‹ Les chasseures à piedChapitre 14 sur 96 · CORPS DE RÉSERVE · texte numérisé non relu

CORPS DE RÉSERVE

Division d*infanterie , général Bninet; i'* brigade » général Cœur. — 4® bataillon de chasseurs.

Le 16'' batailon de chasseurs, non embrigadé, était installé en oliservation sur les monts Fédioukhine, où il resta, d*ailleurs, jusqu*à la fin de la campagne.

Le corps de réserve était complété par la formation de la brigade de la garde impériale, commandée par le général Uhrich. Le 2 février, les chasseurs à pied saluaient l'arrivée sous les murs de Sébastopol des quatre premières compagnies du bataillon de chasseurs de la garde, qui prenaient immédiatement part aux travaux du siège.

Dans la nuit du 12 au 13 février, les troupes de la 3^ division du 2* corps d'armée, de garde de tranchées, enlevaient quelques postes russes dans la direction de la baie du Carénage. Par son ordre de la division n* 61, le général Mavran félicitait les chasseurs du 19" bataillon de la vigueur et de l'intrépidité qu'ils avaient montrées à cette occasion.

NouyeUe organisation dn serrica des chasseurs à pied*

Le 24 février, les chasseurs à pied recevaient une nouvelle organisation pour le service aux tranchées. On afTertait à chaque compagnie un emplacement fixe dont elle avait à étudier à fond les approches et le champ de tir. Groupées pendant la nuit pour Hxc prCtcs A nrpousscr les sorties des Russes, elles étaient l'éparpillées en tirailleurs au |>etit jour, pour utiliser tous les abris en avant des tranchées. Les meilleurs tireurs, laissés aux tranchées, abrités derrière des ciéneaux, entretenaient un feu très vif et très précis contre les canonniers ennemis, et rendaient impossible, par leurs balles, le séjour aux alentours des embuscades russes.

Par suite de ces nouvelles dispositions, par son ordre du jour en date du 5 mars, le général en chef licenciait les compagnies de francs-tireurs, aux services desquelles il rendait un hommage glorieux. 11 citait à l'ordre du jour de l'armée le capitaine CUNCII ANT, du 9* bataillon, surnommé par ses francs- tireurs du nom légendaire

de « Père Créneau » ; le chasseur Rrler, du 6**, et plusieurs autres, pour avoir donné, en toutes circonstances, les preuves du plus brillant courage. Il mentionnait aussi avec éloges les chasseurs Champmartin, Pascal et Conjard, du 5* bataillon. Ces trois chasseurs reçurent peu après la médaille militaire, en récompense de leur belle conduite. Un chasseur du l^^, GuiRAUl), s'était aussi fait remarquer dans ce périlleux service : il était un jour sorti de la tranchée, s'était porté à bonne distance d'une embuscade russe dont il avait mis hors de combat tous les tirailleurs en les abattant les uns après les autres à coups de carabine.

Le 27 février, le lieutenant MARTIN, le sergent MANCHON et le caporal Laurent, du 10" bataillon, se dévouent pour aller, sous le feu des embuscades russes, relever un soldat anglais blessé; ils sont cités à Tordre du jour de Tarmée d'Orient pour leur belle conduite.

Les Ouvrages Blancs et le Mamelon Vert.

Cependant, les Russes redoublaient leurs efforts pour arrôter nos travaux d'approche. Avec une activité incroyable, ils élevèrent, à quelques centaines de mètres de nos parallèles, deux redoutes bien armées qui surgirent de terre dans les nuits du 21 et du 27 février; leur couleur les fit dénommer, par les assiégeants, Ouvrages Blancs du 22 et du 27 février. Les assiégés prenaient résolument l'ofTcnsive contre nous.

Le 2 mars, la division Brunet, dirigée sur le plateau d'Inkermann, s'y installait solidement pour prendre part aux opérations de droite contre les Ouvrages Blancs. Le 4® bataillon de chasseurs à pied, campé près du moulin d'Inkermann, était employé à la construction des batteries de droite jusqu'au 12 mars. A partir de cette date, il cessait son service de travailleurs pour faire celui de garde et de tirailleurs aux tranchées.

lîn avant de Malakod' s'élevait un mamelon commandant les approches de la place. De part et d'autre on en convoitait la possession. Dans la nuit du 10 au 11 mars, le colonel russe de Todleben, devançant les Français, faisait construire sur le Mamelon Vert la lunette de Kamtchatka, qui constituait pour Malakoff une avancée sérieusement défendue.

Les Russes dirigeaient, en outre, de nombreuses sorties sur nos ouvrages, inquiétant nos travailleurs, arrêtant parfois nos travaux.

Dans la nuit du 15 au 16 mars, ils tentent un coup de main sur nos attaques de gauche. Vigoureusement repoussés par la 7*" compagnie du 10^ bataillon de chasseurs à pied, commandée par le souslieutenant Bi£DKS, ils laissent 29 hommes dans la tranchée. Cette compagnie, qui a eu 2 tués et 6 blessés, est mise à Tordre du jour du corps de siège pour sa vigoureuse attitude. Le sous- lieutenant BedèS et le chasseur Clavkrik sont décorés; le sergent Gervais et le caporal RiGAUD sont décorés; le sergent Laberte est nommé sous-lieutenant, tous en raison de leur belle conduite pcndant le combat. Cette même nuit, la 3*^ compagnie du même bataillon se distinguait en protégeant les travaux du génie devant le bastion central. Exposée pendant neuf heures, sans abris, au feu violent des Russes, elle a un quart de son effectif tué ou blessé. Le sous-lieutenant Geoffroy, commandant la compagnie, est décoré; le sergent DuLlN et le caporal Maremiiert sont médaillés pour le courage et Ténergic qu*ils montrèrent durant cette nuit.

Le lendemain, une compagnie du 4** bataillon de chasseurs, commandée par le lieutenant Cluseret, et trois compagnies du 3* xouaves enlèvent des embuscades russes et en poursuivent les tirailleurs jusqu'au pied du Mamelon Vert. La compagnie Cluseret perd le sous- lieutenant ROMEU et le sergent Frigaud.

Le 18 mars, le capitaine DUSAN, du q^ bataillon, était blessé à la tranchée; le 20, il y recevait une nouvelle blessure.

Sortie du 22 mars*

Dans la nuit du 22 au 23 mars, les Russes, sous les ordres du général KhroulefT, tentent une forte sortie de 15,000 hommes contre la parallèle Victoria.

1^ matin mémo, une soixantaine de zouaves du 3* régiment avaient enlevé rapidement des embuscades russes établies en avant du Mamelon Vert, pendant que les chasseurs du 4** bataillon, placés dans les créneaux des tranchées, exécutaient sur les ennemis en fuite un feu précis et meurtrier.

Dans la soirée, à 8 heures, la parallèle était occupée par un demi-bataillon du 4** chasseurs à pied et trois autres bataillons d*înfantcrie, sous les ordres du général d'Autemarre. Vers 10 heures, après une violente canonnade dirigée sur nos travailleurs, les Russes, passant à la fois par les deux lianes du Mamelon Vert et

de MalakoiT, tombent, à la faveur de la nuit, sur la tête de sape gardée par la compagnie LAMBERT, du 4* bataillon de chasseurs, et Tenlèvent après une lutte acharnée corps à corps. La résistance désespérée de deux compagnies de zouaves et des chasseurs arrête un instant Teffort des Russes; mais ceux-ci reviennent bientôt avec de nombreux renforts, surprennent les tranchées anglaises mal gardées et pénètrent dans nos lignes. Attaqués de trois côtés à la fois, les Français reculent en deçà de leur parallèle, que le général Khrouieff occupe un moment. Tout Teflort des Russes se porte sur Tendroit des tranchées appelé la Patte d'Oie et défendu par deux compagnies du 4° bataillon de chasseurs; celles-ci sont écrasées sous le nombre et vont succomber jusqu'au dernier, lorsqu'arrive au pas gymnastique le demi-bataillon resté au camp, que le général d'Autemarre a fait avertir dès la première attaque. Le commandant FONTANGES DE CouzAN accourt à la tête de ses quatre compagnies, et, faisant sonner la charge par tous ses clairons à la fois, pénètre dans la tranchée, suivi d'un bataillon du 82" de ligne. Tous nos soldats se précipitent en avant et refoulent à l'arme blanche l'ennemi qui, croyant à l'arrivée de nombreux renforts, s'empresse de battre en retraite sur le ravin des Docks et sur le Mamelon Vert, vivement poursuivi par le feu de nos chas* seurs. Il laissait le terrain jonché de 1,300 morts. Les pertes du 4' bataillon étaient considérables; des compagpiies avaient eu jusqu'à 27 hommes tués ou blessés.

Le général en chef, dans son ordre du jour et dans son rapport au Ministre de la guerre, témoignait hautement sa satisfaction et signalait d'une manière toute particulière la belle et courageuse conduite du 4"" bataillon de chasseurs à pied dans cette sortie mémorable, où 15,000 Russes avaient été repoussés par quatre bataillons d'infanterie.

Deuxième bombardement*

Les travaux de droite furent dès lors poussés avec la plus grande activité; le 9 avril, les batteries de l'attaque étant prêtes, les 500 pièces des alliés ouvrirent un feu terrible contre la place, dont les ouvrages furent fortement endommagés. Le bombardement continue ainsi pendant dix jours, marqué par des luttes continuelles qui nous causent des pertes assez sensibles. Le 10 avril, le capitaine Theuvez, du 5*^ bataillon, était fortement contu-

sionné; le ii, le sous-lieutenant Blancart, du g^, était blessé dans la tranchée.

Dans la nuit du 12 au 13, la 2" compagnie du 5^ bataillon, enlevée par le lieutenant Copki et le sous-licutenant Rf.naro, se jette à la baïonnette sur une embuscade russe placée en avant de nos parallèles, d*où partait continuellement un feu meurtrier pour nos travailleurs. Cette embuscade, dont on avait vainement essayé de 8*emparer à deux reprises, est vivement enlevée par nos chasseurs, qui perdent 3 tués, dont le sous*lieutenant Renard, et 10 blessés. Cette aiïaire fit le plus grand honneur à la 3^ compagnie; le lieutenant COPRI, le sergent-major Mavniel, le caporal Cerli, les chasseurs Sevestre et Estorteguv furent mis à Tordre du jour de Tarmée. Quelques jours après, le lieutenant COPRl et le caporal Ceru recevaient la croix de la Légion d*honneur; la médaille militaire était en même temps conférée aux chasseurs ESTORTE- GUV, Sevestre et Roman.

Pendant cette même nuit, le chasseur Jean, du i"' bataillon de chasseurs & pied, se jette en dehors de la tranchée, va, sous une grêle de balles, chercher un voltigeur du 100® de ligne blessé dans une embuscade et le rapporte à son capitaine. Cet acte de courage lui vaut la médaille militaire. Le 13 avril, le capitaine DuSAN, du tf bataillon, était blessé pour la troisième fois à la tranchée.

Dans la nuit du 14, la 4** compagnie du 10* bataillon de chasseurs, commandée par le capitaine Bernot DE CHARRANT, enlève deux embuscades aux Russes. Entourée de tous côtés par un ennemi nombreux, la 4® compagnie, qui n'est pas appuyée, s*ouvre un passage à la baïonnette et rentre dans les tranchées. Une demi-heure plus tard elle s'élance de nouveau, reprend les deux embuscades et en reste définitivement maîtresse, en infligeant des pertes considérables aux Russes. Elle avait perdu 4 tués et 9 blessés dans cette action vigoureuse, à la suite de laquelle le sous-lieutenant Saimioris était décoré de la Légion d'honneur; le sergent Sali- GNON, blessé de deux coups de feu, le caporal Marcaggi, recevaient la médaille militaire.

Le 19 avril, le capitaine DuSAN, du 9" bataillon, recevait sa quatrième blessure en un mois; le 33, le lieutenant MOREL, du même bataillon, était aussi blessé à la tranchée.

Prise de l'onvrage du 2 mai.

Les Russes avaient élevé un ouvrage considérable contre la bat* terie n'40, entre le bastion du mât et le bastion central. Le général de Salles, secondé par les généraux de La Motterougeet Bazaine, est chargé de Tenlever avant qu'il ne soit complètement armé par Tcnncmi. Les s*", 6" et lo"" bataillons de chasseurs prennent part à cette attaque. A lo heures du soir, par un brillant clair de lune, nos troupes sortent brusquement des tranchées, se précipitent sur le retranchement et s'en emparent après un combat très vif, dans lequel le 6° bataillon de chasseurs se distingue d'une façon toute particulière. Les sergents Beaudoin, Miremont et Billard, le sapeur Richard et les chasseurs Besseleuf et Ceccou, n'écoutant que leur courage, franchissent des premiers la tranchée et luttent corps à corps avec plusieurs Russes, qui tombent morts à leurs pieds ; ils sont cités à l'ordre du jour de l'armée.

D'un autre côté, trois compagnies du lo" bataillon, formant tête de colonne, bousculent les fîusses et enlèvent une forte position en avant du bastion de la Quarantaine.

On se met aussitôt à l'œuvre, pour relier à nos parallèles cet important ouvrage, dont la possession venait de nous faire faire un bond de 150 mètres en avant. Le 5® bataillon de chasseurs fournit 100 travailleurs, sous les ordres du capitaine BOUCHERIE.

Dans raprès-midi du 3 mai, les Russes tentent de s'emparer du cimetière et de reprendre l'ouvrage. La 4^ compagnie du 10* bataillon et les 100 travailleurs du capitaine ROUCHKRIE concourent à repousser ce retour offensif, qui coûtait au seul détachement du 5® bataillon 3 tués et 15 blessés. Le lieutenant HORC AT, commandant la 4"" compagnie du 10° bataillon, le capitaine BOUCHERIE et le sergent CÉSAR, du 5^ bataillon, furent décorés quelques jours après cette affaire, à la suite de laquelle les sergents HËDRICOURT et Rozzi, le clairon Louis et les chasseurs MOKKL, l^RAlCHKUX, Caboux et RêVOIL, du s*" bataillon, reçurent la médaille militaire.

Le 3 mai, le sous- lieutenant Garnier DES Garets, du même bataillon, était blessé dans la tranchée; le 10, le sous -lieutenant Jacquelot de Bois-Rouvrav, du g'' bataillon, était blessé d'une balle.

Le général Ganrobart reprend le commandement de ta dlTiaion ; le général Pélissier commandant en chef.

Les 10® et ii® divisions d'infanterie, nouvellement débarquées en Crimée, complétèrent à cette époque le corps de réserve placé sous les ordres du général Regnaud de Saint-Jean-d*Angely ; à la division d*Aurelles de Paladines était attaché le y** bataillon de chasseurs à pied (commandant Maurice); à la division Herbillon, le 14^ bataillon (commandant BORDAS).

Le 18 mai, quatre nouvelles compagnies de chasseurs à pied de la garde impériale débarquaient à Kamiesch et venaient compléter leur bataillon sous les murs de Sébastopol.

L*arme des chasseurs & pied était largement représentée à ce sicge mémorable, auquel prenaient part treize bataillons sur vingt et un.

Le 19 mai, le général Canroukrt, ne voulant plus supporter la lourde et difficile charge qui lui était imposée de commander en Orient une armée dont les plans d'attaque et les mouvements étaient réglés à Paris, sans souci de l'expérience locale de nos vaillants généraux, se démettait volontairement de son comman« dément en chef. Il donnait le plus noble et le plus bel exemple de désintéressement et d'abnégation militaire, en reprenant, sur sa demande, le commandement de son ancienne première division.

Le général Pélissier lui succédait dans cette tâche glorieuse, à laquelle il allait apporter dans quelques mois un couronnement digne des elTorts de la vaillante armée d'Orient.

BzpédiUon de Kerich (24 mal-14 Juin).

Une première expédition avait été précédemment décidée contre Kertch; elle avait même reçu un commencement d'exécution, arrêté par les ordres venus de Paris. Le 21 mai, cette expédition est reprise par la division d'Autemarrc, qui s'embarque à Kamiesch le 32, renforcée par deux bataillons du 9^ de ligne et le 14'' bataillon de chasseurs à pied. Nos vaisseaux rallient l'esradre anglaise devant Balaclava, et après avoir doublé la pointe de Takii, viennent mouiller le 24 mai près du cap Ack-Doroun, à 20 kilomètres de Kertch. Le débarquement s'opère le jour même. Les deux ba-

taillons de chasseurs, jetés à terre les premiers, se couvrent par une ligne de tirailleurs et gravissent les hauteurs qui dominent la plage. Après quelques coups de feu échangés avec des patrouil* les de Cosaques, le corps expéditionnaire se met en route sur Kertch. Le 5^ bataillon couvre et éclaire la marche de la division d'Autemarre et la garde par ses avant-postes lorsqu'elle s'établit à son bivouac après deux heures de marche. Le lendemain, la colonne repart, précédée de ses chasseurs. A 6 h. 1/2, son avantgarde, 6® compagnie du 5® bataillon (capitaine Clinchant>, pénè* tre dans Kertch, que le général russe Wrangel a abandonné, en brûlant ses vastes magasins. Le jour même, la colonne se remet en marche à 9 heures du matin, pour aller s*emparcr d'Ienikalé, situé à 15 kilomètres de là. La 6" compagnie d'avant-garde arrive vers midi devant le fort, où elle surprend quelques soldats qui s'enfuient à son approche; on y pénètre sans résistance. En fouillant la citadelle, nos chasseurs découvrent un soldat russe ivremort , tenant encore une mèche allumée à quelques pas d'une traînée de poudre aboutissant au dépôt de munitions. L'ivresse extrême de ce soldat l'avait seule empêché de mettre à exécution la funeste mission dont il était chargé. Comme & Kertch, les approvisionnements avaient été détruits ou évacués par les Russes à notre approche.

La colonne remet en état les fortifications démantelées de ces deux places. Le 12 juin, les travaux terminés et remis à la garde de la division turque, la division d'Autemarre se réembarque à Kertch pour revenir à Sébastopol.

Attaque des ouvrages ruues du Cimetière (22 et M mai •

Pendant qu'avait lieu cette expédition contre les grands centres d'approvisionnements de l'armée russe, avec une énergie et une sûreté de vues remarquables, le général Pélissier prenait la di« rection des opérations contre Sébastopol. Dans la nuit du 21 au 22 mai , les Russes avaient élevé une gabionnade à 80 mètres du mur du cimetière, devant nos attaques de gauche. Dans la même nuit, nous avions, de notre côté, poussé en cheminement de 1 15 mètres. Des deux côtés l'artillerie essaya d'anéantir, par son feu, les travaux de r<id versai re. Les Russes, ne pouvant tenir dans leur gabionnade sous le feu de nos pièces, l'abandonnent momentané*

ment; le général Pélissier veut alors s*en emparer. Huit bataillons d*infantcric, les compagnies d*élitc de la ligne étrangère, les 6**, 7^ et 8^ compagnies du lo" bataillon de chasseurs, sous les ordres du capitaine DR BoNNR, les voltigeurs et le bataillon de chasseurs de la garde sont chargés de Tattaque , sous les ordres du général Pâté.

A g heures du soir, deux colonnes s*élancent de nos tranchées, protégées par un feu nourri de notre artillerie.

A la tête de la colonne de gauche, conduite par le général Beurct, sYlanccnt les trois compagnies du lo'' bataillon de chasseurs, qui se jettent à la baïonnette sur la gabionnade russe et le groupe d'embuscades le plus avancé du côté du ravin de la Quarantaine, et les enlèvent énergiquement. Fendant que le génie se met en devoir de relier la gabionnade à nos travaux d'approche, les trois compagnies du lo" se portent à 50 mètres en avant pour protéger les travailleurs. A peine sont-elles en position qu'elles sont assaillies sur la droite par une colonne russe forte d'un bataillon. Sur la recommandation de leurs officiers, les chasseurs attendent que Tennemi soit arrivé à une bonne portée pour commencer le feu. Ebranlée par l'attitude ferme et calme de ces trois compagnies, la colonne russe hésite et s'arrête; le feu commence alors, très vif, faisant de nombreux vides dans les rangs ennemis, qui ne tardent pas à se rompre. En un bond, nos chasseurs chargent et dispersent leurs débris à la baïonnette. Cette attaque venait à peine d*étre repoussée que les Russes, revenus en force, s'avancent sur notre centre et notre gauche. Attendus avec sang-froid par les chasseurs, ils sont repoussés comme la première fois après un engagement très énergique. L'ennemi, s'étant rallié, revient une troisième fois à la charge, attaquant nos trois compagnies de front et sur les deux flancs à la fois ; mais, arrêté par un feu bien dirigé de nos chasseurs et du 98** de ligne qui vient d'arriver, il doit bientôt battre en retraite et nous céder déHnitivcment le terrain, qu'il laisse jonché de morts et de blessés. Sous la protection des trois compagnies du lo*", nos trou|X!s se remettaient au travail, et avant la lin de la nuit, le para|)ct était retourné, la gabionnade refaite et l'ouvrage relié à nos travaux d'approche. Cette action vigoureuse valait au 10" bataillon de chasseurs les récompenses suivan* tes : les capitaines DK lk)NNK et l)K I.A Chevardikrk DK LA Granvhxe étaient décorés; le sergent MONIÉ, le clairon Marr.Ull.l. et le chasseur RiOU étaient médaillés; le sous-lieutenant RtU^AiN était nommé lieutenant.

L'attaque de droite ne réussit pas aussi complètement. Les troupes du général de la Motterouge, soutenues par un bataillon du 80® de ligne, le 6® bataillon de chasseurs à pied, les voltigeurs et les chasseurs de la garde, qui reçoivent ce jour- là le baptême du feu, prennent et reprennent cinq fois la gabionnade, que nous sommes obligés d'abandonner au petit jour, n'ayant pas eu le temps de la retourner contre l'ennemi.

Le 23 mai au soir, six bataillons l'abordent avec un tel élan que les Russes l'abandonnent définitivement. Le 6^ bataillon de chasseurs à pied prend une grande part à cette attaque, dans laquelle il perd 4 tués et 39 blessés. Le chasseur Saunière, de la 6® compagnie, est cité à l'ordre du jour pour sa belle conduite.

Dans la journée du 24 mai, une suspension d'armes fut convenue entre Russes et Français, pour permettre de relever les blessés et de rendre les derniers devoirs aux morts.

« Entre le Russe et le Français, il y avait des rapports de caractère et comme une sympathie d'instinct. Dans les suspensions d'armes, ce n'étaient pas seulement les officiers qui s'abordaient volontiers et s'entretenaient courtoisement ensemble; les soldats fraternisaient aussi à leur manière : on comparait, par échange, le cognac à la vodka , et lorsque venait le moment de se quitter, on voyait quelquefois partir le tirailleur russe coiRé d'un képi, le chasseur français d'une casquette ». (C. ROUSSET.)

Le général Pélissier ayant restreint le champ d'action des assiégés, se décide à rejeter leur armée d'opérations en dehors du théâtre du siège.

Pendant la nuit du 23 au 24 mai, la division Brunet (4® bataillon de chasseurs), de concert avec la division Canrobert (i*"^ bataillon de chasseurs), se dirige sur Balaklava, enlève aux Russes, sans coup férir, les lignes de la Tchemaïa, et s'empare du pont de Traktir.

Le 25 mai, le bataillon de chasseurs de la garde appuie, comme réserve, un mouvement ofFcnsif des Anglais, qui s'emparent des hauteurs de la Tchemaïa et s'y établissent après en avoir délogé quatre bataillons russes.

Le 26 mai, la division d'Aurelles (7* bataillon de chasseurs à pied) commençait les travaux de retranchement des lignes de Kamiesch, que la nature rocheuse du sol rendait extrêmement difficiles. Ces lignes étaient destinées à servir de refuge à l'armée française en cas d'insuccès, ou de dépôt de gros matériel dans le cas d'une marche en avant dans l'intérieur du pays.

I^ 1^"^ juin, le 4® bataillon de chasseurs à pied est envoyé en reconnaissance, avec quatre bataillons piémontais, dans la vallée de Baïdar.

Prise des Ouvrages Blancs et du Hameloii Vert.

Pour continuer à restreindre le champ d'action des assiégés , le commandant en chef, général Pélissier, donne Tordre d'enlever & la (ois les Ouvrages Blancs et le Mamelon Vert, dont le feu commençait à nous inquiéter sérieusement.

I^c 2" corps est chargé des attaques qui doivent se faire en plein jour, à la française, comme le disait le général en chef lui-même en rappelant à ses troupes, dans son ordre, « qu'à Tendroit où elles mettaient le pied, elles y restaient ».

Le 6 juin, les généraux se réunissent chez le général Bosquet et y reçoivent des instructions pour Tattaque simultanée des Ouvrages Blancs et du Mamelon Vert. Dans la journée, nos batteries ouvrent un feu intense contre les ouvrages russes, qui sont en grande partie détruits.

Le 7 juin, les troupes prennent leurs emplacements pour Tassaut. A droite, l'attaque de la division Mavran doit être soutenue par la division Dulac. I^ division Mavran se forme en deux colonnes; ;\ la trtc de la première, commandée par le général de Lavarande, marchent les i*^ et 2"^ compagnies du 19" bataillon de chasseurs à pied; à la tête de la deuxième colonne (général de Failly), se trouvent les 3® et 4^ compagnies du même bataillon, sous les ordres du commandant Caubert. \j^ x'f bataillon de chasseurs à pied (commandant DoUAV) était placé en arrière de la colonne de Failly, prête à la soutenir, à la pousser même au besoin.

A gauche, en face du Mamelon Vert, la division Camou se forme en deux colonnes : la première, conduite par le général de Wimpfen, est chtirgée de Tattaquc; la deuxième, sous les ordres du général Vergé, attend provisoirement dans le ravin de Karabeinaïa ; deux compagnies du 3** t>atailion font détachées en avant et sur la droite du ravin.

La division Brunet (4* bataillon de chasseurs à pied) se dirige vers le ravin de Karabeinaïa, prête à appuyer l'attaque de la division (!amoi?.

A 6 heures du soir, tout le monde est à son poète. A 6 h. 3/4,

un bouquet de six fusées de guerre s*élève tout d'un coup dans les airs. Aussitôt, les têtes de colonnes s'élancent des tranchées.

A la division Mayran, des chasseurs du ig^ bataillon, tête d*at« taque de la colonne du général de Lavarande , se jettent dans les fossés creusés par l'ennemi. Les Russes reçoivent par une fusillade à bout portant les nôtres, qui grimpent sur le parapet en s'élevant les uns sur les autres, puis combattent à la baïonnette et restent, après un vif engagement, maîtres de l'ouvrage du 27 février.

En tête de la colonne de Failly, les 3* et 4* compagnies du \çf bataillon s'élancent, au milieu d*une grêle de balles et d'obus, et atteignent l'ouvrage blanc du 27 février. A ce moment, le 17" bataillon de chasseurs, qui est placé en soutien, ne peut plus rester spectateur impassible; il se précipite à son tour au pas de course, devance la colonne, en prend la tête et achève de briser la résistance désespérée de l'ennemi. Celui-ci s'enfuit vers une batterie située à 500 mètres de l'enceinte ; l'intrépide colonne, ayant toujours nos chasseurs en tête, l'enlève au pas de course et pousse les Russes, la baïonnette dans les reins, jusqu'à la mer.

Cette pointe hardie nous exposait à être coupés, il fallait à tout prix se retirer; on fut cependant obligé d'attendre la nuit pour le faire , ce qui n'empêcha pas les Russes de nous causer beaucoup de mal pendant notre retraite, en couvrant de projectiles la route que nous devions suivre.

Les 17* et 19* bataillons de chasseurs passèrent la nuit dans les Ouvrages Blancs, que nous occupâmes solidement.

A la division Camou, la brigade de Wimpfen s'élance au signal de l'assaut, atteint le Mamelon Vert et chasse devant elle l'ennemi, qui rétrograde en désordre sur MalakofF. Entraînées par leur ardeur, les troupes poursuivent les Russes jusque devant les retranchements de cet ouvrage formidable; mais là, arrêtés par un (eu meurtrier et par la profondeur des fossés, nos braves sont obligés de battre en retraite en laissant 7 officiers et 250 prisonniers entre les mains des Russes. Le Mamelon Vert est repris par l'ennemi, qui se dispose à nous poursuivre; il est arrêté par le feu nourri des i"* et 2<* compagnies du 5*" bataillon de chasseurs à pied, sous les ordres du capitaine Sevkkin.

La brigade Vergé quitte alors sa position d'attente, et, soutenue par la division Brunet, s'élance à l'assaut du Mamelon Vert. Le 3* bataillon de chasseurs marche en tête de colonne, conduite par le général Vergé en personne. La charge sonne, les tranchées sont franchies sous un ouragan de fer et de feu; le Mamelon Vert,

abordé avec élan, est enlevé de nouveau, et les Russes, poursuivis à la baïonnette, sont rejetés dans MalakoiT.

Le 4* bataillon de chasseurs à pied , marchant en tôte de la division Rninct, jette ses crimôcnncs a terre |K)ur Ctre plus leste et s*élance au pas gymnastique sur le Mamelon. Il franchit les parai* lèles françaises et les lignes russes, en essuyant les feux de flanc du Grand Redan, et traverse les ouvrages du Mamelon Vert, dans lesquels il doit s'arrêter. Mais il se laisse entraîner dans son élan en poussant les cris de : « A MalakoR! à MalakoflT! » En quelques instants le 4*" bataillon parcourt les carrières situées entre le Mamelon Vert et MalakofT et arrive jusqu'aux abatis de la formidable forteresse, sous une grôle de balles et de mitraille qui lui fait éprouver des pertes très sensibles. Les chasseurs restent blottis, dans cette position des plus périlleuses, jusqu'à l'arrivée de la nuit, puis rentrent dans le Mamelon Vert & la faveur des ténèbres.

Des dis)>ositions sont immédiatement prises |)our assurer la possession de l'ouvrage, dont les zouaves et les chasseurs des 3^ et 4* bataillons organisent la défense ; ils se préparent en môme temps à repousser un retour ofFensif probable de l'ennemi. Un utilise les outils laissés par les Russes et on passe la nuit dans l'ouvrage, 8OU8 un feu meurtrier qui fait de nombreuses victimes.

Aux attaques de droite, le 19'' bataillon avait eu i ofKcier, le aous-lieutenant Dutertre, et 11 chasseurs tués; 4 officiers, les lieutenants SuiRK, Matukun, Maki^rk-Lecan, le sous-lieutenant Lamagnëre, plus une centaine de sous-ofiiciers, caporaux et chasseurs blessés, parmi lesquels les sergents-majors Gras, Proust, DERAUMELet Delbrel. Les deux seuls sous-ofiiciers de la 2' compagnie, le sergent LUSSAN et un autre dont on n'a malheureusement pas conservé le nom, avaient été tués tous deux à la tète de leur compagnie. MM. SuiRE, nommé capitaine; Cavenne et Matiieun, lieutenants; le sergent-major Proust, le sapeur TROrrKL et le chasseur Deijmogks furent cités à l'ordre du jour de Tarmée.

Le 17^ bataillon avait reçu, le 7 juin, le baptême de feu, arrosé et consacré par le sang du commandant DoUAV, de 10 autres officiers et 147 sous-officiers et chasseurs; sa valeureuse conduite le faisait citer à l'ordre du jour de l'armée et lui faisait accorder trois croix et cinq médailles.

A l'attaque du Mamelon Vert, le 3* bataillon de chasseurs perdit 3 officiers, les capitaines Grégoire et DE RoCHE, et le souslieutenant RlNALOi, plus 34 sous-officiers et chasseurs tués. Le

— i6o — commandant TiXlER, le capitaine adjudant-major Fraboulet DE

Kerléadec, les capitaines Cluseret, Bastide, Suisse, les lieutenants Sersirous, Fonsegrives, 173 sous-officiers et cliasseurs étaient blessés.

Le 4^ bataillon comptait : 3 officiers, le capitaine BakuouxEi le lieutenant Auhry et le sous-lieutcnant Voignikk, et 32 sousofficiers, caporaux et chasseurs tués; 12 officiers, 222 hommes blessés; 2 sous-officiers et 13 chasseurs disparus.

Le lendemain 8 juin, les quatre premières compagnies du ig* bataillon occupent les baiteries conquises. Le général de Lavarande y est enlevé par un boulet et les Ouvrages Blancs reçoivent son' nom.

Le général de Wimpfen garde le 4^ bataillon de chasseurs en soutien dans le Mamelon Vert; le 10 juin, ce bataillon retourne à son camp.

Malheureusement , les chaleurs de l*été avaient ramené les maladies, et le choléra faisait de nombreuses victimes parmi nos troupes. Un des bataillons de chasseurs les plus éprouvés (ut le 6*. Le 12 juin, TeRectif présent, qui, au début de la campagne, était de 1,170 hommes, n*cst plus que de 563 hommes. Ce bataillon, décimé par le choléra, le scorbut et les pertes que lui faisaient éprouver Tennemi, est alors réduit de plus de moitié. Néanmoins, chacun faisait son devoir avec énergie, attendant avec confiance Tissue de cette lutte gigantesque sans se laisser rebuter par les obstacles sans nombre accumulés sous nos pas.

Le 14 juin, le lieutenant DuPLAT, du 9*^ batailloni était blessé à la tranchée.

Assaut du 18 Juin.

La lutte se continuait, ardente, acharnée; on attendait avec impatience le moment de l'assaut décisif. Il fut fixé au 18 juin* Malheureusement, Thomme qu'il fallait, le général Bosquet, venait d'être écarté momentanément de la direction des attaques de droite et envoyé dans la vallée de la TchemaTa, avec la division Dulac, remplacée par la division d'Autemarre, qui revenait de l'expédition de Kertch.

Le général Regnaud de Saint-Jean-d'Angely était chargé de l'assaut. Dans la soirée du 17, les troupes reçoivent leurs instnic^ tions pour l'attaque de SébastopoL

La division Mayran (19® bataillon de chasseurs), partant des ouvrages de Lavarande, doit attaquer le front qui s'étend du ba»tion n® I au Petit- Redan; la division Brunet (4'' bataillon de chasseurs) doit attaquer la courtine qui relie le Petit- Redan à MalakoflT, vers lequel elle doit ensuite converger ; enfin , la division d* Autemarre {y bataillon de chasseurs) doit attaquer à gauche, entre Malakoff et la batterie Gervais. Les chasseurs de la garde étaient placés en réserve de la division d'Autemarre. Le 7® bataillon de chasseurs h pied, sous les ordres du général Faucheux, était h la dis)X)sition du général en chef.

Les trois divisions devaient attaquer en même temps, à 3 heures du matin, au signal d'une fusée à étoiles lancée de la redoute Victoria.

Trompé par une bombe à trace fusante, le général M A VRAN lance i Tassaut sa division, formée en deux colonnes, sous les ordres des généraux Saurin et de Failly. Les quatre premières compagnies du iff bataillon de chasseurs sont en tête de la colonne Saurin. On s'avance par le ravin du Carénage et on espère pouvoir tourner le Petit-Redan. Les quatre compagnies de gauche restent en réserve dans la tranchée, sous les ordres du commandant Caubert.

Mais les Russes, qui se sont aperçus de tous nos mouvements préparatoires, ont eu le temps de se mettre sur leurs gardes; nos troupes sont reçues par une tempête de feu. Le général Mavran tombe nïortcllcment frapi>é. \a: grnrral de Iviilly rétablit l'ordre un instant troublé, mais ne peut réussir à déboucher de ses positions; à 8 heures, il reçoit l'ordre <lo se retirer. Malgré tout leur élan, malgré toute leur bravoure habituelle, les chasseurs à pied n'ont pu joindre l'ennemi. Le 19* a été décimé dans ce combat : le capitaine SCHWENDT a été tué; les capitaines SuiRE et FlSTlÊ, le lieutenant BiGNON et les sous-lieutenants Crainvilliers et LamagnÈRIC ont été blessés; ni hommes ont été mis hors de combat. Parmi eux, le jeune fourrier Sagui, déjà grièvement blessé le 7 juin, qui tombe là en brave soldat.

Au signal véritable, qui n'est malheureusement donné qu*à 3 h. 1/2, les deux autres divisions s'élancent. Le général Brunet est tué des premiers; sa division est brisée par le feu de l'ennemi.

Le 4' bataillon de chasseurs à pied, mal engagé dès le début de l'action, fait preuve cependant d'une vigueur et d*un entrain audessus de tout éloge; il paie son héroïsme en laissant 15 tués et 96 blessés au pied même des remparts de MalakoR.

La division d'Autemarre, qui s'était établie i la nuit tombante

nift BaL ChaM. U

dans la parallèle la plus avancée, était précédée de son bataillon de chasseurs à pied, le 5®, commandé par le brave commandant Garni ER. Abritées derrière un mur en pierre sèche, ébauche de la 3" parallèle, les compagnies des capitaines TllEUVEZ (i"^),

Castera (2<»). Clinchant (6*^), RoGiER(7«), Boucherie (8*),

celle du lieutenant COPRI (3^), et la 4®, commandée par le capitaine DE Geslin, qui, malade depuis plusieurs jours, s'est feiit aider par ses chasseurs pour arriver jusque-là, attendent, Tceil et l'oreille aux aguets, silencieuses, prêtes à s'élancer au signal convenu. La 5'^ compagnie, commandée par le lieutenant POTIKR, est obligée, faute de place dans la parallèle, de se porter en avant et de se coucher en terrain complùtcnicnt découvert.

Au signal donné, la compagnie du lieutenant POTIER, qui ouvre la marche, s'élance sur la batterie Gervais, qui n'est gardée que par les servants des pièces, soutenus par un piquet d*in(anterie. Les réserves russes n'ont pas le temps de sortir de leurs abris, que les chasseurs atteignent le fossé; mais ils ne peuvent escalader les parapets, la terre, trop légère et trop friable, s'éboule sous les pieds des hommes. Le lieutenant POTIER, enfonçant profondément son sabre dans le retranchement, s'élève à la force des poignets sur le parapet et vient en aide à ses chasseurs, qu'il attire à lui en saisissant l'extrémité de leur carabine. Un canonnier russe lui assène plusieurs coups d'écouvillon sur la tète sans lui faire lâcher prise; tout ensanglanté, il continue à presser l'escalade. Une grosse pierre, lancée avec force, l'atteint en pleine figure, lui brise sept dents et l'envoie rouler dans le fossé. Il se relève, franchit une seconde fois le parapet et rejoint les chasseurs qui, grâce à son audace et à sa présence d'esprit, sont maintenant dans l'ouvrage. Le sous-lieutenant des Garets, qui est arrivé des premiers, tombe grièvement blessé.

Le commandant Garni ER traverse rapidement avec les autres compagnies le terrain battu par le feu de l'ennemi, sur lequel plusieurs chasseurs tombent tués ou blessés. Le brave capitaine DE Gksi.IN est blessé a la tête de sa compagnie. 1^ 5^ escalade les parapets, tombe sur les Russes qui s'enfuient en désordre vers les premières maisons du faubourg de Karabeinaïa, et gagne rapidement du terrain. A Tintérieur de l'ouvrage, le commandant GaR- NIER reçoit un coup de baïonnette d'un soldat russe qu'il veut empêcher de fuir.

Le jour commençait à poindre, une brume légère ne permettait pas de distinguer clairement les choses. Le capitaine adjudant-

major Masse s'aperçoit tout & coup qu'une forte colonne ennemie s'avance par le ravin de Karabeinaïa, pour reprendre la batterie Gervais. Ralliant vivement les groupes les plus rapprochés de lui, il s*élancc avec eux ;i la baïonnette. Accueillis par un feu de peloton à bout portant, les chasseurs sont arrêtés dans leur élan ; le capitaine Masse et Tadjudant GiLLET tombent mortellement frappés au milieu d'un grand nombre des leurs. Le commandant Gar- NIER reçoit une seconde blessure, une balle lui traverse la poitrine; il reste néanmoins à son poste, calme, intrépide, et dirige, en attendant les renforts, l'attaque de ses chasseurs qui, pleins d'entrain et d'ardeur, repoussent les Russes jusqu'à un groupe de maisons, s'échelonnant sur le flanc même du mamelon de MalakofF. Le 5^ refoule à l'arme blanche le régiment russe de Poltawa, qui nous abandonne ces maisons à demi ruinées et encombrées de leurs cadavres. Alors commence pour le 5^ bataillon de chasseurs à pied une lutte héroïque pour se maintenir dans l'intérieur de l'enceinte de Sébastopol qu'il vient de forcer. Ecrasés par le feu des réserves russes et du réduit de MalakofF, nos chasseurs tiennent bon quand môme. Le lieutenant RoGEK DU NOKD rassemble un grand nombre de volontaires et se précipite, le képi au bout du sabre, à Tattaque du réduit qui nous crible de ses feux. Mortellement frappé par deux balles, il est rapporté par ses chasseurs, qui ne peuvent avancer sous le feu terrible de Tennemi. Soutenu par un bataillon du 19* de ligne, conduit par le colonel Manèque, le commandant Garnier continue à tenir tête «lux Russes, dont les réserves nombreuses l'attaquent de tous côtés à la fois.

Plusieurs courriers qu'il a dépêchés au général d'Autemarre n'ont pu parvenir à repasser les retranchements russes ; il se décide à lui envoyer un dernier avis. C'est le lieutenant Potier, blessé, qu'il charge de cette périlleuse mission. Cet héroïque officier passe par une cmbr«isurc de la batterie et rrussit, apros avoir traversé le terrain labouré par les projectiles russes, a rendre compte de la situation au général d'Autemarre, tout surpris de ce qu'il vient d'apprendre. Le général Khroulef, rassuré par l'échec des autres attaques françaises, dirige tous ses efforts sur le faubourg de Karabeinaïa. Les chasseurs et les soldats du 19* de ligne, affermis par la mAle attitude de leurs chefs, le colonel Manéque et le commandant Garni ER, s'apprêtent à une résistance déses|)érée. Les maisons où ils s'étaient barricadés sont assiégées l'une après l'autre par les Russes, qui sont obligés, pour s'en rendre maîtres, d'enlever les toits, de percer les murs et de prendre toutes les chambres

d'assaut. Il faut dès lors céder au nombre; la retraite se fait en bon ordre, malgré les feux croisés du Grand-Redan et de MalakofL Les Russes franchissent après nous la batterie Gervais et tentent de nous suivre jusque dans nos tranchées. Sous la protection du 2* bataillon du ig® de ligne, le i^' bataillon de ce régiment et le 5* chasseurs à pied se rallient à la voix de leurs chefs et se précipitent de nouveau sur les Russes, qu'ils refoulent dans la place. Le commandant Garnier est encore une fois frappé par une balle qui l'atteint à la hanche. Epuisé par la perte de son sang et meurtri par plusieurs contusions, il ne peut plus se tenir debout; le sergent* major Chambon et le sapeur Caron le relèvent et l'emportent dans nos tranchées. Vainement le général d'Autemarre veut reprendre l'oRensive, il est trop tard, et les renforts qui arrivent enfin sont obligés de reculer sous le feu terrible qui part de la place. Les chasseurs de la garde qui se sont avancés en soutien dans les tranchées exécutent des feux nourris contre les Russes. Le lieutenant RoiDOT est décoré et deux chasseurs médaillés à la suite de ce combat.

De leur côté, les Anglais avaient aussi vainement attaqué le Grand-Redan, dont ils avaient été repoussés après s'en ôtre un instant emparés. Le manque d^unité dans les attaques, l'éloigné* ment de troupes de renfort, avaient été cause en grande partie de notre échec malheureux du 18 juin.

Le 5^ bataillon de chasseurs à pied avait été cruellement éprouvé. Sur 19 officiers présents, 18 avaient été atteints. C'étaient : le capitaine adjudant- major Masse, tué; le commandant GarNIER (5 blessures); les capitaines DK Geslin, Clinchant, RoGIRR, Castkra et Boucherie; le médecin-major Gouget; les lieutenants Roger du Nord (mort de ses blessures), Coi'Ri et Uurkau (prisonniers), FOTIER, CarrË, Leluver, Bastien ; les sous-lieutenants DES Garets, Guignet, Baillet et Jambon, blessés. Seul, le sous- lieutenant Ganot, qui avait vaillamment fait son devoir, était sorti de cette mêlée sans une égratignure. Dans l'après-midi, ce bataillon rendait les derniers honneurs & 33 des siens, parmi lesquels se trouvaient les sergents Platier et Pi/ALLA, le fourrier GuËRiN et le caporal-sapeur DecèS; 210 blessés étaient transportés aux ambulances; 124 sous-officiers, caporaux et chasseurs, presque tous tués ou blessés, étaient restés avec les lieutenants COPRI et Bureau et les corps du capitaine Masse et de l'adjudant GlLLET, sur le terrain reconquis par les Russes. La nuit du 18 juin est une belle page de l'histoire des chasseurs

à pied; elle est due à ce vaillant 5^ bataillon, qui avait eu dans cette lutte héroïque 18 officiers et 367 sous-officiers, caporaux et chasseurs mis hors de combat. Conduit par un chef et par des officiers (]ui donnèrent rexcmpic de la plus noble bravoure, ce bataillon força ce jour-là Tenceinte de Sébastopol, prit pied dans la ville et s'y maintint assez longtemps, payant du sang de ses braves soldats chaque mètre d'un terrain conquis avec autant d'ardeur et d'élan, qu*il fut ensuite défendu avec opiniâtreté. Dans son rapport au Ministre de la Guerre, le commandant en chef, général Pélissicr, s*cxprinic ainsi :

« Au signal convenu pour l'assaut, le général d' Autemarre lança avec impétuosité le 5^ chasseurs à pied qui, en suivant la crête du ravin de Karabclnaïa, parvint jusqu'au retranchement qui le relie à la tour Malakoff, franchit ce retranchement et entra ainsi dans l'enceinte même

» Tel était l'élan de nos troupes, que nonobstant la retraite des Anglais, elles avaient poussé en avant et continué à charger à fond l'ennemi. Mais le manque de simultanéité dans l'attaque de nos divisions laissa les Russes libres de nous accabler avec les réserves et l'artillerie du Grand-Redan, et l'ennemi ne perdit pas un seul instant pour diriger sur nos braves chasseurs à pied toutes les autres réserves de Karabelnaïa.

» Devant des forces aussi importantes, le commandant Gar- NIKK, du 5** battiillon, chercha, mais en vain, & conserver le terrain conquis. Obligé de plier sous le nombre, il repassa le retranchement. »

Quelques jours après le combat du 18 juin, le commandant Garni ER, qui avait refusé d'entrer à l'ambulance pour ne pas quitter son bataillon, recevait la croix d'officier de la Légion d*honneur. Les lieutenants RoGER DU Nord, Potier; le sous- lieutenant Jambon, le médecin-major GouGET, le sergent I^ARIZOT et le sa|>eur CoNjAKI) ('-taicnt décori^s de la L<^gion d'honneur; le sergent-major Lagarde, les sergents Dévisse. DENOTREet Lecat, les caporaux Giraud et Hermez, le clairon Jean, les chasseurs Pa(;ks. Lamaison, Moulin. Mever et Benoit, recevaient la médaille militaire.

Pendant la nuit du 18 au 19 juin, le lieutenant GEOFFROY, du 10* bataillon de chasseurs à pied, enlevait une embuscade russe située dans le ravin des Anglais.

Le 19 juin, le 7* bataillon de chasseurs à pied reçoit le baptême de feu en Crimée ; il a i homme tué et 5 blessés dans la tranchée.

Le 21 juin, le général Bosquet reprenait la direction des attaques de droite, et la division d'Autemarre retournait aux attaques de gauche.

Le vaillant 5® bataillon de chasseurs, qui eut à longer pendant ce mouvement tout le camp des Anglais, reçut de la part de nos alliés un accueil enthousiaste et glorieux. On acclamait le commandant Garnier, que ses sapeurs portaient sur un brancard à la tête de son bataillon. Le lieutenant ROGER DU NORD, qui était sorti de l'ambulance à la nouvelle du départ de son bataillon, et que ses hommes portaient sur une civière, excitait aussi les louanges de tout le monde.

Le 22 juin, le capitaine CUNCIIANT, du 5*', était nommé chef de bataillon au 79"^ de ligne, puis au 4* bataillon de chasseurs à pied. Quelques jours après, le capitaine ROGIER, nommé chef de bataillon au 100^ de ligne, prenait le commandement du 9® bataillon de chasseurs.

Le 30 juin, le lieutenant DUPLAT, du 9®, était pour la troisième fois blessé A la tranchée. A la suite de Téchcc du 18 juin, les travaux de gauche furent suspendus jusqu'à ce que fussent achevés les travaux de droite sur MalakofF, point d'attaque déiinilivement choisi.

Pendant le mois de juillet et la moitié du mois d*août, le siège régulier continue. On gagne du terrain vers Malakoil et le Petit- Redan, malgré les fréquentes sorties des Russes, qui tiennent en une alerte continuelle nos chasseurs de garde aux tranchées.

Le 5 juillet, le 19^ bataillon quitte les travaux du siège pour aller sur les bords de la Tchernaïa; il suit le mouvement de la 3® division, qui est relevée par la division Canrohert. Le bataillon s'établit entre le pont de Traktir et le gué, point où notre droite se relie à la gauche des Piémontais.

Le 12 juillet, le lieutenant CoiJJO, du 7* bataillon, est blessé à la tranchée.

Dans la nuit du 24 au 25 juillet, quatre compagnies de chasseuri de la garde, sous les ordres du capitaine PELLETIER, étaient de garde à l'extrémité droite des tranchées, dans le ravin du Carén^g^; 15Û Russes font une sortie sur ce point et sont repousses après une lutte très vive. Le sous-lieutenant MoNEGLlA est misa Tordre du bataillon pour sa belle conduite pendant cette afiaire, où les chasseurs de la garde ont 9 tués et 39 blessés.

Le 23 juillet, le sous-lieutenant MONTAGNAN, du 14^ bataillon, est blessé d'un éclat d'obus dans la tranchée. Les lieutenants

Nicolas et Cadier, du même bataillon, sont : le premier, tué, le 30; le second, blessé, le 31 juillet, dans le service de tranchée.

Dans les premiers jours du mois d'août, le général DE Mac- Maiion, Tancien commandant du 10® bataillon de chasseurs h pied, remplaçait en Crimée, où son étoile Tappclait, le brave général Canrobert, que Tempereur venait de faire rentrer en France.

Le 6 août, le lieutenant Bernardy de Sigoyer, du 14^' bataillon de chasseurs, était blessé d'un éclat d*obus à la tranchée.

Le 7 août, le lieutenant Cavadès, du 7°, est blessé, et le 10, le capitaine TOUTAIN, du même bataillon, est tué dans la tranchée. Des pluies torrentielles et une recrudescence de choléra augmentent le nombre des malades. Le service spécial des tirailleurs aux tranchées impose à nos chasseurs un surcroit de fatigues qu'ils supportent avec une noble abnégation; sur douze heures de ganic aux tranchées, ils en passent six, la nuit, en sentinelle. Chaque fois que les bataillons de garde aux tranchées rentraient au camp, ils comptaient toujours une douzaine de braves en moins, héros ignorés, silencieusement tombés auprès de leurs créneaux.

Bataille de la TchamaU 011 de Traktir

\jc. 12 août, le général en chef donnait l'onlre de consigner les troupes à partir de 5 heures du soir, de les faire coucher habillées et chaussées, et de faire distribuer A cha(|uc homme quatre jours de vivres. Des renseignements de source anglaise et les avis de nos reconnaissances de cavalerie faisaient craindre une attaque des Russes. Ce ne fut qu'une fausse alerte. Le 13, une reconnaissance de chasseurs d'Afrique annonçait de forts mouvements de troupes du côté de la vallée de la Tchcrnaïa.

Le 15 août, on passe une grande revue de nos troupes; la fête de l'Empereur est joyeusement célébrée, ainsi que la nouvelle du bombardement de Sweaborg, par les flottes de la Baltique. La journée se termine sans incidents, car les Russes pensent mieux surprendre le lendemain l'armée française, fatiguée des réjouissances de la veille. Le 15 au soir, les bataillons de chasseurs occupaient les emplacements suivants : le 14* bataillon, entre le Télégraphe et la redoute Canrobcrt; le 19* bataillon formant la première ligne avec le 2* zouaves, à droite du plus bas des monts Fedioukinc.

Le i6 août , à 4 heures du matin , les Russes attaquent vigoureusement nos positions. Favorisée par un épais brouillard, leur approche est si soudaine que nos troupes, accablées par le nombre, sont d'abord obligées de se replier. Le général russe Read nous attaque par la droite, pendant que le général Liprandi s'avance sur notre gauche. La brigade de Failly, de la 3* division, est obligée de battre en retraite, et les Russes commencent à gravir les premières pentes des monts Fedioukine. La i*^ brigade de la 3** division est à Textrême droite de la ligne française, et quatre compagnies du 19^ bataillon sont au centre de la position occupée, prêtes à se rendre là où besoin sera; le pont de Traktir est un peu sur notre gauche, et nos chasseurs sont sur la hauteur qui le domine.

Les batteries de Sailly et Vautré se portent rapidement à gauche et à droite de la route de Balaclava à Mackensie; les quatre autres compagnies du 19^ bataillon accompagnent et protègent le premier de ces groupes. Les Russes s'avancent en une colonne profonde, couverte p.ir des tirailleurs et soutenue par une nombreuse artillerie; ils refoulent nos troupes avancées et franchissent la rivière. La i~ brigade de la 3* division, A laquelle s'est jointe une compagnie de voltigeurs du 95** de ligne, se précipite à droite sur le régiment d'Azow et le contraint à repasser la Tchemaïa. Les quatre compagnies du 19* détachées près des batteries ont été cependant obligées de reculer un peu devant le flot ennemi; elles exécutent ensuite, de concert avec les zouaves du 2* régiment, un magnifique retour offensif au moment où la tête de la colonne russe parait sur la crête. L'ennemi est culbuté et poursuivi au-delà de la rivière en éprouvant des pertes énormes.

Les Russes se réorganisent à la faveur de la brume et de l'épaisse fumée qui couvre la vallée. Vers 7 heures, le prince GortschakofF faisait renouveler par le général Wranken l'attaque du pont de Traktir; il échoue devant l'élan de nos troupes. Deux compagnies du 19® bataillon, sous les ordres du capitaine VersINI, prennent une part glorieuse à ce combat corps à corps, à la suite duquel les Russes sont définitivement rejetés de l'autre côté du pont. Le général Vesselitski dirige alors sa division, renforcée du régiment d'Odessa, qui n'a été employée que comme réserve, sur la partie de la ligne comprise entre la droite des Français et la gauche des Piémontais, là où le terrain présente une large ouverture près de la Tchemaïa et du canal , qui sont presque partout guéables dans cette partie de leur cours. Il traverse la rivière et

le canal et cherche à tourner notre droite en remontant les berges d'un ravin situé sur le flanc droit du plus bas des monts Fédioukine. Le colonel Lkbrun, chef d'état-major, voit le péril, et amène trois compagnies du uf bataillon de chasseurs; il les déploie de manière à prendre en flanc les forces russes, qui continuent pourtant à s'avancer. Il fait aussitôt prévenir le général Faucheux, qui fait diriger sur ce point une demi-batterie et deux compagnies du 14* bataillon de chasseurs, chargées d*appuyer le mouvement offensif d'un bataillon du 62** de ligne envoyé par le général Cler. Les chasseurs du 19^ bataillon se mettent en tôte des jeunes soU dats du 62^ de ligne, les entraînent à la charge et culbutent rapidement la colonne ennemie.

A 9 heures, le général prince Gortschakoff s'avoue vaincu et remonte les hauteurs de la rive droite de la Tchernaîa.

Le 19* bataillon de chasseurs a contribué sérieusement au succès de la journée; il a eu 3 ofliciers blessés, les capitaines CoMMEL et Vkksini, le sous-lieutenant DE Peindrav et 62 hommes hors de combat. Quatre croix de la Légion d'honneur et 19 médailles militaires furent la récompense accordée au 19* bataillon de chasseurs à pied pour la part glorieuse qu*il avait prise à la lutte. Parmi les légionnaires figuraient : le sergent Broyer, décoré pour sa bravoure au-dessus de tout éloge et pour avoir enlevé un fanion au milieu des Russes; le chasseur Gaume, pour avoir montré le plus grand élan et s'ôlrc aussi emparé d*un fanion ennemi.

Le 17 août, le feu des assiégeants devient très vif et va se continuer avec de légères interniiltenccs jusqu'au 5 septembre. Des précautions sont prises en prévision d'une nouvelle attaque que doit tenter l'ennemi. Les fausses alertes sont fréquentes, et nos troupes prennent inutilement les armes le 20, le 23 et le 24 août.

Le 24, le capitaine Deglosne, du j^ bataillon, est blessé à la tranchée.

La place répond à notre feu avec une vivacité et une vigueur qui nous causent des pertes nombreuses. Quelques actions courageuses signalent ces dcmiepi jours de bombardement.

Dans la nuit du 23 août, sous un feu des plus meurtriers, de jeunes artilleurs pris de panique abandonnent leur batterie ; les chasseurs du 17', de garde à la tranchée, courent les y remplacer, servent eux-mêmes les pièces, rendant coup pour coup À l'adversaire.

Quelques jours après, le sergent LAROCHE, du môme bataillon, va. sous une grêle de balles, ramasser au-dcL^ des tranchées un de ses camarades blessé, et le rapporte sur ses épaules.

— lyo —

Dans la nuit du 28 au 29 août, un magasin à poudre fait explosion au Mamelon- Vert, tuant ou blessant 140 hommes; les Russes veulent en profiter pour faire une sortie , mais le 4® bataillon de chasseurs est de garde aux tranchées; son feu vif et meurtrier fait rentrer les Russes dans la place.

Le 1°' bataillon de chasseurs était de garde pendant la nuit du 2g août : une bombe russe tombe dans la tranchée, blessant quelques hommes ; elle va faire de nombreuses victimes en éclatant, lorsque le chasseur Férard, de la 6^ compagnie, se dévouant pour le salut commun, la saisit et la rejette par-dessus la gabionnade.

Le trait de courage et de sang-froid du sergent Méra, du lyo bataillon, mérite aussi d'être cité : Une bombe russe venait de tomber dans une de nos batteries avancées, sur une poudrière faite de gabions et de sacs à terre. Le danger était grand, la poudrière allait sauter, et avec elle la batterie. MÉRA, n'écoutant que son courage, se jette résolument dans Touvrage, et, sous une grêle de projectiles, parvient à éteindre Tobus.

Assaut de Sèbastopol (8 septembre).

Le 1^' septembre, nous étions arrivés à 25 mètres de Malakoff et à 40 mètres du Petit-Redan, auquel les Russes avaient donné, depuis quelques jours déjà, le nom significatif de « bastion d'enfer ».

Le 3 septembre, une conférence du commandant en chef réunissait les généraux alliés qui décidaient que, le 5, aurait lieu un sixième bombardement, suivi, le 8, de Tassant définitif de Sèbastopol.

Dès le 4 septembre, l'ordre était donné aux officiers de ne s'absenter qu'avec une permission de leur général de brigade.

Les mouvements préparatoires des troupes pour l'assaut s'opèrent pendant toute la journée du 7. L'assaut était réglé de la façon suivante : le général Bosquet devait attaquer par la droite avec 25,000 hommes; le général de Salles, avec 20,000 hommes, était chargé des attaques de gauche, pendant que les 10,000 Anglais du général Simpson devaient s'emparer du Grand-Redan.

Au 2^ corps, le général DR Mac-Mahon est chargé de l'assaut de Malakoff; le 1®*' bataillon de chasseurs à pied, commandant Gambier, détaché à la brigade Vinoy, a pour mission de s'emparer de la batterie Gervais, théâtre des exploits du 5* bataillon pendant

l'assaut du i8 juin. A la droite des attaques, le général Dulac doit enlever le Petit-Redan ; le 17^ bataillon de chasseurs, commandant DE FÉRUSSAC, doit former la tête de colonne d'assaut de la division. La 2^ brigade de la division d'Autcmarrc et le bataillon de chasseurs de la garde, commandant CORNULIER DE LUCINIÈRE, devaient lui servir de soutien.

Pendant toute la journée, on organise et exerce une brigade de volontaires, sous les ordres du lieutenant CAILLOT, du 17^ bataillon, dcstinc^c h jclcr des ponts sur les fossc^s.

Entre le Pctit-Rcdan et MalakolT, le général de la Mottcrouge devait enlever la courtine qui joint ces deux ouvrages et empêcher les Russes de se rallier en arrière après l'enlèvement de leurs positions. Le 4^ bataillon de chasseurs à pied, commandant CLIN- CHANT, est placé à la tête de la brigade Bourbaki.

Toutes les trou|)cs du 2" roq)s étaient pleines de confiance et enthousiasmées par les paroles éloquentes que leur avait adressées le général Bosquet :

« Soldats du 2^ corps et de la réserve,

» Le 7 juin, vous avez eu le bonheur de porter fixement les premiers coups droit au cœur de Tarméc russe; le 16 août, vous infligiez, sur la Tchemaïa, la plus honteuse humiliation à ses troupes de secours. Aujourd'hui , c est le coup de gnVre , c'est le coup mortel que vous allez frapper de cette main ferme, si connue de l'ennemi, en lui enlevant sa ligne de défense de MalakofF, pendant que nos camarades de rannéc anglaise et du r** corps donne* ront l'assaut au Grand-Rcdan et au bastion central.

» C'est un assaut général, armée contre année; c'est une immense et mémorable victoire dont il s'agit de couronner les jeunes aigles de la France.

» En avant donc, enfants! A nous MalakoiT et Sébasto|>ol ! »

Aux attaques de gauche, du côté de la ville, la brigade Trochu, de la i^ division, précédée du q"" bataillon de chasseurs h pied, commandant ROGlKR, devait attaquer le bastion central lorsque nous serions maîtres, adroite, de Malakoffet du Petit- Kedan. Le lo** bataillon de chasseurs, commandant DE LA Bastidk, et le 6**, commandant Fauvart-Bastoul, devaient être placés en soutien dans les tranchées, prêtes à appuyer de leur feu les colonnes d'assaut. Le 7^ bataillon de chasseurs à pied, commandant M AU* KICK, devait se tenir en réserve près de la redoute des Anglais.

A midi précis, heure du général en chef, les troupes du 2* corps devaient s'élancer à Tassant, sans aucun autre signal.

Le 8 septembre, dès le point du jour, les troupes d'attaque viennent occuper leurs emplacements. I^s colonnes d*assaut se forment au milieu d'un épais nuage de fumée qui s'étend eu avant de toutes nos batteries.

Nos chasseurs à pied se sont parés comme pour une fête; ils sont là, nerveux et impatients, prêts à bondir, écoutant la voix mâle de nos canons en furie. Midi moins cinq, les batteries cessent toutes leur feu; un silence solennel plane au-dessus de nos tôtcs; les cœurs battent à tout rompre; les minutes paraissent des siècles. <ii A notre gauche, raconte le commandant Fay, la tôte de colonne du 4^ bataillon de chasseurs à pied est appuyée au parapet au-dessus duquel les armes, impatientes, se lèvent par intervalles.— Baïonnettes basses! s*écrie le général Bosquet de sa voix mâle; ne donnons pas l'éveil à Tennemi. Patience! l'heure viendra ! A la tête de ce vigoureux bataillon, le commandant CUN- CIIANT, le cigare à la bouche, le sabre à la main, attend avec une résolution calme le cri : en avant ! A deux pas de lui, ses clairons, les regards fixés sur leur chef, se tiennent prêts à sonner. »

Tout à coup une immense clameur s'élève en avant du Petit- Redan et de MalakofT. Il est midi; les tambours et clairons battent et sonnent la charge. C'est la lutte suprême qui s'engage.

En tête de la division Dulac, le 17^ bataillon de chasseurs à pied, entraîné par le commandant DE FÉRUSSAC, s'élance au pas de course sur le Petit-Redan. Au moment où il atteint le sommet du glacis, une décharge épouvantable à bout portant couche par terre 3 officiers, 7 sous-officiers et 20 chasseurs. Au milieu d'un épais nuage de terre, de poussière et de fumée, ce bataillon descend dans le fond du fossé, le remonte, escalade le parapet, et sur la crête même, décharge ses armes sur les défenseurs placés contre le talus. Un combat s*engage à coup de pierre, à coup de baïonnette, à la suite duquel les Russes, écrasés par la valeur des nôtres, s'enfuient dans la direction d'une batterie située â 200 mètres en arrière. Nos chasseurs y arrivent en incme temps qu'eux. Le chasseur Olivier saute le premier sur le parapet et y plante le fanion du 17* bataillon.

Les Russes reviennent alors avec des renforts considérables et nous attaquent avec une telle furie, que la i'^ brigade se replie au pas de course ; le 1 7^ bataillon est entraîné ! . . . Ses chefs parviennent cependant à l'arrêter aux premières parallèles. C'est en vain

que le général DE Saint-Pol essaie de ramener sa brigade, il tombe mortellement frappé. Le caporal AURAN, du 17^, va chercher son corps sous le feu de l'ennemi et le rapporte dans nos parallèles. Le général DK Saint-Pol avait légué une somme de 200 fr. au sousofficier, caporal ou chasseur qui se serait le mieux conduit dans la journée; c'est à ce brave caporal qu'elle fut donnée.

Malgré de prodigieux efforts plusieurs fois renouvelés et des alternatives de réussite, l'attaque de la division a échoué. Le général Dulac appelle alors ses troupes de réserve et charge les chasseurs de la garde do reprendre le Petit-Redan du côté de la courtine.

« A nous les chasseurs! » s'écrie le commandant DE LUCINIÈRE en s'élançant à leur tète. Suivi de quelques officiers et chasseurs, il arrive sur le Petit-Redan et veut immédiatement prendre possession de cet important ouvrage. La ceinture bleue du caporal Jou- DEKT, un mouchoir blanc fourni par le lieutenant Lagagnie et un lambeau de foulard rouge sont attachés à la grenadière d'une carabine aussitôt fichée dans le sol. Quelques instants après, l'aigle des chasseurs arrive avec le gros du bataillon ; mais l'héroïque DE LuciNlÈRE est tombé mort au pied du drapeau qu'il avait improvisé pour servir de guide à ses braves chasseurs.

Une lutte terrible à la baïonnette s'engage aussitôt. Pour la deuxième fois, les Russes sont repoussés et nous abandonnent le retranchement.

L'ennemi, désespéré, a recours alors à un moyen extrême. Un peu avant 4 heures, il fait mettre le feu :\ un magasin h |>oudre, blindé, dans l'ancienne batterie de la Poterne. Une explosion épouvantable bouleverse les parapets du côté de la courtine, où se trouvent les chasseurs de la garde. Un grand nombre d'hommes sont ensevelis avec les débris du parapet ; le drapeau du 91" est profondément enfoui sous les décombres, et n'est retrouvé que le lendemain, entre les mains crispées <lc l'officier (|ui, dans la mort, gardait encore son fidèle dépôt. Une poutre énorme, en retombant, écrase 7 hommes à la fois; mais les chasseurs ont bien vite repris leur sang-froid et dirigent avec une ardeur d'autant plus vive leur fusillade sur l'ennemi en déroute.

A la division de la Motterouge, à midi précis, le 4" bataillon de chasseurs à pied s'élance avec impétuosité sur la courtine. Les Russes ne peuvent résister devant cette attaque vigoureuse, ils fuient vers une deuxième ligne de défense sans pouvoir s y rallier, car les chasseurs les poursuivent jusque dans les premières maisons

de Karabeinaïa. Le 4^ bataillon, entraîné par son élan, se trouve alors dans une position assez critique ; MalakoiT n'est pas encore à nous, et la division Dulac vient d'échouer au Petit-Redan; pris à revers, les chasseurs sont obligés de se replier sur la courtine, où les tirailleurs se cramponnent au talus extérieur, faisant le coup de feu par dessus le parapet, et parviennent à s'y maintenir jusqu'au soir, sous un feu violent et meurtrier, qui leur fait éprouver des pertes considérables.

A gauche, les colonnes d'assaut enlevées par le général de Mac-MahON se précipitent sur MalakofT.

Pendant que les zouaves du i^** régiment s'emparent du saillant de MalakofT, les chasseurs du commandant Gamdier, du i®** bataillon, s'élancent à gauche contre la batterie Gervais, sautent dans le fossé, escaladent le parapet, et du premier élan se répandent dans l'ouvrage. Les Russes, surpris par cette attaque impétueuse, sont rejetés pêle-mêle de traverse en traverse et chatÂés au dehors. Le sergent Rose, qui est arrivé le premier sur la courtine, y plante le fanion du i*"** bnlailion de chasseurs à pied.

Cependant, à notre droite, les zouaves et le 7° de ligne, maîtres des remparts de MalakoiT, sont arrêtés à la gorge de l'ouvrage par une résistance désespérée. Sur l'ordre du général Vinoy, le commandant Gambier emmène avec lui quatre compagnies du i**" bataillon, longe le fossé Est de la redoute, et gravissant le talus extérieur, apparaît tout à coup sur le flanc gauche de l'ennemi. Les Russes, ainsi pris entre deux feux, se décident à la retraite et nous abandonnent la possession de MalakofT.

Une si belle conquête ne pouvait rester sans conteste. On s'organise à la hâte contre un retour ofTensif. Déjà, à la batterie Gervais, on travaille à retourner les épaulements contre la place; à MalakofT, des réserves accourent garnir la gorge; les quatre compagnies du i**** bataillon de chasseurs h pied sont porté<^en dehors de l'ouvrage, à l'angle Nord-l!)st du fossé.

Vers 2 heures, la contre-attaque se prononce. Les Russes, débouchant de la ville en trois épaisses colonnes, s'élancent au pas de charge sur les pentes du mamelon de MalakoiT. La colonne de droite, prise d'écharpe par le feu des quatre compagnies du i*' bataillon de chasseurs postées dans la batterie Gervais, battue de front par celui des défenseurs de MalakofT, tourbillonne un instant sous ce feu meurtrier, puis rebrousse chemin et se dis«pe sans retour. Les deux autres colonnes, malgré des pertes énormes, parviennent à la gorge de la redoute, au point même où se trouvait

la fraction du i^' bataillon placée sous les ordres du commandant. Là, pendant près d'une heure, se livre un combat terrible, où Français et Russes rivalisent de courage et d'acharnement. Le commandant GAMUin:R, du r** bataillon, deux fois blessé dans la mêlée, refuse jusqu'au dernier moment de quitter son poste. Enfin, vers 4 heures, les Russes reconnaissant l'inutilité de leurs eRorts, nous abandonnent définitivement notre conquête et regagnent Sébastopol.

Le drapeau français flotte sur MalakofT. L'héroïque général DE Mac-Mahon ne veut pas abandonner sa conquête, qu'on sait profondément minée et prête à sauter. « J'y suis, j'y reste », répondil à son aide-de-camp qui le supplie de se mettre hors de danger. Les mines sont éventées, les ouvrages retournés et armés contre la place, et nous nous établissons solidement dans Malakoff, dont la position dominante commande Sébastopol.

MalakolT en notre pouvoir, les couleurs franco-anglaises sont aussitôt hissées au-dessus du Mamelon Vert. C'est le signal de ra(ta(|uc du Graiul-Rcdan. De même que pour nous au Pelit-Kedan, là aussi les Anglais ne peuvent déboucher dans la place après avoir franchi le parapet ; le feu des Russes arrête tous leurs eRorts.

Pendant que le combat durait encore au Grand-Redan, vers 2 heures, un bouquet de fusées donne au i**** corps le signal de l'attaque contre le Bastion Central.

A la lête de la i^ division s'élance alors le 9** bataillon de chasseurs à pied, dont 30 chasseurs volontaires commandés par le sous-lieutenant PoiLlXOT forment la tête de colonne d'assaut. Après un combat acharné, le sergent HUGUET plante le fanion du bataillon sur la position. Mortellement frappé, il est remplacé par le caporal UZEREAU qui, après un combat contre quatre Russes, secouru par ses camarades, le maintient définitivement sur le Bas* tion Central. Le capitaine DUVAL s'élance ensuite à la tête de sa compagnie, s'empare d'une batterie nissc et y (ait flotter son fanion. Surpris bientôt par les fougasses qui éclatent sous leurs pieds, écharpés par la mousqucteric et la mitraille qui pleuvent de tous rùtés, les troupes du général Trochu sont forcées de reculer. Une mine qui vient d*éclater fait sauter une partie de la 6* compagnie du 9** bataillon avec son capitaine, M. d'Est vnAVRE.

Sous la protection des carabines des chasseurs des y et 6** bataillons, nos troupes se replient pour se lancer vainement deux (ois encore à l'assaut, lilles ne peuvent arriver à franchir de nouveau les parapets, défendus par un ennemi de plus en plus nom*

breux. Enfin arrive l'ordre d'arrêter le combat, et nos troupes, décimées, se retirent dans les tranchées.

Le 10® bataillon, placé en face du bastion du Mdt, reçoit l'ordre de ne pas Tattaquer; la prise définitive de MalakofT est pour nous, maintenant, une garantie de succès suffisante.

Pendant la nuit, une nouvelle attaque du Petit-Redan est décidée ; des troupes se dirigeaient déjà sur ce point, lorsqu'un contreordre les arrête en route.

Vers minuit, les Russes abandonnent Sébastopol; mais, avec leur farouche énergie, ils ne veulent laisser que des ruines aux vainqueurs. Des hauteurs du plateau de Chersonèse, les alliés, muets d'horreur et d'étonncnicnt, contemplent alors le sinistre spectacle des magasins qui brûlent, des batteries, forts et redoutes qui sautent en l'air avec un épouvantable fracas.

Sébastopol était désormais à nous.

Cette mémorable et glorieuse journée avait coûté des pertes cruelles à l'armée française. Les bataillons de chasseurs à pied engagés avaient largement payé leur dette de sang à la victoire ; de nombreuses décorations et promotions les en récompensèrent.

Ijc 17" iKitaillon avait eu 248 hommes hors de combiit; le 4* comptait : 3 officiers, les capitaines Grandjean et PONSARDIN, le sous-lieutenant DE LORDES et 72 chasseurs tués; le commandant Clinchant et 138 chasseurs étaient blessés. Le bataillon de chasseurs de la garde fut très éprouvé : il perdit 5 officiers tués, le commandant CORNULIER DE LuciNlÈRE, le capitaine adjudantmajor Gaulier de la Grandière, les capitaines BoiSSlER et Pelletier et le lieutenant Daguin ; 7 officiers blessés, les capitaines MOREAU, PiSTOULEV et C ASTER A, le lieutenant Lagagnie et les sous-lieutenants Bamakers, GuiGNETet RENAUD; il avait, en outre, 352 sous-officiers, caporaux et chasseurs hors de combat. Six croix, accordées au capitaine Verdeil, au lieutenant LAGA- GNIE, au sous-lieutenant GuiGNET, au médecin aide-majorCORNE, au sergent NiCOD et au caporal JOUBERT, et 11 médailles militaires, furent la récompense accordée à la belle conduite des chasseurs de la garde.

Au 9* bataillon, 4 officiers, les capitaines D'ËSTVBAVRE, VlL- LERMAIN, Planel et ALLIÉ, plus 38 sous-officiers , caporaux et chasseurs avaient été tués, 5 officiers, les capitaines DUSAN et DUVAL, le lieutenant DuPLAT, les sous-lieutenants DE Barbot et Pons, et 170 sous-officiers, caporaux et chasseurs étaient blessés. Le capitaine Ardant DU PiCQ, le lieutenant BecdeliëVRE et

35 hommes avaient été faits prisonniers. Une croix d'officier pour son commandant, M. ROGIER, 5 croix de chevalier et 12 médailles militaires furent accordées au bataillon.

Le 6" bataillon avait perdu 1 homme tué et 10 blessés.

Quelques obus perdus éclatant dans les rangs du 7* batailloni qui était en réserve, lui avaient tué et blessé quelques hommes.

Prise de SAbastopol. — Fin de la guerre.

Le 9 septembre, une avant-garde occupait Sébastopol et le faubourg de Karabeinaîa. De nombreuses explosions se produisent pendant plusieurs jours encore , et pour couronner leur œuvre de destruction, les Russes brûlent et coulent, sous nos yeux, les derniers vaisseaux de leur magnifique flotte de la Mer Noire. Nous étions vainqueurs sur des ruines fumantes!

Tels étaient les résultats de ce long siège de onze mois, où Russes et Français avaient appris à s'estimer et à se connaître comme gens de guerre loyaux et braves.

Le général PÉLISSIER, promu à la dignité de maréchal de France le 13 septembre, ne voulut pas laisser nos troupes inutilement entassées sur le plateau de Chersonèsc ; il déploya Tarmée françaiMc le long de la Tclicmaîa.

Le 17 octobre, le port de Kinburn, mitraillé par notre flotte, se rendait au corps expéditionnaire du général Bazaine, dont faisait partie le 14^ bataillon de chasseurs à pied.

Le 33 octobre, le 17* bataillon partait pour Eupatoria, où il allait se mettre sous les ordres du général d* Allonville.

Le 7 novembre, la garde impériale rentrait en France, après avoir conquis sous les murs de Sébastopol cette belle réputation «le hr.ivourc et «le gloire qu'elle avait achetée au prix d*uii sang généreusement versé.

Vers la fin de l'automne, les troupes recevaient Tordre d'améliorer leurs camps et de se construire, autant que possible, des baraquements pour passer l'hiver, qui s'annonçait comme devant être très rigoureux. Nos divisions se gardaient par des lignes d'avant-postes inquiétés sans cesse par les Cosaques.

Le 15 novembre, l'explosion du parc du Moulin, une des plus terribles et des plus destructives du siège, causait de nombreuses pertes parmi les alliés. Le 4* bataillon de chasseurs comptait mal-

Hitl.Ba.ClMM. it

heureusement dix victimes : le lieutenant Rémy et 3 chasseurs tués, plus 6 chasseurs blessés.

I^ 7 décembre, 2,000 hommes du régiment d'infanterie de Smolensk et environ 400 Cosaques du Don, attaquent à la fois nos avant-postes de Baya et d'Orkousta. L*cfTort principal de l'ennemi se porte sur Baya, occupé par une section du 7* bataillon de chasseurs à pied, un peloton de chasseurs d'Afrique et trois compagnies du 26® de ligne. La fusillade s'engage; les Russes, qui sont en nombre, tounient Baya. Cinq compagnies du 7* bataillon de chasseurs, sous les ordres du commandant MAURICE, tombent tout à coup sur le flanc droit des Russes qui, chargés par les troupes de Baya et par les chasseurs du 7°, battent en retraite en laissant sur le terrain 150 tués, blessés ou prisonniers.

Pendant le combat, 200 fantassins et 150 cosaques tentent une audacieuse diversion sur Orkousta ; ils sont repoussés à la baïonnette par deux compagnies du 7* bataillon de chasseurs. Dans cet engagement, le capitaine PiCHON, du 7*, tuait de sa propre main trois Russes à coups de sabre. A 9 heures du soir, l'ennemi était mis en pleine déroute. Le 7® avait perdu 2 tués, 11 blessés et 16 hommes disparus, enlevés subitement aux avant*postes. Deux compagnies du 5** bataillon de chasseurs à pied, qui étaient accourues vers Baya au bruit de la fusillade, retournent le soir même à leur camp, sans avoir pris part au combat.

Dans son ordre du jour, le maréchal commandant en chef informait l'armée de ce combat et citait le commandant MAURICE pour l'énergie qu'il avait déployée.

Le 14 décembre, on organise, par brigade, une compagnie de volontaires destinée à faire le service aux avant-postes.

Dans la nuit du 26 au 27, la compagnie de volontaires de la 2^ brigade, i'* division du i®' corps, complètement formée de chasseurs du 7* bataillon, sous les ordres du capitaine P1CHON, enlève un poste de 80 fantassins russes et de 20 cosaques établis à 500 mètres au-dessous du col de Cardon-Bell.

Les bois provenant des démolitions de Sébastopol et du nivellement des travaux d'attaque de la place, permirent à nos troupes de supporter les rigueurs de l'hiver 1855-56 plus facilement que l'année précédente. Malheureusement, le typhus des armées faisait de nombreux ravages dans nos rangs et ajoutait sans cesse à la liste déjà longue de nos morts sur la terre de Crimée.

Vers les derniers jours de l'année 1855, '^ tirailleurs algériens, quatre régiments de ligne et le 3* bataillon de chasseurs i pied

retournaient en France. La réception triomphale qui leur fut faitei le 21 décembre, à Paris, est restée légendaire.

Traité de Paris.

Cependant, des négociations pour la paix étaient entamées. Le i6 janvier 1856, la Russie acceptait les propositions qui devaient servir de préliminaires. Le 29 février, le grand quartier général lançait la dépêche suivante à nos avant-postes : « Nous sommes en pourparlers d*armisticc; gardez- vous bien, mais n'entreprenez plus rien. » Le 15 mars, arrivait la nouvelle de la convention d'armistice, et le 2 avril, un ordre du jour apprenait à Tarmée d*Orient que la paix venait d*étre signée, le 30 mars, à Paris.

£)epuis Tarmistice, des relations cordiales s'étaient établies aux avant-postes entre les oITiciers français et russes; une sympathie franche, basée sur une estime réciproque, ne tarda pas à s'établir entre ces braves naguère ennemis, amis demain, et d*une amitié cimentée par l'admiration d*une lutte chevaleresque de dix-huit mois.

Le 13 septembre, les généraux en chef assistaient, à la ferme Mackensie, à une revue magnifique d'une division russe de 10,000 hommes choisis, triés, soignés et propres. Pour répondre à la politesse du général Luders, le maréchal PKLiSSil'iK le convia, avec tout son état-m<ijor, h une revue de 100 bataillons d'infanterie, de 30 escadrons de cavalerie et de 30 batteries d'artillerie. A 7 heures du matin, les troupes prennent les armes et forment la haie sur le passage du maréchal PÊLISSIER, du général anglais Codrington et du général russe Luders. La revue terminée, le défilé commence. Nos soldats, en tenue de campagne, défilent fièrement avec leurs vêtements usés par les travaux de la tranchée et déchirés par les projectiles de l'ennemi. Les généraux se découvrent avec émotion sur le passage de nos drapeaux noircis par la poudre, troués par les balles, témoignages éclatants de la bravoure de nos régiments.

Quelques jours après, l'évacuation de la Crimée commençait, le 21 avril, et se continuait jusqu'au 5 juillet, jour où le maréchal PÈUSSIER montait, après son dernier soldat, sur le bâtiment qui devait le ramener en France.

A la suite du traité de Paris, la Russie perdait la frontière de la

Bessarabie et renonçait au protectorat dca Principautés Danubiennes ; la liberté du Danube était assurée ; la mer Noire neutralisée, avec défense d'élever sur ses rives aucun arsenal militaire et maritime; enBn, les immunités des sujets chrétiens de la Forte étaient consacrées sans porter atteinte à la dignité du sultan.

Qu'avait rapporté à la France cette lutte de géants? Rien, comme avantages matériels; mais, en revanche, elle svait couronné nos aigles d'une gloire immortelle, d'une gloire qui lui permettait d'inscrire sur les drapeaux de ses régiments :

L'Alnu, Inkenntnn, Tnktir, HaUkoff, SAbutopoL

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