‹ Les chasses du globeChapitre 39 sur 206 · LE LIEVRE VARIABLE · texte numérisé non relu

LE LIEVRE VARIABLE

Le lièvre blanc ou lièvre des Alpes est le seul du genre qu'on trouve dans les hautes régions.

Il constitue positivement une espèce particulière et se distingue du lièvre brun ou gris des montagnes par sa structure et par ses mœurs.

Son pelage d'hiver est tout blanc, à Texception de la pointe des oreilles qui reste invariablement noire. Vers le mois de mai, la couleur commence à grisonner sur le dos; les taches blanches vont en disparaissant, et bientôt ranimai revêt son costume d*été, qui semble d'un gris olivâtre mêlé de noir. En toutes saisons, le poil se montre plus fin que celui du lièvre ordinaire.

Cet animal est un peu plus petit que son congénère des montagnes; mais de vieux bouquins pèsent jusqu'à six kilogrammes: aux Grisons, on en a même tué de 7^^500.

Il habite les régions septentrionales de l'Asie et de TEurope, la chaîne des Alpes, en Savoie, en Suisse, au Tyrol, en Styrie.

Dans tous les cantons que couvrent la chaîne des Alpes et ses rameaux, on peut être certain de le rencontrer sur

(1) C'est an naturaliste Tschudi {Les Afpcs, Berne 1853, page 423^ que nous empruntons riiistoirc naturelle et les modes divers de chasse de ce curieux rongeur, en abrégeant toutefois de notre mieux.

les hauteurs ; mais il n'y est pas aussi commun que le lièvre ordinaire en plaine. Partout où les forêts s'élèvent très haut, il est plus fréquent que dans les localités où elles s'arrêtent à des niveaux inférieurs. La raison en est bien simple, ranimai ne pouvant prospérer sur un terrain déboisé et nu, à cause des corbeaux, des corneilles, des renards, des aigles, qui le découvrent sans peine et qui le pillent sans relâche.

Les limites verticales de la région qu'il habite ne sont pas très distantes. L'été et une grande partie de l'année, il se tient, enti*e les derniers sapins et les neiges éternelles, aux mêmes hauteurs que le lagopède et la marmotte (1), c'est-à-dire entre 5,500 et 8,000 mètres, mais il pousse ses excursions & une altitude plus grande. L'hiver le force à descendre dans les forêts, qui lui servent d'abri et où il trouve quelques places dépourvues de neiges ; cependant, il se risque rarement alors au-dessus de 3,000 mètres, et reprend au plus vite le chemin de ses sommités chéries.

En été, il va au gagnage le matin, de si bonne heure que parfois il fait encore nuit. Il broute de préférence les trèfles des diverses espèces, les matricaires, les achillées, les violettes^ les saules nains et ronge l'écorce de daphné, respectant avec prudence les aconits et les eliét>ores. Une fois rassasié, il se rase provisoirement. Un peu avant le crépuscule du soir, il retourne au gagnage, après quoi il va se giter pour la nuit.

C'est pendant Thiver que le lièvre variable mène une bien triste existence. Si une neige précoce le surprend alors qu'il n'a pas encore revêtu sa fourrure épaisse et duveteuse, il passe souvent plusieurs jours sous une pierre ou un buisson sans oser sortir et meurt de froid et de faim.

(1) Cg u'ost que par un oubli fâcheux que nous n'avons pa;^ traitù du lièvre cartable dans notre Vénerie au XIX* Siècle en France,

Une autre fois, surpris par une tourmente d^hiver, il st rase en plein air; la neige Tensevelit et force lui est d*attendre, sous ce blanc linceul de 0"*60 à 0"70 d'épaisseur, que le froid en ait assez durci la surface pour qu'elle puisse le porter. Afin de vivre alors, il se creuse une galerie et mange les feuilles et les racines des plantes vivaces. Sorti enfin de ce tombeau, il se retire dans les forêts, broutant les herbes desséchées et rongeant les écorces. Souvent aussi, dans les Alpes surtout, il s^approche des chalets où les montagnards remisent du foin et, s'il peut s'y introduire, c'est une bonne aubaine pour lui.

Le lièvre variable est aussi fécond que le lièvre ordinaire. La hase à chaque portée met bas de. deux à cjnq petits, qui ne sont guère plus gros que des souris ; dès 1^ second jour, ils suivent la mère en sautillant et ne tardent pas à manger des herbes tendres. La première mise bas a lieu en avril ou mai et la seconde en juillet; quant à la troisième, qui est très probable, on n'est pas encore bien fixé jusqu'à présent.

La durée de la gestation est de trente à trente et un jours, et celle de l'allaitement de vingt au plus.

On ne sait pas encore si les lièvres variables des Alpes et du Nord appartiennent ou non à la même espèce ; mais, en tout cas, ils sont bien tous deux de fidèles enfants de leur patrie, et leur pelage s'harmonise admirablement avec la teinte du milieu qu'ils habitent.

Cet animal est plus facile à apprivoiser que le lièvre ordinaire; Use montre plus tranquille, plus familier; mais l'air si vivifiant des montagnes lui manque, et on ne peut dès lors le conserver longtemps captif. Il blanchit toujours l'hiver, tandis que celui du Groenland conserve cette teintp Tannée entière.

On a souvent nié la possibilité de croisements entre le lièvre des neiges et le lièvre ordinaire, et l'existence d'hybrides de ces deux espèces. Aujourd'hui le doute n'est plus

{xermis, la réalité du fait étant établie par de nombreuses et sérieuses observations.

La peau de cet animal a peu de valeur, mais en* revanche sa chair très savoureuse est fort recherchée.

Page 1