‹ Les chasses de Charles X, souvenirs de l'ancienne courChapitre 5 sur 20 · SO LES CHASSES · texte numérisé non relu

SO LES CHASSES

Nous fûmes entraînés dans le saion» notre pré- '

seotation à madame la vicomtesse se ût dans toutes les règles.

L'aspect de cet intérieur est gravé dans ma mémoire. Madame la vicomtesse était placée sur un canapé eu tapisserie, surveillant attentivement les travaux de sa jeune famille^ trois enfansassisàdes tables séparées. Tout le monde se leva à notre entrée» et ce ne fut que sur notre instante prière et après un coup d'œil approbateur de leur mère qu'ik allèrent reprendre leurs places.

Après quelques niomens de causerie, notre hôte, avec un ineffable sourire d'orgueil et de contentement sur les lèvres» nous dit en nous montrant ses enfans :

— Youlez-vous voir quelles pensées emplissent ici

le cœur et l'esprit? approchez et jugez.

L'une des jeunes ûlles, l'aînée dessinait ; c'était un tablean'représentant la cérémonie dn baptême de son . altesse royale le duc de Bordeaux.

DB CUAKLES X. Si

La cadette copiait de la musique : une romance

dédiée à madame la Dauphiae.

Le fils, magnifique enfant de seize ans environ, aux boacles de cheveux blonds » à la toumare de futur garde-du-corps, transcrivait quelques passages de la vie du Roi» que son père loi avait fait composer.

— Vous voyes, continua le vicomte , toute une

maison dévouée au cuite de ses princes. Ne vous en étonnes pas; 11 y aurait une odieuse-ingratitude^ si» après celle de Dieu» tout dans cette demeure n'était ' plein de cette adoration.^

— - Personne ne peut apprécier le Roi mieux que vous, je le sais.

— Parce que personne ne l'a mieux vu que moi, voilà tout le mystère : Charles X appartient, on peut le dire» à cette galerie de princes dont .les portraits n'ont été qu'iniidèlement ébauchés. Un jour on lui rendra justice.

— C'est particulièrement à Tarmée des princes que vous l'avez étudié?

— • Toujours avec lui : auparavant, en 1783» j'ac-

compagnai le comte d'Artois eu qualité de volontaire au . camp deSaint-Roch , à Gibrahar; {'étais s6us ses ordres à Coblentz, et je iis partie du voyage de Pétersbourg.

— Qtie de souvenirs vous devez avoir à redire !

< — J'ai là, — en touchant son front,— j'ai là loas le» faits qui ont rempli les 45 dernières années; faits inconnus l Si vous saviez combien les traditions se dépravent en s'éloignant des événemens qui leur ont ' donné naissance ! Croiriez-vous qu'il y a telle circonstance dont j'ai été le témoin, teUe action à laquelle j'aiassisté, et que j'entends raconter, que je lis écrites dans des livres, et qui n'ont tout au plus d'exact que rindication chronologique^ *

— Oui, observa mon compagnon, il est bien re-^coonù que, si les fictions sont faites avec des débris de vérité, l^s vérités ne se composent ordinairement que de fictions arrangées.

— J'aurais cent exemples à fournir à l'appui de votre observation. Si quelque jour nous nous trouvons^ en fonds de knsir et que leâ souvenirs d'un vieux conteur vous plaisent, je jetterai très volontiers un regard en arrière sur ma tie, et vous jugeres alors comme

. DÉ CWiâilU t.

le mensonge est enyi^bissant. Tenes» à l'enidrâii dé celtje campagne de Gibraltar, parexempJe, que je viens d'indiquer, combien d'erreurs n'a*t-on pas débitées? Mais je perds de vue que pour le moment nous ne sommés en disposition ni d'èeouter ni de raoonlier. — De gftce, achevez seulement le ïaxL . — Non 9 il fimt, dit-on, qu'un bon propos vienne tonjouis à sbn heure ; pour le moment, allons visiter mes écuries et choisir les chevaux que nous monte* rons demain, c'est ce que ntms avons de' plus pressé $ ce soir, après souper, si nous n'avons rien de mieux àfiûre.

Et le soir ce fut une volupté sérieuse que de nous trouver assis dans le salon de* notre hôte , les pieds • foulant un épais et chaud tapis, assis en face d'une cheminée où petiUait une flamme hospitalière, et dh temps à autre d'entendre les harmonies des vents d'automne qui 'sifflaient en se glissant-sous les fNMrtes et se brisaient aux angles des corridors.

A la suite d'an entretien dont le jet nous avait naturellement conduits sur le terrain où nous nous étions

64 CBâSfllS

trouvés le malin , moa compagnon de route» qui n a- ▼ait pas oublié la promesse de notre hôte, fut le premier à la lui rappeler :

— Oserai-je vous demander, Monsieur le vicomte, quel mensonge fut accrédité à Toècasidii de la campagne de Gibraltar?

— Ah! fit notre vieux gentilhomme : c'«st un exemple entre beaucoup d'autres que je voulais ci-

. tetee matin, pour démontrercombien l'esprit de parti, les passions haineuses savent altérer la vérité.

Il m'est arrivé de lire et plus d'une fois d'entendre répéter que le comte d'Artois, qi^i s'était laissé pérsuader d'entreprendre la campagne de Gibraltar, comme volontaire, n'avait pas su y trouver l'occasioii de montrer son courage et de payer de sa personne. Gela s'est dit, parce qu'il fallait à tout prix faire une mauvaise renommée militaire à Charles X. Mais le Comte d'Artois, pas plus que le Roi Charies X, ne mérite de reproche en ce qui touche les divers genres de courage. Celui de la chasse, vous en jugerez peut-être par vous-mêmes; quant au courage militaire, il le posséda autant que les circonstances

le lui permmntt U s'itUumiiit sîirtoiit par te sentiment de rhoaneur ; ainsi, sans youloir porter la moindre

atteinte à cette immeniie renommée de MapoJéon- Bonaparte» je donte que le comte d'Artois » s'il eût été soldat de fortune et empereur parvenu comme lui, eût snrvécaàla défidte de Waterloo. Son courage se serait grandi avec le péril, et la honte de faillir à son origine lui aurait rigoureusement inspiré un sentiment qui l'aurait conduit à se faire une tombe sous les arbres de la ferme Saint-Jean.

Même encore aujourd'hui , quand ma pensée revisite cette époque , je suis tenté de croire qu'il s'agit de faits qui se sont accomplis pas plus tard qu'hier ; cependant ces souvenirs datent de 1762.

" " La eampagne de Mahon venait d'être' tnâlumwent dose par la reddition du fort Saint-Philippe , et l'ËSf pagne , pleine de confiance en l'habileté militaire qu'avait déployée le -duc de Grillon dans le oomma»- ^ dément de ses forces > venait de le nommer capi- «me^général des troupes chargées de foire le bloctuL

6ê LX& GMàSSE»

de Gibraltar, il succédait aux généraux AWarès» IàM»«fcBaroal(lî.

Gibraltar, cette montagne inaccessible dont la position singulière a de tous temps frappé les regards des bommes de guerre , devint le point sur lequel l'attention de l'Europe entière se fixa dès qii'il fut décidé que son siège serait entrepris par les armées combinées de fiance et d'Espagne. La plus grande émulation sé manifesta parmi les gentilshommes de ce temps, pour briguer Thonneur de faire partie de cette expédition. La France fournit son contingent; TAllemagne eut aussi sa division. '

Le camp de Saint-Hocb était formé quand les ofliciers français apprirent que la cour de Versailles leur envoyait deux illustres compagnons d'armes » le

comte d'Artois et le duc de Bourbon.

jjiJÛn.^sIélûnna. beaucoup aUoOlaillp^ ideux ^

fsâiÈDi^ omf^eMÊmniià fentrepimdifei .m^'ooiifiaiiife filiisidaiciiiqiiBtotà limesciaift.motf iljaQûili^. d^nik.i|Af maison ou il effc $i pénible de wy^ger ert. régions

^pie^ çt ides. puérils d'un Mége <jù, le. qpmuiaxi^cmenit

0£ GUA.RLS9

en çiiei ne leur appartenant pa$ , la gloire ne cleyait ébiP pour eux que secondaire*

Ces considérs^tiioii^ mf lei^^eUc^ on s'aj^emUsmt paturelteaptent, n Vuent pas manqiuî d'éta)>Ur We (NréflOViption favorable fwp: privées. I^e çm^ avait bonne opinion et se préparait à les bien recevoir. L'un dçuz» qui 9'était atlenda qae'pour le 1 7 août , s'étant arraché anx plaisirs 'de la cour fia Madrid 9 où l'on déployait tout le prestige fies fêtes ppui' le captiver « arriva inopinément le i4 soit*« Ceiaî-là c'était le comte d'Artois l

Son ardeur fui si grande à rejoindre lVu>éè 9 qi|« 4ernière étape fut de vingt lieues p^rcourue^ è

cheTal 9 taotpl dap9 )^s monjtagnes , eu suivant dss

4^és4.piçj. tantôt (la^.d^s.piainitiç où {e soleil niio^iv dait et harassait.

Le prince , pendant ce trajet , paraissait non moins ipdifi«irçAt au^i,fetiguçfi .içqrppi:ell<e!s q«.W danger que {iréi^^Qt .^^Pî jparages .dpçiites i Jnli^^ i iffîih fl^te^t (cie ces détrousseurs (Jô pjoiession^iLloqt rtspagne.>sei|i)>l0.^K^.iie p^ipéloei; bîjraj»e,^,depnh»^.h^ )(aurei«. ji)#qu')îi ^osntivi^/ilki^^i .^w^ ^Mi^r.ile^.^ll^t quçleïts»: M I ' .. m' /' . '"-'î . ** • ^ *'

Assurément , Messieurs , moi qui me piquais alors *être un homme de cœur , j'étais loip de partager 1 sécurité du prince à la suite ducjuel je marchais , et ce ne iut pas sans une certaine satisfaction que je découvris le soir, du haut de je ne sais plus quelle montagne , la vaste baie d'Algésiras « où cependant les périls les plus réels, mais d'une autre nature, v/êas attendaient.

L'arrivée du comte d'Artois fut accueillie par de vives accclamations. Le régiment de Bouillon , qui était de tranchée sous les ordres de M. le brigadier comte de Grillon, ne fut pas médiocrement étonné en recevant le soir même la visite du prince. Cet empressement à se montrer aux troupes françaises,

^heva de- kiî -oonquérir l'opinion la plus* honorable dans l'esprit des soldats. . . . ,

! ' I.é léàideÉlfiin taiatin< ^'Alteësé^tédlbigtlft 1è dééiir de parcourir la hgne. MM. le capitaine-général dç Cniloh,' le bâriMi dë Fidclcéifthi^ , éommalsdAiilt'^étt ohef>telt une-foule d'officier^lsdpérïéiEii's des armées

.-.combinées^ l'^compagnaient. Le prince, quoique ce fut là son début , fit le tour des lignes sous l^fe^ de

la place , sans timidité comme sauâ jactance ^ c'était la fermeté d'un homme àrave gui fa it son devoir a à qui cette fermeté ne coûte rien. Messieurs » cet éloge n'est pas de moi ; je le rapporte tel qu'il a été imprimé à Cadix» dans une «Ration du siëge de Gibraltar» faite par ua olllcier d'artillerie. Vous voudrez bien vous rappeler. Messieurs, que c'était là le début du prince, et vous n'ignorez, pas que le courage le plus éclatant a aussi, comme toute autre chose, son apprentissage à faire.

La présence du comte d'Artois à Sainir-Roch imprima une étonnante activité dans les travaux du siège.

Le i5 au soir, plus de sept mille Espagnols et deux mille trois cents Français partirent du can^ pour set rendre à ui^e nonyelle ligne' qui devait sei!?i|r

de prolongement à la b^^tterie de Malioa jusq\i'à lu jU^éditarrané^^ Oii éilpya, ce sojr là> en Sfcs et ton^ . .neauis rpiap^^ ^ ^^^,t 4*ôft^ de.quiafej Cçuats ^ ^toises de ]ongue;ur , don^ la moindr/ç. hauteur ét^it ^ ' neui p^eds et répais^eur 4e^ douf^. \ ... . . . ,

' 'Le duc de Boufbdn étant arrrré dans la duitdil i5 ,

au 16, le comte d'Artois avec ce nouveau coœpa-

90 • LE» CHASa^S

I^Apa d'armes alla parcourir encore la li^fxe et visiter uiiè nouvelle pari^èle.

Le id| le feu des assiégés fat extrêmement vif.

Les flancs de la montagne vomissaient à chaque instant des bouiets qui sifflaient et se croisaient en ton» sefxs. Quelques-uns venaient se heurter contre un crâne d'homme ; ailleurs ils faisaient une trouée à' trayers une masse compacte et laissaient la trace deleur passage longue et menue comme un sentier dans rherbe des prés. Le comte d'Artois ne semblait éprouver qu'un sentiment , celui d'exciter le courage et le zèle des soldats. Sa présence dans les lignes se prolongea jusqu'à une heure très avancée dé la nuit : je me rappelle , à telles enseignes , un magnifique spectacle produit par d'énormes fanatix qui allaient et venaient sur la forteresse de Gibraltar, Ils descendâieùt'y rémon&iènt , parcouraient les ànfractuosités de ce formidable volcan. Une autre circonstandè^tbt {ajoutei* uh' puissant élément pittorefiîque à cetté scène ; l'ennemi envoyait des pots à feu dans la partie de l'i^me o^i les Français travaillaient, et il y m a|Viiv.t.dOilt i« fteflté. wHwrfrtt jde lumière pjius d'un doftài-mijk parré>..,.. , m .

Di CIAU.I5 z. gi

Le di , à trois heares du soir^ une bombe 9 tombée sur des fascines ^parses le ioog de la communica* tion, y mit le feu. €e soir là» à côté du prince , le cheraiier de Barst fut blessé.*

he un aojtre officier supérieur fat ble&sé eu-

core à côté 4u prioce.

Le 3o, le comte d'Àrtois réclama de nouveau J'bonneur de se remontrer à la ligne : le feu de l'en- .

nemi était extrêmement nourri ; on prévoyait que la journée serait meurtrière. Le prince s'y rendit , malgré les prières et les efforts, réitérés du capitaine* général pour le dissuader* Ce fut , en effet , 'Mes^* sieurs y l'une des plus mémorables jour nées di^.sié^e. I| n'y eut qu'une voix dans le camp pour lui rendre l'éclatante justice qu'il .méritait. Les boulets passaient autour de lui ; leur sifflement faisait frémir à tout instant pour son A liesse Royale totfê cetix gui avaient l* honneur de l' accompagner (i),

' iff Yoyce VUMMi du èiégcT 4ë GNi^sMar: fMr în eflleièr'ée Jj^riill^ri» firançaisç, Ge( wm^t, }rapr\p^ et poUié^à Cfdi^, «8t très rare. Il n'en eiisl.e qfo'an eiemplaire à la Bibliofhèqoe Royale.

9^1 us cuàMm

— Monseigneur, lui disait le çoînte de Grillon» votre Altesse court ici un péril iuulile.

— Comme vous, Monsieur de Grillon, je &is mon devoir 9 répondait le prince; et les obus pleuyaient. .

Dans le régiment de Bouillon se trouvait un soldat

que le prince avait remarqué, et qu'il avait attaché à son service pour toute la .durée de son séjour au camp. Cet hommo^ qui se nommait Jean Leclerc et qui paraissait fort dévoué à sou maître, l'accompaguait partout. Il était k ses côtés pendant cette journée du 5o. Ses yeux étaient constammeut attachés sur tout ce qui pouvait le menacer. Quelquefois quand il les dirigeait du côté de la forteresse, on Ten- ^tendait répéter : Ceci est pour nous , on apercevait en même temps une subite lumière, puis la bruyante détonation d une batteriei

Au plus fort de cette ailaire, dans un moment où les boulets formaient comme un réseau sur nos têtes, une bom);^ vi^t tomber à peu de. distance du lieu, où

se tenait le comte d'Artois, Texplosion était imminente.

DB CfiARLBS X.

Une VOIX tout à coup se fait entendre :

Monseigneur!!

Et celui qui avait poussé cette rapide et forte exclamation se précipita sur le prince qu'il couvrit tout entier de son corps.

lia bombe avait éclaté. Quelques-uns en virent voler les éclats, et n'eût été Jean Lecierc, Tun deux

allait droit à l'adresse du comte. Jeaii Leclerc reçut une large blessure au bras gauche.

— Je gage, mon ami, que c'est la première fois en

votre vie que vous avez eu peur ; et il aidait au pansement du brave.

— Ma^foi^Monseigneur^c est vrai, répondit celuici, mais il fallait bien que quelqu'un eût peur pour vous. •

Le mot du soldat fut trouvé digne de son action.

Vous savez. Messieurs, assez du cœur du comte d'Artois, pour croire » sans qu'il soit nécessaire diç

vous le dire ^ que SOU afiection lut à jamais acquise

à cet intrépide soldat. Après avoir obtenu sa retraite et l'ayair muni de tout l'argent qu'il lui £eJlait pour retourner en France > il lui assigna rendez-vous à Versadlles , pour l'acquit d'une dette que son cœur avait contractée avec plaisir. La rëvo- ' lutionles sépara, mais l8i5 les mit de nouveau en présence Tuu de Tautre» et ce que le comte d'Artois avait commencé, Monsieur et Charles X le continuèrent. ..

Vous ne vous doutez pas. Messieurs, pour quels motifs j'ai particulièrement insisté sur cet incident : c'est que ce brave Leclerc, ce courageux soldat si dévoué à son prince , maintenant vieillard en cheveux blancs, est depuis quelques années habitant des environs de Fontainebleau. Il est, je crois, au village d'Avon ; le Roi le voit souvent quand il chasse

Cependant, Messieurs, les travaux du siège étaienjt poussés avec vigueur, la constructioa des batteries flottantes qu on devait au chevaUer d'Arçon, ces fa- . meusés pragmes, pour les appeler par leur nom, s'avançaient à vue d'œil. Le 7 septembre, deux d'entre elles firent voile d'Atgéstras pour Punta Mayorga.

Le lendemain tout paraissait tranquille dans la pkee et tout Tétait dans lea ligikes, qiuuMi la forteresse s'éveilla et commença une canonjiiade si bien same, que la batterie de Mahon latinceiidiée en peu d instans paries boulets rou^. Les Français, sous les yeux du CDinle d'Artois, firent des prodiges de valeur ; on allait pùiaer l'eau de la mer à demi-portée du feu de l'eauemi; mais on ne put empêcher la tlectruction des batteries* Les aflBiits devinrent la proie des flammes et les canons furent enterrés dans le sable.

11 était démontré que Gibraltar ne pouvait ôtre at<* taqué av ec succès que par mer. Dès-iors ou ne s'oc ; cupa plus que de l'achèvement despragmes pour en tenter l'épreuve.

On se le rappelle avec douleur, le 1 8 septembre fat ce jour malheureux.

Le chef d'escadre , Don Ventura Moreno , donna l'ordre aux pragmea d'appareiller^ £n tête étaient lii Pastora^ vaisseau amiral, et la Tulla Piedra, abord de laquelle se trouvait le chevalier d'Arçon, rinven- \ teur des batteries. On les vit mouiller à trois cents toisea de la plaoe^ à lo heures g5 minutes, Ti84i-vis le

96 LB« CHAWBS

bastion d'Orange. Malheoreusement on reconnut,

quand il n'était plus temps» que les pragmes s étaient emboasëes trop près les unes des autres.

. Les forces de terre devant opérer de manière à faire diversion, la division française était de ligne , et le prince était resté à terre à sa place naturelle ; mais, par un inexplicable mystère > les troupes de terre ne reçurent point l'ordre dé donner. De plus, les galioles , les barques à bombe qui devaient seconder l'action des pragmes; ne firent aucun mouvement. On ignorera sans doute éternellement » dit un bistorien que je vous ai déjà cité , pourquoi tous ces uavires ne marchèrent pas en même temps que la flotte.

Cette journée fut désastreuse , comme vous savez. Messieurs; toutes les pragmes furent incendiées ou coulées. Le comte d'Artois qui, par suite des dispositions militaires, n'avait pu trouver l'occasion de montrer sa. valeur, puisque les divisions de terre n'avaient pas donné, trouva au moins celle de montrer son admirable coçnr pour les braves.

Il intercéda pour que tous les oiliciers employés à

bord des bâtimens français et c[ui avaient survécu à l'expédition, obtinssent des gratificatioils.

11 fit de sa propre bourse une pension de 600 livres au baron d'Armféld.

Il envoya à rini'ortiiné d'Arçon des marques de bienveillance après la défaite , alors qaWe responsabilité morale immense pesait sur lui.

MM. de Myring , Bérard, obtinrent des gratiiications méritées.

Les pragmes étaient détruites , mais non toutes ' les forces na^es de l'Espagne , encore moins celles de la France qui n'avaient pas été engagées dans cette première affaire. Lés efforts de FEspagne étaient loin d'être à bout ; toutefois les princes prévoyant que le siège allait tirer en longueur , et ne pourrait leur offrir que de rares occasions de payer de leur personne, indiquèrent leur départ comme prochain.

Gibraltar n'avait pas de ravitaillement. Le gouverneur Elliot ne devait pas tarder à rendre la place si le blocus était maintenu.

L'Angleterre n'avait pu se dissimuler cette vérité ,

' LES CHA5SKS

el c'est pour cela qa'elle s'était hâtée de faire mettre à la voile une escadre sous |e commandement de lord Howe. Cette nouvelle arriva bientôt au camp de Saint-Rochy où l'on continuait toujours, avec la même vigueur qu'auparavant, les travaux dii siëgc.

Le 8 octobre , le comte d'Artois se rendit à bord de ift Trinité , vaisseau amiral monté par Louis de Cordova.

Ce fat une nouvelle occasion pour iui de'témoigner de la fermeté de son cœur. Il était venu à bord pour prendre congé de lamiral ; tout à coup l'horicon s'obscurcît. Dans ces parages» on le sait, l'avantcoureur de la tempête est souvent la tempête ellemême. Le vent d'ouest "soufila avec impétuosité , la mer devint houleuse y et le ciel tout noir d'orage. Bientôt un épouvantable ouragan éclata. Les marins les plus expérimentés ne le virent pas sans frémir. Le comte d'Artois, lui, je vous l'afûrme , n'éprouva pas une seule altération dans l'expression calme de son visage, et cependant toute la flotte chassa sur ses ancres. Ce fut horrible.

Oigitized

D£ GHàKLES X. ' 99

Le San-Miguel fut jeté à la côte de Gibraltar j

Le San-Dameêo perdit son beaupré ;

La Santa'Perpetua fu^ jetée à la côte ;

LeTriumphante, \di6anta^Magdelena, poussés près de Gibraltar , à portée de cation.

€e ne fat que le lendemain que le prince put gagner le bord, après avoir donné les marques de-^la

plus profonde aftliction inspirée par ce désastre.

Il était déjù rendu au camp de Saint-Roch quand il apprit que cette même tempête qaî avait disséminé la ilotle espagnole, avait favorisé et accéléré l'arrivée de la flotte anglaise dans la Méditerranée. Elle fut en ciTet signalée. Dès lors il fut à peu près facile de prévoir quel serait le résultat d'tfn enp^agement , s'il avait lieu ainsi sous les batteries de Gibraltar, entre les Espagnols et les Anglais, et rengagement était inévitable. Le t a , Howe conquit cette renommée militaire qu'un concours devénemens heureux lui valut autant que son génie, et son habileté.

Le lendemain , le comte d'Artois qui ressentait

lOO - IE« CHASSES

douloureusement ces malheurs de l'alliée de la France , partit de Saint-Roch.

Ainsi, Messieurs, le séjour du prince devant Gibraltar fut de sept semaines , et ce petit intervalle de temps fut chaque jour marqué par les témoignages de toutes les qualités du cœur et de l'esprit qu un prince puisse posséder. Il y montra souvent le courage du soldat, la valeur du chef, la fermeté du marin, unie à une bienveillance et à une libéralité sans bornes. Ces faits là , Messieurs , se sont passés aux yeux de tout un camp , en présence d'Espagnols , d'Allemands et de compatriotes; j en ai été témoin, et cependant voici ce que j'ai entendu rapporter de cet épisode si remarquable de la jeunesse du prince. Je vous le disais tout-à-l'heure à peu près en ces termes :

c En 1782 le comte d'Artois , s'étant laissé persuader d'entreprendre comme volontaire la campagne de Gibraltar , s'y rendit en elTet. On rapporte à ce sujet, que le comte s'étant trouvé, à son corps défendant , pris à bord du vaisseau amiral, au moment d'un engagement entre la flotte espagnole et la forte-

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resse usjiié^ée, il n'avait trouve rien de plus simple, pour se mettre à l'abri du péril » que de descendre à fond de cale , et là , ajoute-t-on , s'ëtant placé au centre des anneaux :d'un câble épais » il avait attendu la ûn de cette affaire, sans iniportanc^ d'ailleurs. »

Qu'en dites-vous , messieurs? n est-ce pas en effet ainsi que les passions écrivent l'histoire , et que les peuples égaréa jugent les Princes ?

Le lendemain nous entendîmes des chevaux qui piaifaient dans la cour. On préparait nos moutures y et notre hôte lui-même » qui s'était le%é de bonne heure^ assistait à ces préparatifs.

— Le rendez-<vous est k 1» croix, du Grandt-UaStre, pour onze heures.

n tira sa montre.

Il est sept heures ; nous avons tout le temps de nous revoir. Je parierais ne pas me tromper de cinq minutes> en affirmant que dans ce moment le Roi se

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lève. Vous pouvez comme moi assister d'ici à ce lever. Un valet de chambre a pénétré dans son appartement, et le Roi est descendu de son lit doré, qui fut celui de Bonaparte, qui serait celui de tous les rois , vous le verrez.

Sa toilette achevée, il regarde à un thermomètre en verre de Lerebours qui est placé à l'une des deux croisées de sa chambre, celle qui est de plain-pied avec l'escalier étroit de la cour de l'Orangerie. Il descend et se. promène quelques instants dans celte enceinte où Henry IV avait établi une splendide volière, et que Louis XIll avait convertie en orangerie( i ). ï\n remontant, il trouvera ses journaux; ils seront posés sur une petite table ronde en bois d'acajou, célèbre comme ayant servi à Bonaparte en i8i4, pour signer son abdication, dont au reste nous n'avions pas besoin. Monarque moins superstitieux que son aïeul Louis XIV, il n'a pas craint d'avoir ce meuble sous les yeux en dépit de la pensée qui s'y trouve in-

(1) £d 1702, UD incendie la détraisil. Louis XIV la fit rétablir. En 1789, le feu qu'on entretenait dans cette orangerie, poussé avec trop d'activité, causa un nouvel incendie qui consuma de nouveau ce bâtiment; des orangers qui dataient de plusieurs siècles furent perdus.

DE CHABUS Z. ]05.

crostée. CependaDt il m a été affirmé que le Roi a été aperçu deux fois daus l'attitude de la méditation , les regards fixés sar cette table; simples considératioDS historiques.

Le Roi, Monsieur le Dauphin et Madame la Dao^

phioe se réuniront à déjeuner» et tous trois après ne tarderont pas à partir pour la chasse, les princes à cheval et la duchesse dans une calèche attelée de deux chevaux. Si vous voulez m'en croire, Messieurs, nous les précéderons afin de les accompagner depuis la sortie du parc jusqu'à la croix du Grand Maître. 11 ne faut rien perdre d^détails qui rempliront cettejournée, et nous avons beaucoi^> à voir.

A un signe, nos chevaux sellés et bridés nous- lurent amenés. ^

Sur la place de Ferrai'e est une longue grille qui clot l'ouverture de la plus vaste [>armi les cours du château; c'est un des points d'où l'on découvre la masse la phis étendue du bâtiment, et il i^rait impossible de la considérer .toutefois comme étant la façade principale, car celle résidence royale n'eu

104 I^BS CHASSES

a pas; c'est un rendez-vous de plusieurs châteaux' contigus , aggrëgation architecturale , qui a pQur noyau le pavillon de Saint-Louis. Chaque roi de France^ depuis Charles MU, a laissé au pahds de Fon* tainebleau , dans des propoi lions diiTëreules, des tracés de son règne. Jugez-en seulement par ce que vous avez sous les yeux. ,

L'aile gauche de cette coui fut bâtie par François I". On j monire encoire des restes de la grotte du jardin des Pinsy monument des amours de ce prince et d'Âne deValentînois. Si Ton en croit YiUeifieu, cette grotte cachait, des fantaisie^jpeu décentes. Michel- Ange, le Prinialîeè» |iéoiiard de Tinci» et d'antres grands peintres appelés par le Roi pour embellir sa demeure, avaient caractérisé leurs œuvres par une si singulière naïveté» qu'au dire de Saurel, Anne d'Autriche, à son avènement, en fit brûler ou eûacer pour pta$ de oent ndOe éeus* ...

Le bas-relief en marbre d'un^des cheminées deice f)fi bàtimjent représentait la statue équestre de Henri IV, trippphant de. ses ennemis. — « Haréehdl, que dir^iit le roi d'I^p^gne s'il n|e voyait ainsi? de.->

manda un jour fi^(irji à jVL, jde Biron. — li ne vou& craindrait gaèFe^répiîqua.GelQÎ-«L rPuis, voyant que le visage du iloi prenait une ;e^p^ess^oa 4^ sévérité, iioprévne : < S'il tous voyait ainsi figuré en marbre» bien entendu , Sire^ ajouta-t^-il avec empressement, p .

L'aile droite, dont l'élévation est presque double de celle qui lui est opposée » fut commencée par Louis XY, et achevée par Louis XYI. Cet escalier du fond avec .sa double èt massive rampe» dont la. , courbe tourmentée monte à la hauteur d'une te]>rasse placée devant les appartemens du premier étage y fut construit par Louis XUL Ne troùvez-vbùs pas, contre l'opiiiion tle quelques personnes , que cette masse est belle et imposante?

En passant sous cet escalier on arrive à la chapelle de la Sainte-Trinité « édifiée en i5â5; elle doit à

Henri IV toute sa splendeur. , -

Enfin cette grille est lœuvre de Bonaparte, . '

Messieurs. 11* la fit établir à la place d'une ligne de bâtimens qui » en 1 8<to » fennaient encore la coîir ée ce côté. Ainsi» tout compte fait, la main de six rois de Franpe et d'un intérimaire est visible dans cette

seale enceinte, eï encore ne pHÎs-je, lÎMie de le savoir» vous assigner Je nom du huitième prinoe qui fit édifier le corps auquel le grand escalier est adossé. Mais il est» il faut TayOuer» un souvenir qui' prédomine tous les autres souvenirs que ce lieu peut évoquer. De celui-là je fus témoin.

— Vous voulez parler de la scène qui dénoue le

drame historique dont Napoléon fut la principale figure.

— Précisément.

— Horace Yernet a tenté de reproduire cette

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