‹ Les chasses du globeChapitre 112 sur 206 · LE CUPIDON DES PRAIRIES · texte numérisé non relu

LE CUPIDON DES PRAIRIES

Parmi les tétraonidés de TAmérique du Nord, il en est qui ressemblent beaucoup à notre coq de bruyères; mais d'autres ont un type tout particulier : telle est la gelinotte des prairies, genre Cupidon.

Cet oiseau est long de 0"60 ; son envergure de O^SS ; Taile de 0"16; la quene de O^'ia.

« Il a les plumes du dos variées de noir, de rouge pâle et de blanc; celles du ventre rayées transversalement de brun clair et de blanc, de façon à former, dit Brehm, une teinte générale difficile à décrire; le bas-ventre blanchâtre; les rémiges brunes, à tiges noires, à barbes externes tachetées de rougeàtre; les rectrices d'un brun foncé, bordées à la pointe d'un liseré blanc sale; les joues et la gorge jaunâtres ; l'œil brun-café, surmonté d'une bande rouge écarlate; le bec couleur de corne foncée; les parties nues des pattes et du cou d'un jaune orange; mais ce qui caractérise surtout le cupidon, c'est la présence de deux longues touffes, formées de dix-huit plumes placées de chaque côté du cou, et recouvrant des places nues, lesquelles correspondent à des sacs aériens cutanés, en communication avec les organes respiratoires. »

Wilson» Audubon, Nuttall et d'autres nous ont fait connaître les mceurs de cet oiseau, qui était jadis très répandu au Kentucky, d*où il a complètement disparu, se retirant,

•ii"

Si -

comme los Indiens, de plus en plus vers Touest et fuyanl le voisinage meurtrier des blancs.

Le cupidon des prairies, commun dans l'ouest, recherche toujours les plaines dépourvues d'arbres, se distinguant par là des autres tétraonidés et justifiant ainsi son nom.

Il se tient dans les lieux secs et sablonneux, couverts d'herbes abondantes, où ne croissent que de rares buissons. Jamais on ne le voit s'éloigner des endroits cultivés, qui lui fournissent toujours une nourriture convenable- Son existence est tellement liée au sol qu'il y passe ses journées et ses nuits, ne se perchant jamais que parle mauvais temps ou pour manger certains fruits- A de très rares exceptions près, on peut le considérer comme uo oiseau sédentaire.

Dans ses mouvements, le cupidon rappelle beaucoup la poule domestique. Lorsque quelque chose vient subitement l'effrayer, il s'envole ; mais, s'il peut voir venir le danger, s'il a devant lui un espace libre, il court rapidement vers quelque touffe d'herbe, quelque buisson, s'y cache, s'y rase j usqu'à ce que le chasseur en soit très près. Audubon le vit, dans des champs fraîchement labourés, courir de toutes ses forces, se dissimuler derrière une motte et disparaître comme par enchantement.

Son vol est vigoureux, régulier, assez rapide et moins bruyant que celui des autres tétraonidés. 11 donne quelques coups d'aile précipités, puis glisse lentement dans l'air, inspectant l'espace situé au-dessous de lui et franchissant au besoin plusieurs kilomètres d'une seule traite.

Avant de s'envoler, il lance toujours quatre ou cinq cris. Sa voix ne diffère presque pas de celle de la poule domestique; mais, pendant l'époque des amours, le mâle, gonOant les sacs aériens de son cou et baissant la tète vers le sol, ouvre le bec et pousse plusieurs cris, tantôt forts, tantôt faibles, qui ressemblent ii un roulement de tambour ; puis

il se redresse, gonfie de nouveau ses sacs et recommence le même man^e. Audubon ayant percé les deux sacs d*uR captif, Toiseau devint muet ; si on n'en perce qu'un, les cris sont moitié moins forts.

Le cupîdon des prairies se nourrit de substances végétales et de petits animaux de toute espèce, insectes, limaces,, sauterelles, fourmis, etc. Il mange avec avidité les baies et sqrtout lea fruits, notamment les pommes ; il attaque encore les céréales dont il dévore les jeunes pousses et cause ainsi d'assez grands dégâts.

 rentrée de l'hiver, ces oiseaux, là où ils sont communs, se réunissent en banctes nombreuses qui ne se divisent qu'au printemps, alors que la neige est fondue et que less première^ pousses d'herbes apparaissent. Us vivent dès ce moment par troupes d'une vingtaine d'individus, et cliaeune a son endroit journalier de réunion.

Peu aprèa arrive Tépoque de& amours. (Test le mofneiït des combats pour les mâles, qui ont alors revâtn lew parure de noces et qui la portent avec un contentement d'eux-mêmes qu'on ne rencontre cbeii aucun autre oisean. Ces batailles fort vives, mais de peu de durée, ne sont Jamaifi bien meurtrières.; dans les localités oii ces c»seaux ont peu; h craindre de l'homme, elles se livrent sur le premiw terrain venu, tandis que, dans les endroits où ils sont b^acassés; ils ont un lieu retiré pour vider leurs querelles amoureuses. Mous verrons pins loin quel parti déaastreiix pour tes cupidons savent tirer les chasseurs de la connaissance de ces champs-clos consacrés.

SuîvanI qu'elles habitent te sud ou le nord, les femelles pondent dit milieu d'avril à la fin de mai. Le nid, gros*sièrenseot construit avec des chaumes et des feuilles sèches, est installé dans les hautes herbes ou caché dans un épais buisson. La ponte est de dix à douze œufs gros eomaie ceux de la poule domestique.

La ipèjre emmène scsu petits dès qu'Us i^uvent marcher;

,^iu^aMtb.->

quant au mdle il n*en a cure, kilo se comporte avec eux coiTinie une poule avec ses poussins. Au confimencement, ils se nourrissent surtout d*insectes; plus tard, la mère les conduit dans les champs et par les chemins ; on les voit souvent alors fouiller le fumier pour y trouver quelques grains.

Si un homme, un carnassier, un rapace vient à se montrer, la mère pousse un cri d'avertissement ; les jeunes disparaissent alors comme par enchantement, tandis que celle*ci cherche à éloigner Tennemi par ses ruses. « Une fois, dit Âudubon, mon cheval effraya une famille de ces oiseaux. Les jeunes s'envolèrent, se dispersèrent de tous côtés, puis se laissèrent tomber à terre ; ils s'y tinrent si tranquilles, si cachés, qu'il me fut impossible d*en retrouver un seul. >

Au mois d'août, les jeimes ont à peu près la taille d'une caille et peuvent voleter, sinon voler; au milieu d'octobre, ils sont adultes.

c Mes cupidons captifs, dit Audubon, s'apprivoisèrent rapidement, se multiplièrent, et je m'étonne que depuis longtem ps on n'ait pas essayé de les réduire en domesticité. Pendant mon séjour à Hendorson, j'achetai soixante cupi. dons des prairies, jeunes pour la plupart; je leur fis couper les ailes et les laissai courir librement dans un jardin de quatre arcs d'étendue. Ils y passèrent l'hiver et, au printemps, après les combats ordinaires des mâles, plusieurs femelles pondirent et eurent des petits... Mais ils finirent par causer tant de dégâts dans mon jardin que je les tuai. »

Des essais de ce genre, tentés en Allemagne, en Belgique et en Hollande, ont été infructueux. Nous croyons avec Brehm qu'il faudrait les recommencer sur une échelle beaucoup plus grande, avec quelques douzaines de ces oiseaux, en choisissant des individus vigoureux, un terrain convenable, et en les abandonnant à eux-mêmes. Cette expérience bien conduite pourrait réussir, quelque

diflérentes que soient nos bruyères des prairies de l'Amérique^ et ce nous serait une excellente acquisition.

La cbair de ce beau gibier, un tant soit peu dure chez les vieux, est tendre, délicate et savoureuse chez les jeunes jusqu'au printemps suivant.

Page 1