‹ Les chasses de François Ier racontéesChapitre 36 sur 52 · Mémoires du duc de Bouillon, édit. Michaud, t. ii,p · texte numérisé non relu

Mémoires du duc de Bouillon, édit. Michaud, t. ii,p

sous LES VALOIS. 83

Dans les dernières années de sa vie, l'idée vint à Charles IX d'écrire un livre sur cette chasse au cerf qui lui doit de si heureuses innovations. L'ambassadeur Cavalli n'oublie pas le roi auteur dans sa relation; mais comme il ne se pique pas de se connaître en vénerie, il a bien soin de dire que ce livre de chasse, d'après ce qu'il en avait su, était tel qu'on ne pouvait voir chose plus parfaite en la matière.

Dans la dédicace de ce traité de chasse à Mesnil, simple lieutenant de la vénerie, un sentiment inattendu de modestie se fait jour et attire la sympathie. Dans les natures violentes et emportées, il se trouve quelquefois place pour la douceur, et elle se révèle alors par la simplicité, et le naturel de l'expression :

(( Mesnil, dit le jeune roy, je me sentirois trop « ingrat et penserois estre reprins d outre-cuidanse (( sy en ce petit traité que je veulx faire de la (( chasse du cerf, devant que personne commence à (( lire, je n'advouois et confessois que j'ay appris de (( vous ce peu que j'en scay. — Je vous prie aussy, « Mesnil, vouloir corriger et limer ce qui sera de (( mal dans ce mien traicté, lequel si d'advanture (( est sy accompli qu'il n'y ait que redire et changer, (( la gloire 'en sera premièrement à vous de m'avoir «. si bien instruit, et puis à moy d'avoir si bien re- <c tenu. Doncques, estant appris d'ung si bon maistre,

« je me hasarderay à le recommencer, vous priant « l'accepter d'aussi bon cœur que je le vous présente a et desdie ^ »

Si séduisant que fût le n^étier d'auteur, le roi Charles ne cessait pour cela de se livrer avec plus de fougue encore à l'exercice de la chasse. Déjà il était atteint du mal qui devait l'emporter; mais plus ses forces diminuaient, plus son activité fiévreuse semblait y suppléer ; avec une sorte de rage il s'attaquait aux sangliers de la forêt de Fontainebleau, seul, à pied et l'épieu à la main. Une fois entre autres, il faillit être victime de son imprudent courage : un moment même on crut qu'il avait été mortellement blessé et le bruit en arriva jusqu'à l'armée qui assiégeait La Rochelle. Catherine de Médicis, pour dissiper ces craintes, écrivit de sa main au duc d'Anjou :

<( Mon filz, j'ay été d'advis de vous envoyer ce « courrier pour autant que l'on fera croyre que le « roy vostre frère seroit fort blessé, mais, Dieu ({ mersy, ce n'est pas guères ; il est vray qu'il a es- « chappé ung grand coup, car il s'est mis en opinion a de tuer le sanglier à pied, à coup d'espieu, et ilz « n'y estoient pas beaucoup, et estant Brion et Fona taine et luy, à pied, voullant enferrer le sanglier. (( il y a retourné son mesme espieu sur le pié et luy

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