettre du Roy en faveur d'aultres , à quoy ay tousjours respondu que mon entencion estoit de préférer vostre dit nepveu , et que ainsi l'avoye tousjours respondu au Roy et à ses lettres. Et me estoye disposé à aler visiter mon dyocèse , pendant laquelle visitacion avoye disposé de envoyer à monseigneur d'Avrenches ung vicariat pour le fait et seurté de la provision de vostre dit nepveu. Mais pour les lettres du Roy touchant aucunes processions , devocions, prières et sonneries que a ordonné estre faictes , je suys restourné en ceste ville et en icelle ay trouvé ledit Aguenin in articulo mortis. Et non obstant requestes et inlimacions que prétend ung quidam de bulles du pape et placet du Roy, ainsy que vous pourront escripre voz amys, je ay fait pour vostre dit nepveu , pour l'onneur de vous, autant et plus que n'eusse voulu faire pour mon propre frère. Or vous prie que vous pourveoiez tellement que n'aye dangier de censures , qui seroit bien grand pour moy , et escande , ainsy que plus à plain , comme je croy^ voz amys et gens de par deçà vous escripront , et tousjours me avoir en vostre bonne amour et bienvueillance, laquelle je désire et ay tousjours désiré autant que de homme de ce Royaulme , considérés les grans services que avés fais et faictes chascun jour au Roy nostre sire. Vous scaurez plus amplement , tant par maistre Jaques Maugy , lequel a conduit très honnorablement le fait de vostre dit nepveu en l'estude par deçà et en doctrine et en meurs , et lequel ces jours, à vostre très grant honneur et louange , a receu le degré de maistre en théologie en ceste université de Paris , lequel espoire d'estre de brief par devers vous , tant aussy par voz aultres amys de par deçà, ce qui est fait et qui est à faire tant pour mon honneur et le vostre que pour fait et seurté de vostre dit nepveu. Et en ce et toultes aultres choses , je suis prest de vous complaire et à voz amys. Le Saint Esperit soit garde de vous. Escript à Paris ce derrenier jour d'avril.
( Autographe ) Le bien vostre , G. evesque de Paris.
Au dos : A mon très ciiier et especial amy Monsieur du Plessys, conseiller du Roy nostre seigneur.
( Origuwl , Gaignières .372, fol. 2.3. )
llk LES CHVRTIliR.
EXTRAIT DU JOURNAL DU PRIEUR MAUPOINT, RELATIF AUX TROUBLES DU BIEN PUBLIC (1).
Le vendredi ensuivant qui fut le xxiu' jour dudit mois d'aoust, révérend père en Dieu Monsieur messire Guillaume Chartier , evesque de Paris , docteur en décrets et en lois, environ six heures devant raidi, célébra en l'es^lise de céans une messe du Saint-Esprit à notte et en pontificaulx , en grand dévotion et révérence, et à laquelle messe plusieurs notables hommes et grands seigne.urs se comparurent, especialement iceulx députez desdits Estais, pour aller à Beaulté prez du bois de Vinciennes par devers lesdits duc de Berri et duc de Bretaigne et aultres ducs et comtes leurs aliez pour leur rendre responce par bouche au contenu des lettres Et desquelz députez les noms surnoms et tiltres s'ensuivent : 1° mondit sieur de Paris, etc., etc.
■j.^ Le samedi ensuivant, qui fut la teste monsieur S' Barthelemi apostre..., mon dit sieur de Paris et lesdicts sieurs cy dessus nommez députez, avec eux une quantité de notables hommes.... furent assemblez. Il s'assemblèrent environ huit heures devant midi en l'hostel de la ville de Paris afin de faire leur rapport et relation de tout ce que ils avoient oui dudit comte de Dunois pour mondit sieur le duc de Berri et les aultres ducs et comtes et leurs aliez : et en effect lesdicts députez, par la bouche de maistre Jean Choard rapportèrent que ledit comte de Dunois proposant pour tous les aultres seigneurs de son parti et en complaignant recita les griefs cy dessus escripts et feist les demandes cy devant dictes , et pour fortifier ses complaintes et demandes disoit que luy, et plusieurs autres seigneurs là presens estoient ceux par le mojcn et aide desquelx le feu Roy , père du Roy , avoit conquis et recouvert son royaulme sur les Anglois et que en cette faveur on leur devoit adjuger leurs demandes, especialement on leur devoit faire ouverture de la ville de Paris ou au moins le Roy les debvoit soubdoier et pansioner, comme le feu Roy les soubdoioit et pansionoit et les entretenoit en leurs pansions et si les gardoit et les raainteuoit en toutes lem's prééminences, prérogatives, honneurs, libertez et franchises et les appelloit en ses conseils, en especial quant il luy survenoit aulcune matière diflicile et usoit de leur conseil, ce que le Roy ne faisoit pas, comme disoit ledit comte de Dunois pour mondit sieur duc de Berri et pour ses aliez et pour ce requeroient à toute instance que les trois estas du royaulme fussent convoquez et assemblez ou à Paris ou à Orléans ou à Tours et oultre requeroient que passage pour eux et pour toute leur armée leur fut baliée parmi la ville de Paris.
(I) Il s'élend de 1437 ii M,12.
«ECHliRCHES SUR (illILI, MIMii , /VI.AIi\ Eï JEAN CHARTIEU. 45
Laquelle relation ainsi faicte par ledit inaistre Jean Ghoard et confessée vraye par les aultres cy dessus nommez députez, raaistre Henri de Livres, licentié en droict et en lois, natif de Paris, maistre des requcstes du palais et prevost des marchands à Paris, lequel presidoit en ladicte assemblée, deist que de ce qui estoit relaté il soulfisoit assez pour celle matinée et qu'il feroit diligence de assembler des gens desdits clergé, de Parlement, de l'Université, et des bourgeois ceditjour après disner, sans aultre conclusion dire ne prendre, dont plusieurs furent mal contens, pour ce que les aulcuns des assistans lors en ladicte assemblée volaient que ledict prevost des marchands conclut que on feist ouverture de la ville de Paris auxdicts Bretons et Bourguignons.
Cedit jour de samedi après disner, par le commandement et par la diligence que feist ledit prevost des marchands, les dessusdicts députez et gens desdits estas, du clergié, du Parlement, de l'Université et des bourgeois, en très grant nombre derechef furent assemblez oudit ostel de la ville en Grève, en laquelle assemblée ledit prevost des marchands recita ce qui avoit esté dict le matin et relaté par lesdicts députez, sans reciter la conclusion que les aulcuns des assemblez le matin vouloient estre faicte, laquelle chose luy fut réputée à grant prudence , car la conclusion que on vouloit que il feist le matin n 'estoit point à reciter par luy. Lors opinèrent mondit sieur, Monsieur de Paris, Messieurs de l'esglise et consequaulment tous et chacun des aultres seigneurs desdicts estas, ciiacun selont leur estai et degré. De reciter et coucher icy les opinions et délibérations d'ung chacun opinant, pouroit estre icy trop ennuyeux; car en opinant pour la plus saine part des opinans lesdictes matières, especialeraent de faire ouverture de la ville de Paris, demeurèrent en perplexité sans y donner conclusion certaine, non obstant que les aulcuns de ceux qui lors et oudit lieu estoient presens et opinans deliberoient et concluoient que soubs certaines restrictions comme de non piller la ville, de non efforcer les ostels des bourgeois, de non bouter ne mettre leur armée dedans Paris, on debvoit mettre à Paris lesdils Bretons et Bourguignons, especialement mondit seigneur de Berri , à quatre cens hommes pour son estât, monsieur de Bourbon pareillement , monsieur de Bretaigne pareillement et le sieur de Carolois pareillement, chacun de eux quatre cens hommes, qui font en somme seize cens hommes et lesdicts quatre seigneurs. Et vouloient lesdicts ainsi opinans et crioient en toute instance que ledit prevost des marchands conclut à cette fin ; ce que il ne conclut pas, car il conceut en soy même et entendi que mondit sieur de Paris et aultres sieurs de la plus saine partie, lesquels avoient délaissiez leurs opinions en perplexité, sans y avoir donné conclusion certaine, ne avoient point voulu conclure en leurs opinions sans le sceu de mondit sieur le comte de Eu, lieutenant gênerai du roy et des aultres nobles sieurs, comme de Monsieur le bastard du Maine, de Monsieur Charles de Meleun, bally d'Evreux, et aultres sieuis lors estans dedans Paris pour le Roy, accompagniez de douze cens fus de lances et de environ trois mil francs archiers. Et pour ce ledit prevost
des marchands ne feist point de conclusion ne pour une partie desdicts opinans ne pour l'aultre ; mais remit toutes lesdictes matières au bon advis et à la voulenté de mondit sieur de Eu et desdicts aultres nobles, lors estans dedans Paris pour le Roy. Et atant se leva et départi dudit ostel de la ville et pareillement toute l'assemblée.
Ledit prevost des marchands , ce jour et à celle heure, qui estoit environ cinq heures après midi, se retraihi devers mondit sieur de Eu et en son ostel, les aultres chacun en leurs maisons, le Roy lors estant à Mante comme on disoit. Lors fut faicte une rumeur et bien grant clameur parmi Paris que lesdicts députez, au moins les aulcuns de- euls, et aulcuns bourgeois, avoient esté d'opinion de mettre lesdits sieurs dedans Paris, et sur celé rumeur le commun peuple de Paris concluoit que l'on vouloit mettre lesdits Bretons et Bourguignons dedans Paris ou grand douiuage du Roy et de la ville ; pourquoy le peuple de Paris fut comme tout esmeu de tuer lesdits députez et aultres bourgeois. Mais Dieu de sa grâce y pourveust, car il ne se feist rien ne de l'ungne chose ne de l'aultre. Neantmoins toute celle nuict de cedit jour et le dimanche ensuivant toute matinée, le peuple de Paris demoura tout esmeu contre lesdits députez pour ce que ce dimanche ils vouloient retourner audit lieu de Beaulté par devers lesdits sieurs, et doubtoit-on que ils ne rendeissent responce agréable et promeissent faire et baUer entrée dedans Paris à mondit sieur de Berri et aultres sieurs ses aliez, dont y se fut peu estre ensuivi grant meurtre, car Monsieur de Eu et les aultres nobles, les gens d'annes et tout le commun peuple de Paris estoient au contraire pour le Roy. Pour quoy toute celle nuict et ledit jour de dimanche, il se feit et fut faicte sur les murs et parmi la ville de Paris grand guest et grant garde, en grant armée et puissance de gens d'armes ; et toutes les gens d'esglise, chacun en son estât et en son esglise , faisoient à Dieu grant prières et dévotes oraisons pour la paix et vraye concorde du Roy et desdicts princes et pour la conservation de la cité de Pai'is et des habitans d'icelle.
Ledit dimanche, qui fut le 23' jour dudil mois daoult, ainsi comme environ une heure après midi, par le congié de mondit sieur de Eu, gênerai lieutenant du Roy à Paris et par le congé et au sceu de tous les aultres seigneurs nobles lors estans dedans Paris pour le Roy , mondit sieur de Paris et tous les aultres cy dessus nommez députez , en grands pleurs et en grant fraieur , partirent de Paris pour aller et de faict allèrent audit lieu de Beaulté, par devers mopdit sieur de Berri et les aultres seigneurs et princes ses allez, pour leur faire et de faict feirent responce selon ce que mondit sieur le comte de Eu et les aultres nobles pour le Roy le leur avoient ordonné. Et laquelle responce, en effect et en substance fut telle et ainsi rendue par la bouche de Monsieur de Paris :
tt Sur les matières par Monsieur de Dunois vendredi proposées en nos présences, et par nous ouies et raportées en la ville de Paris, il ne plaist point aux gens du
RECHEUCHES SUR (ilULLAUMU , ALAIN ET .1K\N ClIARiriiR. 47
Roy estans à Paris de nous rendre aucune responce sans premièrement avoir parlé au Roy et sans scavoir sur le tout son bon gré et plaisir. »
Et atant se teut niondit sieur de Paris, et luy et les aultres députez atant se départirent dudit lieu de Beaulté, et retournèrent à Paris ; et disoient que ledit comte de Dunois, pour Icsdicts aultres princes et seigneurs, leur avoient respondu que le lundi ensuivant ils baulroient assault contre la ville de Paris le plus fort et le plus criminel dont ils se pourroient adviscr, et que il cousteroit les vies de cent mil hommes et de chacun prince la chevance jusques à la chemise , avant que ils ne obtinsent à leur intention. Laquelle responce faicte par ledit comte de Dunois et relatée par lesdicts députez et venue à la cognoissance des gens d'armes et du commun peuple de Paris , chacun de dedans Paris feist diligence de faire grants guects et grands gardes tant sur les murs que parmi la ville de Paris ; et atant se passa ledit jour de dimanche et la nuict.
(D. Grenier, vol. CV, p. 88-103).