RAPPEL D'UN POISSON SANGUINAIRE
LES SERRASALMES
Ces poissons, de 0"70 au plus de longueur^ constituent par leurs dents meurtrières, par leur voracité et leur nombre, un véritable fléau pour les lieux qu'ils habitent. « Ils ont le corps comprimé, en général de forme rhomboidale; les écailles sont petites; la dorsale est haute, insérée en arrière ; l'anale est longue ; il existe deux aiguillons en avant de la dorsale. > « Ils sont, suivant Va.lejiciennes, caractérisés par leurs dents triangulaires et tranchantes sur un seul rang aux intermaxillaires, à la mâchoire inférieure et aux palatins ; comme si la nature avait voulu donner une plus grande force au jeu de la mâchoire supérieure, elle a développé Tintermaxillaire de manière à ce qu'il bordé toute l'arcade supérieure de la bouche. Le maxillaire» presque entièrement caché par cet os ou par le sousorbitaire, n'est ni très petit ni même avorté ; mais, placé derrière l'intermaxillaire et le sous-orbitaire, il donne, par ses apophyses saillantes, un point d'appui solide au bord de la mâchoire ; d'où il résulte que, danis leur jeu, les dents se rencontrent en s'engrenant, sans que les branches qui les portent puissent vaciller. Celte organisation fait que les dents coupent avec netteté comme un rasoir, et qu'elles peuvent très bien trancher le doigt d'un honnne. >
iKViunês par les indigènes sous les noms de PiraaaSy Piranhax ( poùuoM du diable ou pois9onS'diables ) , de Carihes ou Carabiton {avides de saiig), les SerrasalDies liaM*ent les parties les plus chaudes de rAniérique du Sud dans les Guyanes et dans le nord du Brésil.
Ils vivent au sein des rivières, d*habitude à 50 ou 60 kilomètres au moins de la mer, Teau douce seule leur anivenant. Ce qu*ils rectierchent de préférence, ce sont les endroits tranquilles, les bsAes entourées de roches, où d'ordinaire ils se tiennent au Tond, apparaissant en nombre à la surface dès qu'ils aperçoivent une proie. On les trouve aussi dans les lacs fangeux et les marais qui a voisinent ces rivières, pourvu que leurs eaux ne soient pas saumdtres.
Les serrasalines sont célèbres dans toute rAmérique équatoriale par leur extrême voracité. « Schomt)urg, qui a si bien étudié les animaux des Guyanes, dé<:laf*e nettement que tout être qui tombe à Teau est immédiatement attaqué et presque toujours dévoré par des essaims de ces poissons caniassiers. Rien, dit-il, ne peut donner une idi'H; de leur hardiesse, et loule proie leur est boime. Un poisson dix fois plus gf*o$ qu eux est assailli sans la moindre hésitation : ils lui arraclient d'abord la nageoire caudale, le privant ainsi de son princî|>al moyen de locomotion, tandis que d'autres l'attaquent de tous côtés, lui enlèvent des lambeaux de chair et le tuent. I
« Ils s'en prennent encore aux pattes des oiseaux aquatiques, aux membranes digitales des tortues, aux doigts des caïmans. L'alligator assailli ne sauve ses pattes i
qu'en se retournant sur le dos et faisant flotter son ventre à la surface. »
« Aucun manunifère enfin, dit Gumila, ne traverse impunément à la nage une rivière de trente à quarante IKis de large habitée par ces poissons. IVivé de ses ;
« tbrœs par la perte de sang réi^ultant des innonibrabies « blessures qui lui sont faites, un- b(euf iiiênie ne peut « plus se sauver et se noie. Arrive-t-il par hasard tout « en sang et tout décliiquelé à l'autre rive, c'est pour y « mourir des coups de dents qu'il a reçus. >
D'après cela, on s est étonné justement devoirGumihi affirmer que les Pirayas épargnaient l'homme; aussi Dobrizhofer a-t-il protesté contre celte assertion en citant le fait de deux soldats espagnols qui, en voulant traverser à la nage et à côté de leurs chevaux une rivière infestée, furent attaqués et tués par ces dangereux poissons.
A quoi il convient d'ajouter qu'on n'ose se l>aigncr là où ils abondent, et que par suite Humboldt, avec raison, les regarde comme un des plus grands fléaux de ces climats, dans lesquels les piqûres des insectes tipiilaires (mosquitos) et l'excitation delà peau rendent les bains si nécessaires. « I^ur morsure, dit de plus Auguste de Saint- « Hilaire, est tellement pn)mpte et si vive qu'on la sont « aussi peu que la coupure d'un rasoir; c'est du moins « ce que m'a assuré le respectable propriétaire de Capào « (Guyane) qui, étant tombé dans un marais, avait été « mordu par des Poissons-diables en deux endroits ditfé- « renis. »
Les animaux qui habitent près des marais, des lacs et des rivières infestés, connaissent le danger auquel les exposent les serrasalmes ; aiissl, en buvar)t, ont-ils grand soin de ne pas troubler Teau et de ne pas l'agiter fortement, ce qui les attirerait. l..es chevaux et les chiens s'empressent de fuir dès qu'ils aper^îoivent une bande de ces poisscms ; il leur amve néanmoins trop souvent de ne j)as se sauver assez tôt et d'avoir les lèvres, le nez ou les oreilles déchiquetés.
Les Pirayas se prennent aux filets ou aux lignes dormantes aniorcées avec un morceau de viaïide; ils ont une tcjlc voracité qu'on peut ujême les capturer avec la chair