‹ Les chasses de Charles X, souvenirs de l'ancienne courChapitre 7 sur 20 · DB C0ABUS X · texte numérisé non relu

DB C0ABUS X

passeat à côté du long et blaac obéiiâque qui s élève au centre d'une ëtoiie formée par la route de Montargls , d'Orléans et de Mocet. Sur ses faces nsh guère était gravée Tépoque de la naissance de chacun des enfans de Louis XVI ; mais 89 a passé sa lime sur ces inscriptions.

A quelques pas en avant, le roi Charles X et sa suite sortaient du parc par l'avenue de Mainte non et entraient dans la forêt.

Le bruit s'était répandu que D. Miguel, arrivé le matin de Pans, faisait partie des conviés de la chasse. L'Infant» en effet, ne tarda pas à se montrer. Près ^ àe lui était Pérès, son Figaro, moins Tesprit toutefois, mais comme son émule, barbier de profe»sion* C'est celui dont il fit plus tard Je vicomte de Quelu«« Ni l'un ni l'autre ne portaient l'uniforme des chasses. Le maître est vêtu de noir tout comme s'il - se fût agi d'un dîner de ville ; quoique à cheval, il était facile de juger de la médiocrité de sa taille. 11 ne nous fut pas possible de saisir son'^expression physionomique sous sa chevelure crépue, noire et abondante; une légère tendance à J'obi sité paternelle

concourait à rendre peu gracieux l'ensen^e de sa tournure équestce, Je. ne saurais rien dire de son barbier, -ce uouvd OHner<>le-*Dmm , ainsi qvi'il a été ^rnoflunjé par les negros de la Péninsule, , <

U se tenait assez loin du Roi. Le Dauphin paraissait porter peu d attention et d'intérêt à oe visiteui:»,

Nous vîmes M. Melchior de Polignac qui i'aborliait ; un niôiEient après nous joignîmes nousrmémes le gouverneur du château de Fontainebleau, et notre, cicérone l'interrogeant.

— Que. vous a dpnc dit riofant?

' ^ Il m'a' parié des femmes. ...

— r Puis.* • < • . - r- 1-

— Puis je lui ai demandé des nouvelles de la cour de Vienne, dV>ù il nou^arrive. SaTes-YOUS ce qu'il m'a appris? » . '

— Quoi?

— Que l'Empereur, dans ses loisirs, s'occupe k fabriquer des cir€?s.d*Espagne. ...

—II aimerait pieux qu'il iît des cires de. Portugal.

— Probablement. ^ '

— Et quels ont^été ses piaisirs en Autriche ?

— Il prétend qu'il s'est beaucoup ennuj^é dans soq

0£ CfiARUS X. 109

eûl. On ne chasse pas, dit-il. Quelquefois un misé- Table "tiré , jamais de chasse à courre. ^ ' .

. mu Que dit-il du duc de Heichstadt?

Demi-prince , -demi-prisonnier , demi-adolesoent 9 demi-fantôme; un pied dans la vie, un pied dans la tombe, ce sera bientôt fini. •

En me quittant I>on Miguel m/a salué en me disant : Créuëral, je me recommande à vos prières.

— Que signifie?

— C'est sa formule accoutumée.

' Le vicomte n'aimait pas l'Infant D. Miguel. 11 lui reprochait la révélation qu'il avait faite au duc de Reichstadt de son origine, chose dont les. journaux avaient parlé. 11 pensait que cette révélation aurait pu entraîner de flàchenses conséquences si le IHic . avait été doué de plus d'énergie

A la croix du Grand-Mattré Je Roi fut accneilli par

les acclamations de la foule nombreuse qui l'attendait. On eût dit la côhtiiînafion de sa marche trîomphalé vers le camp d'automne de Saint^Omer, d^où il venait.'

— Le Roi , nous dit notre vieux gentilhomme , se

montre à Fontainebleau powr la première fois , depuis ce voyage qui, toutefois, n'avait été pour les personnesclairvoyantes, qu'unesorte de contre-partie de celui de Catherine II en Crimée. Le ministère Yillèle, attaqué par l'opinion royaliste et par l'opinion libérale, avait cherché, dans cette circonstance , à tromper le Roi , en lui faisant croire que la province était loin de sympathiser avec Paris dans ses opinions hostiles au président du conseil. On avait habilement calculé tpie, dans l'enthousiasme excité par la présence du Roi , il verrait non moins d'amour pour sa personne que d'approbation pour le système politique suivi par ses conseillers, et franchement ce plan valait bien celui de Potemkin avec ses populations improvisées et ses villes de carton , il a complètement réussi. Malheureusement pour M. de Villèle, la dissolution de la chambre et la marche actuelle des réélections viennent graduellement effacer toutes les heureuses impressions produites par le voyage. Le mouvement électoral est tellement dirigé contre le ministère, qu'il semble, à mesure qu'il prend soin de rassurer les esprits sur la continuation de son pouvoir et de son inilucnce, que les choix se mon-

DE CHAULES X. . 111

trent de yilus en plus hostiles. Il sest établi ainsi une lutte fort coiiii<{ue entre les .articles ofiicieJs du Moniteur 9 et les résultats du scrutin. A mon avis, Messieurs» le renard de Toulouse» s'il ne rentre bientôt dans sou terrier, ne tardera pas à se faire mettre bas par la meule "qui le harcèle. — Et» tenez , j'aperçois, près du lioi l'un de ses plus redoutables adversaires.

Cet homme grand » à la Ggure assez belle , mais négative» c'est le prince de Polignac. Plus loin , c est M. de MontbeL Le Roi a poiir ce dernier une très haute estime : esprit ëminent et noble cœur. M. de Mortemart raccompagne.

On dirait que ces gentilshommes ont perdu de vue qu'il s'agit » pour le moment , d'une chasse et non d'une conférence politique » tant ils mettent d'empressement à entretenir S. M. Cependant M* le comte de Girardfn s'est fait ouvrir passage » et il a reçu les ordres du Koi.

On se rend au Haut-Mont , où , selon le rapport de Charlemagne» Leroux» Ghéron et Delaugav, un cerf

113 LES CBASSBS

dix-cors est en bonaes demeures. 11 a été détourné le matin.

La décision du Roi a circulé de bouche en bouche, un murmure de satisfaction la accueillie, et maintenant que chacun sait à quel lieu lattaque se fera , on s'y dirige par diverses lûuCeS.

Vous êtes-vous parfois arrêté , à la nuit tombante, dans les environs d'une fourmilière , pour observer la marche convergente et le mouvement besogneux de cette multitude d'insectes regagnant leur commune et populeuse cité ?. Ainsi faisait tout ce monde éparpillé aux abords de la croix du Grand-Mai tre et

cheminant vers le Haut-Mont.

Dans les anciens usages de la vénerie , lorsque le

Roi était monté à cheval pour allei; à l'attaque , le grand-veneur, ou, en son absence, le commandant de la vénerie , présentait à S. M. un bâton de deux pieds de long pour parer et écarter les branches ; la poignée de ce bâton était pelée lorsque les cerfs avaient touché au bois. Ce bâton devait être coupé le

jour de la chasse et se uommait eslortuaire. On n'en fait plus ufliage : en chasse comme en toutes choses, le temps entraîne des modifications. La manière d'attaquer l'anifflal a également subi d'importans changemens. En 17^6,00 attaquait encore à trait de hmiers, et les valets de limiers retournaient à la maison , avec * leurs chiens» aussitôt que le cerf était lancé. Il arrivait souvent» dans les temps chauds, que le limier, qui était excédé du travail du matin* n'était plus en état de suffire à celui du laisser courre. D'autres inconvéniens, trop longé à énumérer, étaient attachés à ce mode , auquel d'Yauviile en substitua un autre. Le sien, qui est encore en vigueur, consiste à découpler aux' brisées quelcpies chiens vieux ou trop lents pour tenir aux relais et de fouler ^vec eux.

Vers la partie nord*e8t de la forêt « et an milieu d'un terrain vague de vingt-cinq à trente hectares d'étendue, s'élève une petite montagne dont la calotte calcaire est presque chauve ; ses flancs sont garnis de buissons et de tailles: c'est un merveiUetix emplacement pour voir sortir l'animal de son enceinte

escarpée. Au pied de la montagne se trouvait rangé' •

1 l4 LES CHASSES

dans l'aUente tout le personnel royal , immobile et l'œil fixé sur les valets de limiers qui gravissaient le plan incline du Haut-Mont avec les chiens qu'on avait découplés.

Attention au départ ! Gare à la bôte ! Si, dans sa course, cette haie de lôtes, ce crible d'yeux ne s'entrouvre ou ne s'éparpille , il saura bien lui-môme se frayer une voie par l'élasticité de ses membres ou l'énergie de sa tête.

C'était fort joli à voir que ces chiens à demi-noyés dans les tailles du Haut-Mont, allant au vent, tâtant aux branches, travaillant en avant, en arrière, et balançant leurs longs fouets comme la pagaie d'une pirogue. D'abord disséminés , ils se rallient d'euxmêmes à mesure qu'ils approchent de la reposée.

Un aboi se fait entendre , un seul; à ce cri de ralliement les autres chiens se serrent plus près encore les uns des autres ; un second aboi , un troisième retentit, puis un chœur d'abois, c'est la meute entière qui donne. Ainsi, dans leur savante orchestration, sou-

mr - —

DE CUÀRLSS X« llb

\ent Rossini ou M^yerbeer font entendre d'abord un« «onore et rctenlissaate intoiiatîoA dn tromlMMie» une seconde note résoime » une troisième plus forte et plus rapprochée édate et fini pressentir le er«»<cendO) c'est son début ; il grossit » grossit toujours el se résout enfin en un tempestueux tutti de eordés, de wmn et de coiinre.-

Aux olatiiseitteiia de bi nienle les imbope» se tudt mêlées 9 ^ au bas de la montagne, vers le côté de l'oocident, les migs se sontioaTeiiSy car le'eeif e'est mMftré sur la pointe d'un grès que les orages ont

bleui. Il a tourné la tête à droite, puis à gaucbe» 4 la fois smpris des sons ^qpii troublent le «ilence de -sa solitude et de l'appareil qui se montre à lui et révèle T^ttaque.

La meute acbamée^ gravi le pl^n Incliné do Batil» Mont 9 elle est sur sa crête; tnais le ceif a pris son élan , en deux bonds il s'est abattu par le versant opposé 9 et plus impétueux que le chamois des Alpes» à peine si dans sa rapidité ou a pu distinguer neltement son corsage. Personne neipowvraîtdîffelespar-

1 l6 LES CHÂSSES

ticularités de son pelage, il a pass<5 presque au vol ; la trouée s'est ouverte devant lui, et, maintenant qu'il s'ést enfoncé dans les profondeurs de la forêt, les rangs se sont refermés et on se regarde surpris. C'est presque un rêve de chasseur.

Mais les chiens aboient , les piqueurs crient , les trompes retentissent : écoutez ce grand hurleur avec sa gorge effroyable , et ce soprano avec sa voîx argentine. Comme ces sons se perdent au loin , débordent la houpe des chênes et meurent dans la haute région de l'air. Chiens ambitieux, chiens requérans^ chiens alongés, épiés, armés, buttés, courtauts, épointés, étniffés, clabauds» coiffés, ergottés, tous chiens de meute qui étaient tenus en bardes , on les a fait avancer , on les a découplés dans la voie, et tous sont partis.

Du Haut-Mont à la vente Héron il n'y a qu'un mille ; le cerf et la chasse y sont déjà, et les alentours de l'enceinte où l'attaque s'est faite ne se sont pas éclaireis. Les cavaliers seuls ont disparu, le Roi en tête. . - ^

La plupart des piétons, rentiers de Fontainebleau,

DE CHAHIBS X. 'II7

sont encore là; ils côinmentênl les ckvonstMioes de

ce magniiique début do chasse. Par malheur immense pour les rentiers » le soleil n'était pas Àèiike. tiède ; à peine s'il montrait par intervalles son iront seulement lùûiiikeax télstre lés déeonsores d'un çiel obargé de nuages ; ils se seraient assis deux heures au moins sur les bruyères qui couvrent le sol sablonneux, toujours pour pailer de ce qu'ils yienaeut de yotr; c'est- que • le rentier, tel que les administrations publique^ le rejettent au bout de trente è quarante ans de ser-r vice> est partout le même : type inyariabley^vpus le trouyerez partout , dans led entirons dé Paris \f où il y a des bois et des abaisscfntens de taxe dans les contributions indirectes. Le rentier est ennemi de . roctroi.

Cependant ce n eiit pas été non pl^i;» sans raison que ces paisibles amateurs de la chasse se fussent décidés à demeurer là, our ils savaient d'habitude que l'animal qui est en fuite revient souvent revisiter le couvert ou il avait d'abord choisi son affile, liais en rain auraient-ils une pareille espérance pour la chasse . d'au)o«ini*huir Plus d-expérience dû métier leur apprendrait qu'à l'impétuosité étonnante de ce dix-

11^ LES CHASSUS

cors , doyen des bois de Foutaioebleau , il se forlougéra à coup sûr , et que ce serait miracle s'il se remontrait à l'endroit du laisser-courre.

Nous yoicî donc à la route ronde , — au rocher de Bouligni, — au mail de Henri IV, — au carrefour du MoDt-Merle ; — du fond des cinq routes qui viennent y aboutir on voit des cavaliers au galop, des piqueurs , des chiens ; mais l'ardeur de ceux-ci s'est refroidie.

On jurerait qu'ils ont perdu la voie ; ils chassent avec crainte, ils balancent, ils crient moins : c'est sûr, ils sont tombés en défaut.

Le baron dUanneucourt arrive, il a mis pied à terre ; c'est lui qui se charge de le relever , il se mêle avec les chiens dans les taillis; plus loin, sous les futaies. Là , le travail de la meute recommence : on s'informe de tous ceux qui surgissent du fond de ces longues avenues, si le cerf n'a pas été vu, on donne de la trompe, le requêté se fait entendre aux chiens les plus distancés ; mais eux, ne poussent plus de voix, ils s'étonnent en voyant que leur sagacité a

Page 1