Les chasses en France et en Angleterre;
Le jour de ma naissance, m'a dit ma mère, une laie de haute race du Morvan, fut un beau jour de printemps.
Les faibles clartés de Taube nuançaient à peine Thorizon, et les collines couvertes de brouillard étaient dorées à leur sommet par les premiers feux du soleil.
Au milieu des blés verts la perdrix rappelait, et dans les bois les faisans descendaient de la cime des vieux chênes en jetant aux brises du matin leurs notes éclatantes; les lièvres formaient leur gîte, les grives tournoyaient dans les airs, le rossignol chantait, annonçant la venue des fleurs
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et des feuilles. Chantxe des amours et des poésies, inspiré par les mystères ombreux du feuillage naissant, par le parfum des fleurs, par Tazur du ciel, par la fraîcheur des eaux, il chantait au-dessus du fourré, berceau de mon enfance.
J'ai passé par tous les âges, j'ai pris tous les grades que les hommes ont dévolus, selon leur nombre d'années, à ceux de m'a race.
Aujourd'hui je suis un grand vieux sanglier, un solitaire, presque un philosophe.
Je fus un marcassin braillard ; à six mois je devins une bête rousse, et je me souviens que ma mère m'administrait alors de rudes corrections, car j'étais un enfant terrible, et la menaçais de dévoiler à mon père ses intrigues avec un' ragot du voisinage. À deux ans j'étais une béte de compagnie de fort belle venue, et les femelles de mon espèce me prédisaient de grands succès dans le monde. , J'ai vécu longtemps parmi les hommes, car je tombai, un jour dans^une fosse 'préparée sur notre passage avec deux de mes frères, et le lendemain je fus conduit au château voisin.
On dit que je suis un porc sauvage ! je suis sanglier, je nie toute analogie avec les pourceaux, et je ne suis pas plus un porc sauvage que les porcs ne sont des sangliers domestiques (1). Car si quelques-uns des miens poussent le mépris de soi-même jusqu'à contracter une liaison avec les femelles de cette immonde espèce, c'est une mésal-
(i) Le traducteur ne partagn pu? l'avis du héros de cette histoire.
liance dont rpugissent tous les nobles cœurs de notre famille. Notre marche est bien différente du reste.
Elle est régulière; nous mettons notre trace de derrière dans celle de devant, tandis que les porcs n'ont aucune allure et se méjugent continuellement. Le pied des porcs I est pl0n de chair, le nôtre est ferme, nerveux.
I Je fus donc amené dans la cour d'un château et 9^*
paré de mes frères dont jentendis le soir môme les cris I lamentables. Ils avaient été assassinés, découpés, fumés et
j mangés plus tard sur la table du seigneur.
Quant à moi, la douceur, Taménité de mon caractère que - je tâchais de plier aux plus rudes exigences, m'avaient attiré la considération du piqueur et de son limier qui devint un de mes meilleurs amis.
I Devant le chenil où étaient renfermés soixante chiens
' farouches destinés à la chasse des miens, s'étendait un im-
I mense parc semé d'arbustes et entouré de murs.
Souvent le matin, on me forçait à me lever de la chaude litière sur laquelle j'étais étendu, et aussitôt une vingtaine de jeunes chiens s'élançaient à ma poursuite. Je prenais la fuite à travers les massifs du parc, et lorsque j'étais fatigué, je revenais à mon habitation dont la porte était subitement refermée sur moi. Les chiens arrivaient et un groupe de têtes farouches, aux gueules avides, hurlantes, me considéraient à travers le grillage qui me protégeait- Le chien, mon fidèle compagnon, venait souvent me visiter. Il se nommait Roncador ; son pelage lisse et blanc se marquait çà et là de larges taches blanches orangées, déjà mélangées de gris, car le limier commençait à vieillir; il était de taille moyenne, mais ses reins hauts et larges,
ses hanches grandement développées, son jarret descendu, des muscles saillants, sa tête carrée, aux longues oreilles, ses yeux bien sortis; pleins de feu, dénotaient une vigueur et une intelligence extraordinaires.
D'ailleurs, aux attentions délicates, aux caresses que le piqueur prodiguait à mon sfmi, il était facile de voir qu'il l'avait en haute estime.
Je m'étais attaché à mon compagnon et ne regrettais nullement la liberté. De grand matin, j'accompagnais Roncador et son maître au bois où ils allaient travailler ensemble quelque barde de cerf ou quelque compagnie des miens.
Le piqueur paraissait âgé de cinquante ans environ, et la santé brillait sur ses traits bruns et hàlés, ainsi que la force, et une bonne humeur tempérée par cette gravité presque mélancolique, particulière à ceux qui vivent dans l'habituelle contemplation des grandeurs de la solitude.
Un jour de gaieté, il m'avait donné le nom de Bouton-de- Rose.
Je n'ai jamais compris l'analogie qu'il avait pu trouver en cette gracieuse production de la nature et mon aspect qui, je le sais du reste, n'est pas dénué de grâce.
Lorsque nous sortions de la cour du chenil, nous suivions généralement une longue avenue qui conduisait aux forêts, vastes dépendances du château.
Mon maître était vêtu d'une blouse, de grandes guêtres de basane qui se laçaient étroitement sur des souliers ferrés et dessinaient ses jambes nerveuses. Il était coiffé d*un feutre à larges bords qui laissait échapper quelques mèches de cheveux gris, et il portait au côté un couteau
de chasse à manche de corne noire, monté sur garde d'argent, ainsi que le trait garni de la bQtte de cuir qui lui servait à guider Roncador.
Je suivais le maitre et le chien vermillant, sur le bord des champs, mangeant des racines de fougère. Nous parcourions d'immenses étendues, et vers midi nous rentrions au chenil où je dormais le reste du jour.
. Quelquefois je suivais le piqueur à cheval, et me rendais à la ville voisine.
J'étais devenu un bon ragot, et lorsque les chiens du voisinage voulaient essayer leurs crocs sur moi, je leur distribuais des bourrades sévères, en évitant, toutefois, de les blesser, car ma tête est douée d'une force incroyable, et sur quarante-quatre dents qui ornent mes mâchoires, quatre sont terribles. Celles qui sont placées sur la mâchoire inférieure se nomment défenses, elle sortent des lèvres, recourbées, menaçantes et s'aiguisent contre celles de la mâchoire supérieure, appelées grès, parce qu'elles sont des sortes de pierres à repasser.
Une année s'était écoulée depuis mon emprisonnement, qui ne m'était, du reste, aucunement à charge, et ma vie s'écoulait heureuse.
L'été touchait à sa fin, et septembre avait vu se disperser dans les champs les compagnies de perdreaux décimées, les lièvres épouvantés.
Un matin, vers neuf heures, j'accompagnais Roncador et son maître dans [une promenade à laquelle avaient été admis quelques chiens favoris. Les valets de chiens avaient suivi ce piqueur.
— Tiens, Jean, dit l'un, c'est dans ce bouquet de gené-
vrier qu'est né Bouton-de-Rose sur le bord de la Mare-au- Diable.
Entendant prononcer mon nom, j'écoutai
lis parlèrent de ma mère, morte l'année précédente, de mes frères décimés, puis s'assirent en causant au pied du poteau d'un grand carrefour.
Le site était sauvage, âpre, solitaire; à l'horizon on voyait les immenses rochers gris du Morvan, d'où s'élançaient quelques pins au sombre et triste feuillage. Autour de la Mare-au-Diable, le berceau de ma naissance, c'étaient des chênes séculaires, à l'ombrage impénétrable, fehtourés de grands massife de houx, au milieu desquels apparaissaient des blocs de grahit, bizarrement taillés par la nature, et qui, à une certaine distance, se détachant blancs, immobiles, sur les routes de verdure, semblaient des spectres, gigantesques habitants de ces contrées aux légendes, aux superstitieuses croyances.
Je m'étais écarté du groupe formé par les chasseurs et par les chiens ; à l'aspect de ces lieux où s'étaient écoulés les premiers jours de mon enfance, je me sentis pris d'un invincible désir de la liberté.
En parcourant les fourrés, deux animaux bondirent devant moi, je reconnus deux femelles de ma race. Elles s'arrêtèrent, et je pus les contempler à mon aise. C'étaient deux belles jeunes laies, aux soies brillantes, aux yeux vifs et hardis, elles disparurent bientôt lentement dans l'tknbre des bois.
Ce jour là, je revins tout pensif, un sentiment étrange s'était emparé de moi, ma gaieté s'était évanouie, et le souvenir des deux laies me poursuivait sans cesse, troublait
mon sommeil. Dans mes courses vagabondes j'avais feiit la connaissance d'un blaireau, espèce de philosophe fort instruit, qui vivait presque toujours* dans les profondeurs de son terrier, voisin de la Mare-au-Diable.
Je lui confiai mes peines, et il me dit atteint du mal d'amour.
Le blaireau consentit à devenir mon intermédiaire, et à porter à la laie préférée, les témoignages de ma tendresse. Je savais que celles de mon espèce ont un goût particulier pour les pommes de terre.
Le potager du château contenait les racines les plus succulentes, et chaque soir poussant la porte qui donnait sur la campagne, je facilitais l'entrée du jardin à' celle dont je voulais faire ma compagne.
Les habitants du château s'émurent, on se demanda quel était le sanglier capable d'un tel acte de témérité; les soupçons se portèrent naturellement sur moi, et je fus sévèrement cloîtré. Je devins furieux, si furieux que j'entendis les valets de chiens parler de ma mort projetée.
Je feignis le calme, et je pris des airs de provocante douceur.
Un soir j après le repas donné à la meute, oîl oiiVrit la porte de mon habitation, je m'élançai dans le parc en gambadant joyeusement, et je ride dirigeai Yefô l'avenue dont je trouvai la porte entr'ouverte.
L-a tentation était irrésistible' Je là poussai Rigoureusement, j'étais libre, l'immensité des bois et des plaines s'étendait devant moi.
Je partis à toutes jambes dans la direction de la Mareau-Diable.
Le sileDce de la nuit était profODd, et la lune élevait son disque rougeâtre au-dessus des collines du Morvan.
Je ne puis dire Tenivrante sensation qui remplit tout mon être en me sentant libre. Libre ! je pourrais régler ma vie selon mes convenances, je pourrais vivre à ma guise.
Plus de poursuites agaçantes dans le parc pour le dressage des jeunes chiens !
Plus de réclusions sévères !
La liberté! l'espace s'étendait devant moi, et [l'espoir d'un amour partagé.
Je traversais des fourrés inextricables. Tout, dans ces immenses solitudes, offrait Fimage du bouleversement et du chaos ; les grandes secousses et les éruptions volcaniques avaient entraîné les rochers les uns sur les autres.
Vers minuit, la lune était claire et brillante ; et pourtant sa lumière douce et veloutée ne pouvait adoucir Taspect de la gorge sauvage que je gravissais.
Je rencontrai mon ami le Blaireau, qui se rendait au parc. Il fut bien surpris de me voir, et me dit que je trouverais bien sûrement ma belle amie vermillant dans un champ de blé, choisi ce soir-là pour le gagnage.
Je m'élançai dans la direction qu'il m'indiqua.
Les cimes âpres, déchirées des rochers, qui dominaient la gorge, étaient noyées d'une vapeur bleuâtre»
Enfin, après une course d'une heure, j'arrivai sur la limite de la forêt. Un champ de blé s'étendait au loin, et à sa surface j'aperçus deux ombres noires. Je m'approchai: dans l'une d'elles, je reconnus celle qui avait tout mon amour, celle dout le souvenir faisait frisonner tout mon être.
Quelle fut ma joie de la retrouver ! Je fus heureux, car, dans un moment d'expansive tendresse, elle m'avoua combien elle préférait mes manières polies à celles des autres ragots, tiers-an et quart-an de la forêt, dont les brutales déclarations effrayaient son jeune cœur.
La vie m'apparaissait douce et facile, et pourtant c'est depuis cette nuit fatale que le malheur, les angoisses, se sont emparés de ma vie. [Plus de sommeil profond, hi de nourriture assurée. Sans cesse en alerte, au moindre bruit je suivais ma douce compagne, qui prenait la fuite dans le fourré, malgré mes rassurantes exhortations.
Le bruit lointain du cor parvenait souvent à nos oreilles, et quelquefois un des nôtres, vigoureusement poursuivi, passait à nos côtés, essoufflé, couvert d'écume, et me priant de prendre sa place pour quelques instants.
Lorsque j'étais bien disposé, je m'amusais à donner le change de cette façon aux jeunes chiens , et je les conduisais dans les parages où je savais rencontrer le blaireau, qui se faisait chasser à son tour, et disparaissait dans les profondeurs de son terrier. Puis on entendait les cris des valets de chiens, les coups de fouet, les cris témoignant d'un châtiment sérieux infligé aux étourdis. Et la forêt devenait silencieuse, les vallées solitaires.
L'hiver s'écoula lentement. Les premiers jours de printemps me virent entouré d'une famille de marcassins, égayant fort l'existence retirée que je menais avec ma compagne dans une contrée sauvage située à l'extrémité de la forêt et dans une partie rocheuse presque impraticable pour les hommes.
Notre ami le blaireau venait souvent nous visiter. Il
nous égayait par ses maximes paradoxales, et nous faisait part des observations toujours d'une grande finesse qu'il avait faites sur le genre humain, me donnant d'excellents conseils sur la manière d'élever mes enfants'.
Il me fit remarquer les cris discordants que nos nouveau-nés poussaient dès leur début dans la vie, les douleurs qu'ils exprimaient..., par pressentiment sans doute des malheurs qui les attendaient plus tard. Il me conseilla de me défier des paroles d'un renard qui habitait dans notre voisinage, et qui s'extasiait sans cesse sur la beauté de nos enfants.
Je ne cache pas que son admiration me procurait une douce sensation et qu'il était fort des amis de ma tendre moitié.
Et pourtant rien n'était moins gracieux que leurs gambades.
Le blaireau disait que l'amour-propre des parents grandit en proportion de la laideur de leur postérité.
C'était un vrai philosophe, que notre ami ; il connaissait les hommes et la société avec ses amours éphémères et sensuels, ses amitiés hypocrites et ses bonheurs de convention.
Le mois de septembre arriva bientôt, et avec lui les détonations commencèrent à se faire entendre sur les plaines, le cri des chiens à faire retentir les échos de la forêt.
Un matin, j'aperçus mon ancien maître et son limiei^ Roncador, travaillant des cerfs sur les gagnages. Vers midi, les trompes sonnaient le bien-aller , les chiens criaient, et pour nous, habitants des bois, notre misérable existence de poursuites et d'embûches allait commencer.
Ma compagne et mes enfants vivaient dans la retraite la plus absolue ; les chênes ayant donné beaucotit) de glands celte année-là, ils se bornaient la nuit à vermiller sous leur ombre gigantesque, afin de ne pas laisser sur les chemins et dans les terres labourées les empreintes perfides que nos traces y eussent profondément marquées.
Les visites de mon ami le blaireau devinrent pltrs f atëé, et nous eûmes bientôt à nous repentir de la confiance qUé nous avions accordée au renard, que ses flatteHés et ses beaux discours avaient rendu indispensable à lalaîe, mère de mes enfants.
Ceux-ci étaient de jolies bêtes rousses, en bonne cbaî^ et fort vigoureuses.
Un matin, nous étions tous étendus paresseusement au soleil au milieu des touffes de joncs qui bordaient un ruisseau voisin de notre retraite.
La chaleur était accablante, et nous trouvions là une fraîcheur nécessaire à une difficile digestion de glands de bon goût que nous avions savourés pendant la nuit.
Tout à coup, les feuilles s'écartent et le renard parait la langue pendante, les yeux injectés de sang, souillé de boue, exténué de fatigue, il passe sans adresser ttn mot au milieu de nous et disparaît dans les profondeurs du fourré.
Bientôt des cris de chiens se font entendre. A ces cris se mêlent des voix humaines et les insupportables mélodies de l'instrument que les piqueurs portent autour du corps.
Lés bruits se rapprochent, nous nous levons et nos enfants se pressent inquiets ; le fourré répète mille bruits indéfinissables.
Plus de doute, notre faux ami a conduit l'ennemi au milieu de nous.
Que faire?
Ma compagne fuit emmenant nos petits, et seul je reste pour affronter le danger.
Comme un ouragan, une meute d'une vingtaine de chiens que je ne reconnais pas pour mes anciens compagnons, des chiens aux oreilles écourtées, aux cris aigus, une meute, dis-je, arrive, et à mon aspect s'arrête effrayée.
Un homme, habillé de rouge, montant un magnifique cheval, arrive à son tour et emmène les chiens qui prennent avec ardeur la voie du renard qui se trouve mêlée à celle de ma chère famille.
Des cris perçants retentissent, et je distingue parmi ces cris les sourds grognements de ma compagne. Je m'élance dans la direction : quel affreux spectacle s'offrit à ma vue ! Quatre des miens, à demi dévorés, étaient étendus sur la roche sanglante, les autres entouraient leur mère, dont les flancs avaient reçu aussi de profondes déchirures. '
Je devins furieux, mes défenses claquaient contre mes grès, mes- membres tremblaient d'une colère concentrée ; je voulus venger mes enfants morts, je fus retenu par ma chère compagne, à qui je prodiguai les plus tendres soins.
Quant au renard, il avait pu gagner son terrier et se soustraire dans ses profondeurs rocheuses à une mort évidente.
Sa mauvaise action ne lui a pas profilé du reste ; car un jour qu'il quittait s?^ demeure vers le soir,, il se prit la
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patte dans un piège, et le lendemain fut assommé à coups de bâton.
C'était le plus mauvais drôle que Ton pût imaginer ; braconnier émérite, car depuis sa mort je rencontre parfois de beaux coqs faisans au plumage chatoyant, qui avaient abandonné la contrée depuis qu'il s'y était établi.
Depuis sa mort, le blaireau, notre vieil ami, vient nous visiter. Il nous a dit que les prévenances dont ma compagne entourait ce flatteur à la langue dorée, et l'aversion qu'elle semblait lui témoigner lorsqu'il voulait lui faire ouvrir les yeux sur la conduite de celui au dévouement duquel elle se fiait entièrement, l'avaient éloigné momentanément de nous, persuadé que le jour viendrait où nous reconnaîtrions la vérité de ses assertions.
Notre tranquillité ne fut plus troublée ; seulement, au mois de décembre, le mois de nos amours, je fus surpris un matin de ne plus trouver ni mes enfants ni leur mère. Je me mis à leur recherche, et notre ami, que je rencontrai sur un chemin, me tint un langage étrange, m'entretint des déceptions, des illusions de la vie.
J'appris, hélas! bientôt la vérité.
Ma compagne m'avait abandonné pour suivre un ragot descendu des collines du Morvan, et mes enfants, mes pauvres enfants s'étaient attachés, l'un à la suite d'une vieille laie de mauvaise vie, l'autre à un jeune mâle de son âge, avec lequel elle courait joyeusement à travers bois.
J'étais seul, seul, ayant perdu tout mon bonheur, toutes mes illusions.
Je pouvîiis régner en maître dans la forêt, car je me
trouvais un quart-an de la plus belle taille; mes soies argentées étaient luisantes, brillantes de santé, mes défenses aiguës et tranchantes.
J'ai préféré vivre sans vengeance, car la vengeance eu ces cas-là est un ridicule que Ton ajoute à un autre, et j'ai méprisé celle pour qui j'eusse donné tout mon sang.
Quant à mes enfants, ils avaient obéi à la nature, aux emportements de la jeunesse, au sang qui coulait dans leurs veines, sang pur que je leur avais transmis de mes aieux de noble et antique race.
Un jour, je me suis rencontré avec mon ancien cama-» rade Roncador et son vieux maître. Je me suis approché d'eux, et ce dernier a de suite porté la main à son couteau de chasse ; puis, en m'examinant attentivement, il me re^ connut à Une coupure qu'il me fit à Foreille le jour où je fus emmené au château.
— Tiens! s'écria-t-il, c'est Bouton-de-Rose.
Roncador aussi m'avait reconnu, à ce qu'il me parut; car, au lieu de hérisser son poil, il me plaça gracieusement une de ses pattes sur la hure, tandis que son maître me donnait quelques caresses, en me passant la main sur le dos.
Je les ai suivis pendant une heure; mais ne me souciant pas de retourner vivre au château, je les ai quittés sur la lisière des bois.
Malgré les appels de mon ancien maître et les agaceries de Roncador, je me suis enfoncé dans les halliers, et j'ai repris le chemin de ma demeure.
J'y ai trouvé, dormant aux environs de la bauge que j'avais quittée le matin même, mon ami le blaireau. A
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mon approche il se réveilla et m'annonça une grande nouvelle.
Les bois allaient être vendus à un autre propriétaire, et le maître actuel de ces domaines se retirer dans une terre qu'il possédait en d'autres pays.
On disait que les trop nombreux amis des deux sexes qu'il recevait cbez lui Pavaient forcé à vendre ces bois, c6 château, antique résidence et berceau de sa famille.
Tout cela était vrai, bien vrai.
Les bois furent vendus et morcelés, le château acheté, par une société de gens qui ont mission de faire disparaître de France tous les vieux édifices, souvenirs du temps passé, et qu'on appelle la Bande noire.
La chasse fut louée par une quarantaine de petites gens des environs, qui menacèrent à Tenvi les cerfs, les chevreuils, et ceux de mon espèce. Un jour, je reçus moimême une balle, qui, frappant sur mes armures, ne pénétra point ; et, ce jour-là j'eus l'indicible satisfaction de culbuter le tireur, qui portait une casquette de loutre et des lunettes vertes. ^
Je le reconnus le soir même, porté sur un brancard. 11 était étendu sur le ventre, ce qui me fit présumer que je l'avais frappé dans les antipodes de cette partie de son corps.
Les dangers m'entouraient de toutes parts, et je dois raconter une de plus émouvantes péripéties de mon existence de solitaire.
Les massacres journaliers auxquels se livraient les maîtres actuels de ces bois devaient avoir une fin tragique. L'un d'eux fut trouvé mort un jour dans un vallon boisé,
et à ses blessures on put reconnaître les traces d'une lutte violente avec un ragot qui lui-même mourut à cent pas, au milieu d'un fourré épais.
Je m'étais retiré devant ces persécutions cruelles, et j'habitais alors les environs de la Mare-au-Diable. Je m'étais construit des bauges couvertes au centre des ronciers, fourrés d'épines noires, de genêts et de genévriers touffus. C'était vraiment une demeure impénétrable à qui ne pos* sédait pas comme nous des armures défensives contre les piqûres.
Le blaireau, bien âgé, avait renoncé aux longues pérégrinations et il passait une grande partie de son temps auprès de moi. Je lui savais gré de cette constante et vieille amitié, et j'eus mille fois tort de ne pas suivre les conseils qu'il m'avait donnés.
J'appris de lui que la compagne de mes premières années faisait retentir les échos de la forêt du scandale de ses amours. Il me dit lui-même avoir été trompé dans ses appréciations sur elle, et il m'engageait à contracter un nouveau mapiage. Il y avait errant de par les taillis un grand et vieux sanglier toujours accompagné de ses deux filles, qui lui prodiguaient les plus tendres soins. C'était notre doyen, il était miré^ et on le coDuaissait sous le nom du père François. Il avait eu cent combats à outrance avec les meutes du voisinage et à redouter les embûches de l'affût. De nombreuses cicatrices attestaient l'énergique défense qu'il avait toujours opposée, et ayant fait sa connaissance par rintermédiaire de mon ami le blaireau, je pris le plus grand intérêt au récit qu'il nous faisait chaque jour dans une clairière au milieu de laquelle il était couché.
Nos relations devinrent plus intimes, et il m^offrit une de ses filles en mariage à la condition pour moi de continuer de vivre auprès de lui.
Mais le souvenir de ma première liaison me poursuivit sans cesse.
C'est, du reste, dans Tordre des choses de la nature.
Jeune, on aime le bien, on y croit, et tout est espérance, amour.
On cherche la compagne de son cœur (comme on dit alors), et le plus souvent on trouve sur son chemin une créature corrompue, dont Tâme a été remplacée par les plus ignobles aspirations.
Et c'est alors que Ton devient éperdument fou de cette laie, pour qui chaque hiver a été une saison de débauches et d'orgies. A elle la réalisation de tant de beaux rêves d'amour et de jeunesse, toutes ces brillantes illusions dorées qui charment le cœur d'une béte de compagnie, à elle toutes nos ardeurs, tout notre dévouement.
Et puis, il arrive que sur cette âme blasée, froide, desséchée, on use tout ce tendre et pur amour du jeune âge.
Plus tard, et c'est ce qui m'arriva, si le hasard vous fait rencontrer une laie pure, qui vous eût réservé toutes ses tendresses, on n'a plus, pour y répondre, qu'un esprit égoïste, un cœur flétri, des sens blasés. Vous avez été prodigue, vous avez éprouvé ces précieux besoins d'amour, de jeunesse, pour une créature méprisable.
Jamais ces fraîches sensations ne renaissent; je crois fermement que l'on n'aime qu'une fois dans sa vie; c'est une maxime du pays des hommes, et bien que la plupart de leurs maximes n'aient été enfantées par eux que pour
se donner une morale facile, cette dernière est vraie, sensée et juste. Les sentiments que Ton éprouve plus tard ne sont que les tristes épaves du premier amour, que nous cecueillons dans l'âge mûr comme des trésors inestimables. Ce sont les bribes d'une grande fortune jetée à tous les vents de la prodigalité. Puis, avec l'âge, les illusions sont toutes envolées, et si nous reportons nos regards en arrière, si nous jetons les yeux sur cette jeunesse qui s'est écoulée si vite, nous ne conservons de ce temps-là qu'un profond mépris de nous- môme et des autres.
Car si le rôle de dupe est triste, ridicule, celui de ceux qui dupent est méprisable.
Si jeunesse savait, disent encore les hommes... que cette sentence, marcassins et bétes rousses se grave dans vos âmes, et retenez les derniers avis de Bouton-de-Rose, solitaire des vallées rocheuses du Morvan.
Défiez-vous des laies coquettes qui sautillent gaiement en vermillant au clair de la lune, et en vous priant de les accompagner jusqu'à leur bauge. Elles ont tous les attraits de la beauté ; leurs soies sont longues et brillantes, leurs yeux sont vifs et perçants, leur allure leste et vigoureuse.
Défiez-vous des ragots que vous trouverez en leur compagnie, ce sont généralement sangliers tarés, vagabonds errants, sans se cantonner jamais dans aucun pays. Us ont pour eux un langage fleuri, l'esprit amusant et paradoxal. On ne sait d'où ils viennent; ils arrivent, et deviennent immédiatement famiUers et causeurs. Ils s'informent des bons gagnages et des habitudes de chacun ; ils cherchent à surprendre votre compagne, et on en cite plus d'un qui emmena laie du Morvan en de lointains pays.
Défiez-vous des solitaires sans philosophie qui se retranchent derrière leurs remparts de ronces et d'épines pour sacrifier à leurs passions gloutonnes.
Défiez-vous enfin de tous, car les meilleurs ont leurs vices, et la nature a dévolu à chacun de mauvais instincts qui percent à un moment donné.
J'ai donc refusé la tille du grand vieux sanglier, car le souvenir de ma jeunesse suffisait à mon existence, qui, à part les visites de mon ami le blaireau et nos causeries de la clairière, se passait au milieu, de la plus complète solitude.
Lorsque je reporte un regard en arrière, je me dis que j'ai gâté ma vie, et qu'il eût été mille fois préférable pour moi de rester en captivité au château. Je me souviens de ces beaux jours de printemps de mes premières années : l'air était doux et pur, le gazon commençait -à verdir, la violette à poindre. Combien je l'aimais cette laie éhontée ; elle avait tous les charmes du vice. — Quelle enivrante journée nous passions ensemble! Le bonheur retentit isncore si délicieusement dans mon cœur, que je me plais à en écouter les moindres échos.
• Je la rencontrai au milieu du bois, et avant cette rencontre,, mes oreilles attentives cherchaient à percer le silence de la forêt ; le moindre bruit, le moindre frôlement des branches, le souffle de la brise dans lé feuillage me faisaient frissonner. Elle paraissait, j'étais heureux, et elle me confiait des impressions analogues aux miennes.
Plus que jamais, je suis convaincu de la charmante valeur du symptôme de l'émotion que nous éprouvons avant une rencontre.
Dès qu'il cesse, dès que la vue de Pobjet de notre affection ne fait plus affluer le sang au cœur, Tamour jeune, vif, ardent, est passé ; Tindififérence, Toubli ne sont pas loin, et bientôt une froide et débile affection lui succède.
Il y a d'évidentes exceptions aux règles que nous posons, car il y a chez certaines laies des trésors de délicatesse inépuisables. Notre race se rapproche d'une façon étrange des humains, et anatomiquement nous avons des points de contact effrayants avec cette espèce maudite ; mais nous lui sommes évidemment supérieurs, car nous ne nous mangeons pas entre nous, coutume barbare qui dénote la plus immonde brutalité.
Je disais qu'il y avait des créatures exceptionnelles. Je veux parler d'une de mes sœurs qui vivait avec un ragot de fort bonne et ancienne famille. Elle avait Tardeur du devoir, et malgré les aspirations vagabondes de son sang, elle sut toujours mener l'existence la plus régulière. Chez elle, tout s'épurait par le sacrifice.
Un matin, je revenais du gagnage et retournais vers la demeure que j'habitais avec le blaireau, en mangeant quelques glands échappés aux gloutonneries des marcassins de Tannée. La forêt depuis deux années était tran-r quille ; plus d'effroyables coups de feu, répétés cent fois par la profondeur rocheuse de la colline; plus de hurlements de chiens avides de curée ; plus de ces infernales processions de gens aux cris aigus et armés de longs bâtons. Les oiseaux chantaient dans le feuillage déjà jauni par les approches de l'automne ; les faisans aux brillantes couleurs se jouaient dans les blés noirs aux tiges écarlates et égrenaient les épis murs ; les lièvres formaient leur gîte.
Au détour d'un chemin, j'aperçus un homme et un chien.
L'homme était de haute taille, vêtu d'une veste de velours noir, de culottes de daim gris, de hautes bottes de cuir jaune, armées de longs éperons.
Dans le chien je reconnus Roncador.
Je m'étais arrêté sous les futaies, afin de les observer. Dès qu'ils furent arrivés à l'endroit de mon passage, mon ancien compagnon lira sur le trait avec violence,^ se rabattant de mon côté. L'homme regarda à terre, examina les empreintes laissées par mes traces; un éclair de satisfaction illumina sa farouche physionomie, et, après avoir cassé une branche de chêne feuillue, il la plaça au milieu du sentier, puis il disparut sous les voûtes de verdure de la forêt.
Je n'avais rien compris à cette manœuvre, mais de sinistres pressentiments agitaient tout mon être ; je me rendis auprès du blaireau qui parut profondément attristé, a Oh ! mon ami, me dit-il, comment pourrez-vous maintenant résister à une attaque vigoureuse? Les années se sont appesanties sur votre tête, et la fuite vous est devenue impossible à cause de votre embonpoint. Cet homme est le nouveau propriétaire de ces bois, un veneur de la Touraine, connu sous le nom du Chasseur-Noir. Il chasse seul, mais sa voix et sa trompe ont des sons fantastiques, son cheval surmonte tous les obstacles, ses chiens sont sans craintes et affrontent tous les dangers avec une ardeur toujours victorieuse. Fuyez, ô mon ami, fuyez! »
Fuir eût été mentir à mon origine, et je répondis à ce discours en aiguisant mes défenses contre mon grès. Le
sang m'afflua au cœur, et j 'attendis avec confiance le moment de la lutte.
J'étais alors âgé de neuf ans, et la vie ne m'offrait plus qu'un mélange incertain de bonheur misanthropique. Mon esprit se plaisait au paradoxe, en un mot, je songeai sans effroi à ma fin prochaine.
Vers dix heures, une gorge de chiens fit retentir la forêt d'un hurlement sonore, et je reconnus la voix de Roncador ; Roncador, mon ami, mon ancien compagnon, conduisait à Tattaque du vieux Routon-de-Rose, une meute de chiens, dont j'aperçus bientôt, à travers les ronciers, la physionomie farouche.
Au même instant, parut le Chasseur, montant un robuste et vaillant cheval bai brun, plein d'ardeur et de feu. J'étais séparé de lui par un taillis et une route. 11 parut sur le revers d'un ravin, tenant sa trompe d'une main; il franchit intrépidement ce large obstacle, et arrêta un moment son cheval, sur le milieu du chemin, pour interroger mon volce-l'est; il avait reconnu probablement celui qu'il avait brisé le matin, car il excita ses chiens d'une voix vibrante : « Perce, mon beau Perce, s'écriait-il, et à ses encouragements il mêlait les éclats sonores de sa trompe, brillante comme de l'or aux premiers feux du jour.
J'avais été chassé bien des fois par des équipages nombreux, aux piqueurs galonnés sur toutes les coutures ; des gentilhommes richement habillés m'avaient ardemment poursuivi. J'avais échappé à cette poursuite, comme aux traîtres embûches des braconniers. Mais dire le sentiment de crainte qui s'empara de moi, à la vue de cet homme et de ses vingts chiens déterminés, est impossible.
A leur approche je pris la fuite, et la chasse commença, ardente, animée. Je n'essayai ni de ruser, ni de faire prendre -le change. J'agis enfin loyalement et courageusement, comme il convient à un grand vieux sanglier.
Parfois, j'apercevais le cavalier, paraissant au sommet d'une colline 'et détachant sa haute taille sur l'horizon. Les sons de sa trompe, sa voix tonnante, ses traits mâles, sa hardiesse et sa vigueur, en faisaient un des plus beaux types qu'il m'ait été donné d'entrevoir dans ma vie de sanglier.
Deux heures après Tî^ttaque dirigée contre moi, le ciel qui depuis une heure se couvrait d'épais nuages, prit une teinte plus sombre, et quelques gouttes d'eau annonçaient un orage.
11 fut bientôt dans toute sa violence, les arbres de la forêt se courbaient sous les efforts du vent, tandis que l'écho des rochers répétait à grand bruit les sinistres éclats de la foudre ; la pluie commençait à tomber en gouttes larges et pesantes, une chaleur insupportable rendait l'atmosphère brûlante, et une demi- obscurité enveloiipait la forêt.
Ma fuite devenait moins rapide, et je cherchais de tous côtés l'eau nécessaire pour ranimer mes forces qui s'épuisaient.
Maïgré la tourmente, j'entendais toujours les vibrants éclats de la trompe et la voix du chasseur, et la voix lointaine des chiens se rapprochant sans cesse... A ce moment suprême tous mes souvenirs de jeunesse me traversèrent le cerveau, et je pus en un instant envisager le passé. Il me sembla, alors, ressentir une vague aspiration vers
Pavenir, il me sembla que des jours heureux devaient encore luire pour moi... Je m'élançai au milieu des roseaux de l'étang d'où s'envolèrent une centaine de canards sauvages, et me plongeai dans une eau glacée... Je sentais ma fin approcher, et bientôt j'aperçus les chiens, comme moi, épuisés de fatigue, haletants, la tête basse, l'œil sanglant, sortant d'un épais taillis, et courant sur la pente escarpée d'un roc qui ceignait les bords de l'étang, et s'arrêter pour entrer dans l'eau avec précaution.
Une clameur immense retentit aussitôt, et se formant en cercle autour de moi, les vingt chiens commencèrent un concert auquel le Chasseur-Noir vint bientôt mêler les notes vibrantes de sa trompe et ses éclats de voix.
Alors la fureur de l'ouragan était à son comble ; d'éblouissants éclairs enflammaient l'horizon ; les arbres gémissaient sous les efforts redoublés de la tempête, et les éléments semblaient bouleversés.
Les cris des chiens pourtant dominaient la tempête. Derrière moi s'étendait un vaste étang, dans lequel j'eus été infailliblement noyé. Je sentis mes forces renaître, et me précipitai tête basse sur la meute. A partir de ce moment, mes souvenirs deviennent vagues, je n'ai plus conscience de ce qui s'est passé : du sang, des intestins souillant la terre, de la boue, des branches brisées sur mon passage, des hurlements de colère et de douleur, les accords de la trompe, une voix humaine, un coup de feu faisant retentir les échos des rochers, une vive douleur que je ressentis dans la tête, telles furent mes dernières
perceptions
Aujourd'hui, je suis réintégré dans le parc où s'écoulô-
rent mes premières années, et je dois la vie à mon vieil ami Roncador, qui, au péril de ses jours, me défendit contre toute la meute acharnée. Surpris de cet acte extraordinaire, mon nouveau maître fouailla les chiens; un paysan, attiré par les clameurs de cet hallali, s'écria :
— C'est Bouton-de-Rose !
Je fus sauvé... On me plaça dans une charrette, et ma blessure, peu grave, fut pansée.
Je me porte à merveille, et j'ai trois laies, qui me seront fidèles compagnes... car elles sont parquées avec moi... et je suis le seul mâle de mon espèce. Nos rejetons doivent repeupler les forêts voisines, dévastées par le fusil du braconnier. Mon ami le blaireau a percé un trou sous les murs du parc, et le soir nous causons du temps passé et des hommes, pour lesquels nous professons un profond mépris...
Telles sont les aventures de ce solitaire.
L'hiver dernier, je me rendis à Tinvitation d'un de mes amis, veneur intrépide, passionné, et, dans la salle à manger, au-dessous d'un excellent tableau de chasse d'Alfred de Dreux, représentant un chien blanc et orangé (Roncador), une hure énorme, empaillée., portant une légende, était fixée.
Sur cette légende on lisait :
« Bouton-de-Rose, grand vieux sanglier, mort à vingt ans, pesant 320 kilos. »
Cette hure m'a donné l'idée de construire cet échafaudage fragile, et qu'il ne faut vraiment considérer que comme une nouvelle du pays des bétes.