CHASSE DU LIÈVRE VARIABLE
Le lièvre des neiges est exposé de jour aux attaques des lynx, des renards, des faucons et des aigles ; la nuit, il a à se garer des martes, des putois et encore des renards ; mais son ennemi le plus redoutable, c'est toujours Thomme.
Lâchasse de cet animal dans les Alpes, ne se pratiquant avec fruit que lorsque la neige couvre toute la région, est très pénible ; mais, en compensation, elle est moins incertaine que celle de tout autre gibier, parce que le pas récent d*un lièvre conduit infailliblement à son gite.
Les empreintes ont quelque chose de particulier; elles sont très larges et disposées deux à deux à de grands intervalles. Le pied du lièvre des Alpes est parfaitement approprié au milieu où il vit ; la plante en est large et les doigts sont plus gros que chez le lièvre ordinaire ; il les écarte encore en courant, de sorte que son pied élargi Tempèche d*enfoncer dans la neige. Enfin, sur la glace, ses ongles rétractiles lui rendent d'excellents services.
Quand le chasseur, familiarisé avec Tempreinte, découvre les points où le lièvre a remué la neige pour manget* et qu'il suit la piste, il voit le pas se croiser en tous sens, former une ligne très compliquée, interrompue par de nombreux sauts ; puis, quelque temps, elle redevient régu lière et continue* La piste ensuite décrit une courbe, se
complique d*allers et de contre-pieds, généralement moins nombreux et moins savamment enclievétrés que ceux du lièvre brun, et se termine par un cercle qui enveloppe un buisson, une grosse pierre ou une cavité. (Test là le gite gagné d*un seul saut ; étendu sur la neige tout de son long, ranimai y dort ou songe en faisant claquer ses mâchoires, ce qui imprime à ses oreilles un tremblement particulier. Si le temps est froid avec un fort vent glacé, le lièvre tiendra ferme au gite et le chasseur alors pourra le tuer facilement. D'ordinaire, il prend hâtivement la fuite par grands sauts, mais, comme il est habitué aux craquements et détonations de la montagne, les coups de feu ne Teffrayenl guère; manqué, il ne va pas loin et on le retrouve sans peine. De plus, ses voisins degites, ne se dérangeant pas pour si peu de bruit, offrent au chasseur qui explore bien le terrain l'occasion assez ordinaire d'en tirer, le même jour, trois ou quatre à la reposée.
On n*emmène pas de chiens à cette chasse ; ils enfonceraient trop dans la neige et ne serviraient à rien. On attend, pour chasser aux chiens courants, que le terrain soit débarrassé de ce blanc et épais linceul, et on constate vite alors que le lièvre des Alpes, qui se lève toujours sous le nez de la meute, ne fait guère une belle défense et se montre sous ce rapport bien inférieur au lièvre brun ; le plus souvent, après quelques courtes randonnées, il se réfugie dans les terriers des marmottes, et non pas dans ceux des renards, comme on Fa écrit par erreur.
Nous ne savons rien sur cette chasse dans le nord et en Asie.