CHAPITRE PREMIER
Le XVI* siècle est la grande époque de la chasse. — François I^i" a perfectionné l'art de la vénerie.— Tous les grands capitaines du xvi* siècle sont d'intrépides veneurs. — Le départ pour la chasse. — Le retour. — Vers sur ses chiens, par le grand sénéchal de Normandie. — Claude de Lorraine passionné veneur. — Louis XII s'arrête à Grenoble pour chasser. — François de Guise non moins adonné à la chasse que son père. — Lettre que lui écrit La Chaussée. — Lettre que lui écrit d'Entragues. — François de Guise fait venir des chevaux d'Espagne. — Le marquis d'Elbeuf a un vautrait. — Le duc d'Aumale blessé à la chasse. — Le connétable de Montmorency mérite d'être compté parmi les veneurs. — Lettre de lui. — Louis de Brézé cité dans le Trésor de la vénerie. — Pierre de Brézé, de tous les combats contre les Anglais; — tué à Montlhéry. — Jacques de Brézé marié à Charlotte de France. — La tue avec son complice. — Condamné à mort. — Ses biens rendus par Louis XI à son fils, Louis de Brézé. — Lettre de chasse de Louis de Brézé. — Marié à Diane de Poitiers. — Blois, le séjour préféré de François r'"". — Blois décrit par Navagero.
— Les déplacements de la cour de François I^r. — Plaintes de l'ambassadeur vénitien Gavalli. — Ce que coûte la vénerie de François 1er. — Lgg chasses de François l^r, d'après Alexis Monteil.
,e XVI® siècle est la grande époque de la J chasse. Budé, s'adressant au roi Fran-
^f^J^ cois I«', qui lui avait commandé un traité de chasse *, a pu dire sans trop de flatterie : « Sire, vous avez tellement dressé et poli l'exercice de la vénerie, qu'elle semble estre parvenue à sa perfection. »
Au xvi° siècle, la chasse est donc « réduite en préceptes d'art admirables et plaisants ; » elle a ses poètes, ses historiens, ses classiques, et du nombre le jeune roi Charles IX.
Parmi les plus passionnés veneurs, il faut compter, au premier rang, tous les grands capitaines que les guerres étrangères et civiles dévorèrent un à un. Pour ces opiniâtres batailleurs, courir le cerf, suivre le sanglier à travers les forêts impénétrables, les ravins profonds, les marécages, les fondrières, c'était la petite guerre avant la grande. A ce rude exercice, le corps gardait sa souplesse, maintenait sa force, et se trouvait prêt et dispos lorsque l'heure de reprendre la cuirasse était venue.
1. Traité de la véneriey de Budé, traduit du latin en français par Loys Leroy, publié par Henri GhevreuL
P<3r/5,^wfc>y, MDCCCLXIV, p. 2.
sous LES VALOIS.
La chasse seule pouvait donner la vie à ces grandes demeures féodales. Au départ, le matin, quel bruit, quelle animation î les chiens au couple derrière les piqueurs, les faucons couverts de leurs chaperons sur le poing des fauconniers, les veneurs vêtus de vert, de rouge ou de gris, suivant la chasse, munis de l'épée et du couteau, l'épieu à la main, les dames châtelaines sur leurs haquenées de Bretagne, aux riches harnachements de velours, le chapeau garni de plumes et à la guelfe porté *, avec leurs bottines rouges faites de cuir damasquiné, et a leurs cottes agrafées plus haut que le genou 2; » enfin, les joyeux appels de la trompe, conviant au rendez- vous tous les retardaires ; puis, si la chasse a été heureuse, la curée froide aux flambeaux dans la vaste cour, le valet au milieu des chiens, les maintenant de sa houssine, et tout autour les veneurs, la trompe aux lèvres, pour, au signal donné, « sonner^ for huer et resjouirs les chiens qui sont là tous aboyants, hurlants. »
Voilà ce qui faisait battre le cœur à tous ces hommes de guerre.
En parlant de ses chiens, le grand sénéchal de Normandie s'écrie :