‹ Les chasses du globeChapitre 85 sur 206 · CHEVAL MARIN · texte numérisé non relu

CHEVAL MARIN

Le morse, meotionné par les anciens naturalistes et surnommé éléphant^aleine par Alt)ert-le-Grand, a de 6~00 à 7"00 de long et près de 4"KX) de circonférence au niveau des épaules; il pèse de 750 & I.SOO kilogrammes. Toutefois d'aussi forts adultes sont rares de nos jours, et l'on n'en trouve plus ordinairement que de 3"30 à i-Hfi de longueur.

Sans donner ici une description complète de ce curieux sniinal, nous pouvons bien dire au moins qu'il a le corps allongé, épais ; cinq doigts aux pattes avec des ongles courts et obtus; une tète relativement petite, ronde et épaissie ; un museau très court et large ; k la lèvre supérieure une moustache très raide de six à huit centimètres ; des narines semi-circulaires; de petits yeux brillants, à pupille ronde ; des oreilles sans pavillon ; et enfin deux énormes canines, longues de 0*^ & C^, faisant saillie et remplaçant chez les adultes les six incisives et les deux canines que l'on voit aux tout jeunes morses. La peau des adultes, épaisse de trois centimètres, se montre, au fur et à mesure qu'ils vieillissent, brune, rousse, jaunfttre, grisâtre, et enfin presque blanche, de noire qu'elle était dans l'enfance. Ajoutons que la femelle a quatre mamelles inguinales.

Le cheval marin habite aujourd'hui une grande partie de rOcéan Glacial arctique. Il recherche les endroits où Teau est à une très taible température et évite ceux que réchauffe le courant du Gulf-Stream. Lorsque la glace commence à fondre, il se retire vers le nord.

Les morses ont beaucoup du genre de vie des phoques ; comme eux, ils sont sociables et se réunissent souvent en fortes bandes. Ils passent tout leur temps dans l'eau lorsqu'ils sont éveillés ; mais, pour se reposer et dormir, ils abordent sur les plages plates ou sur les glaçons flottants, et y demeurent plusieurs jours de suite aux époques du rut et de la mise bas. C'est principalement alors que, sur ies banquises, on peut en voir des troupeaux de deux c^ts et plus, couchés sur le flanc ou assis et appuyés sur leurp pattes de devant.

« Dans la mer, le morse nage avec »ae très ipande agir iiié. ^r ierre, on Je voit lourd et fort oialadroit ; il aysaioe m ram^es^t et w alloogeantajiterjDiatLv^iiieçt son corps, ou bien en se tournant d'un côté, puis d'un autre. Ses défie^ses -un peu neaourbées M .soqI alors d'uû grand ^ecoyrs ; elUes lui ^seryent à gravii" J^ coUineset les monta* gnes de glace. C'est c^ effet.ayec leur aide qu'il sç crasa^ poune mif. feates et aux crevassa ; il Jes fixe ^otidemeat, puis €ontr|iQte son corps sur ce poûit .d'af>puî ; il enfonce de «o^veau ses dQojta un peu plus loin, se ramasse ouoon^ f t arrive aji>si h l'endroit oiSi il yeut^ jPeposer. Souvent, )U ^ fraye avecicçs deux canines uu chemlii (lu travens des jgla^s ; mais il les use à ce travail les brîawjt même parr loift.

f (àwp«i la |»im le preese, il se laisse roi^.itesiiauteurs dans l$i ii>er ; si la plage est en pente douce^ il fampe lenr tement. On a dit que ces animaux restaient jusqu'à quioae jpui^âur terre, immobiles, sans rien manger. Gela mérite ^oââirmHtion ; mais il est certain que leur sonuoeil eet très profond et qu'on en a crus morts qui n'étaient qu'endoroiîs.

Les morses se nourrissent de petits animaux marins de toute espèce, notamment de crabes, de crustacés, de mollusques. Avec leurs défenses, ils arrachent des rochers les coquillages adhérents et les avalent. Chose assez singulière, leurs crottins ressemblent à ceux des chevaux.

Tous les navigateurs assurent que chaque mftle vit avec une femelle et raccompagne fidèlement. Le rut a lieu en juin-juillet ; les mâles alors se livrent de violents comt)ats, dans lesquels les longues canines font de profondes blessures. Tant que le rut dure, ils hurlent continuellement.

Neuf mois après, en avril-mai, la femelle met bas un seul petit. Dans l'eau comme sur terre, elle défend sa progéniture avec un tel courage qu'on ne peut s'en emparer qu'après sa mort.

On n'a vu qu'une fois, dit-on, un morse vivant en Europe. C'était un jeune, qui périt à Londres, troi^ jours après son entrée, en 1853, au jardin zoologique.

Le cheval marin tué est d'un grand profit. On recouvre avec sa peau les vergues et les cables, ou bien on en fait des cordes. D'après Steller, les Korakes en fabriquent des filets pour prendre les baleines ; les Tschoukischis en couvrent leurs demeures d'été ou en calfeutrent la carcasse des canots, et les Groënlandais emploient les tendons en guise de fil.

La chair n'est point à dédaigner, surtout le cœur et le foie. La graisse peut servir à la préparation des aliments ou comme huile d'éclairage.

Les défenses enfin sont toujours la partie la plus précieuse; à elles seules, elles ont autant de valeur que la chair, la graisse et la peau ensemble. Dures, blanches, aussi épaisses que l'ivoire, elles servent à faire des ornements chez les peuples sauvages, tandis que dans les pays civilisés on en fabrique de fausses dents qui sont très recherchées.

iO

Page 1