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POULE DES STEPPES

A la fin du siècle dernier, dans son voyagé en Sibérie, Pallas découvrit le syrrhaple paradoxal, que les Kirghis appellent tuldruck, les Russes sadschUy les Mongols nukturu, les Dwojedanzes altiriy et, dit-on, les Chinois sounkio (pieds de dragon).

La longueur de cet oiseau est de 0*41 ; Tenvergure de 0"64 ; l'aile de 0»19 et la queue de 0"13.

11 a la tête d*un gris cendré ; la poitrine gris-isabelte ; le haut du ventre brun-noir; le bas-ventre et les couvertures inférieures de la queue d'un gris cendré clair; la gorge, le front, d'un jaune couleur d'argile ; le dos de même couleur mais rayé plus foncé ; les ailes gris cendré bordées de noir en dehors passent dans leurs parties inférieures à un brun de sable et sont tachées de brun-noir à l'extrèrnité; les plumes de la queue jaunes, à bandes foncées ; les plumes des pattes d'un blanchâtre fauve. La femelle se montre avec des teintes un peu plus pâles.

Le syrrhapte n'habite que les steppes, à Test de la mer Caspienne jusque vers la Dzoungarie. Dans l'ouest, il dépasse rarement, au nord, le 46° de latitude; dans Test, il remonte plus haut, car on le rencontre encore dans les steppes du sud de l'Altaï, le long du cours supérieur de la Tschuja, dans les environs des avant-postes chinois.

Radde, de 1861 à 1863, et presque en même temps Swinhoe, sont les premiers qui nous aient réellement fait connaître le genre de vie de la poule des steppes. C'est donc dans leurs écrits que nous allons puiser à pleines mains.

Transportons-nous avec Radde au Tarai -nor, sur ses frontières désertes, là où quelques îlots émergent du sol encore marécageux, et attendons-y la venue du printemps.

« Au milieu de mars, alors que la neige règne sur les coteaux des hautes steppes où la nuit on trouve un froid de 13"* Réaumur, le syrrhapte arrive du sud ; il est déjà accouplé et vit en petites bandes formées chacune de quatre à six paires.

« On les voit alors venir régulièrement, à heures fixes et de toutes les directions, pour boire aux puits d'eau douce, en criant d'une manière presque continue. Ils ne s'y attardent pas et, pour se repaitre, ils gagnent les places blanches du Tarai-nor, où le sel s'est cristallisé, et les petites hauteurs recouvertes d'herbes. Ne dédaignant point les jeunes pousses succulentes des Salicorniées, ils les paissent, comme font les outardes. A cette époque, on remarque dans leur estomac des graines de salsola.

«Cet oiseau se reproduit de bonne heure; on trouve, dès les premiers jours d'avril, dans une légère dépression du sol, sa ponte de quatre œufs assez semblables à ceux des gangas. L'incubation et l'élevage sont rapides, car à la fin de mai il a une seconde couvée, après l'éducation de laquelle il change toujours de demeure ; c'est alors que se forment des bandes nombreuses qui voyagent de-ci de-là à travers les steppes et qui, l'hiver, émigrent jusqu'aux limites sud du Gobi, vers les contreforts septentrionaux de l'Himalaya,

« En été, les syrrhaptes aiment à se chauffer au soleil. CiOmme les poules, ils creusent de petites dépressions dans ces éminences gris-blanchâtre, pénétrées de sel, qui bor-

dent le Tarï-nor et sur lesquelles croissent des plantes salines. Vers onze heures, quand ils sont rassasiés de nourriture, ils se conduisent à la façon des pulvérateurs. Puis, devenus tranquilles, ils échappent à la vue, tant leur plumage gris-jaune, tacheté de noir, se confond avec la teinte du sol.

c Au début, le vol du syrrhapte, qui claque des ailes comme le pigeon, paraît lourd et lent; mais, une fois le premier élan pris, sa vitesse devient si grande qu'on peut le considérer comme un des oiseaux les plus rapides et dire avec Âltum que le faucon seul lui est supérieur.

« En courant, les syrrhaptes lancent un petit cri qu'on peut rendre par kock, kock; lorsque deux de ces oiseaux s'approchent de trop près ils lèvent les ailes, baissent la tête, prennent une posture menaçante et crient vivement kri kri krik; s'élançant l'un contre l'autre, ils sautent en l'air, ce qui cause chez les voisins une panique de très courte durée. »

Quelques bandes de syrrhaptes s'étaient déjà montrées chez nous avant 1863, mais leur nombre assez faible n'avait guère attiré l'attention. Il n'en fut pas de même de la grande immigration de 1863, inondant non-seulement l'Europe, mais même encore la Chine, entre Pékin et Tientsin surtout, et elle ne pouvait point passer inaperçue ; aussi devint-elle l'objet de nombreuses remarques et amena-t-elle les naturalistes à rechercher les causes d'un si formidable déplacement d'oiseaux ; on ne les découvrit guère, mais on constata que, depuis cette mémorable année, plusieurs couples de syrrhaptes avaient niché en Europe. C'est là ce qui porta Brehm à croire que les poules des steppes, intelligeamment protégées, pourraient fort bien être acclimatées chez nous et y devenir un gibier commun.

Dès 1861, le jardin zoologique de Londres possédait un lot de ces oiseaux, qui provenait delà Chine ; aujour-

d'hui on trouve des syrrhaples même dans beaucoup de collections particulières.

Donnez de Tespace, du sable et du soleil à ces captifs ; ils prospéreront et deviendront vite très fanaliers.

Leur chair, qui a une grande analogie avec celle des gangas, est délicate, savoureuse et de haut goût.

CHASSE DES SYRRHAPTES

< Le faucon parait être le seul rapace qui soit dangereux pour ces oiseaux à vol rapide. Sont-ils attaqués par lui dans les airs, alors qu'ils voyagent par bandes, la troupe s'éparpille vivement et ne tarde guère à se rallier. Sont-ils à terre immobiles après avoir savouré leurs bains de sable, souvent le faucon ne les découvre point ; s'il les voit, les syrrhaptes se relèvent et disparaissent bientôt. C'est à peine si, de temps à autre, ce rapace parvient à en saisir un. »

A pied comme à cheval, l'homme, malgré sa prudence et toutes ses rubriques, ne réussit que bien rarement à tirer ces oiseaux à terre (1), où il est, du reste, lorsqu'ils tiont blottis, presque impossible de les découvrir à une trentaine de mètres. Généralement, d'ailleurs, ils prenneat la fuite à cent cinquante pas au moins, et la seule chance du chasseur, c'est, comme ils volent d'ordinaire à unje faible hauteur, de voir passer la bande au-dessus de sa

(1) On approche moins difficilement un syrrhapte isolé.

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