G" CORPS D*ARMÉE. — MARÉCHAL CANROBERT
!"• division, général TlXlER; brigade Péchot. — tf bataillon de chasseurs, commandant Mathclin.
7* CORPS d'armée. — GÉNÉRAL F. DOUAY.
i^ division, général Conseil Dumesnil; brigade NicolaT. — 17* bataillon de chasseurs, commandant Barrè.
2® division, général Liébert ; brigade GuiOMAR. — 6® bataillon de chasseurs, commandant DE Beaufort.
Combat de Saarbmok.
Le 2 août a lieu le premier engagement avec les Prussiens. Ce n*est, à proprement parler, qu'une reconnaissance offensive du 2* corps d'armée, général Frossard. Les 3*, 10* et 12* bataillons de chasseurs à pied assistent au combat. Le 3" bataillon concourt à l'attaque de Saarbruck, pendant laquelle il perd le sergent Pautet» blessé mortellement. C'est le caporal Pi VET, du 10° bataillon de chasseurs à pied, qui a l'honneur de pénétrer le premier dans Saarbruck, en tète de la division Bataille. Cette division campe le soir sur les crêtes de l'Exercitz Platz , faisant bonne garde contre les retours offensifs probables de l'ennemi. I^ 10* bataillon de chasseurs est dirigé sur le village de Saint- Arnual, qui est choisi pour le quartier général de la division. Le 2® corps d'armée reste dans une position d'attente pendant les journées des 3 et 4 août.
Dans la soirée du 4, arrive la nouvelle de l'échec subi à Wissembourg par l'héroïque division A. DOUAV. Le 5, le quartier général du 2^ corps s'établit à Forbach. Les réservistes affluent vers les corps auxquels ils sont destinés; le 5 au soir, le 3® bataillon en reçoit 450, qui étaient immédiatement répartis à la hâte dans les compagnies.
Wissembourg.
Le combat de Saarbruck n'était qu'un engagement sans grande importance ; les premiers coups sérieux allaient être portés sur nos positions de la rive gauche du Rhin, où se concentrait le i*' corps d'armée, sous les ordres du maréchal DE Mac-MahoN. La division Abel DouAV était, le 3 août, isolée sur les bords de la Lauter; le 16" bataillon de chasseurs à pied, qui était à Seitz, envoyait dans la vallée du Rhin des reconnaissances qui échangeaient quelques
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coups de fusil avec les èclaireurs prussiens. Rien ne faisait cependant présager la présence de troupes ennemies considérables. Le 4 août, la 2* division est surprise inopinément par des forces décuples et obligée de se retirer, aprcîs avoir résisté héroïquement pendant trois heures à tous IcscITorts de renncnii. Quelques réservistes du i6® bataillon participent à la défense acharnée du château du Geissberg, défendu par 400 hommes des 5^ et 74** de ligne et attaqué par plus de 30,000 Allemands.
L'ennemi s'avance toujours prudemment et achève, avec des |)crtes énormes, de briser la résistance de nos vaillantes troupes, qui luttaient un contre vingt pendant la dernière partie du combat. Un détachement de 180 réservistes du 16* bataillon de chasseurs* sous les ordres du lieutenant Aluaret, en descendant du train qui Tavait amené, s'était jeté avec furie dans la dernière mêlée.
Bataille de Prœtohwlller.
Après avoir rallié les débris de la 2* division, dont l'héroïque chef, le général A. DoUAV, avait été tué dans le combat, le maréchal DE Mac-Maiion concentre, le 5 août, son corps d*armée sur la position de Frocfchwiller, couvrant les routes de Bitche et de S.ivcrnr.
L'Empereur venait de créer deux armées : la première, sous les ordres du maréchal Bazaine, comprenait les 2^, 3* et 4^ corps avec la garde; la deuxième armée, composée des i*', 5* et 7* corps, était placée sous les ordres du maréchal DE Mac-Mahon. La 1'* division du 7" corps, ayant terminé son organisation, avait été appelée en toute hâte à Frœschwiller, où elle arriva dans la nuit du 5.
1^ 6 août au matin, nos troupes prennent les armes et s'apprétent au combat qui parait imminent, car, dès la pointe du jour, les avant-postes des deux armées engagent l'action. Vers 7 heures une reconnaissance ennemie se dirige sur Wœrth et tire les premiers coups de canon. Le 13* bataillon de chasseurs est en réserve de la division Ducrot, en arrière de Frœschwiller, près de la route de ReischofTen, avec la 2* brigade; la i*^ est placée à cheval sur la route de Wœrth; l'artillerie divisionnaire se met en batterie i droite et à gauche de cette route; les 3*, 4*, 5* et 6* compagnies du S*' bataillon de chasseurs à pied sont placées en réserve à gau-
chc (le rartillcrie. Le 17® bataillon de cliasseurs est placé en soutien du bataillon de droite du 3** de ligne, derrière le chemin de Frœschwiller à Morsbronn. A Textréme droite de l'armée, la division de Lartigue occupe le Niederwald; le i^' bat<iillon de chasseurs prend position sur les hauteurs, entre Gunstett et Wœrth.
En arrière de ces quatre divisions, le maréchal garde sous la main , comme suprême réserve, les débris de la 2* division, commandée par le général Pelle. Le 16® bataillon de chasseurs est placé sur les hauteurs, au sud et à Test de Niederbronn, couvrant les routes de Bitche et de Savcrne.
Dès les premiers coups de canon sur Woerth, une batterie d'artillerie de la division Kaoult se porte eu avant de la ligne de bataille, soutenue par les 1'''^ et 2® compagnies du 8* bataillon de chasseurs à pied. La canonnade s'engage; mais notre batterie, écrasée par un feu supérieur, est obligée de se replier; les chasseurs enlèvent les pièces, les amènent aux avant-trains et les mettent à Tabri derrière un mouvement de terrain.
A 8 h. 1/2, les Bavarois at(a(|uent furieusement notre gauche, Ducrot, et notre centre, Raoull. Le combat d'artillerie est cITroyable ; cependant nos troupes se maintiennent «ivcc un certain avantage dans leurs positions. A la division Uucrot, le 13" bataillon de chasseurs est d'abord tenu en réserve. A la division Raoult, les 3^ et 6® compagnies du 8'' bataillon sont envoyées dans les bois de Frœschwiller, et sont assaillies à la lisière par une pluie de mitraille qui arrête tous les efforts de nos vaillants soldats. A la division Conseil Dumesnil, au centre, les compagnies du 17® bataillon de chasseurs, d'abord en réserve, se trouvent tout à coup à découvert et exposées à un feu violent d'artillerie et de mousqueterie. Four se protéger, le commandant IUkkk déploie sur son front la i"^ compagnie. Vigoureusement enlevée par ses chefs, cette compagnie débusque l'ennemi du bois et d'une ferme qui sont en avant et atteint la Sauerbach. Tout le bataillon se déploie sur cette position et défend le passage de la rivière.
Dès le début de l'action, la division de Lartigue subit un duel d'artillerie 1res violent; vers 9 heures, le général lance le i"*" bataillon de chasseurs h l'attaque du moulin de Gunstett ; un bataillon du 3'' zouaves est charge d'appuyer l'attaque. Le commandant BUKRAU s'élance, à la tcte de trois compagnies de son bataillon, et se précipite à l'attaque du moulin. Un éclat d'obus brise les reins au commandant BurIlAU; mais le capitaine CuAlNVllJJKKS, de la 5° compagnie , s'élance a la tête du bataillon un moment ar-
rété ; il a bientôt la jambe fracassée. Les Prussiens accueillent ces vaillants par une trombe de 1er qui décime les chasseurs et les zouaves; le lieutenant BouLAND, du i^*" bataillon, tombe blessé à la tôte d'un éclat d*obus. Maigre des pertes énormes, la colonne est arrivée à 100 mètres de l'ennemi, lorsque le mouvernent rétrograde qui se prononce déjà partout, l'oblige à battre en retraite. Ramené par le capitaine CllRDEVlLLR, le 1®'' bataillon de chasseurs est très éprouvé dans cette attaque, car, outre son commandant blessé grièvement, il compte : 2 oflTicicrs tués, 2 oflficiers blessés, et environ 150 hommes hors de combat. I^i conduite héroïque du ca|)itaine LlîUUUN, du lieutenant Cauciikmkz, du sergent-major DuFOUR, du sergent Bkrthelot et du chasseur COMULEFIEUX mérite d'ctrc citée ici.
A 11 heures du matin, malgré les elTorts réitérés de Tennemi, les Français sont restés maîtres de toutes leurs positions. Nos troupes sont |)leincs de courage et d'énorgic ; que les renforts du 5* corps arrivent, et les Prussiens sont vaincus. Mais, hélas! les Allemands sont trop nombreux : aux troupes engagées depuis le matin, succèdent de nouvelles troupes fraîches, puis des réserves succèdent aux réserves; c'est un flot humain qui monte, monte sans cesse et va déborder nos vaillantes divisions du i*' corps.
I>;s deux premières compagnies du 8^ bataillon de chasseurs a pied, de soutien de batterie, sont, après Técrasement de celle-ci, attachées au i"*" bataillon du 2** zouavrs, qui lutte à Wccrth contre des forets innombrables. lîlles participent, à 2 heures de Taprèsmidi, à la furieuse «ilttique à la baïonnette de Wœrth, dont elles atteignent les premières maisons. Mais, écrasés par le nombre, sans munitions, nos chasseurs sont obligés de battre en retraite vers 3 heures. La rage au cœur, les descendants des héros de la Sidi, décimés par le feu, laissent sur le terrain la moitié de leur effectif. Le sous-lieutenant NOUAUX a été tué; les capitaines Chardon et Proust, les lieutenants Malpri. et Van Dorrn ont
été blessés.
Cependant, le 5* corps allemand a réussi à s'emparer de la croupe du Calvaire, situé entre Wœrth et le Nieder-Wald, à la défense duquel le 17* bataillon de chasseurs s*est acharné au prix de pertes bien cruelles, car il compte près de 500 hommes hors de combat et 5 officiers blessés : le capitaine Brander. les lieutenants LeclrrcQ et Cil amdiseur. les sous- lieutenants DlDiOT et Verain. Les lieutenants GENÈVE, PAVOT, LECl.RRCg, blessés; le sergent Carlavan, le cafioral-clairon Lrciienet, le clairon JUGON. les
chasseurs BOULAIRE et Mottier , se font remarquer entre tous par leur froid courage et leur énergie.
Le XP corps d'armée prussien enlève les pentes du Niederwald; 72 pièces de canon vomissent le fer et la mort sur les troupes de la division de Lartigue ; les projectiles pleuvent sur un petit groupe de maisons appelé le Mas d'Albert, qui sont rapidement incendiées. Dans cette fournaise, une compagnie du i®'' bataillon de chasseurs à pied tient bon quand même , et inflige des pertes énormes au II® bataillon de chasseurs prussiens qui veut s'emparer de ces ruines, que le feu de l'artillerie nous force enfin à évacuer.
Du côté du bois de Frœschwiller, l'attaque fait rage. Les 4* et 5° compagnies du 8*^ bataillon de chasseurs sont réunies aux 3* et 6°, sous les ordres du commandant POVET, auprès des turcos du 2" régiment. Tout le monde lutte avec une énergie suprême, mais la mort est trop nombreuse; nos rangs sont décimés. Bientôt le 13* bataillon de chasseurs vient renforcer les débris du 2* tirailleurs du 8® bataillon de chasseurs et d'un bataillon du 4* de ligne.
Ijis 6 compagnies de ce bataillon de chasseurs sont successivement déployées en tirailleurs et soutiennent éncrgiquemcnt le combat. Le commandant Le Cacher de Bonneville tombe bientôt blessé ; à côté de lui, la mort atteint les capitaines AkMAND et DE Cardon de Sandrans. Le capitaine Léger et le sergent Muller se font remarquer par leur admirable conduite.
Du côté de Wœrth, les Prussiens nous écrasent par leur supériorité numérique : 46,000 Français luttent sur le champ de ba* taille contre 140,000 Allemands! La brigade l'Hériller tente un retour offensif sur Wœrth, mais elle est débordée et se replie sur ses positions. Aussitôt après, l'ennemi s'empare d'EIsasshausen, incendié par le feu de huit l)atterics allemandes. Une magnifique charge à la baïonnette du brave 1"^ tirailleurs algériens le repousse un instant jusque dans le Nieder Wald; mais, hachés par une pluie de projectiles, épuisés, sans munitions, nos chasseurs sont forcés de battre en retraite sur Frœschwiller.
Elsasshausen enlevé , les Prussiens vont essayer de nouveau de B*emparcrde Frœschwiller, en le faisant aborder à la fois.à l'Est, par les Bavarois, au Sud-Est, par le XI^ corps, pendant que le V*corp8 attaquera furieusement la division Raoult. Là, les chasseurs des 8^ et 13° bataillons, noirs de poudre, haletants, combattent avec rage; ils attendent l'ennemi pour le charger à la baîonnettei car les munitions commencent à manquer. I^ brave commandant PovET, du 8®, tombe mortellement frappé au cœur; auprès de lui,
le capitaine adjudant-major WlDENHORN» les lieutenants MAR- CHAND et Ithier sont également blessés; le sergent* major DuMORTlER, blessé, se fait remarquer par son énergie et son ardeur. Cependant, vers 5 heures, on s'aperçoit à la division Raoult que Tennemi s'est avancé sur la droite bt qu'il va nous couper la retraite. On abandonne alors les positions qu'il n'a pu enlever de toute la journée pour se diriger en toute bâte vers Frœschwillcr, dont le 13° bataillon de chasseurs atteint les premières maisons. Mais il est trop tardi Les Bavarois et les Prus« siens y sont entrés de l'autre côté et nous ont cou|>é la route, car le i^*" corps d'armée français a commencé à battre en retraite sous la protection de notre magnifique cavalerie, qui s'était sacrifiée pour le salut commun dans la charge mémorable des cuirassiers de ReischofTen. Alors, dans ce village de Froeschwiller que dévorent les flammes, et dans ses mes que balayent de toutes parts les balles et la mitraille, s'engage une lutte suprême dans laquelle le 13® bataillon de chasseurs, ou plutôt ses glorieux débris, cherchent, en tombant écrasés par le nombre, à venger Thonneur de nos armes. Le capitaine Gyss, du 8*^, qui a pris le commandement de son bataillon , essaie de son côté d'atteindre Frceschwiller i travers bois; en s'approchant des maisons, nos chasseurs sont reçus à coups de fusil ; ils se retirent alors dans le bois, où, entourés de tous côtés, ils tombent aux mains de l'ennemi, après avoir épuisé toutes leurs munitions. Qucl(|ues-uns parviennent à s*échap|x:r, sous la conduite du lieutenant M A LF EL et du sous- lieutenant D'A R- THAUl). Ces deux bataillons de chasseurs sont littéralement anéantis. Du 8"", il ne reste plus, après le combat, que 80 hommes provenant des i'*et 2* compagnies, qui, conduites par le capitaine Chardon, avaient commencé leur retraite vers 3 heures, et, tout en combattant, avaient pu gagner ReischofTen avant que fennemi n'cftt dél)ordé la droite de rarinéc. Quatre olTicicrs commandent ces glorieux débris : les capitaines PROUST et ClIARDON, capitaine* commandant, blessés; le lieutenant Malpel, blessé, et le souslieutenant d'Arthaud.
Le 8'' a perdu 4 ofTicicrs tués : le commandant i'OYRT, les lieutenants Ithier et Marchand, le sous-lieutenant Nouaux; 6 officiers ont été blessés : les capitaines WlDKNHORN, PROUST et Chardon; les lieutenants Malfkl, Van Doricn et l'Hermitte; 250 hommes avaient été tués ou blessés; 1 1 ofBciers étaient restés aux mains de l'ennemi avec les débris du bataillon; c'étaient : les capitaines Widenhorn, Gyss, Henriot et MuLLER; les lieute-
lUfi. Bat Cbia. IS
nants Van Doren, l'Hermitte et Launois; les sous-lieutenants George, Prugnaud, Fauchet et Meisterzheim.
Le 13^ bataillon de chasseurs, qui comptait, le matin de la bataille, 900 hommes environ, n'était rcprésonlô, le soir, que par une centaine d'hommes, sous les ordres du capitaine adjudant-major Potier. Ces débris provenaient en grande partie de la 5® compa* gnie, qui, laissée de garde à Frceschwiller, avait pu battre en retraite en temps utile; le reste avait été mis hors de combat oa fait prisonnier dans le village. Sur 19 officiers, 5 étaient tués : les capitaines Armand, Pierre, de Cardon de Sandrans; le lieutenant Guillemot et le sous-lieutenant de Clery; 5 officiers avaient été blessés : le commandant DE BonneviliJl, le capitaine Henri (grièvement blessé deux fois); les lieutenants Sardon et NiOL; le sous-lieutenant Mariette.
Le détachement de réservistes du 16* bataillon de chasseurs, commandé par le lieutenantlALBARET, qui avait déjà était engagé au combat de Wissembourg, suivit, dans la journée du 6, le sort de la 2* division. Dans ces deux journées, ce détachement de 180 hommes avait perdu une centaine d'hommes tués, blessés ou disparus.
La défaite, l'horrible défaite à laquelle n'étaient pas habitués nos braves d'Afrique, de Crimée et d'Italie, venait d'atteindre nos malheureuses troupes du i'*' corps, qui battaient en retraite, partie sur Bitche, partie sur Niederbronn.
Le 16* bataillon de chasseurs à pied est chargé de couvrir les routes de Bitche et de Saveme; les i'*, 2* et 3* compagnies, capitaines DE BoissiEU, Brincourt et Pierrot, sont déployées en tirailleurs.
Les Allemands ont été tellement éprouvés dans cette journée, qui leur coûtait près de 10,000 hommes tués ou blessés, qu'ils ne |)euvent se servir de leur infanterie pour poursuivre notre malheureuse armée. Ils lancent deux régiments de cavalerie, un de uhlans et un de chasseurs wurtembergeois , sur les chasseurs du 16* bataillon, qui les repoussent A coups de fusil en leur faisant éprouver de fortes pertes. Ce bataillon avait de son côté uue cinquantaine d'hommes tués, blessés ou disparus.
Au moment où les Prussiens reviennent à la charge avec de nombreux renforts et vont écraser le vaillant 16* bataillon, à qui le poste d'honneur à l'extrême arrière-garde a été confié» la tête de la division Guyot de Lespart, du 5° corps d'armée, arrive à Niederbronn. On attendait le 5® corps d'armée depuis le matin,
mais la bataille était bien finie ; cette division allait soutenir notre retraite. A 7 heures du matin, la 3* division du 5* corps s'était portée au secours du i**' corps attaqué; les 3®, 4* et 5® compagnies du 19® bataillon, sous les ordres du commandant DE Marqué, étaient placées en iéte de colonne de la i^ brigade, qui s'était engagée sur la route de Niederbronn. Les i'*, 2* et 6* compagnies de ce bataillon servaient de soutien à Tartillerie. Le général de Failly, craignant une attaque dans la direction de Deux-Ponts, suspendit la marche do la division, et pourtant, le canon grondait s^uis cesse; ù |K*inc 14 kilomètres le séparaient du champ de bataille. Après un long temps d'arrôt, la marche fut de nouveau reprise, et Ton atteignit enfin Niederbronn. La division se met aussitôt en position et canonne violemment l'ennemi. Le 16* bataillon de chasseurs bat alors en retraite sur Saveme. Trois compagnies du 19° bataillon s'établissent rapidement sur les mamelons qui environnent Niederbronn et le chemin de Uitche. L'ennemi couronne les crêtes opposées; il essaie de nous tourner, mais nos tirailleurs rarr(^tent par leur feu et résistent énergiquement jusqu'à la nuit. Vers 9 heures, les munitions étant épuisées, les compagnies du 19* bataillon se retirent les dernières de la division Guyot de Lespart et se dirigent sur la Petite-Pierre, où elles arrivent le 7 août. Cet engagement leur avait coûté 9 blessés, parmi lesquels un brave soldat, Lefort, chasseur de i^ classe, atteint de deux balles.
L'Alsace était perdue pour nous; Tinvasion de notre sol sacré commençait. L'armée du maréclial DK Mac-Maiion se retira d'abord derrière les Vosges, puis au camp de ChÂlons, où elle fut rejointe par le 5* corps (général de Failly).
Combat de Spiokeren ou de Forbaoh.
Le jour môme de la bataille de Frœscbwiller, notre armée éprouvait un nouvel échec à Spickeren. Le 6 août au matin, le 2* corps occupait les positions suivantes : à gauche, la division Vergé, à Styring-Wendel , ayant son 3* bataillon de chasseurs placé face aux bois de Styring-Wald ; à droite, la division de Laveaucoupet gardant le Gifert-Wald, et dont le 10* bataillon de chasseurs, commandant ScilENK, occupe solidement l'éperon du Rotherberg, défendu par des tranchéeê-abris élevées & la blte*
A peine arrivé sur la position importante qu'il doit défendre, ce bataillon, qui a marché toute la nuit, s'est mis à élever ces tranchées avec les outils fournis par le génie. La division Bataille, 12** bataillon de chasseurs, est en arrière des deux autres, sur le plateau d'Œttingen, prête à se porter partout où sa présence sera nécessaire.
Vers 10 heures du matin, une première attaque de hussards prussiens est repoussée à coups de fusil par les chasseurs du 10® bataillon. Mais les renforts ennemis arrivent bientôt, et, vers 11 hea* rcs, l'attaque se décide contre le Gifert Wald et le Rotherberg. nicntôt, l'artillerie prussienne couvre d'une nappe de projectiles nos tranchées-abris, où le 10® bataillon se maintient avec courage, malgré de très grandes pertes , et arrête tous les efforts de l'ennemi. La canonnade augmente sans cesse de violence, et le 10* bataillon voit tomber successivement : le capitaine LAMBERT, le lieutenant DEVANT et le sous-lieutenant Bruant, tués; le capitaine adjudant-major Eunrr, les capitaines PiTHOiS et FORGET, les lieutenants GiRAKrx)'r et Picrrih*, le sous-licutcnant SavovRi blessés; plus, 215 sous-officicrs, caporaux et chasseurs tués ou blessés.
Sous la poussée de nouvelles troupes fraîches, les Allemands arrivent jusqu'aux premières tranchées. « A la baïonnette! » s'écrient aussitôt les chasseurs, et les Allemands sont culbutés. La mêlée s'engage, terrible, corps à corps; le brave commandant SCHENCK tombe grièvement blessé; il est immédiatement entouré et fait prisonnier; c'est là que. le lieutenant DEVANT et le souslieutenant Bruand tombent mortellement frappés. Sur un ordre formel de retraite, alors qu'ils sont tournés par les deux ailes, les chasseurs du 10®, ralliés par le capitaine GrandmaNGK, se replient à quelques centaines de mètres, sur une seconde tranchée domi* nant la première. La conduite du capitaine GrandmaNGE, en cette circonstance, lui vaut Thonneur d'être cité à l'ordre du jour de Tarmée. Mais l'ennemi a pris pied sur l'éperon, et ses renforts continuent d'arriver. Pendant cette lutte acharnée, le capitaine FORGET; les lieutenants Perret, Quitierav et Dupont; les sous-lieutenants Depoignv et (lÈNV ; l'adjudant MARÉCHAL; les sergents-majors WiEHELMV et Pamerieux , du 10* bataillon , se font remarquer par leur brillante conduite.
Plus à droite, les Prussiens sont parvenus, avec des pertes énormes, à s'emparer du Giiïert-Wald, d'où ils ne peuvent débou* cher sous le feu des régiments de la brigade Micbeler. L'entrée en
ligne de la division Bataille maintient l'ennemi à distance, et, malgré tous ses cnorts, Tcmpôche de progresser. Depuis 7 heures, le 10^ bataillon tient tête aux Prussiens, qui se ruent à Tassant du Rothcrbcrg. Vers 9 heures du soir, il donne encore un dernier effort; il soutient la retraite de la division de Laveaucoupet, qui se replie, car elle est menacée d'être coupée par Tennemi, qui va s'emparer de Forbach.
La division Vergé, qui tenait depuis le matin de ce côté , avait été forcée de céder le terrain à un ennemi supérieur en nombre, après un combat acharné où le 3*^ baLiillon de chasseurs à pied s'était fait particulièrement remarquer par sa bravoure et son énergie. Placé à la gauche de la brigade Joli vet, il occupe le petit bois, violemment attaqué par les Prussiens; le feu de nos chasseurs tient l'ennemi en respect, mais, vers 3 heures, une pluie de mitraille s'abat sur eux et décime leurs rangs. Devant un ennemi nombreux et sans cesse renforcé, le 3*^ bataillon ne cède le terrain que peu à peu , pied à pied , lorsqu'il est tourné sur sa gauche et pressé de flanc et de front. Là sont tombés le sergent UuLTlER et le fourrier Dandre. Parmi les plus vaillants, se distinguent le capitaine Algan, les lieutenants GOSSELIN et Charbonnel- Salle, le sous-lieutenant PiCARD, le sergent-major Chazal, le sergent PuvPARMET et le sa|>eur Ill^i^RD. Le bataillon se retire alors sur le village de Styring-Wendel. Au dernier moment, le lieutenant Gauvain enlève sa section et se précipite sur le bois qu'on vient de quitter; quelques instants après, il reparait avec 17 prisonniers. Jusqu'à 6 heures du soir, le 3' bataillon participe activement à la défense de Styring; mais la mort y frappe encore : le capitaine Thèvenin est blessé, le lieutenant Gauvain tué, et le sous- lieutenant ViLLERS blessé. Après l'arrivée d'une brigade de la division Bataille, le combat a été un instant rétabli, mais ce sont nos dernières réserves qui ont donné, car les troupes du 3" corps sont encore trop éloignées du champ de bataille, et Ha/ainc n*a rien fait pour secourir le commandant du 2^ coq)s aUa(|ur depuis le matin. Après 6 heures du soir, les débris du 3" bataillon sont portés à la lisière du bois situé à la droite de la route de Saarbruck , croisant son feu avec un bataillon du 55* de ligne établi devant Styring. C'est dans cet emplacement que ces deux troupes repoussèrent, par un feu nourri» les attaques que les fortes colonnes prussiennes tentèrent, à 8 heures du soir, pour enlever Styring. A 9 heures du soir, le feu cessa de part et d autre; il était nuit. L'ordre de battre en retraite étant donné, le
3* bataillon de chasseurs gagna à travers 'champs la route de Sarreguemines.
Pendant ce temps, la division se repliait sur le plateau d'Œttingen, protégée par le 12® bataillon de chasseurs à pied, qui avait été gardé en suprême réserve.
Dans cette sanglante et meurtrière journée, le 3* bataillon de chasseurs perdit 225 hommes, le tiers de son effectif. Le lieutenant Gauvain avait été tué; 5 officiers, grièvement blessés, étaient tombés aux mains de l'ennemi ; c'étaient : les capitaines SUBER- VILLE et Thevenin, les lieutenants Blavier, GOSSELIN et ViLLERS. Les sergents DuLTiER et Puvparmet et le fourrier Dandre furent cités à l'ordre de l'armée pour leur belle conduite.
De ce côté aussi, la France était envahie; notre frontière lorraine était forcée. Les 2^^, 3® et 4® corps d'armée et la garde impériale se replièrent sous Metz. La brigade Lapasset, du 5* corps, laissée à Sarreguemines, y rejoint l'armée du maréchal Bazaine. La 2* compagnie du 14* bataillon de chasseurs i pied, qui avait été placée en soutien de batterie avec la brigade Lapasset, suivait le sort de cette brigade, pendant que le reste du bataillon marchait avec le 5^ corps. Un détachement de 180 réservistes, commandé par le lieutenant D'AiGNV, qui n'a pu rejoindre le bataillon, mar* che avec la 2® compagnie, qu'elle suit i Metz.
Oombat de Bomy.
Le 12 août, le maréchal Bazaine prend le commandement de l'armée de Metz, constituée par décret impérial du 10 août, avec les éléments suivants : 2^, 3®, 4®, 6® corps, la brigade Lapasset, du S*' corps, et la garde; 12 bataillons de chasseurs à pied faisaient partie de cette armée.
I^c 13 août, la division de Lavc<iucoupct, qui avait été si éprouvée à Spickeren , est désignée pour former la garnison de Metz. Le 10® bataillon occupait le soir môme le fort Moselle; quelques jours plus tard, il tiendra garnison dans le fort Bellecroix, où il restera jusqu'à la fin du siège.
Le 14 août, Tarmée se mettait en retraite pour passer sur la rive gauche de la Moselle. Les 2^ et 6® corps commencent leur mouvement dans la matinée ; les premières troupes du 4* corps se met* tent en route vers midi. Vers 3 heures, la division Grenier coaimence à son tour à se replier; le 3* corps doit suivre le mouvement
du 4*. A 4 heures to minutes, le canon se fait entendre et augmente rapidement d'intensité : les Allemands nous attaquent avec furie pour arrêter notre mouvement de retraite ; c'est le 3* corps qui est aux prises avec l'ennemi. La T" division, Montaudon , est à Grigny; la 2** division, de Castagny, est à Montoy ; la 3** division, Metmann, est à Colombey, et la 4* division, AVMARD, i la gauche de la division de Castagny, dans la direction de Nouilly.
Le général prussien Von der Goltz lance ses troupes à l'attaque de Colombey. La 4"" compagnie du 7® bataillon de chasseurs, capitaine JUPIN, qui n'a pas été prévenue du mouvement de rctniitc des autres grand'gardes françaises, reste en flèche à 2 kilomètres en avant du reste de l'armée. Le commandant RiGAUD l'envoie prévenir par le sous- lieutenant GuiRAUD, mais ce dernier est tué avant d'avoir rempli sa mission. Tournée sur ses flancs, la 4** compagnie, qui perd 1 chasseur tué et 4 blessés, se replie alors sur le bataillon qui prenait position pour repousser les attaques de l'ennemi en déployant trois compagnies sur la droite de notre ligne de bataille.
Cependant, aux premiers coups de canon, le général Véron dit Bellecourt déploie sa brigade (ace à Noisseville, où de nombreuses colonnes prussiennes semblent se diriger, et envoie prévenir en toute hâte le général Grenier, qui revient sur ses pas avec sa deuxième brigade. Le général DR Ladmirault, qui vient de pas* scr la Moselle avec ses i^ et 3^ divisions, fait mettre les sacs à terre et marche en toute hâte au canon. Le 20® bataillon de chasseurs à pied est en tête de colonne. Ce beau bataillon dévore la route au pas gymnastique; animé par la voix de son chef énergique, il est impatient de joindre nos ennemis abhorrés; les 2* et 3* compagnies partent au pas de course, en soutien de batterie.
Entre Metz et Nouilly, dominant le vallon de Vallières, s*étend le petit bois de Mey, épais et fourré, bordé d'un fossé profond et obstrué par les ronces et les épines; c'est la clef de la position. Aussi le général Véron dit Bellecourt le fait-il aussitôt occuper par les compagnies IIUMUKRT. Garckt et DK Fleury, i~, 5* et 6" (lu 5" bataillon de chasseurs a pied; la 3** compagnie, capitaine Chedeville, est placée en soutien aux mitrailleuses qui viennent d ouvrir, à 1,800 mètres, un feu meurtrier sur les colonnes prussiennes. La compagnie du capitaine REGNIER (2**) est attachée aux batteries de 4, qui viennent au galop se mettre en position près des mitrailleuses. La 4^ compagnie, capitaine COULON, est en réserve en arrière.
Au bruit de la fusillade, le 15^ bataillon de chasseurs quitte son bivouac, à rembranchement des routes de Saarbruck et de Sarrelouis, se porte au pas gymnastique dans la direction de Colombey , et se trouve bientôt sous le feu de Tennemi. Le commandant Lafouge déploie aussitôt deux compagnies en tirailleurs sur la crête; elles conservent chacune une section en soutien. Ijc reste du bataillon occupe un petit bois sur la droite. La brigade Mayral rejoint bientôt la ligne occupée par les chasseurs du 15*. Des batteries ennemies, placées à environ 1,000 mètres, ouvrent un feu d*enfcr sur le bois; les obus éclatent de toutes parts. Sous la protection de ce feu, Tennemi lance des colonnes d'attaque sur le pLitcau défendu par la brigade. Le 15*^ bataillon de chasseurs est au saillant de la position et se maintient énergiquement dans le bois. Nos chasseurs prennent en flanc les colonnes ennemies et leur feu y fait des vides nombreux; cependant, débordés de toua côtés, ils sont obligés de quitter le bois, sous peine d'être enve* loppés. L'ennemi y entre alors ; tout à coup, le commandant La- FOUGK arrôtc son bataillon, et, par un vigoureux retour oiïensif, reprend le bois aux Prussiens. Ceux-ci reviennent à la charge plus nombreux et menacent de couper la retraite au 15®, qui, ayant épuisé ses munitions, cesse son feu et se replie sur nos autres corps en arrière.
A 5 h. 1/2, après une lutte opiniâtre d'une heure et demie, le général Von der Goltz s'empare de Colombey, et, à 6 heures, sous la protection d'une batterie de 60 pièces, il atteint Lauvallier et la Planchette, mais ensuite ne peut plus avancer. Le 1 1® bataillon de chasseurs à pied, placé entre l'angle des routes de Sarrelouis et de Saint-Avold et le ravin de Lauvallier, se maintient dans ses positions jusqu'à 8 heures du soir, malgré le feu violent et meur* trier de l'artillerie et de l'infanterie allemandes.
A notre droite, les 2*, 3', 4* et 5* compagnies du 7* bataillon de chasseurs à pied, capitaines REGAIN, Mariotte, Jupin et FayOL, déployées en tirailleurs en avant de la ligne de bataille, avaient à supporter un feu très nourri de mousqueterie ; ripostant sans perdre de terrain, elles arrêtaient le mouvement ennemi et restaient en position jusqu'à la nuit tombante. De ce côté non plus, l'ennemi n'avait pu gagner du terrain.
Du côté de Noisseville, la lutte redoublait d'intensité, les attaques se renouvelaient sans cesse, furieuses, acharnées; le bois de Mey était l'objet de tous les efforts de l'ennemi. Là, les compagnies du 5® bataillon luttent énergiquement contre un ennemi
supérieur en nombre; on est forcé d'abandonner l'avant-Iigne formée par la compagnie DB Fleury. Celle-ci démasque dans son mouvement de retraite nos tirailleurs, qui sont à découvert, et, pendant quelque temps, empochent Tcnncmi de déboucher sur le plateau. Cependant, les compagnies se replient sur la lisière du bois, dont la défense est rapidement organisée pai;le capitaine adjudant-major ChaberT; ce dernier tombe grièvement blessé, la jambe fracturée par deux balles. Le capitiinc Garcet prend aus« sitôt le commandement des compagnies du 5* bataillon et arrête tous les efforts des Allemands, qui sont forcés de reculer, A ce moment, les munitions de nos chasseurs sont épuisées, et deux b«itaillons de ligne viennent les relever. Ces troupes se portent en avant de la lisière et vont s*embusquer dans les vignes qui sont en avant sur le plateau. Les Prussiens reviennent à la charge plus nombreux, forcent les bataillons des 13* et 64^ de ligne à battre en retraite, et les poursuivent vivement. Nos trois compagnies du 5** bataillon, qui ont renouvelé leurs munitions, se sont de nouveau postées sur la lisière; leur feu protège la retraite des deux bataillons et arrête les Prussiens dans leur marche; mais, attaquées, pressées bientôt de tous côtés, elles éprouvent de telles pertes que leurs débris, rassemblés par les sous- lieutenants Knœpffler et Chômer, sont obligés de s'ouvrir un passage de vive force pour sortir du bois. Dans cette belle défense, le 5^ bataillon avait i déplorer la mort de 3 officiers tués : le capitaine IIUMUKRT, le lieutenant A'/AiMA et le sous-lieutenant CHARPENTIER DU MORlEZ; de 4 officiers blessés : les capitaines ClIABKRT, DE Fleury et Garcet ; le sous-lieutenant Knœpffler. Les trois compagnies avaient eu 95 hommes hors de combat. Un détachement du 17* bataillon de chasseurs, qui n*avait pu rejoindre son corps, avait pris part au combat avec la 5* compagnie du 5* bataillon; le sergentmajor Constant, qui la commandait, avait été blessé.
Au moment oii le 13** <lc ligne rtait ramené par des forces 8U|)éricures, le portc->dra|>eau se précipite en avant pour entraîner ses hommes; il tombe foudroyé à 50 pas de Tennemi. Le drapeau va être pris! Le colonel Lyon appelle à lui ses soldats et les chasseurs du 5*, qui soutiennent la retraite du 13* de ligne, et s*élance pour ramasser son drapeau. Devançant tous les autres, le fanfariste CauVEZ, de la 6* compagnie du 5* bataillon, est assez heu« rcux pour le saisir et le remettre entre les mains d'un officier du 13* de ligne.
A peine maîtres du bois, les Allemands veulent en déboucher
pour se porter i Tattaque du village de Mey. Le général de Brajrer y envoie aussitôt le 20* bataillon de chasseurs qui vient d'arriver. Le commandant DE Labarriëre détache aussitôt la compagnie DE Bermond (6®) par le centre, la compagnie DE CUSSY (4«) par la gauche, pour fouiller les vignes, les vergers et les maisons du village où les Prussiens cherchent déjà à pénétrer. La i** compagnie, d'abord en réserve, vient, elle aussi, occuper le village, qui est rapidement mis en état de défense. Le feu de nos chasseurs du 20® force les Allemands à se réfugier sous bois. La nuit commençait à venir. On entendait une vive fusillade dans le bois de Mey ; nos chasseurs hésitent à tirer, craignant que le 5* bataillon n'ait réoccupé le bois. Le commandant DE Labarrière veut s'en assurer et se porte en avant en reconnaissance, le revolver au poing, suivi d'une section. Aussitôt les Prussiens, qui occupent la lisière, en sortent en nombre, agitant des mouchoirs blancs, criant qu'ils se rendent et levant la crosse en l'air. Le commandant fait cesser le feu qui partait des premières maisons et s'avance seul vers l'ennemi. Tout à coup, les fusils des Allemands s'abaissent, et une décharge meurtrière, à bout pourtant, couche par terre le brave commandant DE Labarrière, ainsi que le sergent Ber- Ri AS et le chasseur COLAS , deux héros du Mexique , et plusieurs hommes de la section arrêtée. Un cri de rage, un cri de vengeance part de toutes les poitrines des chasseurs du 20*. Une terrible fusillade, suivie d'une attaque vigoureuse, chasse encore une fois les Prussiens du bois.
A la droite du village, le sous-lieutenant Cleftie, de la 5* compagnie, chasse l'ennemi du plateau, pendant que la compagnie DE Bermond barricade l'entrée du village de ce côté. Les chasseurs ont fait chèrement payer aux Allemands l'assassinat de leur digne chef.
Les pertes de l'ennemi ont été très fortes. La nuit est complètement venue; les Prussiens ne renouvellent plus leurs attaques. Un régiment français surtout, le 41* de ligne, commandé par l'énergique colonel Saussicr, les a durement arrêtés dans leur attaque.
On entend soudain une immense clameur : c'est la charge, la charge française de la division Grenier, que le général DE Lad- MIRAULT vient de faire exécuter d'une façon si terrible contre les colonnes allemandes qui voulaient tourner notre gauche. C'est le dernier effort de l'ennemi; peu à peu, la fusillade cesse, le canon se tait partout.
Vere 9 heures du soir, un parti ennemi vient se heurter contre une compagnie du ii' bataillon qui surveillait la route de Saint- Avold; il est reçu par un feu de peloton qui démonte Tofficier commandant et laisse quelques prisonniers entre nos mains.
La nuit est tout à fait venue. L*armée française bivouaque sur ses positions ; de grandes lueurs éclairent les ténèbres : ce sont les villages de Sainte-Barbe et de Glatigny qui brûlent. C'est ainsi que les Allemands se vengent de leur échec. A la faveur de Tombrc, on relevé les blessés et les morts. Bientôt on apporte le corps du brave commandant UK LAUAKKlKKl!: : une balle lui a traversé les deux tempes. Les chasseurs du 20®, tête nue, font la haie sur son passage; on le porte à une ambulance provisoire établie dans le village. Le capitaine CUGNIER prend sa croix, son sabre et son képi ; ces précieuses reliques seront envoyées à sa famille.
Nos bataillons de chasseurs h pied, le $** surtout, avaient éprouvé des pertes cruelles. Le 5® comptait : 4 ofTiciers tués ou mortellement blesses : le capitaine llUMUKRT, les lieutenants AzÈMA, DoMlflNLCIl, tué étant en soutien de batterie; le sous-lieutenant Charpentier du Moriez; 4 officiers blessés : les capitaines Chaderî, DE FLEURV,GARCET,et le sous-lieutenant Knœpffler; 35 hommes tués, 67 blessés et u disparus; en tout, 8 officiers et 1 13 hommes hors de combat.
Au 7* bataillon, il y avait eu : i officier tué : le sous-lieutenant GurRAUD; ^ officiers blessés : les sous-lieutenants Balan et IUl- PERT; I chasseur tué et 21 blessés. Le 11* bataillon avait perdu : I oflicicr tué : le sous-lieutcn«int GiLLKT; 2 officiers blesses : les capitaines Lehericv et Letourneux; 19 chasseurs tués et 61 blessés.
La journée du 14 août coûtait au r5* bataillon : i officier tué : le lieutenant GràNIER; 4 officiers blessés : les capitaines BLAN- CHARD. GuiMBAUDET et Marical; le lieutenant Amdruster, plus 185 hommes de troupe tués, blessée ou disparus.
Le 20^ bataillon déplorait la mort de son digne chef, le commandant DR LahaRRIKRE, et du sous-lieutenant Lacour, tué aux compagnies de soutien de batterie; 4 chasseurs avaient été tués et 19 autres blessés.
Tel fut le combat de Borny, qui eut le désastreux effet de retar* der notre marche sur la Meuse.
Bataille de Rezonville ou de Gravelotte.
Le lendemain, les troupes reprenaient leur mouvement de retraite sur Verdun. L'encombrement des routes et la grande fatigue de nos hommes retardaient notre marche, qui ne s'effectuait qu'avec des à -coups sans nombre. Pendant ce temps, les Allemands avaient passé la Moselle à Novéant , et forçaient leur marche pour nous couper la route de Verdun.
Pour ralentir notre mouvement de retraite, le 16 août, vers 9 heures du matin, des batteries prussiennes établies i Tronville ouvrent un feu terrible sur nos bivouacs. Le 2® corps d'armée ae déploie aussitôt. A la division Vergé, le 3* bataillon de chaaaeura se forme rapidement en colonne et se déploie ensuite en bataille, appuyant un peu à gauche et laissant à droite la ferme de Flavi* gny. Il se place en arrière du 32® de ligne et reste en position sous le feu d'une batterie prussienne établie à Vionville.
Le 12® bataillon de chasseurs à pied s'établit à droite de la division Bataille, face à Vionville. Le combat s'est engagé et la fusillade, augmente sans cesse. Le commandant BONNOT DE Ma- BLV entraîne son bataillon à l'attaque de Vionville ; le village eat emporté et les chasseurs s'y établissent solidement. Menacé d'être coupé du corps d'armée par des forces de plus en plusnombreuaea, le 12" est obligé de se retirer en défendant le terrain pied i pied et exécutant, de position en position, des feux à volonté qui couchent à terre des rangs entiers d'Allemands. A cette vue, le général Bataille ne peut s'empêcher d*applaudir nos braves chaascurSi qui perdent là 2 de leurs officiers, tués : le capitaine BarbeyraC DE Saint -Maurice et le sous -lieutenant Garnier; 8 officien blessés : Bernet, capitaine adjudant-major; DUMOULIN, JAMBON, JOUAN, capitaines; POIRIER et Peysson, lieutenants; Ravaux et Sarrailh, sous'lieutenants ; plus 226 chasseurs tués, blessés ou disparus.
Le 2® corps est forcé de se replier. Le 3* bataillon de chasseurs à pied suit ce mouvement de retraite, pendant lequel il éprouve des pertes sérieuses. Tout à coup, les chasseurs s'arrêtent et re* çoivent par un feu à bout portant la charge d'un escadron de hussards de la garde royale prussienne; 71 des leurs, dont 2 oiBciers, mordent la poussière. Les débris se replient sur d'autres
escadrons, à qui la vigoureuse attitude des chasseurs 6te toute velléité de renouveler la charge. Le 3* bataillon, qui a perdu une centaine d'hommes et 6 officiers, dont 2 tués, le capitaine Besom- BES et le sous-lieutenant ROBlNET DE Cléry, et 4 blessés : les capitaines GERMAIN et AlgaN; les sous-lieutenants BERGER et Rœderer, se reforme dans Reionville et va se placer en soutien d artillerie, où il reste employé jusqu'à la fin du combat. A notre extrême gauche, la brigade Lapasset soutient énergiquement la lutte; la 2^ compagnie du 14® bataillon de chasseurs, capitaine DE Garros, rei)oussc toutes les tentatives de Tcnnemi qui veut sortir du bois.
Pendant la première partie de la bataille, le 6* corps est resté dans l'inaction en attendant l'arrivée des 3* et 4* corps. L'ennemi l'attaque vers midi ; le maréchal Canrobert lance contre lui la brigade Péchot, précédée du 9® bataillon de chasseurs. Les i**, 2® et 5® compagnies de ce bataillon s'établissent en avant d*un bois, sur un plateau dominant le terrain, près la route de Verdun. La fusillade s'engage; l'artillerie allemande couvre de projectiles nos chasseurs, dont le feu meurtrier la force à abandonner sa position, qui n'est plus tenable ; les trois compagnies du 9* bataillon s'élancent alors et font quelques prisonniers. Mais l'ennemi tient toujours dans le bois de Saint«Marcel, où l'on se fusille de part et d'autre sans avancer.
Pendant la cliargc de la brigade Urcdow, une section du 9* bataillon, commandée par le sous-lieutenant Grandjean, ouvre un feu rapide tellement nourri sur des cavaliers allemands qui tentaient d'enlever une de nos batteries, qu'elle les arrête et les force i reculer.
Cependant, la garde entre en ligne et renforce le 3^ corps abtmé. Les compagnies de chasseurs de la garde MONEGUA et Cavade (l'^et 2*) sont placées en soutien d'artillerie. Le reste du bataillon fouille le lx)is dos Oignons, dans lequel il engage bientôt la fusillade avec les tirailleurs ennemis.
Les Allemands gagnent toujours du terrain dans la direction de la route de Verdun ; ils commencent déjà leur mouvement tournant lorsqu'ils se trouvent tout à coup en face de la division Grenier, du 4** corps, qui vient d'arriver sur le lieu du combat.
A midi, le général DE Ladmirault donne à ses divisions l'ordre de marcher au canon. La division Grenier marche dans la direc« tion de Tronville, précédée de son artillerie, qui a pris le galop et qui s'établit sur le le bord du ravin de Greyère. Les 3*, 4* et
5® compagnies du 5* bataillon de chasseurs sont placées comme soutien de batteries; les i'^ et 6* compagnies, qui ont été très éprouvées à Bonîyi sont placées en réserve; la 2® compagnie est déployée en tirailleurs et couvre la droite d'un bataillon du 13* de lignei que le général Grenier dirige sur le grand bois de Tronvilie. Pendant quefque temps, le combat reste stationnaire; l'ennemi continue ses mouvements de troupes vers Tronville et Mars-la- Tour. Le commandant Carré, du 5* bataillon, prenant avec lui la 4* compagnie, traverse le ravin et va se poster i 500 mètres en avant de la pointe du bois de Tronville; deux compagnies du 43^ de ligne viennent bientôt renforcer sa chaîne de tirailleurs, qui ouvre le feu sur la lisière du bois et sur les batteries qui sont en position entre Tronville et Mars-la-Tour. L'artillerie ennemie tire alors i mitraille sur nos tirailleurs, qui sont obligés de battre en retraite.
Au môme moment, une forte colonne ennemie reprend i la 2* compagnie du 5* bataillon et au bataillon du 13* de ligne, la grand bois de Tronville qu'ils venaient d'occuper.
Le canon s'est fait entendre sur notre droite; c'est la division de Ciâscy qui vient d'entrer en ligne. Malheureusement, le maréclial Bazaine est trop occupé à faire surveiller le bois des Oignons; il y accumule ses réserves, au lieu de les envoyer soutenir le 4* corps, qui peut s'élancer sur l'aile gauche allemande et la culbuter. * •
L'ennemi, qui a été jusqu'alors maintenu au sud de Gravelotte, tente, vers 5 heures du soir, de tomber sur notre gauche et de l'écraser; les troupes de la brigade Lapasset, de la division Montaudon et de la garde le maintiennent en respect. Au moment où il tente de déboucher du bois des Oignons, elles prennent vigou* reusement l'offensive, malgré la pluie de projectiles qui s'alMit sur elles. La vaillante 2^ compagnie du 14* bataillon de chasseurs i pied combat depuis le matin en première ligne; le capitaine DE Garros, qui la commande, oppose à l'ennemi tout ce qu'il a d'hommes sous la main. Il est blessé; 10 de ses chasseurs iont tués en un instant, et 31 autres sont blessés; la 2* compagnie du 14* est gravement compromise.
Le bataillon de chasseurs de la garde s'élance avec la pins grande vigueur, ayant à sa droite le 51* de ligne, à sa gauche le 62* de ligne. Son attitude admirable arrête jusqu'au soir tous les efforts de l'ennemi. Méritent d'être cités pour leur belle conduite: le capitaine CHAUFFEUR, le héros de los Veranos; le lieutenant DE MONARD; les sergents DUCROS, SPTTZ, GuiBERT, COÈnÉ,
Edmond; le caporal -clairon Grange; les caporaux Brouant, Faure; le sapeur PAGES; les chasseurs BOUTIN, BlF.L, Metzger, Becker, Arsin-Berod.
Dans cette lutte acharnée, le bataillon de chasseurs de la garde perd 2 officiers tués : le capitaine CÉSARI et le sous-lieutenant Comte; 10 officiers blessés : le commandant DuFAURE DU Bes- SOL; les capitaines CHAUFFEUR, Sauvan, LangbeiN; les lieutenants ROCHEFORT et DE MoNARD; les sous-lieutenants Tasset,
Bouchon, Vincent et Martin; 40 sous-officiers, caporaux et
chasseurs tués, 150 blessés et une douzaine de disparus.
Au même moment , toute la ligne française prend TofTensive. Au 6** corps, le 9* bataillon de chasseurs à pied s*élance avec la plus grande intrépidité et gagne du terrain sur l'ennemi; malgré tous les efforts des Allemands, il se maintient sur ses positions avec la plus indomptable énergie, pendant que les 3*, 4* et 6* com« pagnies, de soutien aux batteries, repoussaient avec succès les nombreuses charges de la cavalerie allemande. A la fin de la journée, le if bataillon «ivait (lerdu 4 officiers blessés et 87 hom* mes tués ou blessés.
Les divisions du 3® corps d'armée arrivent successivement en position. Le 11* bataillon de chasseurs à pied traverse la plaine et s'embusque derrière les maisons du village de Rezonville, que l'ennemi couvre d'obus. 11 appuie ensuite à gauche en avant de l'artillerie de la garde, ayant devant lui les voltigeurs de la garde, et reste dans cette position jusqu'au soir. Ses pertes étaient insignifiantes : 2 chasseurs tués et 5 blessés.
Plus heureux que la division de Lorencez, qui ne pourra arriver sur le champ de bataille qu'à 10 heures du soir, la division de Cissey accélère son allure au fur et à mesure qu'elle approche du lieu de l'action. En tète, le 20** bataillon de chasseurs à pied, conduit par le capitaine Delherbe, qui a pris le commandement du bataillon depuis la mort du brave commandant DE Labarri^:re, accourt au pas gyinn^istique au moment où la division Grenier, écrasée par les projectiles ennemis, commence à faiblir. Les sacs sont |>osés '\ terre, et le 20** entame le combat contre la brigade prussienne de Wedel , qui vient de traverser le ravin de Qreyère et commence à déboucher sur le plateau, à 250 mètres de nos batteries d'artillerie. La brigade de Brayer se déploie aussitôt, ayant au milieu de ses deux régiments le 20° bataillon de chasseurs, dont le déploiement s'effectue avec une précision admirable, sous la pluie de (er de rennemi. Le général de Brayer est démonté,
son cheval vient d'être tué sous lui; il met Tépéc i la main, £ait sonner et battre la charge; il tombe aussitôt mortellement frappé. Son officier d'ordonnance, le capitaine DE Saint-Preux, est foudroyé à ses côtés; mais Télan est donné : toute la ligne française, chasseurs et lignards, pêle-mêle, s*élance vigoureusement sur les Allemands. La 3* compagnie du 5* bataillon de chasseurs, capitaine Chedeville, participe à cette magnifique charge i la baïonnette ; le clairon Oliger sonne la charge en avant de tous, jusqu'à ce qu'une balle vienne lui casser le bras. La mort fauche cruellement nos chasseurs du 20® : le capitaine DE Bermond, le lieutenant Messelot, le sous -lieutenant Duverger sont fou* droyés; les capitaines Clara et DES Garets sont blessés; un grand nombre d'hommes sont tués ou blessés. Mais rien ne peut arrêter l'élan du 20®, qui s'avanoe par bonds, en exécutant des feux à chaque halte; son magnifique exemple entraîne, les autres troupes. La ligne ennemie plie, se fait écharper; au fond du ravin, c'est une véritable boucherie. Le 16* régiment prussien, qui est opposé au 20® bataillon, est complètement détruit; il perd même son drapeau, qu'enlève le sous-lieutenant Chabal, du 57* de ligne.
Au moment oit la brigade de Braycr, qui a poursuivi l'cnncmt la baïonnette dans les reins, couronnait la crête du plateau de Greyère, une brigade de dragons de la garde royale prussienne, profitant du désordre momentané qui est résulté de notre charge à la baïonnette, se précipite sur nos troupes pour les sabrer. Quel* ques cavaliers arrivent même sur nous ; le capitaine CHEDEVILLE, du 5* bataillon, est bousculé et précipité par terre. Sans commandement, par un prodige d'initiative et de discipline, la brigade se trouve instantanément formée en ligne, face i l'attaque; des carrés improvisés de soldats de toutes armes ouvrent i courte distance un feu formidable. La brigade allemande tourbillonne sur ellemême et se fait décimer par nos soldats; 150 cavaliers et 250 die* vaux jonchent le terrain. Sous la protection de l'artilleriei la brigade se rallie en arrière du ravin de Greyère.
Le général DE Ladmirault arrive immédiatement au galop vers le 20® bataillon de chasseurs à pied et lui adresse publiquement les éloges les plus flatteurs. Ce beau bataillon avait pôda 3 officiers tués et 2 blessés; 18 hommes de troupe tués, 60 blessés et 14 disparus. Le 5* bataillon avait- eu 6 tués, 13 blessés et
I disparu.
Enfin, vers 7 h. 1/2, le bruit de la lutte s'apaise, le combat cesse.
II n'y a eu ni vainqueurs ni vaincus, car des deux côtés les tioopes
couchent sur leurs positions; mais Tarmée française a encore perdu un jouri
BataUle de Saint-PriTat.
La journée du 17 se passa pour Tarmée française en mouvements lents et incertains, ayant pour but l'occupation des lignes d'Amanvillicrs, qu'on devait défendre contre les tentatives de Tarméc allemande. Le 18 août, la ni.itinrc est assez ealnu\ l/arniéc française occupe les emplacements suivants : le 2° corps et la brigade mixte du général Lapasset s'étendent de Sainte-RulTme au Pointdu-Jour; le 3® bataillon de chasseurs à pied occupe ce point, dont il a mis en état de défense les deux maisons reliées par une tranchée-abri; le 12^ bataillon est en arrière de la ferme Saint-Hubert. Le 3" corps s'étend de la ferme de Moscou à la ferme de la Folie; le iS** bataillon de chasseurs est h la droite de la 1^ division; le 15** bataillon est au rentre du corps d'armée; le 7** bataillon occu|)c le bois de Genivaux, ayant sa 6"^ compagnie déployée sur la lisière; le 11® est en arriére de la ferme de Moscou. Le 4® corps occupe les lignes s'étendant de la ferme de la Folie à Amanvilliers; le 20*^ bataillon de cha8.«;curs est campé à droite du chemin conduisant d'Amanvilliers à Saint-Privat; le 5® bataillon est à Amanvllliers; le 2® bataillon de chasseurs se trouve entre le bois de l^rry et celui des Rap|>cs. Le 6" corps s'étond d'Amanvilliers h Saint-Privat; le 9** bataillon de chasseurs est cam|)éau nord de la roule de Bricy, près du hameau de Jérusalem. La garde est en réserve sous le fort de Plappeville; le bataillon de chasseurs de la garde est placé près du mont Saint-Quentin, pour observer les mouvements de l'ennemi du côté de Sainte-Ruffine.
Vers II h. 1/2, la canonnade éclate tout à coup, épouvantable; les premiers obus tomlxrnt <lans Anianvilliers. Nos vedettes de cavalerie se replient en toute liAte, annonçant que les Allemands viennent nous attaquer. Ix 4'' corps prend aussitôt les armes, et les 20**, 5" et 2" bataillons de chasseurs a pied se portent en soutien de nos batteries, qui engagent immédiatement un duel d'artillerie avec les batteries ennemies.
Le 20" bataillon de chasseurs se fractionne en deux groupes : le premier, com|x>sé des i'*, 2* et 5* compagnies, sous les ordres du capitaine Delherbe, commandant le bataillon, se porte en soutien derrière une batterie établie vers la gauche, en avant
lUit Bai. Qhum. If
dWmanvilliers, un peu en avant de la voie ferrée; le deuxième grv>upe , commandé par le capitaine adjudant-major Leclëre, et comprenant les 4'' et 5^ compagnies, 8*établit sur la droite, non loin des Mares, se reliant au 6^ corps. La batterie soutenue par le capitaine Delherbe est écrasée par le feu de l'ennemi; une deuxième batterie, qui remplace la première, subit le même sort; les pièces peuvent cependant être emmenées. Pendant cette effroyable canonnade, les chasseurs du 20^, accroupis à droite et à gauche des pièces , supportent héroïquement une grêle inouïe de projectiles sans pouvoir riposter ; on n'aperçoit môme pasTennemi. Après avoir subi des pertes considérables, les trois compagnies du 20** se retirent à l'abri de la tranchée du chemin de fer.
Sous le feu terrible des batteries de la division Grenier, les bat« tcries allemandes sont obligées de changer de position. L'infanterie ennemie, qui s'est montrée fort nombreuse sur la lisière du bois de la Cusse, est forcée de se retirer en arrière du bois. Le commandant Carré, du 5*^ bataillon, déploie en tirailleurs les compagnies des capitaines RÉGNIER (2®), Chedeville (3*), des lieutenants DuMAREST (i***), et DE Traversav (4"), et garde en réserve les 5° et 6® compagnies. Le général Bellecourt, voyant rartillcrie ennemie ébranlée, lance à l'attaque le 5® bataillon de chasseurs et le 13" de ligne; les Allemands sont obligés de se retirer précipitamment et d'abandonner quatre pièces sur la position. Le chasseur Hamonniaux, de la 2® compagnie du 5^ bataillon, se glisse jusqu'aux pièces abandonnées pour se rendre compte de leur état; un caporal et un clairon du 13*^ de ligne le rejoignent bientôt, et ces braves gens nous préviennent ensuite qu'on peut emmener les pièces. Deux attelages partent aussitôt au galop; on attache deux pièces qui sont aussitôt conduites dans nos rangs. Le courage et la présence d'esprit du chasseur HAMONNIAUX lui firent accorder la croix de la Légion d'honneur. Le feu de la brigade Bellecourt empêche les Allemands de déboucher du bois de la Cusse. A la gauche du s<^ bataillon, le 2" de l'arme est déployé en (ace de l'ennemi, qui occupe le bois.
Les débris de nos batteries continuent courageusement à soute* nir une lutte inégale, malgré leur infériorité numérique. Vers 4 heures, elles sont écrasées, anéanties; malgré cela, les Prussiens ne peuvent parvenir à sortir du bois, le feu meurtrier de noschassepots les arrête et les décime. Sous la pluie de projectiles qui les atteint, les bataillons de chasseurs éprouvent de grandes pertes. Au 5° bataillon, le sous -lieutenant MOLLE reçoit une balle au
front; le sergent-major SiDEUD a le bras fracassé ; au 20* bataillon, le capitaine Nadal est grièvement blessé d*un éclat d*obus à la tête; le lieutenant DE Closmadeuc a la jambe brisée par un projectile de môme nature.
A 4 h. 1/2, le commandant Lk Tanneur, du 2"" bataillon, trouvant sa gauche trop en Tair, fait reculer le bataillon de quelques mètres en arrière; Tennemi croit à un mouvement de retraite et s'élance en avant. Le feu des chasseurs l'arrête sur place, et le 2* va reprendre sa position primitive.
En face du 3® corps d'armée, l'attaque de l'armée allemande s'était aussi prononcée avec vigueur contre le bois de Genivaux et la ferme de Moscou, en arrière de laquelle le ii* bataillon est en réserve, exposé à une grêle d'obus qui blessent le sous-lieutenant Sandiiek et mettent 26 hommes hors de combat. La 6* compagnie du 7® bataillon de chasseurs, déployée en tirailleurs sur la lisière (lu bois de Genivaux, attaquée par un ennemi nombreux qui s'approchait jusqu'à 150 mètres, était obligée de se replier sur la compagnie Fayol (5'). Malheureusement, on avait omis de faire occuper la lisière du bois sur la droite. L'ennemi en profitait pour pénétrer en forces de ce côté, gagner l'intérieur du bois et forcer le 7* bataillon de chasseurs à battre en retraite jusqu'à la lisière opposée. La précipitation dans l'exécution de ce mouvement amena du clésordrr dont les désastreux effets fun!nt arrôtcs par la niAlc attitude d'un bataillon du 29" de ligne. Uerricrc cette troupe, le commandant RiGAUD, aidé de tous ses ofTiciers. et payant de sa personne, ralliait son 'f bataillon qui restait dès lors inébranlable pendant quatre heures sur la même position. Les munitions épuisées, sous une pluie de fer et de mitraille, le 7* bataillon, fortement éprouvé, était enfin obligé de se replier sur le reste de la division abritée derrière les tranchées. 11 avait perdu : le lieutenant DE FarcY, tué; les capitaines Mau^RMK. Mariotte. Castaing, le sous-lieutenant MoKEL, blesses; il avait, en outre, 120 chasseurs hors de combat.
Au 2" corps d'armée, les y et I2« bataillons de chasseurs conservèrent leurs positions toute la journée. Le 3* bataillon contribua à repousser toutes les attaques de l'armée allemande de ce côté ; le commandant Petit et le capitaine MiGNOT furent blessés dans l'action.
Les débris du î2* bataillon restèrent en soutien de batterie près de la ferme de Saint-Hubert; ils parvinrent à maintenir l'ennemi à bonne distance des pièces, et purent s'acquitter de leur mission sans subir de pertes sérieuses. Des cbaiseurt du la* dégagèrent
une batterie de mitrailleuses qui s'était portée trop en avant sur la route, et aidèrent le commandant de cette batterie à ramener SCS pièces.
Au 6^ corps, l'attaque de Tarmée allemande se dessinait sur Saint-Privat. Le çf bataillon de chasseurs à pied a pris position dans les jardins et les fossés, à Toucst du village de Saint-Privat. Le maréchal Canrobert, qui était venu se rendre compte luimême des dispositions prises, s'était écrié en s'en allant : c Je compte sur les chasseurs pour tenir quand même dans cette posi* tion. » L'artillerie prussienne couvre le terrain d'une pluie de projectiles, mais nos chasseurs restent fermes au poste. Vers 3 h. 1/2, des forces ennemies écrasantes enlèvent le village de Sainte-Maricaux-Chênes et se dirigent aussitôt sur Saint-Privat; la violence de notre feu empêche les Allemands de déboucher du village; ils sont obligés d'y attendre de nouveaux renforts. Vers 5 heures du soir, la garde royale prussienne s'élance en trois fortes colonnes, soutenues par le feu d'une puissante artillerie. Les pertes que lui infligea alors notre terrible fusillade furent telles, que ce terrain, jonché, en moins de dix minutes , de 6 à 7,000 de ses hommes, fut surnomme par les Allemands « le champ de mort de la garde royale ». L'ennemi parvient cependant à occuper quelques maisons du village, dans lesquelles nos chasseurs du 9^ bataillon se battent corps à corps avec la plus grande énergie. Il est 7 heures du soir; au milieu d*une atmosphère embrasée, sous les décombres des maisons qui brûlent et s*écroulcnt, dans le cimetière de Saint- Privat, le çf bataillon de chasseurs à pied se couvre de gloire dans une défense héroïque. Cependant les Saxons se sont emparés de Roncourt, et les Allemands attaquent de nouveau Saint-Privat avec fureur; le général Péchot, voyant le 9° bataillon presque cerné, lui apporte lui-même l'ordre de la retraite, mouvement qui s'effectue sous la protection d'une batterie d'artillerie. Les capi« taines Délai re et Martre et le lieutenant Favereau avaient été tués; le commandant Matmelin, le capitaine Mariné, le lieutenant Thërouanne, les sous-Iicutcnants Durand et Grandjkan avaient été blessés. Le capitaine GlOVANiNELLi avait pris le commandement du bataillon.
Les Allemands écrasent du feu précis de 200 pièces d'artilleriei établies entre Roncourt et Sainte-Marîe-aux-Chênes, les troupes du 4** corps, dont la droite se trouve bientôt à découvert par suite de la retraite du 6"* corps; elles avaient jusque-là tenu les Allemands en respect sur leur front, leur défendant tout mouvement
offensif. Mais les obus tombent avec une eftroyable précision, la mort fait de nombreux ravages parmi les nôtres : au 20® bataillon de chasseurs, le capitaine Delherbe est tué d'un éclat d*obus dans le ventre, le sous-licutcnant CuuTlK reçoit un projectile de même nature en pleine poitrine. Il n*y a plus une seule pièce en batterie de notre côté ! Le général DE Ladmirault est obligé de donner Tordre de battre en retraite sur Amanvilliers, dont les maisons sont incendiées par les obus. Il est 8 heures du soir, la nuit est venue, nos vaillantes troupes sont épuisées. I^ garde impériale arrive cnlin pour soutenir la retraite du 4° corps. L'ennemi débouche alors de toutes parts et se précipite sur nos troupes avec des hurlements sauvages; le 2° bataillon de chasseurs, arrêté par le commandant Le Tanneur, se rallie autour de ses officiers et se précipite sur les Allemands. Les munitions ont été épuisées, mais la baïonnette est mise au bout du canon, et les vaillants chasseurs font plier et reculer les Allemands malgré leur énorme supériorité numérique. l>e 2^ bataillon, affaibli par des pertes nombreuses, ne peut poursuivre .<;eul son succès, il reste sur la position qu'il a occupée toute la journée et y brûle ses dernières cartouches. Le capitaine Malboz, les lieutenants DE DOUGLAS et LACAN avaient été mortellement frappés; le commandant Le Tanneur, les capitaines Cristine, de Négrier, Jouglas; les lieutenants Marton, Bouvier lyAciiER. Amrruster; les sous- lieutenants Lkhouvikk, Soykr, rnuN, étaient blessés.
La retraite du 4^ corps s'opère successivement par régiments, mais elle dégénère bientôt en tumulte, et les corps traversent au pas de course Amanvilliers en flammes. Il ne reste bientôt plus en avant du village qu'une centaine de chasseurs du 20* bataillon, sous les ordres du capitaine CUGNIER, et deux faibles compagnies d'infanterie qui contiennent encore l'ennemi. Craignant d*étre coupée, rcttc poignée de braves profite d'un instant de ralentissement dans le feu pour se retirer avec le plus grand calme. Le détachement du 20" bataillon, 85 hommes et 3 officiers en tout, traverse Amanvillirrs qui brfile ; devant chaque maison nos chasseurs voient de nombreux blessés qui gisent par terre, soig^nés par quelques médecins qui les pansent avec un admirable dévouement au milieu de l'incendie. I^ général DE LADMIRAULT, qui a reçu les trou|)cs à la sortie d' Amanvilliers, les a fait rallier et leur a indiqué la position que chaque corps doit aller prendre.
La garde impériale qui débouche du bois de Saulny arrête enfin le mouvement offensif des Allemands.
Les 6^ et 4® corps se retiraient sous Metz, où les autres corps d'armée devaient bientôt les rejoindre.
Le maréchal Bazaine s'enfermait à Metz avec son admirable armée de 140,000 liommes!
La sanglante journée de Saint-Privat avait coûté des pertes énormes à nos bataillons de chasseurs engagés. Au 6^ corps, le 9* bataillon comptait 3 officiers tués, 5 officiers blessés, parmi lesquels le commandant MatheliN; 3 officiers disparus : le capitaine adjudant-major Mayniel, les médecins SERVENT et JEUNE- HOMME, plus 155 hommes tués ou blessés.
Au 4^ corps, le 20° bataillon avait eu 2 officiers tués et 2 blessés;
9 hommes de troupe tués, 80 blessés et 17 disparus; au total, 106 hommes hors de combat; au 5* bataillon, il y avait 2 officiers blessés, 27 hommes tués, 78 blessés, 6 disparus; au total, ni hommes hors de combat; le 2^ bataillon comptait : 3 officiers tués,
10 officiers blessés, parmi lesquels le commandant Le TANNEUR, et 230 hommes tués ou blessés.
Au 3° bataillon de chasseurs, le commandant PETIT et le capitaine MiGNOT avaient été blessés, 48 hommes étaient mis hors de combat.
Au 3® corps, les pertes du 'j^ bataillon de chasseurs étaient de : I officier tué, le lieutenant DE Farcv; i officier mortellement blessé, le sous-lieutenant MOKEL; trois officiers blessés, les capitaines Mallarmé^ Mariotte, Castaing, plus 18 sous-oiSciers et chasseurs tués, 77 blessés et 25 disparus; au total, 120 hommes hors de combat; le sous-lieutenant Sandher et 26 hommes du 2* bataillon avaient été atteints.
L'armée allemande prenait ses dispositions le lendemain même de la bataille de Saint-Privat, pour opérer Tinvestlssemcnt et le blocus de Metz.
L'armée de Chàlons.
Après la bataille de Frœschwillcr. les débris du i***" corps et le 5® corps d'armée s'étaient mis en retraite sur le camp dcCluUons, où les 7«et 12* corps reçurent l'ordre de se concentrer pour former le 20 août l'armée de Châlons, placée sous les ordres du maréchal de Mac-Mahon. 9 bataillons de chasseurs à pied en fontpartiei ce sont : au i®'' corps, les débris du 13* bataillon, sous les ordres du capitaine Potier; le lô"" bataillon (commandant D'HUGIIES);
le 8^ bataillon (commandant VlÈNOT); le i'^'^ bataillon (commandant PiCHON). Au 5^ corps, le 4® bataillon (commandant FONCE» GRIVES); le 14® bataillon (commandant Parlier); le 19^ bataillon (commandant DE Marqué). Au 7® corps d*arméc, le 17® bataillon (commandant Barré) et leô*' bataillon (commandant DE Beau- FORT). L* armée de Châlons comptait encore cinq 7** compagnies provenant des I®^ 2^, 13*, 17® et 20^ bataillons de chasseurs. Les trois premières étaient attachées comme soutien d*artillcrie des batteries du 12** corps; les deux dcrnii^rcs étaient placées d\ibord dans un ré|;inienl de marche, puis ensuite rattachées au 16® ba* taillon de chasseurs, sous les ordres du commandant D'HUGHES.
L*armée de Chdions devait opérer le plus rapidement possible sa jonction avec l'armée de Metz à hauteur de Verdun. L'armée allemande, dès qu'elle eut connaissance de nos mouvements, se mit à notre poursuite et exécuta une immense conversion sur sa droite.
Le 29 août, le 5® corps se heurte à l'avant-garde prussienne. Au moment où la 3® division quitte Bois- les- Dames et se met en marche sur Stenay, l'ennemi ouvre sur son flanc droit un feu d'artillerie des plus violents. Les troupes prennent position ; une lutte à coups de canon s'engage et dure pendant quatre heures; les Allemands, satisfaits de nous avoir retardés dans notre mouvement, ne font pas avancer leur infanterie. Le 14® bataillon de chasseurs assiste au combat sans y prendre part ; vers 9 heures du soir, il est placé à la ferme d'Ilerbeaumont pour protéger la retraite du corps d'armée sur Beaumont, retraite qui s cfTectue de minuit à 6 heures du matin. Le 4* bataillon a formé l'arrière-garde et arrive au campement le dernier.
Combat da Baaamont.
Le 30 au matin, le 5" corps est réuni dans l'entonnoir formé par les collines qui bordent Beaumont. Ixs hommes dorment épuisés, exténués. Vers 10 heures on commence à faire la soupe; les chevaux vont à l'abreuvoir, les hommes nettoient leurs armes. Tout à coup, un peu après 1 1 heures, une bordée d'obus tombe au beau milieu des campements du 5" corps, surpris et mal gardé. Le 4* bataillon de chasseurs à pied court aux faisceaux et se précipite sur l'ennemi; toute la i** brigade maintient énergiquement les Allemands et les fait même reculer, mais elle est bientôt débordée par le nombre et subit des pertes cruelles. Au 4* bataillon, le sous-
lieutenant ROGNONI est tué; les capitaines Jarrin et HUGUET, le lieutenant Bertheaux sont blessés; 58 chasseurs sont tués; 1 12 blessés et 79 disparus.
Aux premiers coups de canon, le 14* bataillon de chasseurs rallie ses hommes de corvée, prend les armes et s'avance au pas de course sur la ligne de combat; les i"^ et 3® compagnies sont placées sur le chemin de Stône, à l'Ouest de Beaumont; la 6^ est en soutien à une batterie d'artillerie; les 4^ et 5* suivent la brigade de Maussion, qui va s'établir en arrière, à gauche, à la Sartclle. Sous les coups eiïroyables de l'artillerie ennemie, les l'^et 3° compagnies abandonnent leur position intenable et vont rejoindre la brigade sur la lisière du bois de Givodcau. Le ig* bataillon de chasseurs, se formant avec un ordre admirable, malgré les obus qui éclatent au milieu des tentes et des faisceaux, s'établît un peu en arrière de la première ligne et tient tète à l'ennemi, lorsque la première ligne est débordée, écrasée par un ennemi supérieur en nombre, et bat en retraite sur Mouzon, où le 5* corps effectue le passage de la Meuse. Le içf bataillon de chasseurs, repoussé d'obstacle en obstacle, vient, sur l'ordre du général Abatucci, occuper une ferme placée à l'aile droite de la ligne; l'ennemi, attachant une grande importance à la possession de ce point, le couvre de projectiles pendant plus de deux heures. Après une lutte opiniâtre, le bataillon se retire sous la protection d'une section de la 4® compagnie, et se replie à son tour sur Mouzon. Le capitaine Lallement et le sous-lieutenant Gilardoni ont été blessés dans l'action ; le capitaine Lallemknt serait tombé au pouvoir de l'en* nemi sans le dévouement du chasseur Marie, qui l'emporte sur es épaules au péril de sa vie. Le sergent COTTRNIîT s'est distingué par son énergie et sa bravoure dans ce combat, où le ig* bataillon perd 16 tués, 42 blessés et 63 disparus.
Le \2^ corps avait pris les armes au bruit de la canonnade de Beaumont. Fendant que les 2® et 3° divisions passaient sur la rive gauche pour prendre TolTcnsivc en avant de Mouzon, la i*^ division restait en position; le tir de ses mitrailleuses et les feux de salve des trois compagnies des i*^*", 2^ et 13'' bataillons de chasseurs & pied, parvenaient à arrêter la poursuite de l'ennemi, qui prenait fin vers 8 heures du soir.
Pendant la nuit, l'armée se retire vers Sedan, pendant que les Allemands couronnent les hauteurs qui s'étendent de Remilly à Donchéry ; à la faveur des ténèbres, leurs renforts arrivant de Stenay se dirigent vers Sedan.
Le jour même du combat de Beaumont, les uhlans avaient attaqué le 7* corps d'armée. Les compagnies du 17® bataillon sont affectées deux par deux au soutien des batteries divisionnaires; la 5® batterie se porte au secours du convoi, suivie par les chasseurs du capitaine Chrétien, qui se déploient et répondent vigoureusement aux tirailleurs ennemis. Deux officiers du 17* bataillon, les capitaines Law DE Lauristou et Gleizes-Raffin, ramènent au combat les débris des 3** et 21* de ligne; l'exemple des chasseurs les entraîne jus(]u*au moment où IVxplosion d'un caisson les disperse de nouveau. Seuls, calmes, impassibles, nos braves chasseurs restent à leur poste au milieu de cette débâcle. Mais la batterie a une pièce démontée, des fuyards jettent la confusion parmi nos chasseurs qui, séparés et divisés, se retirent en deux groupes jusqu*à Remilly, où le 17^ bataillon se trouve de nouveau réuni à la tombée de la nuit. Dans cette position, il protège encore Tartillerie qui doit défendre l'accès de la Meuse; ce n'est qu'après le passage de toutes les troupes et du convoi que le 17* bataillon peut s'établir, à 3 heures du matin, sur la rive droite de la Meuse.
Le i**" corps français protégea la retraite de l'armée sur Sedan; il était appuyé par la 3* division du 12^ corps, l'artillerie de la i^ division et les 3 compagnies de chasseurs du 12* corps, qui s'installait au Sud de Bazeilles. Dans la journée du 31, le général Von dcr Tann essayait vers 10 heures du matin d'enlever le village de nazeillcs; ne pouvant y parvenir, il se contentait de le bombarder.
Bataille de Sedan.
Le r** septembre au matin, l'armée française était en position entre Givonne, Floing et la Meuse.
Le î 2* corps fait face au Sud-Est et à l'Est ; ses trois compagnies de chasseurs à pied occupent les hauteurs qui dominent Hazeilles. Ix I'*' corps, faisant face au Nord et a l'Est, s'étend de Daigny à la Foulerie, ayant ses bataillons de chasseurs en première ligne sur le plateau. Le 7* corps couronne les hauteurs en face du bois de la Garenne, dans la direction de Floing; le 17* bataillon de chasseurs est placé vers la Moncelle ; le 6* bataillon est à environ 600 mètres de la place, sur les hauteurs qui dominent la route de Mrzières à Sedan. La brigade de Maussion, du 5* corps, est en rrserve du 7*, dans la direction de Floing; le reste du corps d'armée est en réserve près de Sedan.
A 4 h. 1/4, le canon et la fusillade se font entendre dans la direction de Bazeilles. C'est le i"'' corps bavarois qui attaque Bazeilles, énergiquement défendu par l'infanterie de marine, qui écrit là une des pages les plus glorieuses de ses annales militaires. Les trois compagnies des i^**, 2^ et 13* bataillons reçoivent l'ordre de se porter, avec Tartillerie du 12* corps, sur les hauteurs qui dominent Bazeilles. Le combat fait rage; le village est en feu; on se bat là comme devaient se battre les Titans. L'infanterie de marine fait reculer les Bavarois de Von der Tann. Les obus aile* mands tombent bientôt au milieu des bivouacs du i**^ corps d'année. Le 16® bataillon de chasseurs se porte sur la ligne de bataille, face à Givonnc, puis les i"^ et 2® compagnies, placées sur une route dans le ravin entre Givonne et Daigny, et soutenues par les 3*, 4* et 5* compagnies, engagent le feu contre la garde prussienne, qui occupe fortement une grande usine de l'autre côté du ruisseau de Givonne. Les deux compagnies des 17® et 20^ bataillons de chasseurs restent en ^utien sur le plateau , à côté d*une batterie de réserve. La 6* compagnie du 16® est jïostéc en arrière du village de Daigny.
L'artillerie prussienne couvre nos positions d'une pluie de projectiles; les obus éclatent de toutes parts. Le capitaine RODDE« du 20®, fait coucher ses chasseurs à 100 mètres, sur la droite de la batterie de réserve; ils restent là quatre heures pendant lesquelles ils perdent 4 tués et 8 ou 10 blessés. La 6* compagnie du 16* bataillon prend part, à côté du i*** bataillon de chasseurs à pied, à la défense de Daigny, dans laquelle le i®' perd un officier tué, le capitaine HuMUEL, 2 officiers blessés et 75 hommes hors de combat.
Vers 6 h. 1/2, le maréchal DE Mac-Mahon, grièvement blessé par un éclat d'obus, est obligé de remettre le commandement au général Ducrot, commandant le i*"^ corps d'armée ; celui-ci ordonne aussitôt la retraite sur Mézières. La i*"^ brigade de la 3* division du i^*^ corps part aussitôt pour protéger le mouvement de retraite par échelons des fractions du 12® corps engagées à Bazeilles. Les quatre premières compagnies du 8"^ bataillon de chasseurs se déploient en tirailleurs face à l'intervalle qui sépare Balan do Bazeilles; les quatre autres compagnies sont en réserve.
Le mouvement rétrograde commençait déjà à s'opérer lorsque le général de Wimpfen, qui a réclamé le commandement de l'armée, donne l'ordre de reprendre l'ofTensive. .
Vers 9 heures, par suite d'une formidable poussée , les Bavarois
cèdent encore devant la brigade dinfanteric de marine du général Martin des Pallières; les batteries du 12* corps et leurs compagnies de chasseurs à pied de soutien, dirigent un feu dVnfer sur les masses allemandes et y creusent de sanglants sillons. Von der Tann est de nouveau arrêté et même refoulé; il appelle à lui de nouveaux renforts.
Cependant, depuis quelques instants, le feu s*est allumé de tous côtés; Tarmée française est enfermée dans un cercle d*ennemis qui viennent d'entamer le combat en avant du 7® corps, du côté de Floing. Le 6'* bataillon de chasseurs reçoit, à midi et demi, Tordre de se déployer pour entrer en lutte. Ce mouvement s'exécute sous la mitraille, avec le calme et la précision d'une manœuvre. Le feu s'ouvre par salves, à 900 et 1,000 mètres, sur l'infanterie du 1 1^ corps prussien, qui cherchait à déboucher d'un petit bois; mais la position n'était pas tcnable : les obus et la mitraille hachaient littéralement les compagnies; on dut les faire reculer un |>cu. Ace moment, l'attaque des Prussiens s'accentuait plus éncrgiqucmcnt; leur formidable artillerie eut bientôt réduit au silence les six pièces de 4 qui appuyaient notre gauche à la Meuse, en couvrant le terrain de projectiles. Les Allemands commençaient à se montrer sur notre gauche ; un feu violent à 400 mètres, bien dirigé, les arrêta d'abord dans leur marche, et, Fmalcment, les rejeta en arrière.
Depuis 9 h. 1/2, l'artillerie du 7» corps s'était mise en batterie sur les hauteurs A gauche de Sedan, soutenue en arrière, à gauche et à droite, par les compagnies du 1 7* bataillon de chasseurs à pied couchées un peu en arrière des crêtes. Li 7" compagnie du 2o* bataillon, commandée par le lieutenant PARENT, qui remplace le capitaine KoDDE blessé, s'est jointe au 17* bataillon.
La lutte d'artillerie dure jusqu'à i h. 1/2 ; la batterie de mitrailleuses se porte alors en avant, mais le feu de l'artillerie allemande devient si violent, et nos ennemis ont une telle supériorité numériquc, que la batterie est obligée de se retirer. Une batterie de 4 reste seule, et, avec une audace inouïe, essaie de résister. Le feu redouble, les obus éclatent de tous côtés, les artilleurs tombent autour de leurs pièces; il ne reste plus bientôt qu'un pointeur et deux servants par pièce. A ce moment, le chasseur AUGARDR, du 17'', demande à aider les canonnicrs et se porte au poste le plus périlleux; des chasseurs du 20" bataillon vont eux-mêmes chercher les munitions pour les pièces. Cependant, le nombre des morts augmente; les cadavres des artilleurs tombés sous les roues entravent la manœuvre; le commandant de Tartillcrie fait deman-
der au 17* bataillon des chasseurs de bonne volonté : 11 hommes se joignent au lieutenant PAVOT; le terrain est déblayé, puis, de brancardiers, nos chasseurs deviennent artilleurs. Bientôt la position n*est plus tcnable; les hommes s\ittcllcnt aux pièces, les mènent à force de bras aux avant-trains, et rartilleric se retire en abandonnant ses blessés. Mais alors , par un admirable dévouement, les chasseurs, malgré une pluie d'obus, chargent les blessés sur une section de cacolets; par un bonheur inespéré, le chasseur Thibault, seul, tombe victime de son abnégation.
A 2 heures, le iC^ bataillon de chasseurs, presque complètement entouré par les Allemands, est rallié, sous le feu le plus violent, par le commandant D'MuGilES, qui donne Tordre de battre en retraite par compagnie; cette retraite, effectuée pendants kilomètres sons troupe de soutien, sépare les compagnies, qui se ral« lient à divers groupes battant également en retraite sur Sedan.
Pendant le mouvement en avant du 7^ corps, le général DOUAY avait placé lui-mcmc le 14® bataillon de chasseurs face au Nord- Est, sur le petit éperon qui s'avance au Nord du bois de I.1 Garenne, avec mission d'y tenir aussi longtemps que possible. Les i>^ et 3® compagnies sont déployées en tirailleurs; le bataillon est en (lèche. Après avoir repoussé deux charges des hussards et des cuirassiers de la garde prussienne, le bataillon, qui se trouve sous les feux croisés du 5^ corps et de la garde prussienne, se retire sur la lisière du bois de la Garenne.
Presque aussitôt, la fusillade éclate derrière lui; le commandant tente alors, par une marche de flanc sous le fourré, de rejoindre la ferme de la Garenne. Cette marche, sous le feu violent de Tenncmi, ne se fait pas sans désordre; une partie des l'^ct 5* compagnies peut regagner Sedan; le reste du 14® bataillon est fait prisonnier dans le bois ou à la ferme de la Garenne.
Vers 3 heures, le mouvement rétrograde de l'armée française se prononce de tous côtés : le 12® corps a évacué Bazeilies; le r*" corps recule lentement, pied à pied; à la brigade Carteret Trécourt, le 8^ bataillon de rhabscurs se maintient dans ses positions avec une indomptable énergie. Le cercle de fer est complètement fermé autour de l'armée française; le bois de la Garenne est un enfer dans lequel on ne peut plus tenir; les troupes dn 7^ corps se trouvent bientôt exposées aux coups de aoo pièces d*artillerie qui les forcent à battre en retraite. Le 6* bataillon de chasseurs maintenait l'ennemi par son feu, surtout son front; tout à coup, une terrible fusillade éclate sur les compagnies de gauchci
qui reçoivent des balles de flanc et presque par derrière : les chasseurs tombent frappés par un ennemi invisible dont ils supportent les coups meurtriers sans pouvoir riposter. Ne pouvant enlever la position de Iront, les Allemands Tont tournée par notre gauche. Le commandant DE Beaufort (ait immédiatement (aire demi-tour pour se porter en arrière, et la retraite 8*opère dans un ordre admirable. En passant au fond du ravin, le 6** fait en quelques instants des pertes cruelles; pour couvrir la retraite, le capitaine GUEVTAT se jette dans les bois avec une poignée de bons tireurs dont le feu précis arrête toute poursuite ; ils protègent en môme temps la retraite de deux pièces de canon et rallient ensuite le bataillon.
Le 17° bataillon de chasseurs, complètement exposé sur sa gauche, avait été obligé de se porter en arrière et de se reformer dans le bois de la Garenne. Le 4* bataillon, lui aussi, était entraîné vers Sedan! Vers Sedan qui, comme un gouffre, attire les débris des corps, qui viennent s*entasser dans les fossés de la ville et dans le ravin que traverse la route de Balan. Les obus commencent à pleuvoir là et même dans la ville, où ils allument de nombreux incendies.
Le 5* corps est resté en réserve jusqu'alors, mais il est trop tard pour que son intervention puisse être profitable. Le général de Wimpfen veut faire une dernière tentative ; il se place à la tête du 19^ bataillon et essaye de percer vers Carignan; tous les efforts viennent se briser en face des positions occupées par Tennemi, et le 19"^ bataillon se retire sur Sedan.
Tout à coup une nouvelle inattendue se répand comme une traînée de poudre : « Bazaine arrive ! t> L'espoir de le rejoindre en passant sur le corps aux Prussiens, enflamme tous les courages. Le général de Wimpfen se place à la tète des troupes qu'il rassemble à la hâte et se précipite vers Balan. 70 chasseurs du 4* bataillon, sous les ordres des lieutenants Pekrignon et Troves et du souslieutenant Janisset, les débris du 6" bataillon, commandés par le capitaine Mancrk, des 16* et 17' bataillons, et le ig*, participent à ce suprême effort d'une armée si belle le matin, si meurtrie maintenant, mais conservant toujours jusqu'à la dernière minute le plus pur et le plus ardent patriotisme. La charge bat et sonne aussitôt; cette poignée de héros se précipite au pas de course, aux cris mille fois répétés de : Vive la France !
Le 19" bataillon de chasseurs, entraîné par le brave commandant DE MARguÊ, ce héros du Mexique, s'élance en avant de tous. Le
— 3o^ — premier choc est irrésistible; malgré le feu terrible qui part des hauteurs de Givonne, le village est enlevé ; dans Téglise qui forme le réduit de Balan, une centaine de Bavarois sont faits prisonniers. A la hâte, on organise dénnitivement les maisons conquises, oa complète les munitions avec celles des morts et des blessiés. Mais, hélas ! pendant que ces braves tentent cet héroïque et dernier eilort, le drapeau parlementaire est hissé sur Sedan ! Les portes de la ville sont ouvertes et Tarmée française s'y précipite dans uo désordre inexprimable.
Aucune troupe ne soutenait les héros de Balan, dont les munitions sont épuisées; à 7 heures du soir, ces braves battent à leur tour en retraite sur Sedan, maintenant encore l'ennemi à distance. Là tombent mortellement frappés : le capitaine RONDONY, du 14° bataillon de chasseurs ; le capitaine BOUGEL et le sous-lieutenaot CORVISIER, du 19^ bataillon; le capitaine Hecquet, les lieutenants Thomas et Fischer et le sous- lieutenant Pellecier, du même bataillon, sont blessés. Le lieutenant PAVOT, du 17* bataillon , aidé d'une dizaine de chasseurs, n'a pas voulu laisser tomber entre les mains de l'ennemi deux mitrailleuses abandonnées: il s'en sert même pour mitrailler les Bavarois qui nous suivent de trop près. C'est ici que se place un des plus nobles traits de la solidarité qui unit tous les chasseurs, depuis le commandant jusqu'au simple soldat. Cédant à un mouvement des plus généreux, le commandant DE Marqué, du 19^ bataillon, accompag^né du capitaine adjudant-major FOURNIER et du lieutenant PerrOT, revient sur ses pas pour recueillir et sauver des mains de l'ennemi quelques chasseurs blessés de son bataillon, mais les Bavarois dirigent une violente fusillade sur ces trois héros; le commandant DE MARQUÉ et le capitaine FouRNiER tombent victimes de leur dévouement!
Les troupes de la sortie de Balan s'enfermèrent à leur tour dans les murs de Sedan, où l'armée de Châlons attendit dans les angoisses les plus grandes l'issue de cette fatale journée 1
Les pertes de nos bataillons de chasseurs à la bataille de Sedan étaient les suivantes :
i®*" corps d'armée. — Sur les 160 hommes composant les débris du 13° bataillon de chasseurs à pied, 32 hommes hors de combat; 16* bataillon, 2 offîciers tués, le lieutenant BONGIRAUD et le souslieutenant Vauvilliers, et 176 hommes hors de combat; 8^ ba« taillon, 110 hommes tués ou blessés; i'*'' bataillon, i officier tué, 2 officiers blessés et 75 hommes hors de combat.
5* corps d'armée. — 4* bataillon de chasseurs 1 plus de 80 hom-
mes hors de combat; 14* bataillon , i officier tué, le capitaine RONDONY; 5 officiers blasés, 25 hommes tués et environ 30 blessés; 19* bataillon, 4 officiers tués, le commandant DE Marqué, les capitaines BOUGEL et FOURNIER, le sous-lieutenant CORVISIER, 4 officiers blessés, 12 hommes tués, 68 blessés, 56 disparus.
^ corps d'armée. — 6® bataillon de chasseurs, 3 officiers tués, 3 officiers blessés. 33 hommes tués, 131 blessés et 32 disparus; 17^ bataillon, a officiers et 35 hommes hors de combat. Ce brave bataillon qui, deux jours après Frœschwillcr, était réduit de 706 hommes à 221, venait d*ôtrc reconstitué depuis quelques jours seulement, sous le commandement du commandant Barrè.
i2^ corps d^armée, — 7* compagnie du 2* bataillon de chasseurs, 2 hommes tués, 15 blessés et 25 disparus; 7® compagnie du 20* bataillon de chasseurs^ i officier bleûé, 10 hommes tués et 10 blessés.
Le 2 septembre, le général de Wimpfen signe la capitulation de Sedan. L*armée entière est prisonnière de guerre et va être dirigée sur TAllemagne. Nos malheureuses troupes furent après leur désarmement internées dans la presqu*lle d*Iges, où elles restèrent six jours, sans vivres, sans campement, au milieu d*une boue épaisse, sous une pluie battante. Malgré toutes leurs souffrances, malgré la dureté excessive des Allemands, qui oublièrent les égards dus au courage malheureux, nos bataillons de chasseurs, groupés autour de leur officiers, ne cessèrent de donner le plus noble exemple de la discipline et de Tesprit de corps. Tous les officiers refusèrent de séparer leur sort de celui de leurs compagnons d*armes, qu*ils suivirent en captivité!
Sedan fut un jour de deuil pour nos soldats, mais ce ne fut pas une honte pour eux, car ils avaient combattu en braves, un contre trois, et sur leurs sombres colonnes qui prenaient si tristement le chemin de Texil, la grande voix du génie des batailles clamait aux Fran^-ais : Gloria vùiisf
Continiimlion do blcooi d« M^ts.
Pendant qu*à Sedan Tarmée de Châlons succombait noblement pour avoir voulu rejoindre Tarmée de Metz, celle-ci voyait tous les jours se resserrer autour d'elle les liens de fer des innombrables armées allemandes qui, le 25 août, avaient déjà réussi à couper
toutes nos communications avec Tintérieur du pays. Le même jour, le maréchal Bazaine donnait Tordre de réduire les bagages au strict nécessaire, les troupes étaient alignées en vivres jusqu'au 30 août. Ces mesures avaient été prises en vue d'une sortie générale, qui avait pour but de percer la ligne d'investissement, de marcher sur Thionvillei d'y passer la Moselle et de se rabattre sur la gauche, en longeant la frontière belge.
Le 26 août, nos troupes se portent sur leurs positions, refoulent les avant-postes ennemis et occupent Noisseville et le village de Grigy; surprises ensuite par un orage épouvantable et une pluie torrentielle, elles ne font aucun progrès en avant. Sur le soir, elles reçoivent Tordre de regagner leurs emplacements sous Metz. Quelques jours après, le 30 août, des ordres précis sont donnés pour recommencer la sortie le lendemain de bonne heure.
. Combat de Servigny-Noisseville.
Dès le 31 août au matin, Tarmée française vient occuper ses positions. En première ligne, au 6^ corps, le 9^ batiillon de chasseurs à pied est en réserve. Au 4"^ corps, qui doit enlever la position de Sainte-Barbe par la droite, le 20° bataillon est établi à droite du fort Saint-Julien, en arrière du village de Mey; la i*^ section de la 3° compagnie est déployée en tirailleurs sous le commandement du lieutenant MarCAIS; la 2** section, sous les ordres du sergentmajor Frlin, forme le soutien; le 5® bataillon est en soutien d'artillerie ; les 4*^ et 6*^ compagnies se déploient en tirailleurs et vont se coucher dans les sillons. Tune fi 400 mètres en avant de nos pièces, l'autre un peu plus loin sur la gauche, à demi-distance entre la première ligne et les batteries. Les trois autres compa* gnies se forment en colonne à droite de l'artillerie dont Taile gauche est appuyée À la route ; le 2® bataillon est en réserve et masqué à Touest de Mcy . Le 3® corps doit enlever le château et le bois de Cheuby. Le 18° bataillon flanque la droite de la i*^ division; le 7° bataillon était établi en avant de Vantoux, dans un pli de terrain qui le dissimule aux yeux de Tennemi; le ii® bataillon occupait le village et le bois de Mey ; il déploie deux compagnies en tirailleurs en avant du bois. En deuxième ligne, en arrière, le 2^ corps et la garde sont en réserve. Tous les corps se couvrent par de longues chaînes de tirailleurs qui tiraillent avec les avantpostes allemands pendant que nos troupes font le café.
A 1 1 h. 3/4, le 6® corps échange quelques coups de canon avec Tennemi. Vers i heure, le (eu cesse partout; les troupes restent immobiles dans leurs positions en attendant les ordres du maréchal Bazainc, qui vient de réunir en conseil de guerre tous les commandants de corps d*armée pour leur donner ses instructions en vue de Pattaque qui doit commencer à 4 heures.
Sur ces entrefaites , quatre batteries sont réunies sur le chemin de Sainte-Barbe à Mey ; deux pièces de 24 ont été amenées là du fort Saint-Julien et placées derrière des épaulcmcnts.
A rhcure dite, le canon du fort Saint-Julien donne le signal de Tattaque. Aussitôt le feu s^allume sur toute la ligne; Tartillerie allemande répond au feu de nos batteries avec une violence inouïe et une précision remarquable. Le 20*^ bataillon de chasseurs, déployé, reste couché sur la gauche du bois de Mey ; à la 3* compagnie, le lieutenant Marçais tombe mortellement frappé d*un éclat d*obus à la tôte. Au 3® corps, l'attaque s'est dessinée : les 5"* el 6" compagnies du iS*' bataillon de chasseurs à pied ont chassé l'ennemi du bois de Colombey, par une attaque pleine de vigueur; les 1^ et 4" compagnies ont suivi le mouvement sans être sérieusement engagées; les Allemands, vivement poursuivis, évacuent la lisière du parc et enfin le château de Colombey; le clairon MarlÈ, un héros du Mexique, se fait remarquer par sa bravoure et son iiilrépidilc. Vers 4 heures, la division Montaudon lait une tentative sur Montoy et Noisscville; le iS*' bataillon, couvrant toujours la droite, suit la route de Saarbruck sous un feu violent d'artillerie. Une colonne ennemie, qui se montre sur les hauteurs de Coinry, est délogée par le feu de la 3*" compagnie et par une attaque à la baïonnette de la ô*'; le iS'' bataillon reçoit bientôt l'ordre de s'arrêter. Le ii* bataillon est en réserve en arrière du bois de Mey, reliant sa gauche à la droite du 20* bataillon de chasseurs  pied.
Mais le mouvement tournant du 3'* corps ne s'effectue que très lentement ; les troupes du 4* corps sont énervées par les projectiles ennemis. Iji nuit commence h venir; aussi, le général DE Ladmirault donne au général de Cisscy l'ordre d'entamer l'attaque avec sa division; celle-ci se met «lussitôt en marche par échelons à cent pas; le 20* bataillon, commandant CoPRl, formant le premier échelon, se porte en avant \ une allure rapide, malgré un feu terrible d'obus et de shrapnels. La 3* compagnie ayant appuyé un peu trop ;\ droite, la 4** compagnie, commandée par le lieutenant Ambrosi, sort du bataillon marchant en bataille, et se porte
tiw avant au pas gymnastique; le déploiement s'opère sous le fea, (lanH un ordre parfait. La distance à parcourir était de plus de j.^oo ni&tres sous une pluie de projectiles; le 20* bataillon s'avançait Mans tirer, aligné comme à l'exercice, serrant les rangs à cha- (|un fois qu'une file tombait ; il avait pleine confiance dans sa mission. Bientôt, il disparaît dans un pli de terrain qui sépare le pliiteau de Mey de celui de Servigny; le commandant COPRI l'y lait reprendre haleine un instant, puis, les clairons sonnant la charge, il le lance au pas de course sur le village. Les batteries (tnnemies reculent à mesure que nous avançons; elles traversent Servigny et disparaissent enfin, après avoir perdu des chevaux et (les servants. Servigny avait été fortifié d'une feiçon formidable par les Allemands; des tranchées-abris forment une avant-ligne sur laquelle ils n*osent attendre les chasseurs du 20*; ils se réfugient derrière les murs et les couverts du village^ qui a été crénelé et barricadé, et dans le cimetière, d'où ils font pleuvoir une gr£le de balles. L'ciïet moral de cette admirable marche en bataille est tel, que les Allemands abandonnent une partie de leurs positions, A cinquante pas du village, les chasseurs du 20* engagent une fusillade extrêmement nourrie et se précipitent en avant; un grand nombre d'entre eux pénètrent dans le village et dans le cimetièrei et soutiennent une lutte inégale contre nos ennemis plus nombreux et bien abrités.
Mais le 20® n'était pas soutenu; le deuxième échelon était encore à 500 mètres en arrière ; les chasseurs doivent s'accroupir dans les sillons, d'où ils ripostent vigoureusement à l'ennemi. Les échelons qui arrivent sont successivement reçus par les Allemands, dont le feu terrible , et sans cesse renforcé , les force à se débander à des distances plus ou moins grandes. Le caisson de munitions du 20* bataillon l'avait suivi dans son mouvement en avant : un des deux chevaux de l'attelage est tué; le caisson est en détresse; le sapeur GiX)MEAU resta néanmoins à son poste, malgré le danger, et at* tendit jusqu'à la nuit qu'on vînt dégager le caisson.
l'cndant la marche du 20", le général de Cisscy demande au commandant Carré, du 5"^ bataillon de chasseurs à pied, de venir appuyer l'attaque sur Servigny. Le commandant Carré part avec les compagnies DE Tra VERSAV (4»), REGNIER (2*»), DuMAREST {S% et se dirige sur Servigny. Pour éviter d'être masqué, le 5» bataillon s'apprêtait à traverser la route de Sainte-Barbe, lorsque l'ennemi balaie la chaussée par le feu de deux pièces mises en batterie à une distance assez courte; le commandant Carrë reprend alon
• —307 — la marche sur Scrvigny, les clairons sonnant la charge; le cœur percé d'une balle, le digne chef du 5** tombe à la t£te de son bataillon ; quelques sa|x;urs s'élancent pour le recevoir dans leurs bras : Tun d'eux, FOUKMANGEOT, vieux soldat médaillé, est tué pendant qu'ils le transportaient sur le revers d'un fossé de la route. Mais l'élan est donné ; le capitaine DE Traversav enlève vigou* reusement la i*^ compagnie, placée en tète de colonne, et la jette dans le camp prussien établi entre Poixe et Failly. Le 5* se dirige môme sur Fnilly pour venir en aide aux troupes du 6* corps, mais le jour a tellement baissé que les méprises sont à craindre; même à faible distance, on ne sait plus sur qui l'on tire.
La division de Lorencez s'est avancée à son tour à 7 heures du soir; le 2° bataillon s'ébranle, la gauche appuyée à la route de Sainte-Barbe, et exécute, pendant 2,500 mètres, une marche en bataille remarquable sous les coups répétés de l'artillerie allemande ; vers 9 heures du soir, le bataillon s'arrête à 500 mètres de Scrvigny.
A la même heure, la division AvMARD attaque furieusement Servigny ; le 1 1* bataillon de chasseurs à pied se rue à la baïonnette sur les tranchées prussiennes. Le capitaine adjudant-major BiroUARD DE MONTll.LE est mortellement frappé en entraînant les hommes à l'assaut; le lieutenant DE TllOU, qui mourut de ses blessures, est grièvement bless<^; les capitaines ARNAUD et Per* REAU, le lieutenant TllOUMA^OU et le sous-lieutenant TUSOLI sont également atteints. I^i division AVMARD s'empare de Servigny, où s*entasscnt des soldats de tous les corps. Les maisons sont en flammes; nos troupes s'établissent autour du village. Le feu languit bientôt et cesse complètement i 10 heures. Le 12® bataillon de chasseurs avait couvert le mouvement de retraite de la division Bataille et dégagé, par un brillant retour ofTensil, le 51" de ligne, resté en flèche dans le village de Flanville.
Le commandant COPRI avait rallié son 20* bataillon et l'avait porté sur la crête en arrière du ravin de Servigny. Le général de Cissey fit venir le commandant COPRl, et, en présence de son étatmajor et des chefs de corps de la division, lui adressa les paroles les plus flatteuses. Ne |K)uvant. lui dit- il, embrasser tous les br«ives du 20* bataillon, il voulait au moins embrasser son chef, pour lui témoigner combien il était satisfait du sang-froid, de la bravoure et de Taudace qu'avait déployés le 20* bataillon de chasseurs à l'attaque de Servigny ; que tous avaient les yeux fixés sur
le premier échelon, et qu'il n'y avait eu qu'une voix pour Fadmirer. Tout à coup, à 1 1 heures du soir, la fusillade éclate de nouveau à Servigny, que Tennemi a réoccupé à la faveur de robscurité, dirigeant à bout portant un feu terrible sur les groupes massés autour du village. Le ii" bataillon, écrasé par des forces considérables, tente vainement de se lancer à l'assaut du village, et, n'étant pas soutenu, se replie sur la division Aymard, qui s'est reformée en arrière.
Les troupes françaises bivouaquent sur leurs positions; le froid est vif et pénétrant; une rosée très forte glace les hommes, à qui on a défendu de faire du feu. Pendant toute la nuit, nos avantpostes entendent des roulements de voitures et de caissons du côté de Tennemi, qui reçoit des renforts considérables.
Au point du jour, l'armée française est sur pied. A 5 h. 1/2, les Allemands entament le combat, mais surtout vers Noisseville, où le 3® corps est aux prises avec eux. Vers 7 heures, un brouillard épais s'élève de la vallée de la Moselle et nous force i cesser notre feu. A la faveur de la nuit et du brouillard du matin, les Allemands ont réoccupé leurs tranchées et leurs positions de U veille; ils débouchent de Servigny pour refouler les Iroupi^s du 4° corps sur le village de Mey. Le 3o* bataillon est chargé d'occuper et de défendre le bois de Mey, en avant duquel les 5* et 6* compagnies se déploient en tirailleurs; à ce moment, le capitaine CUGNIER est blessé d'un éclat d'obus.
Le 2® bataillon supporte, dans le bois de Nouilly, un feu violent d'artillerie qui ne lui coûte aucune perte.
Nos troupes reculent cependant peu à peu : au 6* corps, les 5<* et 6* compagnies du 9® bataillon de chasseurs, qui avaient été déployées en tirailleurs entre les Maxes et Malroy, battent bientôt en retraite ; le 3** corps abandonne son mouvement sur Servigny et se replie en bon ordre; le 4° corps, étant alors à découvert, revient en arrière. A la division de Lorencez, le 2® bataillon maintient l'ennemi par son feu vif et meurtrier; il protège la retraite de la division et ne quitte les bois que lorsqu'elle a défilé tout entière.
La garde impériale prend position pour arrêter l'ennemi, et l'armée, sous la protection du canon des forts, revient sur les positions qu'elle occupait la veille avant l'attaque. Nos bataillons de chasseurs rouvrent la retraite de leurs divisions.
A 2 heures, tout était terminé; à 3 heures, le maréchal Uozaine donne l'ordre de faire rentrer les troupes dans leurs camps.
Ces deux journées avaient causé les pertes suivantes aux bataillons de chasseurs à pied : Au 4® corps, 20® bataillon, i officier tué : le lieutenant MarçaiS; 4 officiers blessés : les capitaines Grosse et ClM'.NIKR, Ir lioulcnant (ÎKOTII ri \c. sous-litMilrnant VkkNKV; I officier blessé et disparu : le lieutenant Ambrosi ; 7 hommes tués, 1 18 blessés et 13 disparus. Au 5* bataillon, i officier tué : le commandant Carré; 2 officiers blessés, 10 hommes tués, 25 blessés et I disparu. Au 2^ bataillon, i officier blessé, le médecin-major Champenois, et une dizaine de blessés. Au 3** corps, iS*' bataillon. 4 lues et 29 blessés. Au 7" l>ataillon, 5 tués, 21 blessés et i disparu. Au ir bataillon, 2 officiers tués: le capitaine BizOUARD DE MONTILLE et le lieutenant DE TllOU; 4 officiers blessés : les capitaines Arnaud et Perreau , le lieutenant Thoumazou et le sous- lieutenant TUSOLI, plus 122 hommes hors de combat.
Opèrâtioni de la fin da siège.
A partir du combat de Servigny, Tarmée de Metz est complètement immobilisée, et, à part les combats de Peltre et de Ladonchamps, ne se livre qu*à des reconnaissances peu importantes et à des fourrages dans les villages environnants.
Quelques jours a|>rcs la journée du 31 août, on organisa dans chaque corps d*armée une compagnie d'éclaireurs, composée d*un peloton de cavaliers et d*une section de 25 hommes, prise dans chacun des bataillons de chasseurs du corps d*armée, pour surveiller pendant la nuit la zone de terrain qui sépare nos avant-postes des lignes d'investissement de l'ennemi. Nous n'avons plus aucune communication avec le reste de la France ; le blocus est très rigoureux : les approvisionnements de viande de boucherie commencent à manquer; on distribue de la viande de cheval aussi bien dans les corps de troupe que dans les ambulances. Le manque de sel se fait aussi sentir; on exploite, pour la fabrication du pain, leau d'une source Irgcrcnicnt salée , située dans un hameau au pied du fort Bellecroix ; les corps sont autorisés à envoyer tous les deux jours chercher à cette source précieuse de Teau pour faire la soupe. Le fourrage et l'avoine manquant, on nourrit les chevaux avec les feuilles des arbres, le feuillage des vignes et l'herbe qui pousse le long des chemins. Une pluie torrentielle transforme l'emplacement des camps en des lacs de boue. Les souffrances matérielles endu-
— 3IO — rées par nos troupes n'ôtent rien à Ténergie de nos vaillants chasseurs à pied, qui vivent toujours dans l'espoir de vaincre l'ennemi et de sortir les armes à la main du cercle de fer qui les étreint.
Le 9 septembre, à 7 heures du soir, une violente canonnade s'en* gage entre les forts et la ligne d'investissement; le feu cesse vers 10 heures du soir. Le lendemain, on reçoit les premières nouvelles du désastre de Sedan. Le 15 septembre, les rations de pain sont diminuées et réduites à 500 grammes; les vivres deviennent de plus en plus rares; les corps d'armée exécutent des fourrages et des coups de main dans les villages situés en avant de leurs camps.
Le 21 septembre, le 7* bataillon prenait part à un fourrage en avant de Nouilly; le lieutenant D'IVOLEY était blessé pendant l'opération. Le 22, le 15® bataillon avait un léger engagement avec l'ennemi à la Grange-aux-Bois ; le 26, dans la reconnaissance offensive du village des Maxes, le 9^ bataillon de chasseurs avait I homme tué et 7 blessés.
Combat de Peltre.
Le 26 au soir, la brigade Lapasset recevait l'ordre de se préparer à partir le lendemain, à 3 heures du matin, pour enlever à l'ennemi un convoi de vivres considérable qu'on savait arrêté dans la gare de Courcelles-sur-Nied. Le 12* bataillon de chasseurs à pied, conduit par le commandant BONNOT DE Mably, renforcé de deux sections de francs-tireurs du 2® corps, doit monter dans un train blindé que doit conduire en personne M. Dietz, Ingénieur en chef du diemin de fer. On s'avancera à toute vapeur sur Courcelles, on accrochera le convoi d'approvisionnement qui s'y trouve pour le ramener à Metz. Pendant ce temps , la brigade Lapasset enlèvera de Peltre les grains et les bestiaux qui y sont rassemblés.
Le 27 au matin, la brigade Lapasset commence son mouvement; la 2^ compagnie du 14® bataillon de chasseurs se forme, un peloton à droite de la batterie, et l'autre à gauche, en avant du fort Queulen. Le 12*" bataillon de chasseurs monte en même temps en wagon dans la gare de Metz; le train blindé l'amène rapidement jusqu'à 800 mètres de la gare de Peltre, station intermédiaire entre Metz et Courcelles; mais là, M. Dietz s'aperçoit que les rails sont enlevés; il stoppe aussitôt. Nous avions été trahis par un espion prussien « qui, vendant de Teau-de-vie dans les ateliers du
— 3" — chemin de (er, avait vu les préparatifs qui se faisaient, et la nuit môme, franchissant nos lignes, il s^était hAté d'aller prévenir Tennemi, qui prit des mesures immédiates ». A ce moment, la brigade Lapassct attaquait Pcltre de front; vers 9 heures, la 2" compagnie du 14^ bataillon s'élançait au pas gymnastique sur une partie du village, qu'elle enlevait à la baïonnette; grâce à la rapidité de l'attaque, la compagnie n*avait eu que 2 tués et 2 blessés.
Aussitôt le train arrêté, les chasseurs du 12® bataillon sautent de wagon et se forment avec un ordre et une promptitude remarquables. Ixî commandant HoNNOT OK MAni.v fait sonner la charge et s'élance à leur tôte sur la station de Peltre, qui est enlevée sans coup férir; il poursuit l'ennemi dans les vignes et le déloge des tranchées qu*il occupait au-dessus du chemin de fer. Maître de cette position et à Tabri des tranchées, le bataillon se forme en trois colonnes commandées parles capitaines Poirier, Dombasse et Jambon, et se porte à l'assaut du vaste couvent des Sœurs de la Providence, ancien château du XVir siècle, dont les murs avaient été crénelés et percés de meurtrières, et que défendaient avec acharnement 400 Prussiens. Le couvent est enlevé avec autant de vigueur que d'entrain, ce qui décide de la prise du village de Peltre par la brigade Lapasset. Peu après, les Prussiens arrivaient avec des forces considérables, et à 11 h. 1/2, nous étions obligés d'abandonner les positions conquises; mais nous rentrions à Metz avec 150 prisonniers, un certain nombre de tôtcs de bétail et des poules, des canards, du blé, du vin, du sel et des fourrages. Ce brillant coup de main avait coûté 32 hommes hors de combat au 12® bataillon de chasseurs.
Le 2 octobre, le château de Ladonchamps est définitivement occupé par nos troupes. Le même jour, de ses batteries du Pointdu- Jour, vers i heure, l'ennemi bombarde le village de Sainte- Ruffine; deux maisons sont détruites par le feu, un grand nombre sont ravagées par les projectiles, l'église est criblée. A 2 heures, le 20** bataillon prend les armes et va s'établir derrière les maisons de Moulins-lcs-Metz. Le lendemain, Icliombardement recommence vers II h. 1/4. pour se terminera midi et demi; les villages de Lessy et de Sainte-RufTme sont incendiés.
Les 3, 4 et 5 octobre, on touche d<is vivres de réserve, les bagages sont allégés, le nombre des voitures est diminué, on passe des visites de santé pour renvoyer les malingres aux petits dépôts, :i Met/; tout fait présager une sortie que tous demandent et es« purent.
Combat de Ladonohamps.
I^ 7 octobre, une gr«inde sortie est ordonnée dans la direction de Thionvilie; on doit, en outre, s'emparer d^approvisionncmcnts considérables que Ton disait exister dans les fermes des Grandes et Petites-Tapes, à Saint-Rémy, à Bellevue. La garde impériale et le 6° corps doivent opérer dans la vallée de la Moselle, ayant leur gauche couverte par une partie du 4^ corps. A midi, pendant que le 6° corps, partant de Woippy et de Saint-Eloi, s'avance dans la vallée de la Moselle, la brigade Pradier, à laquelle est adjoint le 5^ bataillon de chasseurs à pied, traverse le vallon de Saulny, atteint le plateau et pénètre dans le vallon de Woippy. La 6* cornpagnie du 5** bataillon, formant l'avant-garde, tombe sur le chemin de Woippy à Noroy, en face d'une clairière défrichée qui s'étend jusqu'à l'extrémité du bois. Cette compagnie traverse le terrain découvert et se jette dans les taillis à droite de la clairière. Les 30 et 4** compagnies, qui débouchent sur le chemin au même endroit que la 6°, vont occuper le petit massif qui se trouve & gauche de cette percée. Sur ce point, la lisière du taillis n'est qu'& 200 mètres d*un poste ennemi placé dans la tuilerie de Villers. On voit distinctement les soldats prussiens qui se hâtent de garnir les murs et les retranchements qu'ils ont préparés, et qui accueillent par une vive fusillade les deux compagnies conduites par les capitaines ROUZON et Cou[X)N , au moment où elles apparaissent au bord du bois. Les chasseurs, embusqués derrière les arbres, répondent au feu de l'ennemi. Tandis que ces trois compagnies s'établissent sur la lisière nord du bois de Woippy, les autres compagnies, qui ont appuyé trop à droite en traversant les fourrés, sont venues tomber sur le chemin de Noroy, dans le voisinage d'un étang. La i*^ s'établit en réserve au fond de la clairière; la 3* et la 5^ se portent en arrière de la pièce d'eau, sur une éminence qui domine le bois et d'où Ton peut suivre l'ensemble de l'action. Pendant une demi-heure, les 3^ et 4® compagnies échangent une vive fusillade avec le poste de la Tuilerie. Malgré les arbres qui les abritent, plusieurs chasseurs sont blessés, entre autres le sergent-major Poli, qui est frappé mortellement à la tête. Un peloton sorti de la Tuilerie s'étant avancé derrière une haie pour tourner le bois par la gauche en mê^ie temps qu'un détachement
que l'on voit descendre de Plénois, les deux compagnies du 5* vont alors prendre, un peu plus en arrière» une position moins aventurée. La fusillade continue encore à travers les fourrés. Le capitaine COULON, atteint par une balle qui lui traverse les cuisses, est obligé de quitter le terrain, en remettant au sous-lieutenant ClÈRE le commandement de la 4* compagnie.
Pendant ce temps, le 6* corps s*est emparé de Saint- Rémy; le 9* bataillon de chasseurs, qui a pris part à Tattaque, a 5 hommes hors de combat ; la garde s'est emparée des Maxcs, des Grandes et Pctitcs-T.ipos; plus à gauche, le bataillon de chasseurs do la garde s'est élancé contre le village de Uellevue, qu*il était chargé d*enlevcr. Deux compagnies sont déployées en tirailleurs à droite et  gauche de la route et abordent à la baïonnette les tranchéesabris de Tennemi ; celui-ci les reçoit par un feu meurtrier, dans lequel le capitaine Cavadr tombe percé de plusieurs balles. Le commandant I)K I jguiviLLK s*emparc du village après une lutte opiniâtre dans laquelle il est grièvement blessé à la tête de son baLiillon; plus loin, le capitaine RoiMCKT et le lieutenant Vasskt sont frappés mortellement. Les chasseurs de la garde organisent à la hâte la défense du village.
De Tautre côté de la Moselle, le 3" corps, appuyé par le canon de Saint-Julien, tente une diversion sur la rive droite. Le 2^ bataillon de chasseurs envoie deux compagnies jusqu'à 500 mètres du village de Malroy, où rrnncini s rst Retranché. Malj^ré un feu très vif dlnfanlcric et irartilleric, les chasseurs du 2" restent sur la position; le lieutenant Lr.ROUDIKR est blessé mortellement; 2 hommes sont tués et 4 blessés.
Vers 4 heures, Tennemi, ayant reçu des renforts considérables, prend Toffensive sur plusieurs points.
I>es compagnies du 5* bataillon de chasseurs qui occupent la clairière du bois de Woippy se voient menacées par les réserves allemandes, dont le mouvement commence â se dessiner. Ixs 3" et 4* coinpa^nios, une partie des i*^ et Cr, conduites par le commandant Kknauî), le capitaine Hou/.ON et le sous-lieutenant Clêre, se précipitent h la charge avec un bataillon du 98*" de ligne et rejettent les Allemands sur la Tuilerie ; on les suit jusqu*aux tranchées dans lesquelles ils se sont réfugiés, et les chasseurs y font quelques prisonniers, entre autres, un jeune |K)rle-r|>ée fxhnrich, qui est saisi au collet et désarmé par le caporal Vernet, de la 4" compagnie. Nos troupes reviennent alors sur la lisière du bois et continuent la fusillade avec Tennemi.
Cependant, les voitures de l'administration, réunies pour enlever les fourrages et les grains qui sont aux fermes des Grandes et Petites-Tapes, ne peuvent arriver jusque-là; elles sont arrêtées par les obus de Tennemi, qui incendient même les fermes. L'opération est manquée ; à 6 heures arrive Tordre de battre en retraite. La garde et le 6* corps se retirent lentement, par échelons; le bataillon de chasseurs de la garde, qui a repoussé tous les retours offensifs de Tennemi, ne quitte le village de Bellevue qu'à la nuit tombante ; il comptait 7 officiers et 133 hommes tués ou blessés. Dès que le 6* corps et la garde se sont repliés, la division du 4^ corps qui a couvert le mouvement bat en retraite à son tour. Le s^ bataillon de chasseurs regagne son camp à la nuit tombante ; il avait perdu dans cette journée i officier mortellement blessé, le capitaine COULON, 5 hommes tués et 10 blessés. Le 3* corps d'armée s'était aussi replié sur Metz à la tombée de la nuit.
Agonie de Tarméa de Mets.— Capitulation du 28 ootobr».
A partir de ce combat, une véritable agonie physique et morale commence pour nos vaillantes troupes de l'armée de Metz. Les nouvelles de l'extérieur sont très mauvaises, le pays est envahi, les Prussiens sont sous Paris ! L.es vivres deviennent de plus en plus rares, une issue fatale est à prévoir; les hommes, mal vêtus, mal abrités sous leurs petites tentes, souffiraient du froid qui se faisait déjà sentir; à la suite de pluies continuelles, ils couchaient dans la boue. Les chevaux mouraient par centaines, les maladies sévissaient cruellement; 20,000 blessés et malades encombraient les hôpitaux de Metz.
Le 15 octobre, le pain est supprimé et remplacé par des galettes faites avec du blé que les hommes écrasaient eux-mêmes; à partir du 20, on distribue aux troupes de la graine de trèfle qui, bouillie dans Teau sans aucun assaisonnement, compose un triste aliment.
Nos chasseurs à pied sont admirables de résignation; on parle de traiter avec l'ennemi, et tous supportent les privations avec patience, pour prolonger la résistance et obtenir des conditioas honorables.
Le 27 octobre, dans la soirée, la capitulation est signée 1 L'année de Metz est prisonnière de guerre ! Nos derniers bataillons de diasseurs prenaient, quelques jours après, le chemin des prisons de
l'ennemi. Chasseurs & piedi c'est avec des sanglots dans la voix que nos ofTiciers s'arrachèrent des bras de' leurs hommes; c'est avec la rage au cœur, la mort dans VCimc, que nos frères d'armes dénièrent tristement devant nos ennemis! Et pourtant, c'étaient des héros 1 Chasseurs à pied, souveacz<vous-en !