Foret de Brotonne (Eure
est allé de là tout droict Saint-Germain et moy icy pour voir la dame de céans, et est tant grant son ventre, que je croy quelle ne portera plus grant longuement. Je laisse ce propos pour vous dyre que, au regard d'oyseaulx, j'en suis assez fort pour ceste heure, car j'ay troys vols pour millan, dont je ne scaurois choisir le meilleur. Je prends bien les hairons et m'a rebaillé le roy le Bastard que vous luy mistes comme avoit monsieur de Genly, pour ce qu'il gouverne fort bien à voiler. Vostre faulcon noir est mort, et au regard du sor il n'a point voulu muer et ne l'ay point encore fait voiler; mais je lemettray à chair, afin qu'à vostre retour, nous voyons ce qu'il scaura faire. Je n'ay point eu de sacres de monseigneur le grant maistre, quelque promesse qu'il m'en eustfaicte; je ne scay s'il a tenu au chevalier qui les apporta, mais il a dit à quelqués-ungs qu'il n'en avoit point assez ets'excusoit que le roy avoytprins dix sacres au lieu de deux sacrets, encores ceulx que le dict seigneur m'a baillés sont assez laids. Je vous advise, Monseigneur de la Roche, que la Doguesse vous menace fort pour la lettre que m'avez escripte et dict qu'elle le vous rendra bien et quant vous y seriez et Bonval et Annebault, elle en viendroyt bien à bout. La dame de céans se recommande à vostre bonne grâce, qui a le ventre si grant que je croy qu'elle ne le portera plusguères, car elle
est à son neufvième moics et dict que les premières nouvelles que vous aurez d'elle seront qu'elle sera de plus belle taille qu'elle n'est à ceste heure qui sera la fin, en pryant Dieu, Monsieur de la Roche, vous donner ce que plus désirez.
« A Ennet, janvier i5i8.
'( De vos amys le plus à vostre commandement,
« Brézé. «
A MONSIEUR LE GRANT MAISTRE (GOUFFIER-BOISY)
« Monsieur mon grant maistre,
« Le commencement de ma lettre sera vous advertir que ce jourd'huy nous avons fally de courre, parce que les veneurs n'ont riens trouvé et aussy qu'il fesoit si mauvais temps qu'il nous a fallu revenir. Au demourant, Monseigneur, j'escriptsau roy si son plaisir estoit, veu que je suis tout charrié, que je ferois volontiers ung voyage par le pays pour entendre les plaintes du pauvre peuple et voir comme la gendarmerie y a vescu, affin de pourvoir selon la raison et m'en acquitter comme je doy, veu la charge qu'il luy a pieu me donner, dont je suis sûr que le dit pays seroit merveilleusement content et s'en rendroit toujours plus prest et obéyssant au bon plaisir du dict seigneur'. Je lui escripts qu'il lui
I. Brézé fut créé grand sénéchal de Normandie le 3o août 1490. V. P. Anselme, Histoire des grands ofûciers, t. II, p. i445.
plaise me renvoyer monsieur de Lysieux pour me tenir compagnie et pour ce que vous entendez 1^ soulaigement que ce me sera de l'avoir avec moy, veu qu'il entend les affaires de ce pays et aussy qu'il est homme de bon conseil. Je vous prye, Monseigneur, que en veuillez parler au roy et me faire avoir incontinent response, et au demourant adviser si voulez riens commander en mon endroict, où vous serez obey, pryant Dieu vous donner ce que désirez. Escript de Beaumont-le-Roy , le v™® de may ( 1 5 1 9) .
« Vostre plus obéyssant amy, (S Brézé. »
A MONSIEUR LE GRANT MAISTRE (GOUFFIER-BOISY)
« Monsieur mon grant maistre,
« J'ay receu par Macault et Margerin les lettres que m'avez escriptes et ne pourriez penser le plaisir que a esté en ceste court des nouvelles que y avez fait scavoir pour l'espérance que nous avons que l'affaire dont vous êtes en poyne prendra si bonne et briefve fin *, qui nous est le plus grand contentement que nous puissions avoir, pour deux raisons : l'une, que nous aurons ce que nous avons tant désiré; l'aultre, que avant cela nous aurons ce bien de nous retirer en noz maisons pour faire la plus grant chère, de quoy nous nous pourrons adviser, ou j'ay bien ceste fantaisie que Chantilly ne Ennet ne seront point épargnez. Vous me ferez. Monsieur
I. Il fait allusion à la conférence qui avait lieu à Montpellier entre M. de Boisy et le sieur de Chievres, conférence rompue par la mort de Boisy.
IIO LETTRES
mon grant maistre, ce bien, s'il vous plaist, de
m'escripre souvent, comme avez contynué jusques
icy, ainsy qu'à celluy de vos amys de qui vous
povez estre sur d'estre jusques au bout entièrement
obey, et après vous avoir remercyé de la poyne que
vous y prenez, je suppliray le Créateur vous donner
tout ce que désirez. Escript à Angoulesme le ix de
may (iSiq).
« Vostre plus obéyssant amy,
a Brézé. w
A MONSIEUR LE GRANT MAISTRE (GOUFFIER-BOISY)
« Monsieur mon grant maistre,
« J'ay receu vostre lettre faisant mention de l'advertissement que avez eu des garnisons que Ton vouloit mettre dans la rivière d'Oyse à Compiègne, Beaumont et Senlys ; j'ay eu vos nouvelles à ce soir bien tard et à ce matin en ay parlé au roy en sa garde-robe,, et pour vous en asseurer de la vérité, le dict seigneur n'a point vouUu permettre qu'il y en eust et ne crois pas, quelque chose que l'on vous escripve, qu'il y ayt eu que luy qui ait deffendu cela, car aujourd'hui encores, y a-t-ileu quelqu'ung qui a dit sur le propos que j'en tenois au dict seigneur que s'il voulloit excepter toutes les garnisons, là où il a des forêts auprès, qu'il ne sauroit où mettre sa gendarmerie ; sur quoy j'ay faict response qu'il y en a qu'il a en si bonne recommandation et pareillement celles de ceulx qui en ont qui les gardent pour luy, qu'il est bien raisonnable qu'ils ayent
î I 2 LETTRES
plus de privilège que les aultres. J'escripts à M. de Montmorency ^ la response que j'ay eue du roy qui est si bonne que je croy qu'il en sera content. Vous serez toujours obéy en mon endroict, sans regarder s'il en déplaist à personne, pryant Dieu, Monsieur mon grant maistre, vous donner le comble de vos désyrs. Escript à Angoulême, ce xv de may ( 1 5 1 9) .
« Votre plus obéyssant amy a Brézé. »
I. Anne de Montmorency, fils de Guillaume de Montmorency et d'Anne Pot.
DE LOUIS DE BRÉZÉ. Il3
A MONSIEUR LE GRANT MAISTRE * (RENÉ DE SAVOIE*)
a Monsieur mon grant maistre,
« J'ay receu par Macault la lettre que m'avez escripte qui m'a esté fort grant plaisir, vous mercyant tant qu'il m'est possible de la poyne que avez prinse de m'escripre si au long de vostre main. J'ay compté au roy de vostre vollerie et du grant nombre de bons oyseaulx que vous avez, aussy du
I. René, bâtard de Savoie, comte de Villars, de Tende et de Sommerive, né de Philippe II, duc de Savoie, qui le reconnut pour son fils naturel. Il se retira à la cour de France vers le mois de juin 1 5o2, et s'attacha au service de Louis XII, qui le fit gouverneur et sénéchal de Provence. Il fut créé grand maître en i5ig. Il mourut peu après la bataille de Pavie et des blessures qu'il y avait reçues. V. P. Anselme. Histoire des grands officiers, t. II, p. 1207.
r 14 LETTRES
bon commencement de vostre gerfault * et du beau vol qu'il a faict, comme Poton m'a escript et vous asseure que le propos ne ennuya point au dict seigneur. Monseigneur l'admirai y estoit présent qui a perdu tous les meilleurs oyseaulx qu'ileust et ne parle pas fort hault. Quant est de moy, je n'ay de sacresriens qui vaille et n'ay que mes vielz oyseaulx pour hairon et pour milan que vous congnoissez qui sont fort bons. J'avois deux bons vols pour millan^, mais mes gens m'ont perdu ung sacre qui m'est grant des plaisir ; touttefois j 'ay tant de gens après que j 'espère qu'il sera recouvert . Je suis fort ayse du plaisir que vous avez eu en vostre voyage, comme messieurs de la chambre qui sont avecques vous m'ont escript, qui se louent fort de la bonne chère que vous leur fêtes telle qu'ils ont bonne occasion d'en
1 . Le plus estimé et le plus cher de tous les oiseaux;, originaire des pays septentrionaux ; on en cite trois variétés : le gerfaut blanc, ou du Groenland ; le gerfaut d'Islande ; le gerfaut de Norwége. On voit dans les comptes de François I*' que l'on achetait des gerfauts à raison de 18 écus d'or sol. pièce. V. de Noirmont, Histoire de la chasse, vol. III, p. 126.
2. Le sacre naît en Russie, en Tartarie, en Hongrie, en Turcomanie, il est de grande force et bon à toute volerie. Id. p. 128.
3. Le milan était fort rare; les meilleurs oiseaux réservés pour ce vol. V. de l^o'ivmonXy Histoire de 'la chasse, vol. III, p. 180.
DE LOUIS DE BRÉZÉ. Il5
estre content, ains qu'ilz disent que vostre compagnie ne leur doit pas ennuyer et m'est aussy grant plaisir de ce que l'affaire pour lequel vous estiez par de là se porte si bien, pour lequel l'on faict de ce costé toute la diligence possible et pourveoir aux choses que vous mandez. Le roy faict très-bonne chère, Dieu mercy, et toute la compagnie, hors Madame, vous avez bien entendu comme sa goutte la tourmente ^ et toujours luy donne quelque atteinte qui est cause de nostre retardement. Je vous advise, Monseigneur, que le dict seigneur roy a bien les meilleurs chiens qu'il eust jamais , car quelque temps qu'il face, ilz ne faillent pas ung cerf et l'aultre jour en courut en la forêt de Rosny qui print la campagne droit à Ghaulmont qui est ung pays rude et pierreux autant qu'il en est point, et sans le secours que je lui envoyay de la forest où il m'avoit laissé pour rellayer, à grant poyne l'eust-il prins ; touttefoys il fust aussi bien prins que fust jamais cerf et pour abréger je ne vis jamais le seigneur si chault à la chasse qu'il est à ceste heure. Il fault après toutes choses que je vous avertisse que le marchant que je depeschay à vostre partement pour
I. « Madame s'est bien portée jusques à ceste nuit qu'elle a eu peur d'avoir la goutte. » Lettres de Marguerite d'Angoulême au grand maître, édit. Genin^ t. I<"', p. 216.
I I 6 LETTBES
VOUS porter des blés faict incontinent depescher en Normandie suivant l'expédition que je luy avoys baillée et fust déjà devers vous sans ung arrest que vostre nouveau viz-amiral lui a faict qui a contrainct le marchant de revenir par de là oii il n'avoit point de raison, car il n'a nul pouvoir de cognoistre de chose que je depesche et ce ne pouvoit ignorer que la dicte depesche ne fust fête par le commandement du roy, par vostre délibération et aussy celle du conseil; jevousasseure que si monseigneur l'admirai n'y eust pourveu, je y eusse mis la main, de sorte que je luy eusse donné à congnoistre qu'il ne doibt entreprendre sur mon arrêté : quant tout est dict, il y a toujours quelqu'un qui se mesle de ce qui ne lui appartient point. Je voudrois estre auprès de vous pour vous dire beaucoup de choses que je ne veulx point vous escripre, combien que je croy que vous avez tant de gens par de ça, que vous estes entièrement averty de ce qui se faict et de ce qui se dict. Je vous asseure. Monseigneur, que vous me ferez merveilleusement grant tort si vous pensez avoir amy en ce monde qui plus que moy se voulust employer à vous faire service et n'auray jamais chose que je pense qui vous plaise qui ne soit mieulx vostre que mienne ; pour ce que de tout ce qui surviendra de ce costé, je vous pourray souvent advertir, je feray fin, me recommandant à vos-
tre bonne grâce, en supplyant le Créateur vous donner, Monseigneur, bonne vye et longue. Escriptà Bloys le xxix de may 1 5 1 9 .
« Votre plus obéyssant amy,
« Brézé. »
A MONSIEUR LE MARESCHAL DE MONTMORENCY
« Monseigneur mon mareschal,
« Combien que ce porteur soyt suffisant et qu'il entend tout du costé de cette court pour ceste heure, si ne veulx-je pas laisser de vous escripre, affin que ayez toujours congnoissance de la souvenance que j'ay devons et de l'amytié que je vous porte et du service que je vous vouldrois faire et pour vous advertir de la chère que nous faisons pour ceste heure, c'est que le rojr souppe souvent en petite compagnie che:{ madame Vamyrale et à ma chambre là où il doit faire les begnet^ après disner et demain chez madame l'amyrale*. Je croy que d'icy à karesme presnant ferons ceste vie ; le dict sieur tient toujours propos d'aller à Paris. 11 m'a dict à ce soir qu'il m'enverroit Madame à Chambord et à Monf-
I. Louise de Crèvecœur, deuxième femme de Guillaume Gouffier, seigneur de Bonnivet et amiral de France. V. P. Anselme, Histoire des p^rands officiers, t. II, p. g 56.
fraalt, et de là à Saint-Laurent des eaues, là où il doit courre ung cerf devant cela dedans l'isle de Bryon ; et de Clery doy t départir pour s'en aller à Paris, et Madame à Romorantin. Le dict seigneur fait son compte de faire bien le mestier de la voUerie en son voyage et mène les gens du grant faulconnier avecques luy, qui ont leur vol pour millan de l'année passée qui est fort bon, et j'en ay ung autre qui ne l'empire pas et bon vol pour hairon. J'ay perdu un des bons sacretz pour millan que jamais homme vist et pour achever mon malheur, le maistre d'un sacre pour héron que j'avois, aussi bon qu'il en fust oncques point, estoit en queste après mon sacret et comme son varlet vouloit donner la mue à ce sa cre, se trouva ung des faulconniers de monseigneur le grant maistre qui dit au varlet qu'il luy donneroit mieulx à muer que luy, pour ce que le sacre estoit ung peu difficile à la prendre ; le varlet le creust et pour abréger luy bailla la mue si doulcement qu'il luy arracha la langue et la luy foura avecques le doigt jusques au bout de la gorge. Il me semble que au retour de vostre guerre vous debvez rebrouer ce faulconnier là. Sur toutes choses, je pryeau premier liseur de ceste lettre après vous de faire mes recommandations à monsieur de Mézières *, à qui j'eusse