‹ Les chartierChapitre 15 sur 23 · RECHERCHES SUR GUILLAUME, ALAIN ET JEAN CUMÎTIEIÎ · texte numérisé non relu

RECHERCHES SUR GUILLAUME, ALAIN ET JEAN CUMÎTIEIÎ

II nous paraît constant que les biographes n'ont su de Jean Chartier que ce qu'il nous apprend lui-même dans sa Chronique, et que tout ce (|u'ils y ont ajouté est de leur propre fond , c'est-à-dire erroné. Ainsi , ils ont fait de Jean le frère d'Alain, parce que , voyant deux personnages du même nom en possession de charges à la cour, ils en ont conclu qu'ils étaient de la même famille (1) ; ils l'ont fait naître à Bayeux ("2) , parce que , partant de cette donnée, ils ont supposé que, comme Alain , Jeau devait y avoir vu le jour. Maintenant , est-ce tout-à-faît gratuitement qu'on a supposé que Jean était frère d'Alain ? Nous croyons que l'erreur provient de la fausse interprétation d'un texte. En lisant dans un écrit du poète , que nous avons déjà cité : > Tu me admonestes et exortes souvent , homme éloquent et mon frère très aimé , etc. , » l'on aura cru que cet écrit s'adressait à Jean. C'est ce qu'a fait de nos jours M. Paulin l'aris dans ses Mumiscrits français de lu bibliotlièque du roi (3) : « Cette pièce , dit-il , permet de penser qu'Alain s'adresse ici à Jean , l'auteur d'une Chronique de France. » Or, il est aujourd'hui reconnu que le Cirrial est adressé, non à Jean , mais à Guillaume Chartier. Que restet-il de l'assertion des biographes? Pas même une conjecture plus ou moins plausible. Quel point de contact peut-il y avoir entre Jean, d'une part, et Guillaume et Alain , de l'autre? Communauté d'origine? Rien absolument ne le prouve. Parenté ? On ne saurait rien conclure d'une simple similitude de nom : car nous trouvons , à la même époque , un Jean Charretier, mentionné dans des comptes royaux (4) ; un Jean Charetier ou Chartier , clerc , maître ès-arts et chanoine de Paris (5) ; un autre Jean Chartier , prêtre , curé de la Villeneuve-le-Roy (6) ; un qua-

(1) Doublet, dans son Histoire de Cabbayc de Si-Denis (1625J, esl, je crois, un des premiers qui aient donné Jean comme frère de Guillaume (p. 269). '2) Moréri , Cliaudon, etc.

(3) T. VII, p. 225.

(4) En li21. Arch., KK, 50, f" 44, cité par M. Vallet de Viriville dans ses Extraits. Édit. de Chartier, I. III, p. 320.

(5) Il fut reçu le 29 novembre 1452, et donna sa démission en 1460. Arch., LL, 189, f" 79 v°, 219, f- 166 et 220, f" 283.

(6) En 1452. Arch., X, 1483. Cité par nous dans la Correspondance littéraire du 20 septembre

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trième Jeau Chartier , dit Limoges , écuyer , vicomte d'Évreux (1), sans parler d'un Alain Chartier, qui était secrétaire du roi en 1476 (2).

Serait-on plus fondé à chercher un lieu entre les prétendus frères dans les relations qu'ils auraient pu avoir ? Mais les notions que nous avons réunies nous montrent Jean en possession d'offices considérables avant que St-Deuis fût rentré sous l'autorité royale : ce qui exclut l'hypothèse que l'appui qu'il aurait pu trouver à la cour et la protection du roi aient facilité l'obtention de ces dignités (3). C'est doue à son seul mérite et à la réputation qu'il s'était acquise dans le monastère, que Jeau Chartier dut de fixer l'attention du roi pour la charge d'historiographe qui lui fut conférée en Uâ7. Si des relations ont existé entre Guillaume, Alain et Jean , ce ne put être que postérieurement à 1436. Mais on ne voit pas qu'il y ait eu entre eux le moindre contact. Si Alain eût été frère de Jean , il serait surprenant que celui-ci ne l'ait point nommé une seule fois dans sa Chronique. Quant à Guillaume , il y est nommé il est vrai ; mais, daus les six brèves mentions qui lui sont consacrées (4) on ne trouve rien qui trahisse la plume complaisante d'un frère La seule parole louangeuse que se permette le chroniqueur est celle que nous avons relatée plus haut, et qui se rapporte à la procession solennelle ordonnée par l'évèque de Paris , non pas après la victoire de Formi-ny, comme il le dit fautivement ,- il n'était donc pas très-bien informé de ce qui concernait Guillaume, - mais au commencement de la campagne de Normandie : « Qui estoit fort belle chose à voir et grant

honneur pour cet évesque. » . ^ u- .

Rien n'autorise donc à regarder comme exacte l'assertion des biographes nui nous montre Jean comme le frère de Guillaume et d'Alain. Le simple examen des données qu'on possède nous conduit au contraire à la rejeter comme ne reposant sur aucune preuve solide et comme dénuée de fondement. Mais nous pouvons, sur ce point, introduire dans le débat un document nouveau, et, à notre sens, décisif. Dans des lettres données par Louis XI , le 7 juillet U63 , en faveur de Thomas Boutai , ecuyer ,

(1) En 1472. Cabinet des titres, dossier Sai>t-Gf.obges.

(2) Tessereau, Bisu chronologique de la grande chancellerie , l. 1, p. 54.

(3) Voir la NoUce de M. Vallet de Viriville, p. vin.

(4) T. I, p. 187; t. II,p. 200 ; t. m. p. 73,77, 9161117.

RECHERCHES SUR GUII.LAUMB, ALAIN El JKAIV QUARTIER. f|l

le roi, dans l'exposé des dillicultés survenues, relativement à un droit de patronage à la cure de St-Denys de Victot, s'exprime en ces termes :

« Lequel appoinctement et ratificacion (faits entre Guillaume Boutin, « père de Thomas, et Jeanne Gosse, dame de Victot. sa femme, avec « Thibaut du Bois ) , lesdiz feuz Guillaume Boutin et sadicte femme « n'eussent bonnement peu ou osé contredire , obstant les grans guerres « et divisions qui lors estoient en nostre dit pais de Normandie, qui en « grant partie estoit tenu et occupé parles Anglois, noz anciens ennemis « et adversaires ; mesmement que lesdiz Guillaume Boutin et sadicte « femme estoient véhémentement soupçonnez desdiz Anglois estre bons « et loyaulz François pour icellui temps , tant à l'occasion de ce que « ledit suppliant leur fdz aisné et principal , lors suivant les guerres et « demourant au parti de nostre très chier seigneur et père , qne Dieu « absoille, pJ amù pour ce que feuz noz amez et serviteurs nunstres Alain 1 Chartier et Thomas Charlier , frères, notaires et secrétaires de nostre dit « feu seigneur et père, eulx et nostre amé et féal conseillier l'evesque de « Paris qui à présent est demourant eh Piastre service , lesquelz estoient « nepveuz dudii feu Guillaume Boutin , père dudit suppliant , etc. (1 ). » Voilà donc un nouveau Chartier qui vient prendre place à côté d'Alain et de Guillaume, et qui exclut définitivement, ce nous semble, le moine de Saint-Denis. Désormais , les trois frères Chartier ne doivent plus être Guillaume, Alain et Jean, mais Guillaume , Alain et Thomas. Nous aurions voulu trouver d'autres documents qui nous permissent de compléter les indications de cette lettre de Louis XI , dont on trouvera la teneur plus loin ; nous aurions voulu découvrir quelques notions sur ce Thomas Chartier, notaire et secrétaire du roi Charles VIL Les registres d'aveux conservés aux archives , les documents du Cabinet des titres , les listes de secrétaires du roi, d'autres renseignements particuliers ne nous ont rien offert de concluant et de formel, ni sur ce personnage, ni sur les relations de parenté qui existaient entre les Boutin et les Chartier (2). Nous en

(1) Lettres-patentes de Louis XI. Original en notre possession, arcliives du cliâleau de Morainville. Voir à l'appendice.

(2) En lZi67, un Robert Boutin fut reçu chanoine de Paris et mourut en 1482. Archives LL , 3i4 , f. 189 v° et 212. Eu 1507, un Jean Boutin cHait chanoine de Bayeux. Notes de M. l'abbé Richard, curé de Rumesnil, communiquées par M. Le Court, meml)re de la Société française d'archéologie.

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sommes réduit , à cet égard , à des conjectures. Ce dut être une sœur de Guillaume Boutin qui épousa Jean Cliartier, bourgeois de Baveux. Ce Guillaume était fils de Thomas Boutin , maintenu comme noble le 5 juin 1388 après information faite par le vicomte de Vire , et de Catherine de La Lande. On voit, parles lettres de Louis XI, qu'il demeurait à Villiersle-Sec , près Bayeux , ce qui explique l'alliance des deux familles.

Ces renseignements mettront peut-être sur la voie de découvertes plus précises. Les Boutin ont occupé un rang considérable eu Normandie dès le commencement du XIV' siècle. Jean Boutin, dont la nièce, mariée à Michel Alain , demeurait en 1387 à Saint-Jean de Caen , était physicien du roi. Un jour où l'autre, on aura la preuve formelle de l'alliance de Boutin et des Charlier, et de nouveaux renseignements sur Alain et sur Thomas. Pour aujourd'hui, contentons-nous d'avoir précisé les notions relatives à Guillaume , Alain et Jean Charlier , et d'avoir établi que le moine de St-Denis n'était point un des fils du bourgeois de Bayeux, et n'a eu aucune relation de parenté avec les trois frères Guillaume , Alain et Thomas Chartier.

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