‹ Les chasses de Charles X, souvenirs de l'ancienne courChapitre 2 sur 20 · DANS LES PETITS BNTIRONS · texte numérisé non relu

DANS LES PETITS BNTIRONS

'Digjlizf

nAtn LES PETITS ENVIRONS.

Quel temps que celui des dernières années de la Restauration I Va de l'époqoe actuelle « il possède le prestige d une période historique déjà bien loin , et cependant nous y touchons; notre présent s'yadosse^ il n en est que le lendemain 9 — le lendemain d'une

fêle. — QiB i;eA^ra ce3 élt^b à Dieppe, à Vichy, dans les Pyréuëes? ces hivers dàns ces nobles salons où s'alliaient si bien ane politesse affable , le charme et l'éclat des belles manières , un ton exquis, la gra-* vite politifjue et renthousiasQie presque chevaleresque ? qui nous rendra surtout ces matinées passées gaîmenl à courre le cerf au bruit éclatant de la trompe, dans les bois de Saint-Germain , de Compiègne on de Fontainebleau? Souvent je me prends à rêver à toutes ^ces choses; oui, je dis bien rêver, car ma tète s'incline alors et tombe 'entre mes mains, et je m'abandonne à ces illusions. Alors, je crois entendre le fracstis de la chasse, les cris et les tayaux retentissent à mofi^reillc , le son de la trompe vient s'éteindre el mourir dans mon ame comme un lointain soupir de bonheur. La chasse, la chasse avec ses piqueurs et ses fanfares, avec ses mentes, leurs voix confuses et glapissantes, avec ses chevaux et leurs hennissemens ; tout cela, vient me pénétrer de souvenirs qui s'attachent aux parois de ma mémoire comme ïe parfum des roses de Tunis s'identifie avec le vase qui l'a renfermé I

Mon émotion s'accroît de plus en plus sous l'im-

m GHAKLES.X. 5

pression de ces souvenirs ; ce ne sont plus de VAgiies et génériques perceplions; toui est précii^^ net, clair, distinct. Je repeuple ces salons o4se déployaient à l^!enyi tant d-éléganoe et de gracieuseté de maintien.; je marche au milieu de ce moude brillant et animé, mes yeux revoient des choses à jamais gravées dans mon cœur. Comme aux jours du printemps de i8;26, je chemine vers les buissons de Verrières ; pour la première Cois je vais à une ciiasse des petits environs. Elle ne fut pour moi qu'un avaat-goùt de ces grandes efc scéniques chasses auxquelles j'assistai par la suite, et qui devinrent le complément de mon initiatipo aux^ arU de la vénerie..

Un beau jour s'est ouverte un jour de mois de mai ; les herbes, les haies et les hauts arbres étiiicèlent des pluies d emeraudesque le printemps du nord, tour • jours humide , laisse tomber sur la campagne. Une légère vapeur fume encore de la superGcie des champs, et montre le paysage, qui m'accompagne comme, k travers une gaze blanchâtre et molle.

Au milieu du mouvement ordinaire et bet>ogiieux des grandes routes, tous les inévitables auxiliaires

6 lift ÇHASSEfi

de la chasse » paHîs de dhrers points d*ua cercle de cinq

lieues, convergeaient vers le rendez-vous. Des déta-^ cUemens de cette belle gendarmerie d'élite , montée suF des cavales noires cou^me la nuit, sont échelon-r nés poi|r Tescorte dn Roi , du pavé de Chaville au carrefour de la Boursillère. Des palefreniers, avec t^urs costumes traditionnels du règae de Louis XY» arrivent de Versailles avec les chevaux i|tie monteroi|| le Koi et sa suite,

Sur la route de Châtillon, que nous parconrona, des bouquets de grooms, à la livrée capricieuse, épir sode moderne an milieu de cette vieille histoire, conduisent en çaain d elégans chevaux de pur sang destinés aux faafotonnàbles , dont Içs flots coulent dou-r cernent avec nous vers le rendez-vous, et qui vont s'élancer sur les tracés du Roi ; le boulevard de Gand» dans ses habitués d'élite, )es faubooiga Saint-Ger? main et Saint-Honoré , dans leur population juvénile et merveilleuse, défilent côtCià cote comme des encadrons de cavalerie de diverses armes. De tolls ceux, qui hier étaient réunis au café Anglais quand nous apprfmes que le ^oi devait chasser aujourd'hui, nul

n'a failli à la promesse de se trouver au readejs-vous pour grûMV la suite de Sa Majesté.

Les officiers de vénerie» dans leur chaise à deux obevaux, paraissent à l'extrémité de la route de Yer^ sailies; viemieiit ensaite les {Mgea à cheval» le po»te-arquebuse dans sa voiture ; Ton voyait à ses côtés la longue carabine destinée à aervhr l'animal» puis le caisson %ui transportera le cerf. Parmi ces équipa^ ges, ceux qui appartenaient à M^'^le Dauphin se font remarquer par une rare éiégam^, dont W nom de duc de Gnicfae donne l'explication naturelle.

Ce fiit è grand' peine que cette armée éiémenlatre de la chasse parvint à se ranger dans le ;oud--pointdu PeiU^Bicêtr0,i»nt était grande Taffluenee dé v<Nitures» de cavaliers et de piétons de toute allure qui en obstruaient les abords. Leur multitude ofiWnt un bariolage étrangle et poétiquiS à voÂr; les fracs élégansj M bigarrure des livrées» la varîélé des costumes que portaient les .gens de pied; Je piaffieoient et le benuissement des chevaux ; le bourdonnement des CQ»rveissatlons» le$ galopa isonone», le tomuUuenx roi^ ment des voitures qui surgissa^nt des rouies de Sceaux» de Cbâtilion» de Bièvrei e| de Versailles,

8 LES CUA&SËS

dont les quatre lignes se croisent en deux angles opposés au sommet; ces bruits, ce mouvemeat, rappelaient, pour les yeux et pour les oreilles, les teintes variées et les vagues soupirs dSiue forêt agitée par les vents d automne, ou les flots qui se choquent contre les grèves de l'Océan.

L'intérêt qui s'attachait au spectacle du royal amusement dont je ne voyais jusque là que la preniière scène d'e^>ositipn9 était singulièrement relia ussé par cette foule de merveilleux chapiteaux corynthiens de notre société d'alors* Tous» ou à pm près, étaient iaitiés aux plus petits, détails de la cour ; aucun des personnages qui jouaient un rôle de quel^ que importance, ne leur était étranger, et, dans un Jour de cérémonie, on marchait avec eux au milieu de nos célébrités jeunes et vieilles comme au milieu d'une galerie de portraits dont ils vous expliquaient, couramment , le livret et les légendes.

£n attendant l'arrivée du Roi ils allèrent prendre position sur la marge de la route de Châtillon, un peu avant du Petit-£icètre , sur 1a lisière du bois de Verrières. C'était un point d'observation d'où l'pn pouvait saisir le plus grand nombre des tnci-

dens animés de la halte d ^tteute. Cette fleur de jeunesse parisienne avait momentanément élu là son domicile; cette assemblée juvénile se laissait aller à la pente de ses causeries habituelles; on pariait de lopéra , d'aventures grayeleuses, de pièces nouvelles, de pertes au jeu, de politique môme, de chasse» de chevaux, de courses aux clochers, des châteaux où une partie du dernier automne s'était passée; et, dans le feu roulant de cette Artillerie de mots, au milieu de ces récits vaniteusement indiscrets, la venue successive et rapide des ^>èctateurs officiels on non de la chasse, fournissait à tout instant un nouveau sentier à ces conversations variées comme les aAivans.

* Le baron d'Hanneucourt, messieurs! le voilà : c'est le vieillard qui descend de cette calèche jauncy il arrive de Versailles; il a près de soixante et dix ans ; tel que vous le voyez, leste et vif, il fait encore son service de commandant de la vénerie avec toute l'activité d'un jeune hodottie. C'est un de nos meilleurs praticiens en fait dg chasse, celui à coup sûr qui date de plus loin; pardessus son brevet se donnent la

lO , LES CHÂSSES

mmn>r£nipireetlaReslauratioa. On dit qu'il a trouvé le secret de dépenser le capital de trois cent œiUe

livres de rentes à la chasse et dans les boudoirs de toutes les Roques. Il en a vu beaucoup.

Après lui 9 le comte Deyieuue». preoiier lieuteuaut dé la vénerie. Peu de personnes sont douées de plus de hardiesse à la chasse ; c'est un Joachim Murai» un Condé devant le cerf. Du reste il avoue , avec une naïveté d'enfant» la prétention qu'il a de réussir dans tous les exercices de corps. M. Devienne, qui est fort estimé de Mgr. le Dauphin, fait néanmoins le plus grand cas de lexpérience de M. le baron d'Hauneucourt, mais peut-être pense-t-il avec Salnove- qu'un excellent veneur doit être dans lage de la virilité* M. Devienne deviendra quelque jour commandant de *la vénerie. Nous n'affirmons pas pow cela que la vénerie sera mieux commandée.

M. Paul de JNeuviiie est celui qui vient de s'appro^ cher du baron d'Hanneucourt 11 est eonservateur, âi la résidence de Versailles, et, comme tel, c'est sur lui que pèsera une partie du fardeau de cette journée* C'est un homme conciliant et de formes «gréa-

bles; mais qu importe cëla? quand on peut dire qu'il

est frère du baron Hyde de Neuville, comte de Bemporta , dont le déyoûment au Roi est si vrai y a quelque chose de si fabuleux {i)^ et qu'entre eux il existe une entière communauté de sentimenset d opinions.

Tout à coup on entendit le mot de tnonseigneur

qui se repétait duus la foule, et toutes les têtes se tournaient dans la même direction.

Ën un instant Mgr. le Dauphin fut rendu au carrefour. Le groupe des cavaliers s'enir'ouvrit pour le recevoir comme un centre.

Le commandant» à qui il réserve un accueil toujours gracieux, l'aborde , et derrière son altesse royale se tient M. le duc de Guiche.

Pour celui-là vous l'eussiez reconnu entre mille, u'estr-il pas vrai? à sa belle tournure et à la bonne élégance de son costume. C'est le gentilhomme de- France qui se connaît le mieux en chevaux, et il a rendu de véritables services au pays en contribuant

(1) M. llyde de Neuville a loi-même qœlqoe part caractérisé

soA dévoùmcBt^ce mol.

• Ês.

■jt- ■ •^'f*-

de toute sou iafluence à améJiorer la race chevaline; il lui est même attribué uu livre fort intéi essanl sur les haras.

J'appris alors qu'il était de règle que Mgr. le Dauphio précédât tCMijours sou royal père d'un quart dlieure.

En effet, il était onze heures précises lorsqu'un gendarme , à bride abattue , paraissait sur le pavé de chasse de Meudon à la route de Châtillon.

Tout s'ébranle et s'anime au sein de ce camp de veneurs.

La voiture du Roi passe avec sa prolonge de huit chevaux, sou lourd et classique cochei', son postillon dans ses bottes à chaudron , et son costume qui rappelle les voitures de Louis XIV au siège de Tournai et dans les campagnes des Flandres ; puis viennent k sa suite les voitures qui portent les seigneurs invités.

Le Roi ! le Roi I

Toutes les tètes se découvrent.

Mgr. le Dauphin avança vers Sa .Majesté.

Le comte de Girardin , qu'entouraient les officiers de service , qu'il dirigeait avec une merveilleuse habileté, accompagne le Roi. 11 s'iuioruLc de tout,

DE CHARLES X. l3

donne k propos des ordres avec la précision c^m révèle l'homme capable de diriger de plus grandes choses.

Vous est-il quelquefois arrivé de rapprocher, pour

les comparer, la devise armoriale des vieilles et nobles maisons ayéc le caractère individuel de quelques uns de leurs héritiers contemporains? Ces rapprochemens offrent parfois d*heureux à-propos , parfois des oppositions bizarres; c'est souvent une apologie méritée, souvent une jaillerie plus méritée encore; ainsi :

Vbiquè candida virtus :

c'est celle du comte de Girardin, premier veneur. Cette devise n'a-t-elle pas une application toute naturelle , et pourrait-on se flatter d'avoir plus d'esprit que le hasard n'en montre ici?

Le hasard n'est pas moins heureux à l'occasion du

duc de Fitz-James> qui descend en ce moment du carrosse du Roi.

Semper ubiquè fidelis, ,

^ui ne sait qu'être fidèle en tous lieux comme en tous temps , c'est Tame du noble duc !

Fais ion devoir. Duc de Grillon.

J'entends dire à mes côtés que le noble dac ne

perdra jamais sa devise de vue 1

L'une des voitures de la suite du Roi contient un autre personnage dont l'immense renommée mili» taire à rempli le monde :

Virîuiu fortuna corner : la fortune confpagné du courage. Le duc de W ellingloné

11 y a dans ces trois mots toute l'histoire des hauts iails de sa vie , aux Indes et en Europe. La fortune a plus fait pour lui que la valeur; on se le murmure à l'oreille. C'était pour la seconde fois, me dit-on, que le duc se montrait aux chasses du Roi. La pre mière, ce fut à un tiré de Mady» où il parut s'amuser beaucoup.

Puis dans la foule se confondent le baron de Fagel, ambassadeur du roi des Pays-Bas, le comte de Lœwenhiehn , ambassadeur de Charles^Jean , roi de Suède, qui fut Bernadotte, et qui, il y a quarante ans , ne se serait pas douté qu'il aurait en i8isi6 un ambassadeur à la cour du Roi de France; le mai^

qoisde La Grange, le duc de lleggio, tous personnages avxqnek lé Roi avait bi^ moulo accorder la permission de porter l'habit de ses. chasses..

Le Roi cependant a entendu le rapport du commandant. Sa Majesté a décidé que des deux cerfs qui ont été détournés le matin par j^infare. Durai et Charlemagne, celui du carrefour de l'Obélisque se* raît attaqué.

Le comte d'£gherti présenta au Roi son couteau de chasse , et le premier écuyër porta la main à Tétrier pour le présenter k Sa Majesté , tandis qu'un pi-

queur maintenait la selle de Tautre côté.

Or ce jour là » les paysans matineux de la riante ▼allée de Bièviv et des environs de Ghatenay, qui passaient pour se rendre à la ville ou gagner leur diamp , avaSent vu , dès cinq heures , des valets de Umiers pénétrant dans les buissons de Verrières par divers points, avec leurs chiens, la botte au cou, pour faire le bois, c'est-à-dire découvrir, an moyen de certaines précautions qui constituent une partie essentielle de fa science du -veneur, le lieu où le cerf

]6 LBS CHASSES

s'est* abrité; en d'autres termes, détourner l-aaiotal pour savoir en quel lieu il s'est reuiLùché et indiquer où il est sur le rentre.

La route royale mène du carrefour de la Boursil- )ère au carrefour de l'Obélisque. C'est une longue galerie dans laquelle s'engagent tous les auxiliaires de la chasse : le^^chiens tenus en hardes, les piqueurs avec leurs trompes en sautoir, les cavaliers, les gentilshommes revêtus du costume de rigueur, le public équestre, le public pédestre, le public de toute tenue. Le chemin est couvert de cette poussière de tètes; elle se meut comme un tourbîHon dont une partie touche déjà au carrefour de l'Obélisque , tandis que lautre est tournée en longs anneaux sur le rond'point du départ.

Ou arrive à l'enceinte où le cerf a été détourné ; les vieux chiens qui doivent servir à l'attaque ont été découplés. Les piqueurs foulent l'enceinte en les appuyant de la voix et de la trompe. Pendant ce temps, le commandant, les officiers et les pages sont en observation dans les routes. Les bardes qui restent, pleines d'ardeur, ne gardent le silence que par l'effet du tout coi qu'on leur répète incessamment; leur$

D£ CHARLES X. l'j

regardi tournés ?ers Teaceinte décèlent Timpalience qui les possèdeé ,

.. Peu de personnes ont pu arriver juscju au carrefour où le Roi luwmème altend le signal de la. vue.

Hait routes alboutissent à. cet endroit.; chacaue d'elle;» conduit à de solitaires campagnes npn moins poétiques par leur paysage que par lea souyenirs qui y dorment. '

Ici la route de Plessis-Piquet avec son étang mélabcoliqiie^ sa terrasse et son vieux parc auquel s!associent le nom de Colbert et celui du comique çt spirituel Picarde

La seconde route est celle de Cbatenay. Chatenay avec ses prairies bordées d'aulnes et de groseillers^ avec son clocheii anglais qui date du XIX'' siècle « où venait prier la. reine Blanohe, el .où 1^ iSj^j^que Arouet de Voltaire fut baptisé. . • .' * -

L'autre rouLe mène à La Châtaigneraie , oasis d'ombre et de recueillement planté sur le versant d'une colline où la mousse est abondante ^ où l'herbe pqusse .partout verte, où la tourterelle s'arrête quelquefois

le soir dans sa coi^rse voyageuse pouv wodulçr ses

•l8 LES CHASSES

stit6tièjtobléf(lïiiiëiktàtidiiÀ,<^lc rossignol chante toujoiin.

Viienl en^dite là route de Verrières illustré par les wMkà Ûë i8i5, ^tiîs mte^'lpty, celle ée TAbbayeaux-Bois, qui vont se perdre dans cett^e vallée de Blè^ où tôtiiëà 1«$ âegi^d)iti6iiti ét les teintes que j^éut iiiiaginer uae palette de peiatre s'épaisënt et se nllléàt dàn$ lé peipélnoèl ènti^éerdiseiitëiit des bois, des prairies y des bosquets des jardins.

Au centre de ce carrefour de TObélrsque, et à la |llacé dii ifiôâùÉiéilt ^u'oJl jr voyait jadis, Oh a planté dn îàôdë^te tilleul. C'est l'oeuvre de l ^89. Huit grosses pierres sur lesquelles subsistent des tiraced dte étiëàti qui lès découpai -^Uùi'que débris de ce rendez-vous âë biiiâM dèi r^ éé Frknieè,-ui6bt ^té plmiëes cif^ ëtdairemént soùs liu nombre égal de platanes; ellés ttrfliaîl^'uft aliileâA dônt tîUèul m le ëènt)pe. Af semble s'être réalisée ifatns cet endroit cette pensée bi^tale de la Gbhvehtion, qui proposait de faire une màie au lit&xèhnlbèiiirjg; «I de ^ïmër psmmtîê^ès dabs les allées et les parterres des Tuileries.

i^e tes llkAié'^s e!t féls i^îquëur» Ifoittent Téndéiàte oà Vè cè^ra pkii ses deinetii-es, le Roi, à che-

DE CHIRU» X. 19

VaU i^procbé de ces déims mcmumaalanx, il

les regarde, et aucun des souvenirs qui y sont asiwciée ne parait ini «échapper ; U les convoque un à un.

• Id/en 1794 7 cette piierre >qiie ses doctrines 'avaient peut-être cont^'i'bué à faire renverser^ un élève de DaI6mbert èt dle€ldi«ùft s'est assis. C'était après le 5i mai; à céUsé ëpoquè où lëcbafaod en France prenait des têtes au hasard et les coupait en areugle, 11 se cachait iàors dims leaèroâs de Verrièmy proscrit, poursuivi par ies limiers révolutionnaires, mttàtmA de ftrim "A de lassltodé , reponsBë de paiv tout, nkème de chez ses anciens amis ; ce fut sur celte pierre «que «ceft lionnine s^lrrèta et oè iH prit la rëM>lfi'^ tion d'aller À Qamart demander «n maroeau de pain. . Avant d^esëcuter son dessein il avait hésité longtemps. Il avait tiré de sa poche une petite boîte dans laquelle se trouvait un mélange de stramcmium et dVipiam, qii^U devait à Tamitié de Ciâmiiis ^(1). Là sommeillait une mort plus prompte que la foudre , et«cèt homme s-étail placé dans ia suprême akeraa-'

(1) Sorlc de bol gros comme la moitié du petit doigt. Gelaae brise en petits morceaux el se fond dans la bouche.

aO us CHASSKB

live de vivre ou de mourir I II se leva cependant et prit le chemin de Giamart: il entra dans une auberge 9 à la nuit tombante » et il y était à peine que sa présence avait éveillé les soupçons de ces espions volontaires dont la moralité de Tépoque avait infesté la France. Suspect interrogé, cet homme s'était emkarrassé dans ses réponses , il fîit appréhendé sup-leehamp et ti^aîné dans lliumide prison du Rourg-LÀ" ère; c'était ainsi qu'ils avalent nuitilé le doux nom deBourg-la-B.eine. Le lendemain , quand on alla cher • cher le prisonnier pour Tamener devant le tribunal révolutionnaire, on ne trouva qu'un mort immobile et froid. A ses côtés un livre était ouvert, et sur le Terso du frontispice un agent de l'autorité municipale *Su lieu parvint à épeler ces mots : Ex libris J. CandarcH* U avait été marquis de Condorcet !

Le Roi est arraché à ses réflexions par le bruit des trompes qui sonnent la £infare de la troisième: tête, et par le. cri de tayau que le commandant de la véaene a .fait entendre le premier. Cè cri est répété -au loin.

Le Koi l'a entendu.

DE eflAtLES X. ^21

Le cerf est Jancé ; les vieux chieus- l'ont fait sortir de l'enceinte, et les chiens de meute qui sont tenuà à la harde mordeat leurs lietts; ils ne eomprennent plus la voix de l'homme ; ils ne craignent plus le fouet^ rinstinct est revenu tout entier; enfin ils sont découplés dans la voie.

Et maintenant que la bête est partie de toute la vigueur de ses jarrets d'acier élastique» maintenant qu'elle éprouve la fougue des jeunes chiens, qui peut dife où elle mèneva la chasse ? On ne le saiC » et Ton va.

Dans ces chasses des petits environs f l'animal ne pouvant long-*temps tenir au iM>is, ne tardait pas à prendre un grand parti, et c'était là ce qui les rendait peut-être plus piquantes et toujours plui dittêiles que les grandes dbasses renfermées dans Tenceinte des forêts royales. Conime il était impossible de prévoir quel serait Ti^néraire do cerf^ il était impossible aussi de calculer le placement des relais. Point de re- Mis ; partant , ^ le cer^ se forloofge en pkrïne, îes'clnis^ seurs sont obligés de s|iivre av«c leurs chevaux d'attaque , et par conséquent de courir le risque de crevèr leur monture. On a vu un cerf lancé à Verrières» partir t*l allei' se faire prendre près de Chartres.

U'J < LKS CHAj>$KS

Le fait ei>l authentiqua. deioandez-lt> , et ce n'est pas le seul exemple extraordinaire que présentent les annales de la chasse. Je sais un épisode de la vie du: prince de Condé qu'il m'est impossible de ne. pas vous dire à ce propos.

«Un jour M. Je prince de Condé attaque un cerfj dix çors dans la ibrêt de Chantilly. Les préparatifs de (jette chasse avaient été faits comme de coutume. Le matin on avait fait le bois, on avait détourné, les relîûs avaient été placés comme à l'ordinaire dans la prévoyance pure et simple qu'il s'agissait d'un cerf du pays qui, après avoir été poursuivi, s'il débûchait, ne tarderait pas à rentrer dans ses demeures ; mais il n'en fut pas ainsi: le cerf attaqué vigoureusement, débucha il est vrai, mais Gt une refuile si longue qu'il mit les chiens complètement à bout de voie , si complètement qu'après de nombreuses manœuvres pour le retrouver, on sonna la retraite de nùn-prûe, et le prince, qui en sa qualité de prince,. de Condé et de. chasseur, n'aimait pas les défaites, ne di*isimula point la contrariété qu'il ressentait d'un pareil résultat, 1( rrvini an rhaloau . la IviQ basse et a]>sorb<» dans ses

Dea:| mois après des T^eU ]Uf^rs, qqi p^cgu-

ce même cerf. Telles sont les ^^U.)f(^s dy ^^me , dès qu'an ^oîm^ se X^v^fp ^a^^ i^q ei^if , il

s'y remontre tpujours.

•rr IV^)aMÎgne«|^, le

pf*epdre de^ mesures pp^r q|s p^s le laispr j^fipper.

Les ordres sont dQjqjaé/|, D/^ t^tjç^ipi;^, jpçwjr çgppMQis^r les relais, des me^ji^urs chiçfjis jc^ vf^^ et

cheval le plus léger ej; ^ pjL^ résis^af^): ; |ppiqjnç|]|r^

PIpM WWfl^ftftJt d|J %^ Jn^fln Par

smi- #^t>erAl mpjji. befu^ ;Cefi, ii échj^pfijr/a^ |^9fftt àl^ i^tra^gie ^e ^s 4i^e)o|(eAt. 4f 9^

Jie lendem^ÎD la trQi|cipç r^sopp^it Jiiriiy^ii^pie^ dans les bois de Ch^irt^jf4.^i|.ffl^ 9\>^^\k f i^<çfepvaux éU^t lanqés au. gf^^^ip^^ Latt^q^js ava^t c^^ lieu.

a4 CHASSES

Pendant trois heures le cerf se fit battre dans l'enceinte, puis il prit parti l débucha en laissant bien loin derrière lui, chiens» piqueurs et cavaiiers; et tout à coup, ainsi qne cela s*ëtait passé deux mois auparavant» les chiens' tombèrent à bout de voie, il disparut comme s'il était entré dans un abîme d'opéra : ç*étaifcà se désespère^.

Le cerf 1 Je cerf l demandait-on ; qui l'a vu? - Le prince 6t proclamer à son de caisse, et afficher à vingt-cinq lieues à la ronde à la porte de toutes les églises , qu'il promettait une récompense à^ceux qui lui ajpportèraient des nouvelles.de son cerf, car il se

l'était adjugé par ces deux chasses.

Trois jours après commença une longue" et suc-i

cessive visite de paysans qui venaient au château

". • • • rendre codiptè de ce qu'As savaient.

' -^Monseigneur, je suis de Yic, mon village est dei

l'autre côté^'dèTÂi^iie^ èt a^ànfhîer après mi<ii,ireii«

les trois heures, je m'en rcTenais de Courueux, qui est

de ce çôté-ci de l'eau, quand j'ai vu à'troî» cents'

pià^ énî^irdnl rive un cerf qui ^e itiettait à la nâge ;

jl avait déjà de l'eau jnsqu au jarret. • '

'i-^peilx loùis à cer hpÀîme v fit le prince, ' •

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m chârlës X. 25

^ Moi, monseigneur, je viens de plus loin ; je suis -aé natif de Mainbrefison. Il y a deux jours, en me-» nant Je soir des chaunps, j'ai vu un cerf, un cerf quasi vietix dé}à , • qui eatvaii daqs le bois cle- Ribaumar. Comme il a y a pas de cerf pour l'ordinaire dans ce^» ^ petits boiS'^là , je me tromperais beaucoup u ce. nëtait ranimai auquel s'iulëresse monseigneur. •

Quatre louis à cethonnue, s'éerîA le prince avec un accent, plus marqué de satisfaction.

— Moi, monseigneur, je suis encore de plus loin ; j'habite une chaumière un peu dans les terres , sur la route de Rocroy, monseigneur sait bien. A deux cents pas 'de moi il y a un petit Terger. L'àutre soir vers minuit, il faisait beau temps, la lune donnait ^ et comme je ne dormais pas, je me suis trompé > d'heure ; j'ai cru qu^il faisait jour, je me suis mis sur ma porte, et voilà que je découvre très distinctement un gros cerf qui s'en donnait à Ibouehe que veux-^tu* de mes pommes. Ma porte n otait pas ouverte que déjà , à mon regret, mon voleur était parti , mais si vite, que je n'ai vu que le sillage blanc que sou corps a laissé dans" les herbes. G*esl que voyefi-votis, 'mon*f .seigneur, j'srvais couru à mon bâton. oc n'est

pas le cèrf de iiiODMigfieiir^ c'est k çoap sûr qi^lque maraudeur des Ardeanes qpii avait pvoussë ua p^u

loin aux gaguages, comme vous voyez, moçiseigijeur.

-t* Six louis» huit louis k cet boimue^ à cause 4e« pommes maugées^ s écria le priaçe qui uq QPQ((eA^t, plus sa joie. Les Ardennes ! les Ardenni^s • c^e^l ç^l^; c'est trouvé.

A ce mot tout le monde se ra|^la que Taunée précédente, parmi des fauvea dont on avait peuplé CbjMH-

tjlly, il se trouvait un cerl originaire des Artlenoes. C'est lui 9 c'est lui.

Deux fois j 'ai été battu, dit le prince, deu^iL^ois; c'est trop d'uoe. Je prendrai ma rev^ucàe isi J^lpv^ ^ donne vie. Qu'il revienne dum mon bei^u içef)[. Le cerf n'y manqua.

il y avait tanl^ de cbariue^ d%i^ l§§ inpgniÇg^ faoia de Sylvie, tant de paifnnis sur aèii^ peWigi^ \ Leseauz de^ étangs sont si belles i le jouç i§s 9|ar^

si sauvage et si toufl'u 1

Un jour, a déjeuner, un pîqmir aoeniïi^ .ti^jUt essoufflé auprès du prio^e ejt lui annonce , p9i/s d'ér motînn, ^u'on avait revu le cerf. Il était ému pourvu propre compte et aussi pour celui de son «iftitre.

tizea by Goôgle

BB CHAIU.K$ X. 27

pfince lio^ avasitôl consei}; on <télibéra» sur

moy^o$ d'alUque al de poursuis <|u'il convenait 4'adopter; puî» il voujut laÎHaaèise px^flider tm |Mré^ piU'ati£s d^e la cha^, qui fut au leademMo* C'était iia<e caxnpague complète i îi^yi^ioD, pointe el poursuite..

On échelonna des relais de six lieues en six Ueues^ 4e 'Chantilly. aux Ardennes, ni plus ni moins , et on . entendit le prince assurer que , dùt-il, pour parvenir à ses fins, passer la nuit et le jour avee ses chiens et ses cheyaux sans dëbotter, il aurait le cerf.

Cependant ce ne lut pas sans un certain battement de cœur que Monsieur de Condé fit commencer l'attaque , et cette émotion s*accrnt au moment du débûché ; mais les prévisions avaient été si minutieuses^ que le prince ne pouvait s empêcher de compter sur le succès. Le cerf ayant pris parti , la victoire fut in^ certaine jusqu'au cinquième relais, qui fut donné sans qu'il eût encore indiqué que sa vigueur faiblissait. Ce fut à cette distance seulement que la peur le gagna et qu'il fut porté bas à trente*>cînq lieues de Tendroit où il avait été kncé. Vous dire les. jojes qui suivirent ce trioiaphe-,. el quelle fut la

. - LES CHAjs6£S

spteudeui' de l'hallali , ce serait diilicile. Tous ceux qui ataient assisté au départ ne furent pas témoins de la prise ; mais les trompes sonnèrent long-temps ; la curée fut magnifique et la munificence du prince sans bornes enyers les personnes de sa suite ou de sd maison qui avaient eu le bonheur ou la force d'assister à la crise finale. «

Le souvenir de cette anecdote était effrayant pour nos cheyaux, et déjà plus d'un parmi les escadrons

parisiens galopait flasque et amolli dans les bois de Verrières d oà la bète de mente n'était pas sortie ; mais ses retours ont élé nombreux; elle s'est montrée près de la vallée de Madame , au carrefour de Brigite, au Loup-Pendu ^ au carreiour des vingt-quatre Ârpens, près des Fonds du Chapitre, et elle a doublé ses voies 9 préparant ainsi sou débûché qui ne pouvait plus tarder.

-\^ous étions un peu en deho«*s du bois » sur un plateau le long de la rampe qui descend à Yerrii*res. Là se découvre une riche et vaste perspective.

La délicieuse halte! .

Nous entendions de: temps à autre de -lointains*re«>

DE GHARLBS x/

tentissemaos de la trompe qui passaient sur uos têtes èt s'en allaient s'étejndre là bas snr les lignés blediées de Thorizon. Puis tout était silence. Massy» au: milieu de la plaioe , se. montrait avec sa longue traîaée de niaispns et ses deux moulina janx ailes trouées; puis, ua peu sur la droite , le hameau de Villaine , qui n'est qn'une annexe de Massy. Gomme le ton calcaire de leurs maisons tranche sur ce paysage Târtpommel Cette transition de couleur est plus marquée encore daus le bassiu de Verrières* Yerrières» qui semble être voué an blanc, tant ses murs rèsplen-^ dissent, de Tédat poli du gypse et d'oné coquette maçonnerie villageoise. Qui pourrait croire que celte campagne , ces champs en damier ne sont qu'à demi« lieue d'une populeuse route qui mène à Paris en moins d'une heure ; le vent n'en apporte aucun souftle ; aucun roulement sourd, ne vient nous avertir que, par delà ces bois et ces inflexions de terram, est la cité noire , la cité colosse , la ville d'aÛ'aires , de luxe et de tumulte. Tout est mutisme de bois et de

chanips^ comme milieu des (mmenses paysiiges qui

accompagnent les bords de l,a J^oire ou quelques rives silencieuses du^Rhin. ...

«>0 ' LES CHASSKS

Att^àèBstàB de note le terrain , mélange d'ocré (àme et de sable» eretâsdé pat* le« pluies » présente iiae

berge à pic de pias de quarante pieds d élévation. Les trembles plantés sur Toarlet de eetle berge tml leurs raciaes pendantes comme des lianes, la ieire manquant à )e«ir pilotage. C'est rembitkm en haât et en l'air à laquelle échappe le terrain.

iLe oerf tout à coup parut sur la lisière du bois, tt sita m instant; mais le vaearme de la chasse s'approchait toujours. Il s'élança d'un bond; — -c'était mugUffique ! — sa t^fee était nonchalamment penchée sur ses épaules, ses jambes de devant ployées comme

s'il sommeillait molteitieiit bercé dans les «its. H

tomba sur le talus de sable où il roula > puis, s'étant remia iUr pied, il partit en plaitie.

Nous uous trouvons ainsi en tête de la chasse; les piqiïe'ûrs nous rejoignent , puis les chiens. Hourra ! hourm!

ADous, sonnez, piqueurs, sônnez ; trompes éclatantes, retentissez au loin ; que les bois et les cha'mps répètent ces^yan^ éefets du cufvte en SpMe <(ut déchirent l'air. Meutes, aboyez» glapissez, poussez

0£ GHÀftUBS X. ai

VOS voix. Allons, alloas^ dievaux, hetmisses, que votre galop rapidè et régalier nous emporte sdr la traèe du cerf, £t toi^ Fiy^ ma mignouae, toi que j'ai payée en beMès gfalaéè»» tôt qui m'as Tain uti prix à NéW^Market» laisse ^ laisse jaillir le feu de tes prunelles, que je voie la moussé écvdier sur te^r ixMsettes. comme ces arbrès ptssent et courent pfès de moi ! ils se meuvent, s'animenl et daaseiit aux accords des fanfares. £t toi» bondis à ton tOtar, pauvre cerf, saute des fossés et des chemins; courbe ta tête graciewae sur tes épànlesç que tes jattabes «fliléas «t agiles effleurent à peine le saMe ; va» va, tâche àéxktl^ip^ à là pout^nlte de. tes ënoemis.

Uil ^tttis t>k[cé à tout hasard à l'issue "ée la nMe "du Pléssis donne , etv^e cerf qui sent une nouvelle vi-

^u^dAUHlWtw^ » mkubie dé force dm sa linfee.'

La plài^e est inondée de cavaliers; on dirait uuc (âMf èMte fettm^^lf» » «A bovquet d'artjfieeeonver-

l4l>onbe heurè v ceci n|^pelit9 wslbn bién ^tsm

chàses de Btickingliamshire etd« Cumberland, dit le

dâè WeUiAgtoti eA s'tKiremnt au Roi dont il wecu-

52 LBS CHASSES

paît la gauche. IL semble ,qae je soi» à Biceeleri h

Aylesbury ou à * * *

Vous mëtonnes , mousieur le duc , dit assez froidement le Roi ; j'avouerai que toutes les fois que j'ai eu la satisfaction de vous compter au nombre* d^mf^s compagnons de chass^ à courre , mon amour-propre de Roi de France était flatté de penser que vous assistiez à un spectacle dont votre pays ne vousoiTre que peu d'exemples.

Votre Majesté voudra->t-éUe me permettre de dine que ce serait là un très juste orgueil de sa part, si le fait était parfaitement démontré.

•^Ohl sur ce point, m/ dear lord, il faut baisser votre fiavillon , quelque dur que ôela vous semble. L'Angleterre, si célèbre par ses chevaux, par sés chiens, par la beaulc de ses équipages, n'entend que peu de chose à l'art de la chasse ; non cette chasse qui consiste 4 poursuivre un animal par monts et par vaux, à s'en aller d'une course furieuse à travers champs et à travers rivières, par-dessus haies et mu-

railles, voir porter bas un cerf à douze, ou quinze milles du lieu où il a été lancé;— celle-là, vous TeAtendez à merveille ; — vous $tes d'îllufittus çdureurs.

DE CUARUSS X. 53

mais ce n'est pas là ce qui constitue la science du veueun

— Peut-être le patriotisme de Votre Majesté la porte-t>-elie , par ce dédain , à se consoler de la ien^ leur des chevaux français.

— Plus probable encore , monjsieur le duc, que votre nationalité se refuse à recoaoaître en cela, comme en quelques autres choses » la supériorité française; mais sachez que le véritable art de la chasse ne consiste pas à prendre ou à tuer un cerf; — on pourrait l'attendre avec un fusil au coin d'un buisson, avec une carabine , ou bien encore le porter bas au moyen d'une harde de lévriers; — mais cet art consiste à mener une bête dans l'enceinte d'une forêt peuplée de fauves; de reconnadtre le cerf de meute d un autre quand un change se présente» de relever un défaut, et cela ne s'apprend pas moins par la théorie que par la pratique.

Le Roi démêlant sur les lèvres du duc un somire d'incrédulité entre une hésitation et une objection, se hâta d'ajouter:

— Monsieur le duc , j'en suis fîiché pour vous, mais votre Angleterre n a pas un veneur. Citez-moi votre

54 I-BS CHASSES

d'Yauville ; et saus attendre de répoai»e,leÂoi poussa son cheval de inanière à rompre l'entretien.

Un vain des routes de chasse ont-elles été tracées à travers les champs. Qui donc songerait à les suivre? On les dédaigne ; ies blés verts sont foulés ; toutes ces plantations , qui souriaient au soleil de mai , sont iai>ourées par le galop régulier des chevaux.

Et c'est à cause de ce dégât, dont la caisse du Roi tient exactement compte et paie au double la valeur, <jue M., de Girardin, depuis long-temps, travaillait de toute son influence k ce que Sa Blajesté renonçAt aux €hasses dans les petits environs. Mais Charles X les maintenait non par amour pour la tradition et quoique coûtant plus d'argent qu'elles ne lui procuraient de plaisir^ mais dans le but unique de ne pas priver d un amusement qu'ils aimaient, ceux pôur qui Fontainebleau, Hambouillet, Compiègne. et même Saint- Germain étaient trop éloignés, et qui par conséquent assistaient avec l'avidité passionnée de la mode aux chasses des petits environs.

* Aussi ne croyerpasque ce soient les propriétaires de ces champs cultivés qui se pjaignent do la chasse ;

m CHÂRLEi) X. 55

voyez comme il.s sont heureux au oontraire de la voir fttJ^ieose et déréglée. Le paysan , 'courbé aur la

le rre qu'il remue de sa houe, se relève el examine. La petite fille qui garde la vache nburridère , et 'qui tieut ses sabots à la main^ regarde aussi, tantôt les beaux cavaliers qui sautent les baies et qui la' font trembler quelquefois; tantôt» avéc un ceil presque (l'envie, les calèches découvertes qui roulent sur les r^outés, emportant de jeunes femmes rieuses, belles de leur beauté , belles de leur toilette. C'est la saison desfleui*s, tout est en fleur; la campagne est 'fleurie, chaque visage de femme est une fleur, chaque parure de femme un bouquet, chaque voiture une corbeille.

Le cérf a traversé le pavé' de Versailles, il etwiè la

Si

plaine de Villacoufray , et le lioi, qui gaitif>e sur sa trace , motitrè un 'visage plus heureux du plaisir qu'il donne à tout le monde , que de celui qu'il prend luimême; il salue sans cesse pour répondre aux acclamations qui s^élèvent partout sur son passage.

J'oiibltais, parmi ces gentilshommés dont je vous

36 ÎBS CHASSES

rapjportais tout à l'heure la devise armoriale, j'oubliais de mentionner celle du premier gentilhomme de France» du &oi luî*mènie. Une grande nuée d'asur, d*où sortent des langues de feu, et au milieu un cerf ▼olant qui porte au cou une ceinture d'azur sur lamelle on lit un mot, un seul, mot de prédestination , c'est un symbole, ce fut une divination. Ce mot est Eipéranee, Anne de France et Pierre deBour* bon l'adoptèrent , car la maison de Bourbon devait parvenir un jour à la couronne de France. C'est encore aujourd'hui sa devise 1 ! !

Le cerf qui tient de s'eiîgager dans la route de Versailles a été vu très distinctement , et les veneurs expérimentés assurent qu'il commence k tourner le pied, indiquant ainsi que ses forces s'affaiblissaient. Dans ^ette route nous trouvons un pl&s grand nombre de voitures et de spectateurs réunis qui roulent avec nous vers Velezy. Ce pauvre village , uniquement riche de la gloire militaire qu'on lui fit en iSi5, est traversé sans que nous ayons eu le temps de jeter un regard de compassion sur ses huttes et son clocher dégradé.

Nous voilà dans le bois de Meudoo, au carrefour de

JHE CHABIX8 Z. 37

rUr8iiie;(pui8 la chasse, qoi indine à gauiché, nous

conduit à Tctang de Brise-Miche où le cerf prend de l'eau. ^

Autour de cet étang une foule considérable et curieuse s'était rassemblée ; un moment on avait espéré que le cerf , harcelé par la meute s'y ferait prendre , mais les chiens sont éloignés. Les trompes appellent dans la direction ; et avant que la chasse soit ralliée, nous avons eu le temps de saisir l'ensemble de la riante vallée de Chaville, large fleur dont la corolle se dessinait à nos yeux.

De l'étang de Brise-Miche à 1 étang des Trivaux, le cerf a rapidement dévoré l'intervalle.

Encore un ravissant paysageu Voyez à travers cette gorge I c'est Paris que vous avec là-bas devant vous. Si vous levez vos yeux vers le ciel, vous apercevrez le château de Meudon et aussi le village vu de profil.

En vérité» ne dirait-on pa^qu'nne ame d'artiste ou de poète est enfermée dans ce corps de cerf qui cherche les beaux sites? A peine s'est*ii montré dans les fonds de Morval et dans la garenne de Sèvres, que le voici

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58 GHAâ^l;»

qui jette dans les vignes et gravil le6 coteaux, de

Là , naguère , s* élevait uu vaste et beau château. Madame la marquise de Pompadoar passant un jour sur le plateau qui sépare le village de Sèvres de Meudon 9 s'arrêta étonnée. Madame de Pompadonr, belle comn^e une fée, voulait éprouver parfois si elle en aurait la puissance magique. — Je voudrais avoir ici un château, dit-elle; et d un coup de baguette le château fut élevé. MM. L'Assurence et Dlsle, les architectes du temps, furent chargés d'en diriger les tra* v^ux; la $tatue de Louis XY, sculptée par Pigal, placée dans la grande allée du jardin, indiqua le dieu qui devait y être adoré.

Naturellement, en 1795, le château devint propriété nationale, et dès lors on put prévoir quelle serait tôt ou tard sa destinée. On le mutila. Cependant Impartie piineipale.fiit conservée, et le jardin et les bois étaient encore intacts, lorsqu'on vit venir, trente-ttxMS ans après , une bande noire de courtiers d'immeubles royaux. Elle supputa la valeur intrinsè-^ que des murailles, calcula la quantité de plcm)h (juj

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feçwxvmt, les toits , Je nombre des articulations de fer <jue i eniermaieiit le corps el les membres du bâtiment, et se fit adjuger cette page d^ pierre où se ti'ouvaient écrites quelques lignes de notrq iiistoire.. La page fut laeérëe m profit de quelques cabanes bourgeoises^

Peut-ôtre le cerf, dans ses nocturnes excursions, était-il parfois venu chercber le calme du parc et le parfum des (leurs du jardin. Il comptait y trouver une [mtectîon» un ^bri contre- ses poursuivans ; il trouve la mort*

Plus de jardins, plus de bois ; le terrain'est partagé, le sol bouleirersé , le cbâteau haché : on dirait de la; loi agraire.

Le cerf s'engage dans ce labyrinthe de pierres et.

de décombres. ^

Quelques bouquets d'arbres jaillissent de terre, la^ poussière du plâtre a blanchi leurs feuilles et couvert, leur écorce ; ils ont un aspect triste et semblent pressentir les coups d^ la cognée qui va Tçnir à eux aussi i. des herbes poussent autour des pierres; quelques fleurs aussi montrent leur tète étiolée au milieu de ruines. — Des ll(iui:s dans des ruines ! Le triomj^h»

4o, LES CHASSES

de Ja nature sur la puissance détruite de rhomme!

cerf saute et franchit tout çe qui s'oppose à * sa course ; ces perpétuels efforts dévorent ses forces. On voit que ses éJans sont moins élastiques et moins

nerveux.^

Le Roi n'a pas perdu la trace uu moment. Il a suivi toutes les anfractuosités , toutes les lignes courbes, droites 9 brisées du chemin qu'a parcouru la chasse.

Un superbe hallali sur pied se prépare. Les trompes l'annoncent. Réuni en bloc , leur son de cuivre appelle au loin tous ceux qui n'avaient pu suivre ou qui avaient donné dans un défaut

Un moment le cerf a fait tête de son front boisé , il a maîtrisé la rage des chiens; alors rusant avec eux, il les franchit d'un bond léger; mais le voilà acculé contre un pan de vieille muraille.

Autour du cerf est la meute qui l'enveloppe ; autour de ce premier cercle sont les piqueurs qui sonnent ; des gentilshommes, parmi lesquels le Roi et Mgr. le Daupiiin, puis des otïiciors de vénerie; enfin

un Iroisièmc cercle plus vaste enserrant celui-<;i, formé par plus de deoi cents cayaHers» des équipages et rinnombrable foule des piétons. Au loin le vaste bassin où la Seine étend ses eaux comme une bande de toile bleuâtre qui s'essore au soleil , où Paris tout entier est assis^ où les flèches mélancoliques de Saint- Denis se montrent au-delà dans la ri^nr de Tborizon , comme la mâture d'un vaisseau à l'ancre dans une rade éloignée.

Yoilàl'ballali.

^Le Roi descend de cheval, il prend la carabine des mains de M. de Yinfrais^ et met fin d'un coup aux anxiétés de la pauvre bête?)

Tandtf que les fanfares éclatent et c-élèbrent le succes de la chasse^ le premier piqueur lève le pied droit du cerf y le natte et le donne au commandant. Celuici le remet au premier veneur, qui, le chapeau à la main, le présente au Roi.

Le Roi lui-même se découvre pour le recevoir : cérémonial de chasse royale.

Les daintiers et la langue du cerf ont également

été détachés.

4^ CUAâSJiS.

C'est l acté iiaai, c est la clôture consacrée par l'usage et les réglemens.

Sa Majesté a été satisfaite, et elle le dit obligeam« ment aucommaiidaat de la vénerie» que ce mot paie de tout son zèle elde toutes les peines de la jouruée.

Le Roi n'assistera pas à la curée, quoiipie sa Majesté ait décidé qu elle . aurait lieu., il se dirige vers. Heudon » où madame la dauphine l'attendait pour retourner ensemble à Paris.

Quelques curieux se dispersent. Les uns accompagnent sa Majesté ; maia la plus grande partie res* tent pour ne perdre aucun détail de la chasse.

Les valets de chiens déshahillentlecerf, puis après, avoir enlevé les filets et les morceaux destinés au commancUuit et à chacun des.veneurs, ils recouvrent la carcasse de la nappe.

Pendant ce travail» on 'maintient les chiens sous le fouety et quand tout est ûni, le commandant, se

retournant du côté de l'animal étendu par terre > donne le signal de la curée.

Les trompes retentissent.

Oli CHARLES X. 41

A vous maintenant , mes chiens » à yons le reste ;

payez-vous de votre sueur, de vos ialigues et de vos abois.

En peu d'iiistans ii ne resta plus de l'animai que sa charpente osseuse ; pas un petit lambeau de chair. Tout était dévoré et fait squelette.

On soune alors la retraite prise ; les chiens, le museau encore rougi de leur repas , sont recouplé» et mis en hardes, et i équipage reprend le chemin du chenil de Versailles.

Le silence succède au bruit et au. spectacle , le calme caQipagaat d au mouvement et à ragïtatiou duuL les yeux et les oreilles venaient de se rassasier.

On n'entendit plus que les rares fanfares que sonnaient encore en se retirant les plqueurs fatigués.

OÀUalMUMilBlriilIB.

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