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CHAPITRE II

L'AIXiËRIE DE 1854 A 1860. — FIN DE LA CONQUÊTE

• L> Tollt dOM tonnlDéa ealU lutta da *liict-Mpt ani, •oaUnoa tisc tut d'4D«Tti« da part at d'antr*. Gloire wu faiBqnaon! Hoaaanr soi Talnnul • (C. RoanrT.)

ExpMlkMi de I'«iin4« 1854. — Truquillili de l'AIftria peadant U goem da Oimèe. — Ëvénemeats de l'annie 1856. — Expédition dei Babon. — Expédition de la Kabjlic. — Expédition de la Gremle Kabjlie de 1857. — Attaque dea Beni-Ratao. — Fondation de Fort Nalionat. — Combat d'iacheridan. — É*éMtiMnt« de* années 1858, 1859 et i8ûa

SzpédiUoiu d« 1-uiDèo 1864.

ES premiers mois de l'aonée 1854 ce passèrent assez tranquillement; nos colonnes continuaient à rayonner autour de DOS grands postes, imposant notre domination, faisant respecter nos couleurs.

La conquête s'achevait peu i peu, et nous commencions à sortir de cette lonf;uc période de luttes inrcxsantcs de la (jucrre sainte et de la guerre de l'indé-

pcndancc. La (jrandc Kabylic nous itait pas encore complètement acquise ; ce n'était rependant plus qu'une affaire de temps, et une expédition vigoureusement conduite devait nous en assurer la possession.

Les événements qui se déroulaient en Europe allaient soumettre notre conquête à une épreuve décisive. Depuis 1830, la France inuissait d'une paix profonde sur le continent Klle avait pu donner tous ses soins i l'Algérie ; par suite de la guerre d'Orient, elle

allait se trouver en face de difficultés nouvelles ajoutées aux nécessités de continuer la conquête de l'Algérie. Cette guerre européenne allait-elle être pour nous une cause de faiblesse en imino* bilisant une partie de notre armée, ou, dans le cas d'une réduction d'effectif des troupes de la colonie, un sujet d'embarras en raison des agitations qui pourraient s'y produire? Nous verrons que, malgré le départ pour l'Orient de 30,000 hommes de nos meilleures troupes françaises , celles qui restèrent affectées à la défense de notre colonie, renforcées par l'arrivée de quelques nouveaux bataillons de chasseurs à pied, suffirent à maintenir notre domination en Algérie, dont la conquête définitive fut assurée par celle de la Grande Kabylie, à laquelle prirent part lee vaillantes troupes qui revenaient de Crimée.

A la nouvelle de la guerre d'Orient, Bou-Bargla, l'homme à la mule, sort de sa retraite, recommence à prêcher la guerre sainte et soulève les tribus de la rive droite du Sebaou , entre Bougie et Dellys. Le gouverneur général ordonne aussitôt la formation de deux divisions, sous les ordres des généraux DE Mac-Mahon et Camou. Le i^' juin, la division de Mac-Mahon, forte de 5,167 baïonnettes, est réunie à Ksar-K'bouch , ayant à sa i** brigade (général Maissiat) le 7° bataillon de chasseurs à pied, commandant PissoNNET DE Bellefonds. La division Camou, forte de 6,577 hommes, est campée à Chaoufa. Les deux colonnes ae mettent en marche à la rencontre l'une de l'autre. Pendant que la division Camou enlevait, le 5 juin, la position d'Agherib, la division DE Mac-Mahon, qui s'était déjà mise en route pour opérer sa jonction avec la première, se dirigeait, le 3 juin, chez les Beni-Hocein. Au passage des bois du col de K'bouch, notre goum, qui la précède, est un instant attaqué par un parti de Beni- Hidjers, et la colonne DE Mac-Mahon vient camper à Tizi-Takerin, après une marche des plus pénibles. Le surlendemain, elle s'établissait sur la rive droite de l'Oued-Had , en face d'une hauteur demi-circulaire de 4 a 500 mètres, présentant sur ses flancs des pentes inaccessibles formées par des amas de roches surmontées ça et là par des blocs énormes couronnant la crête. Ces fortifications naturelles avaient été augmentées par des retranchements en pierre sèche élevés à la hâte par les Kabyles. Un sentier étroit, partant des bords du ruisseau, gravissait à travers les rochers les flancs escarpés et la hauteur, pour aboutir au point le plus accessible, au col de Sidi-AFssa. Dans l'après-midi, vers 1 heure, le général DE Mac-Mahon lance à l'attaque de la posi-

tion sa division, formée en trois colonnes d'assaut. A l'extrême droite de la brigade Maissiat, le 7® bataillon de chasseurs déborde la gauche de la ligne ennemie, et, sans éprouver aucune perte, force les Kabyles, épouvantés, à abandonner leurs positions. Huit de leurs villages sont immédiatement livrés aux flammes.

Après quelques jours d'une marche pénible à travers un pays sans routes, où la pioche jouait plus que la carabine, la colonne DE Mac-Mahon opérait sa jonction, le 12 juin, avec la division Camou, campée dans la vallée du Scbaou, à Mcurah-Bcha, sur la rive droite de l'Oued -Dys.

La deuxième période de l'expédition allait commencer.

« L'esprit d'indépendance des habitants répandus sur les montagnes du Djurjura, leur énergie confirmée, accrue par la confiance que leur inspirait l'inviolabilité séculaire de leur pays, donnaient aux opérations qui allaient commencer une sérieuse importance. Engagés à une grande distance de notre base d'opérations, un insuccès aurait pu déterminer le soulèvement de toute cette population guerrière et la réunion de contingents infiniment supérieurs en nombre à l'eflectif de nos deux divisions d'infanterie. » (Maréchal RANDON.)

Le gouverneur général se mettait à la tète du corps expéditionnaire, qui levait le camp le 15 juin et venait s'installer le lendemain, après une marche de nuit des plus pénibles, pendant laquelle le génie et les travailleurs d'infanterie furent obligés d'ouvrir la route ou de la rendre praticable, sur le Scbt des Bcni- Yahia, au cœur môme de la Grande Kabylic.

Le même jour, le gouverneur général adressait aux troupes la proclamation suivante :

« Soldats des divisions d'Alger et de Constantine,

» Vous avez, par une marche audacieuse à travers des difficultés matérielles de toute nature, pris possession du point dominateur de la Maute Kabylie insoumise, et vous avez, sans effusion de sang, frappé au cœur cette vaste et populeuse contrée qui se croyait inaccessible à nos armes. Vos ennemis, confiants dans l'Apreté de leurs montagnes, se préparaient à répondre à la voix de Tagitateur Bou-Bargla. Vous vous êtes emparés de leurs positions stratégiques. Qu'ils viennent, maintenant, vous y attaquer, vousêtes prêts à les recevoir. Soldats, vous avez dignement célébré le 24* anniversaire de la glorieuse conquête d'Alger. »

La journée du i6 s'acheva tranquillement; msLÏB, le lendemain, le camp fut cerné par les Kabyles. Pendant que la division Camou faisait face à TOuest, la division DE Mac-Mahon, sans sacs, se dirige contre les rassemblements situés à TEst pour les dissiper. Après 7 ou 8 kilomètres de marche , elle arrive au pied des positions ennemies, où les Kabyles, fortement retranchés dans le village d*Aït-Arbi, nous attendaient sur la crête du Folt-Houdja. Trois colonnes s'élancent à l'assaut; placé à celle de droite, le 7* bataillon de chasseurs enlève les ouvrages du col de Tizi-Cout, après un combat acharné. Vers 5 heures du soir, la retraite s'effectue sur le camp. Les Kabyles réunissent toutes leurs forces contre notre arrière-garde et essaient de lui couper la retraite. Leurs attaques sont tellement acharnées que, malgré de vigoureux retours offensifs des zouaves, le général DE Mac-MahoN est obligé de ce porter de sa personne à l'extrême arrière-garde, pour empêcher nos troupes de se débander; son porte-fanion est tué à côté de lui, percé de deux balles. Enfin, à 6 h. 1/2, toutes les troupes étaient rentrées au camp.

Le 7* bataillon de chasseurs avait perdu dans cette journée 7 sous-ofiiciers , caporaux et chasseurs tués, parmi lesquels le sergent-major PONTHIN et le fourrier Kaufmann, plus 34 blessés, dont un officier, le sous-lieutenant ARNAUD.

Un épais brouillard qui survint pendant les journées du 18 et du 19 permit à nos troupes d'avoir un peu de répit. Le 20, la lutte reprend avec fureur; la division Camou enlève la forte position du village de Taourirt et se retire après avoir brûlé, sapé, rasé les maisons, les vergers et les jardins des villages des Beni-Menguillet.

Le 26 juin, le corps expéditionnaire levait le camp pour se diriger sur le village de Tazzerout; sa marche est sans cesse inquiétée par les Kabyles, que le 7® bataillon de chasseurs maintient à distance à Tarrière-garde. A peine la colonne était-elle établie au camp, que les Kabyles tiraillaient sur nos grand'gardes et entretenaient sur elles un feu continuel qui durait toute la nuit.

Après deux jours de repos, le gouverneur général résolut d*aller s'établir au Tiéta des Beni-llidjers, qu'il occupait 1030 juin, après avoir infligé un châtiment sévère aux rebelles.

Le i^' juillet, la division CamoU et la brigade Maissiat détruisaient le village de Sahel. Pendant que la division d'Alger s'emparait du village qu'il livrait aux flammes, une partie de la brigade Maissiat et du 7® bataillon de chasseurs s'établissait à gauche et contenait l'ennemi par son feu, pendant que le reste des trou-

pes détruisait les plantations. A midi , tout était terminé et les troupes rentraient au camp.

Le lendemain, le 7* bataillon de chasseurs et cinq bataillons de la division DE Mac-Mahon prennent les armes pour aller détruire le village de Taourirt. Les troupes d'attaque marchent en deux colonnes sur le village. Le 7* bataillon de chasseurs et un bataillon du 16* léger franchissent au pas de course Tintervalle qui les sépare de la position, soutenus par le bataillon de tirailleurs algériens. Les Kabyles, qui étaient résolus à défendre jusqu'à la dernière extrémité leur village fortifié d*une façon formidable, intimidés par rirrésistible élan de nos soldats, lâchent pied sans nous attendre. Nos troupes commencent alors à tout dévaster; habitations, maisons, arbres fruitiers, récoltes, tout est saccagé, coupé, détruit ou livré aux flammes. Après cette terrible exécution, elles se retirent sur le camp, sous la protection des zouaves et des tirailleurs, soutenus cux-mômcs par les bataillons de la division Camou.

La journée du 2 juillet et la pri&c de Taourirt n'avaient coûté que 8 blessés au 7* bataillon de chasseurs à pied.

La résistance était termmée; le 4 juillet, vingt-deux villages venaient faire leur soumission au général Randon, qui adressait le lendemain à ses troupes la proclamation suivante :

c Soldats des divisions d'Alger et de Constantine,

» Vous avez dignement accompli notre longue et laborieuse campagne. Vous avez eu de grandes fatigues à endurer, de rudes combats à livrer; vous avez surmonté tous ces obstacles par votre persévérance et votre courage. Vos glorieuses journées des 4. 9, 20, 26, 27 et 30 juin, I*' et 2 juillet, sont inscrites aux plus belles pages de notre guerre d'Afrique. Le sang précieux que vous venez de verser fécondera le sol de notre conquête que vous venez encore d*agrandir.

» Soldats! vous avez bien mérité de la France et de l'Empereur. Notre auguste souverain reconnaîtra vos brillants services. Votre général en chef les signalera comme ils le méritent à Son KxceU lence le Ministre de la guerre, qui sera votre chaleureux intermédiaire auprès de Sa Majesté. »

Le jour même, le corps expéditionnaire était dissous, et le 7* bataillon de chasseurs à pied se dirigeait sur Bougie, où il arrivait le 7 juillet.

Ix général Randon, gouverneur général, mettait à l'ordre du

jour de Tannée les officiers, sous-officierS| caporaux et chasseurs du 7* bataillon, qui avaient été sig^nalés comme s'étant fait particulièrement remarquer dans les combats livrés les 4, 17, 20, 26, 27 et 30 juin, les i^ et 2 juillet 1854, contre les Kabyles du Djurjura; c'étaient : le capitaine AVRIL DE Lbnclos, le sous-lieutenant Arnaud, le sergent-major PouLLAlN, les sergents Heinrich et Kauffmann et le chasseur ARTHUR.

Le 19 juin, une compagnie du 14* bataillon de chasseurs à pied (commandant BORDAS), nouvellement débarqué en Algérie, avait pris part à l'expédition contre les Kabyles et avait assisté au combat de Tamès-Guida, pendant lequel il avait eu i sous-officier tué, I caporal et i chasseur blessés.

La province d'Oran jouissait pendant ce temps d'une assez grande tranquillité, assurée par les colonnes volantes qui sillonnaient le pays. Le 4* bataillon de chasseurs à pied fit partie de celle dirigée sur l'Oued Kiss, chez les Ouled-Mesirda et chez les Beni-Mengouch, sur la frontière du Maroc, et rentra le 2 août à Tlemcen.

Le 17 décembre, le 4* bataillon de chasseurs s'embarquait pour aller prendre part aux glorieux travaux de l'armée d'Orient.

Tranquillité de l'Algérie pendant la guerre de Grimée.

L'expédition de la Kabylie et les colonnes qui parcouraient le pays de toutes parts, suffirent heureusement à assurer i notre conquête, pendant Tannée 1855, une prospérité et un calme très grands , dont le gouverneur général profita pour pousser activement la colonisation de nos provinces.

Vers la fin de mars et le commencement d'avril, les 7* et 14* bataillons de chasseurs à pied s'embarquaient pour la Crimée. Il ne restait plus de chasseurs sur la terre africaine; les événements de l'année 1856 allaient les y rappeler.

Evénements de Tannée 1856.

Le 20 janvier, le bordj de Tizi Ouzou est bloqué par les dissidents de plusieurs tribus, soulevés et excités par les Beni-Raten. A la suite d'une rapide expédition, le général Deligny débloque Tizi Ouzou et châtie les rebelles.

Il devenait nécessaire d'en finir une bonne fois pour toutes avec les peuplades guerrières de la Grande Kabylie; le maréchal Ran* don reçut Tordie d'établir son plan de campagne, et le général Renault (ut envoyé en Algérie avec une division d*in(anterie.

Le 3 avril, le 8" bataillon de chasseurs à pied (commandant Brincourt) revenait sur la terre africaine, où il précédait l'arrivée de la division Renault dont il faisait partie.

Vers la fin de mai, le ii* bataillon de chasseurs (commandant NlKPCK), le ly bataillon (commandant PONSARD) et le iS"* (commandant i)K JoUKNNK D'ESGKIGNV d'Uiîrvillk), débarquaient en Algérie, où quelques troubles naissants venaient d'éclater.

Expédition des Babort.

La subdivision de Sétif vient de se soulever et les rebelles ont assassiné un de nos cheiks amis.

Le général Maissiat réunit une colonne de 8,000 hommes au camp d' Aïn Sultan ; les 1 1* et 18* bataillons de chasseurs à pied en font partie. Le i*' juin, le général Maissiat atteint sur les bords de rOued Berd les rebelles qu'il défait complètement. Le lendemain, un nouveau combat conduit le corps expéditionnaire au pied des Babors. L'insurrection est dès lors étouiïèc, et nos chasseurs n'ont plus à se signaler que dans des affaires d'avant et d'arrière-garde, de protection de convois et des attaques de positions sans pertes sérieuses, qui marquent la fin de cette colonne, à la suite de laquelle tout le pays insurgé fait sa soumission le 3 juillet. Pendant tout le mois de juin, nos troupes ont travaillé à l'ouverture de la route de Sétif aux Babors et des Babors à Djidjelly.

Expédition de ia Kabylie.

I^endant Tété, la Kabylie est travaillée par une sourde agitation marquée par une agression soudaine contre un colon.

A quelques kilomètres en avant de Tizi Ouzou, El Hadj Amar rassemble plusieurs milliers de fusils des Guetchoulas et tente vainement de surprendre le poste de Dra el Mizan. Au reçu de ces nouvelles, le maréchal Randon convoque une quinzaine de mille hommes, dont il forme deux divisions, sous les ordres des généraux

Yusuf et Renault. Le général Yusuf commence son mouvement contre les Frikahs révoltés, atteint Bordj Boghni le 4 septembre, et après une série de marches fatigantes, inquiétées par des escarmouches continuelles, arrive le 10 septembre au cœur du pays insurgé. Le 11 au soir, à peine le bivouac est-il installé, que l'ennemi tente une surprise sur la face du camp gardée par le 18* bataillon de chasseurs à pied. Le capitaine BOURGIER tombe blessé à mort ; quelques chasseurs sont atteints autour de lui. La 5* compagnie de ce bataillon, sous les ordres du lieutenant POUDREL, débusque vigoureusement l'ennemi d*une espèce de place d'armes naturelle où il s'était glissé et le repousse au loin.

Le 14, le 18" bataillon de chasseurs prend part i un coup de main tenté sur les villages des Ouled-Aziz, par deux bataillons du 45® de ligne et un des tirailleurs, commandés par le colonel Bataille. Fort de 240 combattants, le 18*, qui ouvre la marche, est attaqué furieusement et ne parvient à se maintenir qu'en chargeant à plusieurs reprises à la baïonnette. Les capitaines Legros et MÉRIC et une quinzaine d'hommes sont blessés. Heureusement, le colonel Bataille envoie les tirailleurs opérer une contre-attaque sur le flanc des masses ennemies (|ui pressent nos chasseurs. Grâce h cette manœuvre habilement exécutée, les compagnies qui, en se défendant, s'étaient trop engagées, parviennent à battre en retraite sans éprouver de nouvelles pertes.

Le 16 septembre, la division enlève le plateau de Mchallet Ramdan.

Le 23 septembre, les divisions Renault et Yusuf opèrent leur jonction sous les ordres du maréchal Randon, pour aller ravager le territoire des Beni-Koufi et des Bcni-Mendès.

Le maréchal n'étant pas encore arrivé, le général Renault, qui commandait en son absence, se décide à frapper un grand coup, en allant surprendre les Kabyles des Beni-Koufi et détruire les villages de toute cette tribu, avant la réunion des contingents ennemis.

Dans le mouvement en avant de la division, le 8* bataillon a deux compagnies engagées; la y* (capitaine RÉ VOL), soutient pendant quatre heures un combat acharné contre les Kabyles et perd 3 hommes tués et 11 blessés; la 8* (capitaine DE SOUANCË), contribue avec d'autres troupes à la prise d'un village. L'opération terminée, la colonne reprend la route du camp; le 8* bataillon est chargé de l'arrière -garde. Cette marche est une suite de combats contre les embuscades des Kabyles; elle coûte 6 hommes tués et

36ble8sé8| parmi lesquels le lieutenant Aulier et le sous- lieutenant Dhomont, qui moururent plus tard de leurs blessures.

Le maréchal Randon venait prendre le commandement du corps expéditionnaire le 26 septembre, au ramp de TOued Boghni. Recevant ses officiers à son arrivée, il adressait les éloges suivants au commandant Brincourt, du 8", pour la conduite de son bataillon dans la journée du 24 : « Eh bien ! commandant, il parait que vous avez commencé avant-hier comme les maîtres finissent. Veuillez faire mon compliment h vos hommes et dites à vos officiers que je les suivrai partout. t>

Le résultat de la journée du 24 fut la soumission desCuctchoulas, qui venaient le 26 implorer Taman du maréchal.

La colonne continuait ensuite ses opérations chez les Béni- Boughane, les Beni-Yahia et les Bou-Addou. Le 7 octobre, quatre compagnies du 8* bataillon de chasseurs à pied et le 13* bataillon prenaient part à une expédition heureuse chez les Doucllas. Les Kabyles s'étaient massés autour de Teddert ou Fellah, leur principal centre, dont ils avaient barricadé les rues et couvert les abords par des abatis. Les zouaves débusquent Tennemi que le général Pellé pousse devant lui avec le 13* bataillon de chasseurs à pied, qui enlève les villages de Teddert ou Fellah et d'Aît Iddir. Sans repos ni trêve, nos chasseurs luttent en tirailleurs et souvent à la baïonnette contre un ennemi bien supérieur en nombre, embusqué, entreprenant, qu'ils repoussent ensuite pendant les trois heures de retraite, dans un terrain difficile et accidenté, d*où les Kabyles bondissent sur nos derniers échelons avec la plus ardente audace.

Le lendemain, les 8** et ly bataillons de chasseurs prennent part à la nouvelle sortie qu*on fait chez les Douellas. Un détachement de 200 chasseurs du 13" quitte le camp à la première heure et s'établit sans coup férir dans le village d*Ait Iddir, que le bataillon avait enlevé la veille.

Apres avoir complètement détruit le village, ce détachement eut d'abord pour mission de couvrir le flanc gauche de la colonne pendant la retraite ; la droite éUit protégée par une autre compagnie du 13" bataillon.

Après l'écoulement de la colonne, ces deux compagnies se réunissent, battent en retraite par échelons, contenant, par de vigoureux retours oilensifo, un ennemi vingt fois supérieur en nombre.

Grâce au dévouement et à la valeur de ces deux compagnies, la colonne peut se retirer fièrement en emportant tous ses blessés.

Nos bataillons avaient éprouvé les pertes suivantes pendant

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cette expédition : le 8* bataillon, 7 tués et 50 blessés; le 13*, 3 officiers blessés, le capitaine BASTIDE, le lieutenant Lbbby- Taillis et le sous-lieutenant Thëvenin.

Le 9 octobre, la colonne était réunie i Tizi Ouzou, et le lendemain, en prononçant sa dislocation, le maréchal Randon annonçait en ces termes, dans son ordre du jour, la prochaine campagne décisive en Kabylie :

« Vous ne direz pas un long adieu aux montagnes que vous venez de parcourir; nous y reparaîtrons au printemps et nous conquerrons cette Kabylie où nul n'aura pénétré avant nous. »

Expédition de la Grande Kabylie en 1857.

Pendant Thiver 1856-57, les préparatifs de la campagne annoncée furent pressés activement ; les troupes désignées pour en faire par* tie se concentrèrent pendant les mois d*avril et mai. Le maréchal Randon commandait en chef les quatre divisions placées, la première, sous les ordres du général Renault et comprenant, à La i"* brigade, le 8* bataillon de chasseurs à pied (commandant Brincourt); la 2*, sous les ordres du général DE Mac-MahoN, (2® brigade, général Périgot), 2^ bataillon de chasseurs (commandant NiEPCE; la 3*, général Yusuf, avait à sa 2* brigade (général Deligny) le 13* bataillon de chasseurs (commandant PONSARD). La 4® division, composée de troupes de la province de Constantine, commandée par le général Maissiat, devait s'échelonner entre Sétif et Djidjelly, surveiller la contrée, s'approcher peu à peu de Bougie et pénétrer dans la vallée de l'Oued Sahel pour opérer une diversion sur les pentes méridionales du Djurjura, pendant que les trois premières divisions devaient attaquer directement les positions des Beni-Raten dans la vallée de Djurjura.

Le 18 mai, le maréchal Randon, gouverneur général, vient predre le commandement de ses trois premières divisions concentrées & Tizi Ouzou. Les troupes devaient marcher sans sacs, emportant dans la tente-abri roulée en sautoir les cartouches et deux jours de vivres.

Attaque des Beni-Raten.

Les Beni-Raten étaient retranchés derrière des positions naturelles réputées inexpug^nables. Trois éperons élevés et tourmentés

défendaient en avant la ligne de pitons inaccessibles sur lesquels étaient juchés, à goo mètres de hauteur au-dessus de la vallée, leurs villageSi couverts, en outre, par de nombreuses défenses accessoires. Pour l'attaque, les divisions Yusuf et DR Mac-Maiion ont pour objectif le contrefort dit des Akermas, dont Taréte aboutit au centre de la tribu des Beni-Raten, au plateau de Souk-el- Arba. Cette crête est marquée par une suite de villages étages qu*il fal« lait successivement enlever. La 2® division devait attaquer par la gauche, la 3^ au centre. La division Renault devait montera Tassaut du contre-fort de droite, celui des Mirdjen.

Pendant cinq jours nos troupes attendirent que la pluie, l'orage et le brouillard leur permissent de commencer leur attaque. Enfin, le 24 mai, au point du jour, les trois divisions s*ébranlent silencieusèment à peu près en même temps et se dirigent résolument sur leurs objectifs respectifs. Tout à coup la fusillade éclate de toutes parts, les Kabyles surgissent des anfractuosités et des rochers, et font retentir Tair du bruit de leurs longs moukalas.

La division DE Mac-Mahon, partie à 5 heures du matin, était précédée de la brigade Bourbaki, sans sacs, en bataille; la brigade Périgot venait ensuite en bataillons en masse. Pendant que la brigade Bourbaki enlève les embuscades kabyles en avant du village de Tacherahir, fortement défendu, quelques compagnies du II* bataillon, qui flanquaient la gauche de la colonne d*attaque, partici|)cnt À son action vigoureuse, A la suite de laquelle le village de Tacherahir, et, 800 mètres plus loin, celui d'Imaissercn, tombent entre nos mains, et la brigade Bourbaki 8*y établit solidement, pendant que la brigade Périgot, à Tarrière- garde, repousse plusieurs fois à la baïonnette Tennemi qui le presse de très près et vient ensuite camper, à 2 heures, auprès du village d'Ailensou.

Pendant ces mille petites actions de détail, nos chasseurs se firent remarquer par leur valeur et leur intelligence. Le 11* bataillon perdit i officier, le lieutenant Nrigr, grièvement blessé à la tête; I sous-odicier et 10 cliasscurs tués et 47 sous-olTicicrs, caporaux et chasseurs blessés.

A la division Yusuf, le 13* bataillon de chasseurs à pied couronne rapidement la crête et participe à Tenlèvement, au pas de course, des villages de Taguemint et de Tpuighilt el Hadj Ali, dont les Kabyles sont chassés à coups de fusil et de baïonnette. Il perd dans cette journée i homme tué; 2 officiers blessés, le capitaine AngèLV et le lieutenant Lebbv Tailus, et 12 sousofBciers et chasseurs blessés.

La division Renault, partant à 4 heures du matin, s'avance , formée en trois colonnes d'attaque, à la tôte de chacune desquelles s'élancent des compagnies du 8* bataillon de chasseurs i pied. Le commandant Brincourt commande la colonne de droite, ayant avec lui quatre compagnies de son bataillon. Une quatrième colonne, comprenant fe reste de la division, soutient à l'arrièregarde des combats très vifs, pendant que les colonnes d'attaque enlèvent le village de El Djemmaa. La brigade de Liniers chasse l'ennemi à la baïonnette des villages d'Aît Ali et d'Aît Yacoub et vient s'installer à Ouailel, pendant que la 2* brigade campe i Djemmaa à 5 heures du soir. La division Renault avait combattu toute la journée ; le 8* bataillon avait eu 5 tués et 16 blessés.

Les Kabyles s'étaient réfugiés et concentrés au plateau de Souk el Arba; ils prennent l'offensive avec fureur le lendemain, mais ils viennent se heurter en vain contre la division DE Mac-Mahon, qui les repousse à la baïonnette. Trois heures après, une décharge générale de 3,000 moukalas nous annonçait que les contingents étrangers abandonnaient les Beni-Raten, qui venaient faire leur soumission le lendemain 26 mai.

Fondation de Fort National. — Gombat dlsoheridan.

Après avoir achevéen dix-huit jours une route reliant TiziOuzou à Souk el Arba, le maréchal Randon se décide à occuper définitivement le pays conquis. Le 14 juin, jour anniversaire du débarquement des Français en Algérie, les trois divisions assistent i la pose de la première pierre de Fort Napoléon (Fort National). « Ce n'est pas une pierre que tu enterres là, dit alors un chef kabyle au maréchal, c'est notre indépendance». Les travaux sont aussitôt poussés avec la plus grande activité; le Fort National sort bientôt de terre et se dresse fièrement en maître de la région conquise.

A quelques kilomètres de la nouvelle forteresse, les Kabyles les plus énergiques s'étaient fortement retranchés au village d'Ischeriden pour résister encore à nos armes victorieuses. Le 24 juin, le maréchal Randon lance la division de Mac-MahON à l'attaque de la position, qui est enlevée après un vif et brillant combat. C'en était fait de l'indépendance kabyle.

Ce même jour, le 1 1® bataillon de chasseurs, chargé de la pro-

— '93 — tection d'un convoi, est vivement attaqué par les dissidents, qu'il repousse après un engagement achamî où il perd i chasseur tué et 8 blessés.

Le corps expéditionnaire, continuant sa m.arche vers le Sud-Est, soumet, du 25 au 26 juin, la puissante tribu des Bcni-Yenni. A la division Yusuf, pendant que les zouaves tournent la position, le 13" bataillon enlève le village d'Aït el Arba, après une brillante attaque de front.

Le 8* bataillon de chasseurs, de la division Renault, participe à l'attaque générale à la suite de laquelle, le 28 juin, les Bcni- Yenni viennent faire leur soumission. La prise d'Aguemoun Izen, l'occupation du Sebt des Beni-Yahia, l'arrivée de la division Maissiat au col de Chellata , amenaient successivement la soumission des Beni-Menguellet, des Thourags et des Beni-Youcef. La Grande Kabylie était complètement domptée.

Le 8® bataillon de chasseurs demeura chargé de la garde du Fort National avec la division Renault.

Le 16 juillet, le mouvement rétrograde commençait, et les troupes retournaient à leurs garnisons respectives. Avant la dislocation de la colonne expéditionnaire , le maréchal Randon lui adressait ses éloges chaleureux par l'ordre du jour suivant :

€ Accourus, à ma voix, des trois provinces, vous êtes venus prendre part à cette belle campagne. Des cimes de Djurjura jusque dans les profondeurs du Sud , le drapeau de la France se déploie victorieusement. C'est à vous qu'il était donné de terminer cette grande et noble tâche. L'Algérie reconnaissante applaudit à vos triomphes. Trouvez dans ce témoignage la récompense de ce que vous faites depuis vingt-sept ans pour la prospérité de cette belle colonie, le plus beau fleuron de la couronne de France. »

Dans son ordre du jour en date du i*'' août, le gouverneur général citait à l'ordre du jour le clairon Clauss, du 11* bataillon, qui, blessé à la tête, était resté à son poste; le chasseur Mallet, du même bataillon, qui, blessé au côté, avait cependant continué à combattre. La cantinière du 2'' bataillon, Marie RoDE, était aussi citée à l'ordre du jour de Tannée, pour le courage et le dévouement qu'elle avait montrés en allant, sur la ligne des tirailleurs, relever les blessés, leur porter secours et aider à les panser.

Pendant que l'armée opérait dans la Grande Kabylie, une colonne d'observation, sous les ordres du colonel Dargent, avait été chargée d'observer la vallée supérieure de TOued-Sahel.

Le 18* bataillon de chasseurs à pied, commandant DE JOUENNE

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D*ESGRIGNY D*Herville, qui en faisait partie, avait été employé pendant le mois de juin à la protection de travaux de routes. Jusqu'à la fin de la campagne, les compagnies du bataillon exécutent des reconnaissances qui donnent lieu à de nombreuses escarmouches. Citons celle du 28 juin, où toute la colonne, après un fourrage au vert en avant deGrebissa, fut assaillie avec fureur par de nombreux contingents kabyles. Le 18*^ bataillon formait seul Tarrière-garde. Il se retira lentement, par échelons, avec le plus grand ordre. Grâce à sa fermeté, la colonne, après une retraite de trois heures dans le pays le plus difficile, put rentrer au camp sans éprouver de grandes pertes. Le sergent Kaller, de la 8* compagnie, s*était fait remarquer par son courage : attardé avec quelques hommes, et voyant tomber près de lui le caporal Weil, mortellement blessé, il le rapporta sur son dos à plus de 100 mètres, sous une grêle de balles.

La colonne d'observation avait été dissoute le 21 juillet; le 18" bataillon de chasseurs rentra d'Aumale à Alger, d*où il partit au mois d'octobre pour rentrer en France.

Evénements des années 1858 , 1859 et 1860.

Les années 1858, 1859 ^^ ^^^ ^^ passèrent sans incidents notables en Algérie. Mentionnons cependant l'expédition du général Gastes dans l'Oued el Kebir. au mois de novembre 1859, pour mettre fin aux divisions intestines des tribus et y créer le poste militaire d'El Miliah.

Le 2^ bataillon de chasseurs, qui y prit part, n'eut à lutter que contre la boue et le mauvais temps, et rentra le 15 septembre i Constantine. Pendant l'année 1859, '^^ 8* et 11* bataillons de chasseurs quittaient l'Algérie pour aller prendre part à la guerre d'Italie, pendant que deux compagnies du 13* bataillon de chasseurs s'embarquaient à Alger, le 27 juin, pour faire partie du corps expéditionnaire de l'Adriatique. Quelques mois plus tard, ce mCme bataillon, sous les ordres du commandant DE Geslin, prenait part à une courte expédition au Maroc et rentrait en France dans les premiers mois de l'année 1860.

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