‹ Les chasseures à piedChapitre 3 sur 96 · L'ALGÉRIE &ROME · texte numérisé non relu

L'ALGÉRIE &ROME

CIIAPITItE PllEMIER

1^ niir.''trr» lie» clin«riii!i h pinl. — R«nii ,]e In comp.iRiiie île tirnilleun d« \'incennrs cl crinlion du bataillon de tirailleur». — l'ramiirei aimet «i» Ain(|iie. — Cr^nlion des dix premiers bataillon* de choueun A pied.

Lm anoétres d«a ol

à pl«d.

rs cIiafMiirs A pied actuelit ne datent que de i.'ti". LV|«'inIaiit, ail «■ii'-cle dernier, l'Iiistoirc avait déjà enregistré la création et les exploits de corps d'infniilcrie légère qui portèrent le nom de chasseurs A pied et auxquels on peut faire remonter l'origine de nos corps actuels. 1^ berceau de ces corps légers fut bien obscur. La nécessité de se défendre dans leur service particulier contre les entreprises des l*ancl<iiin> et des Aitirirliiona, lori,-a les domestitpics ()ni allaient, |>cndant l'investissement de Pr.igtic, en 174^, (aire pilturer les chevaux île Iciim mailrcs dans les ilcs de la Muld.nw, A se groti]>cr sous les ordres du plus intelligent et <Ui plus brave d'entre eux, FiSCilKK. Les services qu'ils rendirent ensuite sur les flancs et en arriére de l'armée les Tirent tellement apprécier, qu'en 1743 leur organisation (ut onficiellement reconnue, grlre au maréchal de Saxe, et ils furent admis dans les rangs de l'armée française comme corps constitué, sous le nom de chasseurs de Fischer (i" novembre 174J).

La renommée de ce corps, le besoin impérieux qui se faisait sentir sur DOS frontières des Alpes et des Pyrénées d'avoir des corps légers habitués à la guerre de montagne, amenèrent la ct-éation de nouveaux corps de chasseurs à pied dont quelques-uns rendirent de réels services.

Après bien des changements dans leur organisation, dans leurs dénominations; après avoir été réunis, tantôt en corps spéciaux, tantôt en corps mixtes de fantassins et de cavaliers, le 17 mai 1788, les chasseurs à pied furent organisés en douze bataillons à quatre compagnies, commandés par des lieutenants-colonels et ne devant se composer que de montagnards et de fils de gardes-chasse recrutés clans les régions dont ces bataillons portèrent le nom.

C'étaient les :

i^f bataillon de chasseurs à pied : Chasseurs royaux de Provence ;

2* — — — — — deDauphiné.

3* — — — — — de Corse;

4* — — — — corses;

5" — . — — — cantabres;

6^ — — — — bretons;

7* — — — — <r Auvergne;

8* — — — — des Vosges;

9** — — — — des Cévennes;

10® — — — — duGévaudan;

!!• — — — — desArdennes;

12* — — — — du Roussillon.

Ces corps firent les premières guerres de la Révolution, pendant lesquelles quelques-uns d'entre eux se firent remarquer par leur solidité et leurs exploits.

« Le 23 avril 1793, le 5" bataillon de chasseurs cantabres surprend un poste près de Biarritz, tue 13 Espagnols et en fait noyer 40 dans la Bidassoa. Le même jour, l'ennemi attaquait le fort d' Andayc. Les républicains, surpris, cherchaient leur salut dans la fuite; le lieutenant-colonel UK ViLLOT, à la tête de la majeure partie de son bataillon, s'élance sur l'ennemi et réveille le courage des volontaires ; ceux-ci se rallient , et les Espagnols sont rejetés de l'autre côté de la Bidassoa.

» Le 6 juin, au combat de Château-Pigeon, près de Saint-Jean- Pied-de-Port, les chasseurs cantabres, sous les ordres de MONCEV, depuis maréchal et duc de Conegliano, culbutent l'ennemi et lui prennent six canons. Mais lorsque le brouillard qui couvrait le champ de bataille se fut dissipé, les Espagnols, voyant le petit nombre

«le leurs adversaires, reviennent à la charge et forcent MONCKY à se retirer. Au même moment, les volontaires abandonnent leurs positions, et les chasseurs, avec une compagnie de grenadiers d*Angoumois, résistent seuls pendant trois heures à toute l'armée ennemie. C'est dans cette occasion que le général Largentière, désespéré de la lâcheté de ses soldats, vint se réfugier dans les rangs des chasseurs cantabres et s'écria : « Puisque je ne puis » rallier les fuyards, que je vienne au moins périr au milieu de » vous. ^

^ Lx:s chasseurs s'étaient, pendant cette campagne, rendus si redoutables aux Espagnols , que ceux-ci , ne pouvant les vaincre, les injuriaient et les appelaient /es Ours, par allusion «^ la crinière de leurs casques.

» Le 5 février 1794, le bataillon se couvrit encore de gloire à la défense du camp des San -Culotte. MoNCEY, malade depuis (|uinze jours, oublia son mal pour combattre à la tête de ses braves chasseurs , qui poursuivirent les Espagnols jusque dans leurs b:ittcrios. Ix caporal Dui'OUK, fait prisonnier par quatre ennemis, s*empara de la baïonnette de l'un d'eux, en tua trois, saisit le quatrième au collet et le ramena au camp.

» Le 6* bataillon de chasseurs bretons était à l'avantgarde de l'armée du Rhin rn 1792. 11 se. distingua particulièrement le 22 juillet 1793, ^ Tatlaque des retranchements des Prussiens, sur les hauteurs de la chapellr Sainte- Anne. Ils emportèrent plusieurs |>ostcs à la baïonnette, malgré le feu des redoutes ennemies. Le général Heauharnais ne trouva qu'un reproche à leur adresser : c'est d'avoir montré trop d'ardeur. j> (Général Suzanne. )

« En 1794, les Espagnols menaçaient de tourner la fonderie de la Mouga et de tomber sur nos derrières. Il fallait à tout prix les arrêter. Augereau, heureusement, venait d'arriver sur le champ de bataille avec quatre compagnies du fr bataillon de chasseurs, conduites par l'intrépide commandant lk)N. Il ordonne à ce vaillant officier d'escalader la montagne à la rencontre de l'ennemi. Nos chasseurs franchissent rapidement les premiers degrés de l'amphithéâtre, et ils ne sont pas plus tôt en évidence, qu'une émotion indicible éclate et circule dans les rangs des deux partis. Tous les combattants, comme suspendus au spectacle qui se déploie audessus de leurs tètes, suivent avec anxiété les progrès de ces sol* dats à demi |X!rdu8 dans les nuages, qui vont décider de leur sort. Déjà, entre les deux troiipi^s prêtes \ s'cntrc-choquer, il n'y a plus que quelques portées de fusil. BON s'arrête, reforme sa petite

colonne, la laisse respirer, puis il Tenlève et fond sur ses adversaires qui, du premier choc, sont culbutés. A ce dénouement, comme à un signal électrique, une immense clameur s'élève dans la vallée, la charge répond à ces cris de victoire, et des redoutes, du fort de Saint-Sébastien, de toutes parts, nos soldats s'élancent sur les Espagnols déconcertés, les repoussent et les mettent bientôt en une complète déroute. y> (La France Guerrière,)

<( Le 14 septembre 1793, aux combats du camp de Nothwiller, Iç 7® bataillon de chasseurs d'Auvergne sort de Bodenthal à la pointe du jour, suivi du i*^'' bataillon de la Haute-Saône et du i®'^ bataillon des Vosges, et attaque l'ennemi par la gauche de son camp retranché. Il saute audacieusement dans les redoutes, en chasse Tennemi à coups de crosse et de baïonnette, et le met en un instant dans une complète déroute. Ce fut le lieutenant BUREAU qui entra le premier dans les redoutes. »

« Au mois d'octobre 1793, le 10" bataillon de chasseurs du Gévaudan , sous Jourdan , marche au secours de Maubeuge et se distingue extrêmement aux combats livrés autour de la Censé du Château. Dans celui du 7 octobre, il venait d'enlever aux Hongrois la redoute du Loup, quand une terreur panique s'empara d'un bataillon de volontaires de l'Eure, qui prit la fuite. Les chasseurs, indignés, arrachèrent la cravate du drapeau de ces lâches et se maintinrent seuls dans la redoute jusqu'au soir. » (Général Suzanne. )

Ces douze bataillons tinrent brillamment la campagne dans les Alpes, aux Pyrénées, dans l'Est et en Belgique. On les voit à Valmy et à Wattignies.

En 1792, ils s'augmentèrent de deux nouveaux, les 13" et 14", tirés du régiment des gardes françaises, et appelés chasseurs des Barrières.

Le 14^ mérita les plus grands éloges pendant la campagne de Belgique. Au combat du 6 novembre 1792, près de Menin, il attaque le poste retranché d'Hallième. « Les chasseurs à pied de Paris, dit le rapport oOiricI, se sont battus comme des lions. » Revenu sous Valenciennes après la défaite de Necrwinden, le 14** mérita d'être cité d'une façon très flatteuse par le général Kilmaine, dans son rapport sur le combat du 30 avril 1793. « Il montra, dit-il, l'exemple de l'audace et de l'intelligence; aussi, cet intrépide bataillon est-il réduit presque à rien. »

De 1792 à 1794, sept nouveaux bataillons furent créés sous le nom de chasseurs à pied.

La loi du 28 février 1794 décida de la formation de demi- brigades légères, dont les éléments devaient être pris parmi les vingt et un bataillons de chasseurs A pied, qui dès lors furent supprimés.

A partir de ce moment, nous ne trouvons plus que des régiments légers, qui ne sont avec les régiments de ligne, suivant les principes posés dans la suite par Napoléon h'', qu' « une seule et même infanterie ». Divers corps portèrent alors le nom de chasseurs à pied ; il en existait dans la jeune et la vieille garde.

A la Restauration, le maréchal Gouvif)n Saint-Cyr songea à rétablir les ch«asseurs à pied formes en bataillons et munis d'un équipement particulier. La mesure fut incomplètement exécutée et les bataillons, à peine formés, disparurent avec les légions départementales.

En 1833, une ordonnance due au maréchal Soult, ministre de la guerre, eut pour objet la création de compagnies de francs-tireurs armés de carabines et revêtus d'un uniforme approprié à leur destin.ition. Cette ordonnance resta lettre morte.

Divers essais furent tentés ensuite et aboutirent, en 1840, à la création des bataillons de chasseurs à pied actuels.

Stsala de la oompagnie de tiraiUeurs de Vinoennei et création

du bataillon de ohasseurt.

A la suite des ex|)ériences du fusil rayé, arme due aux recherches de rex-< apitaine de la garde royale Dcivigne et du colonel Pontcharra, la création de la compagnie d'essai de tirailleurs fut décidée, grâce à l'influence éclairée de M. le duc d'Orléans. Cette compagnie, recrutée parmi les meilleurs sujets et les meilleurs tireurs du 5i« régiment de ligne, reçut un équipement particulier et une instruction spéciale. Commandée par un oITicier énergique et intelligent, le capitaine BOUGOUKI) DE Lamarrk, ayant sous ses ordres le lieutenant PiSSONNKT DK Bellkfonds et le souslieutenant Le Creurkk, elle était placée sous les ordres du général comte d'iloudetot. Les résultats obtenus ayant été reconnus satisfaisants, le 14 novembre 1838 on créa, à titre d'essai, un bataillon qui porta le nom de tirailleurs de Vincenncs.

1^ carabine Delvignel'ontcharra n'avait pas une portée suflîaantc |>our une arme de guerre. On choisit alors dans le bataillon les hommes les plus robustes, et on leur confia une arme plus lourde et d'un calibre plus fort, dit fusil de rempart allégé, ou, plus

communément, « grosse carabine ». Cette arme jouissait, par le poids de la balle qu'elle lançait, d'une supériorité de portée sur la carabine rayée ; elle entrait pour un huitième dans l'armement du bataillon. Réunis par petits groupes, dans des positions choisies, par la justesse de leur tir, par sa puissance, les hommes qui en étaient armés, appelés carabiniers, devaient produire de puissants effets de feu, et constituer comme une véritable « artillerie à bras». Leur rôle se rapprochait beaucoup de celui des mousquetaires au xvr siècle.

Les résultats obtenus par son instruction spéciale, par l'enseignement de l'escrime à la baïonnette et de la pratique du tir, qui n'était pas réglementée à cette époque, l'adoption pour les manœuvres d'un pas gymnastique cadencé , donnèrent bien vite au bataillon d'essai droit de cité dans la vieille infanterie française. Par une ordonnance du 28 août 1839, le bataillon de tirailleurs fut définitivement constitué en bataillon isolé et fut envoyé au camp de Fontainebleau.

Le bataillon se fit remarquer par sa tenue, par ses manœuvres rapides et régulières, par l'agilité et la souplesse de ses hommes. A la fm des manœuvres du camp de Fontainebleau, le roi vint passer la revue d*honneur des troupes. Au moment où le bataillon de tirailleurs de Vincennes défilait devant lui, il se tourna vers le maréchal Soult, alors ministre de la guerre, et lui demanda son opinion sur la nouvelle troupe.

— Sire, répondit-il, ce n'est pas un bataillon, c'est trente comme celui-là que je voudrais voir à Votre Majesté.

Premières armes en Afrique.

Ce bataillon , sous les ordres du commandant Gkoron , détaché du (/ léger, fut ensuite envoyé en Afrique, où la guerre venait de se rallumer, pour compléter son éducation militaire et faire ses preuves au feu.

Débarqué à Alger le 29 janvier 1840, il fut attaché à la colonne expéditionnaire que le général Vallée dirigea dans le massif de la Mouzaïa. La plaine de Cherchell était couverte d'Arabes qui inquiétaient la marche de la colonne. Le duc d'Orléans, sous les auspices duquel s'était créé le bataillon de tirailleurs, apprenant ()ue les « Rouges » réguliers d'Abd-cl-Kader, s'étaient massais vi cachés dans les replis de la montagne d'KUAfTroun , ne voulant

pas leur laisser prendre Tinitiative d'une attaque, résolut de les surprendre et de les chasser vigoureusement d'une position qui pouvait leur permettre de nous causer beaucoup de mal et de contrarier notre marche. Au premier ordre, les tirailleurs de Vincennes prennent au pas de course la tête de la colonne, débusquent l'ennemi du bas de la montagne par une fusillade bien nourrie, rendue plus meurtrière par le tir ajusté des carabines, puis, baîon* nette au canon , s'élancent avec un entrain endiablé sur les enne. mis, qui sont repoussés, malgré un feu très violent qui nous causa des pertes assez sensibles. La plaine déblayée, la marche est continuée avec de légères escarmouches d'arricre-garde. L'ennemi, rencontré le 30 avril sur les bords de l'Oued- Djer, est culbuté par les tirailleurs du commandant GkOBON, et l'on atteint ensuite Cherchell sans coup férir.

Après deux jours de repos, l'armée revient sur ses pas pour entreprendre la première expédition de Médéah, et arrive bientôt au pied du massif de la Mouzaïa, dont elle contemple les hauteurs escarpées que les Arabes de l'Émir songent à nous disputer avec acharnement.

Pour l'enlèvement du col de Teniah de MouzaVa, le 12 mai au matin, l'armée fut divisée en trois colonnes : la première, commandée par le duc d'Orléans et dirigée par le général Duvivier; la deuxième, comprenant les zouaves et le oataillon de tirailleurs, sous 1rs ordres de l'intrépide colonel «le Limoricicre; la troisième, enfin, formée par le 2* léger, conduite par le brave colonel Changarnier. Les trois colonnes devaient se réunir au sommet de la position par trois sentiers étroits, escarpés, où les tirailleurs, rompus à la gymnastique, grimpaient à qui mieux mieux, s'entr'aidant les uns les autres, et essuyant à bout portant, sans y répondre, le feu des Arabes groupés et cachés derrière les anfractuosités de rochers. Il ne s'agissait encore que d'escalader les premiers escarpements. Bientôt une fusillade très vive s'engage; on continue à avancer. Tout à coup, la charge sonne : en avant ! Alors zouaves et tirailleurs s'élancent A la baïonnette; ces lions bondissent, tombent, se relèvent, mais avancent toujours au milieu d'un brouillard épaissi par la fumée de la poudre, sous une grêle de balles et de boulets. Soudain, au sommet du col, le refrain du 2^ léger apprend à l'armée, frémissante de joie et d'orgueil, que les hauteurs sont enlevées. L'ennemi est en fuite, Abd-el-Kader, notre redoutable ennemi, nous cède la route de Médéah.

Ce fait d'armes mémorable porta un rude coup au prestige de

llltl. Dat. CbAM. 1

rémir. Le commandant Grobon avait été blessé à l'assaut du col. A la suite de cet assaut, les capitaines Clèrr et Gaui.T et l'adjudant PiSTOULEY, du bataillon de tirailleurs de Vincenncs, furent mis à l'ordre du jour de l'armée.

Le i6, la marche sur Médéah est reprise; on y arrive le 17 mai, à 1 1 heures, après avoir été quelque peu inquiété par les Arabes.

De retour à Blidah, le bataillon prit une part brillante à l'expédition de Milianah. Le commandant DE LadmiraULT remplaçait alors le commandant Grobon à la tête des tirailleurs de Vincennes, qui assistaient au combat du bois des Oliviers du 20 mai, à la suite duquel le capitaine Clère et le lieutenant Saurin furent cités à l'ordre du jour.

Après l'expédition de Milianah, l'armée revint sur ses pas et retourna dans la plaine de la Metidja. Le bataillon de tirailleurs fut obligé de disputer à l'ennemi , le 15 juin, le passage du col de Téniah, avec une vigueur et une énergie sans égales ; les tirailleurs enlevèrent vivement la position. Cette affaire coûta à l'armée 30 tués et 300 blessés. Les capitaines Clkrk, VlCllKKV et DE Bellefonds, les sous-lieutenants COLLET et AiROLES, l'adjudant LASSAIJ.R et les tirailleurs Prost et lÎNDERî.KlN furent cités A Tordre du jour de l'armée; le capitaine VicilEKV fut tue dans l'action.

A l'affaire du bois des Oliviers du 23 juin, le capitaine Uhrich reçut l'affreuse blessure qui , plus tard , l'obligea de céder le commandement du 8* bataillon de chasseurs pour rentrer en France.

A la deuxième expédition de Médéah, le bataillon, qui en faisait partie, se distingua, le 29 août, à la troisième affaire du col de Téniah, et au combat de Cara-Mustapha, le 23 septembre, où les Arabes de Bou-Salem furent mis en pleine déroute et perdirent II prisonniers, 42 chevaux et 200 fusils. Les tirailleurs obtinrent dans ce dernier combat les citations suivantes : Commandant DE LADMIRAULT, capitaine Crignon, lieutenant JOUBERT DE PASSA, le sergent Camps et le caporal Nabet.

Pendant ses premières armes, le bataillon de tirailleurs se fit remarquer par la supériorité de son armement et par son tir précis et meurtrier, qui fit donner à ses hommes le surnom redouté des Arabes de « chasseurs de la mort ». Sa bonne tenue au feu, son intrépidité, son énergie, lui valurent les plus grands éloges des Africains. Animé d'un solide esprit de corps, il ne perdit pasune occasion de se signaler. « En toutes circonstances, dit le général en chef, le bataillon de tirailleurs s'est surpassé; le 15 juin, no*

tammcnt, à l'enlèvement du col de Téniah, il se couvrit de gloire ». Il avait, pendant cette année de luttes incessantes, largement payé sa dette de sang et avait inauguré dignement la brillante répu' tation que les chasseurs à pied conserveront toujours. Les nombreuses citations et récompenses qu'il obtint peuvent attester de sa brillante conduite. Le commandant DE Ladmirault et le capitaine Clkre furent tous deux cités cinq fois à Tordre du jour de la colonne expéditionnaire.

Le bataillon des tirailleurs de Vincennes était donc sorti avec honneur des épreuves auxquelles on l'avait soumis. Les événements qui se déroulaient alors en Euro(>e hâtèrent son rappel en France pour servir de type aux bataillons de chasseurs à pied, dont la création venait d*ôtrc décidée.

Création des dix premiers bataillons de chasseurs à pied.

Sous le coup de l'émotion que causa en France la signature de la convention de Londres du 15 juillet 1840, le pays, outragé dans son amour-propre de grande nation européenne, releva fièrement la tète. Le ministère de M. Thicrs, pour tenir haut et ferme le drapeau de la France, fit voter les crédits nécessaires pour élever les fortifications de Paris et augmenter les forces de notre armée de douze régiments d'infanterie, de quatre régiments de cavalerie légère et de dix bataillons de chasseurs \ pie<l. Un grand mouvcnu!nt se fit dans nos arsenaux ; un soudle guerrier |)assa sur le pays. Le bataillon de tirailleurs de Vincennes fut rappelé d'Afrique le 25 décembre 1840 et dirigé sur Saint-Omer : il devait former le i*' bataillon de l'arme, et changer son nom de tirailleurs contre celui, mieux approprié, de chasseurs à pied. (Ordonnance royale du 27 octobre 1840.)

Auprès «le Saint-Onicr, existaient un bara(|ucment permanent, un vaste champ de manœuvres et tous les étiblissements nécessaires ;i une nombreuse réunion de trou|>es. Bientôt on y vit afiluer des détachements fournis par tous les corps d'infanterie, composés d'hommes lestes et déjà formés, conduits par des officiers qui devaient prendre part \ la nouvelle organisation. (Zouaves ci Chasseurs à pied.)

I^ DUC d'Orléans, nommé ins|>ecteur général des chasseurs à pied, aidé du général Kostolan, présida lui-môme «^ la formation des bataillons nouveaux, dont les premiers chefs furent choisis

parmi les plus brillants officiers ayant déjà fait leurs preuves. Ce furent les commandants : au i*' bataillon, DE Ladmirault; au 2*. Faivre; au 3«,Cam0U; au 4», DE BOUSINGEN; au5«, MellineT; au 6«, FOREY; au 7®, RÉPOND; au 8*, Uhrich; au g», Clkre; au 10*, DE Mac-Mahon. Les bataillons à créer prirent leurs numéros d'après le rang d'ancienneté des chefs de bataillon qui devaient les commander.

L*or^anisation fut analogue à celle du bataillon de tirailleurs : un état-major de 7 officiers et 3 hommes de troupe, huit compagnies de 3 officiers et 150 hommes, dont une de carabiniers, formant la compagnie d'élite du bataillon, plus une section hors rang de 46 hommes.

Pour éviter tout froissement avec les autres corps d'infanterie, pour éviter toute jalousie, aucun prjvilège ne fut accordé à la nouvelle troupe; la solde, les prestations de toute nature étaient les mêmes que pour toute l'infanterie. Les officiers furent choisis dans les corps de toutes armes, dans les limites d'âge fixées : pour les capitaines, \ 40 ans; les lieutenants, 35 ans, et les sous-lieutenants, 30 ans. Dessous-officiers, caporaux, clairons et soldats, pris, sur leur demande, dans les corps de troupe d'infanterie do ligne et légère stationnés en France, devaient concourir à la formation des compagnies. Les deux tiers devaient être à l'école de bataillon, avoir moins de 30 ans et au moins trois ans de service à faire sous les drapeaux; l'autre tiers se composait d'hommes ayant plus de deux mois de service.

La tenue qui fut donnée aux nouvelles troupes rompait coin|)lôtcment avec les anciennes traditions en fait de costume militaire. L'habit était remplacé par une capote-tunique bleu de roi, avec passe-poils jaunes, plissée à la taille et boutonnant droit ; les jupes couvraient les hanches, le ventre et les cuisses; comme ornement, des épaulettes vertes. Le pantalon, gris de fer foncé, était enfermé dans des guêtres blanches. L'équipement en cuir noirci, ceinturon, porte-sabre et gibernes, supporté par les hanches, remplaçait ces buffieteries blanches en croix qui comprimaient la poitrine. Comme coiffure, les chasseurs avaient un petit shako de cuir, avec pompon sphérique en laine verte, et comme attribut un cor de chasse en cuivre. Un petit manteau à rotonde en toile vernie notre complétait leur tenue. L'armement était la carabine rayée, dite de munition Delvigne-Panicharra, dont la hausse mobile avait une portée de but en blanc à 3» 4, 5 et 600 mètres; les carabiniers eurent le fusil de rempart allégé. Pour l'attaque à l'arme blanche,

chasseurs et carabiniers fixaient h leurs fusils un sabrc-baTonnette.

On forma les premières compagnies de chaque bataillon au fur et à mesure de Tarrivée des contingents, et successivement toutes les autres. Four la 8"", la compagnie d'élite, on choisit les meilleurs sujets et les plus vigoureux; ils portèrent comme marque distinct! ve une grenade au collet et furent tous nommés de i*^ classe. Il y avait, en outre, une vingtaine de chasseurs de i*^ classe par compagnie.

Pendant que les instructeurs s'appliquaient d'abord à enseigner les manœuvres, la gymnastique et l'escrime à la baïonnette aux nouveaux arrivants, un cadre de chaque bataillon étudiait à Vincennes la théorie et la pratique du tir, pour former des instructeurs à leurs bataillons. Un manuel sommaire, dû aux résultats des observations faites par la commission d'expériences, fixa les premières règles pour le tir et le bon usage de l'arme confiée aux chasseurs à pied.

Tout le monde se mit avec ardeur au travail; aussi, après quelques mois de séjour au camp de Saint-Omer, les bataillons de chasseurs h pied étaient jugés assez instruits pour pouvoir commencer leur carrière militaire. Mais, avant de se séparer de tous côtés, ils étaient conviés à Paris à une fête militaire qui devait consacrer leur entrée dans l'armée.

« Par une belle matinée de printemps (mai 1841), une colonne profonde entrait dans Paris avec une célérité inconnue; pas de i.'iux (^rlat, pas de clinquant; tout était IcslQct marlial, dirs clairons pour toute musique; un costume sombre, mais dont la simplicité harmonieuse ne manquait pas d'élégance. Les bataillons de chasseurs à pied traversaient les rues au pas de gymnastique et venaient recevoir un drapeau des mains du roi. » (Zouaves et Chasseurs à ptedj

Voici comment le Journal Officiel du 6 mai 1841 donnait la relation de la remise du drape.iu des chasseurs h pied :

ik AujfHinriuti, à 11 h. 1/2, les chasseurs étaient réunis dans la cour et sur la place du Carrousel, rangés sur dix lignes, clairons m tc^tc, le front au chÂteau, sous le commandement supérieur de M. le duc d'Orléans. S. A. R. avait sous ses ordres le général Rostolan, le général Marbot, M. le comte de Montguyon et M. le duc d*h)lchingen. On remarquait que le prince montait un très beau cheval arabe, le même qui fut pris, il y a un an, après la mort d'un chef ennemi, au combat de l'Oued Djer.

^ y\ midi, le roi est monté à cheval. Le roi des Belges, le prince de joinville, le maréchal Soult, le maréchal Gérard, les lieutenants-

généraux Pajot, Delore, Darriule, Jacqueminot, Schneider, le général d'Houdetot, un des créateurs de Tarme, et avec eux, un nombreux état-major, accompagnaient Sa Majesté.

» La reine, la reine des Belges, M'"»» la duchesse d'Orléans, M»"' la princesse Adélaïde, M"** la duchesse de Nemours et M"*" la princesse Clémentine étaient assises sur la terrasse du pavillon de THorloge. Un nombre considérable de dames se pressaient aux fenêtres des grands appartements.

» Le roi a passé dans tous les rangs et a parcouru successivement dans toute la longueur et avec une satisfaction visible, les belles lignes qui s'étendaient dans la cour et sur la place; S. M. a été accueillie partout par les plus vives acclamations. Cependant, les bataillons rangés dans la cour s'étaient, après le passage du roi, et par une évolution aussi rapide que pittoresque, massés à droite et à gauche, laissant au milieu un espace vide de toute la longueur du pavillçn central. Les bataillons de la place les avaient successivement rejoints par un mouvement non moins accéléré, et au moment où S. M. est venue se placer pour le défilé, sous le pavillon de THorloge, ces deux détachements, serrés en masse sur dix lignes de profondeur, faisaient parla gravité de leur uniforme, par l'éclat de leurs anncs et par Tallure résolue des oITiciers et des soldats, un spectacle tout à fait martial et imposant.

» Les clairons, adossés à la grille de Tare de triomphe, ayant ouvert le ban, Tofficier porte-drapeau s'est avancé à vingt pas du roi, escorté de six hommes. Alors M. le maréchal Soult, s'étant fait apporter par M. le colonel Foy le drapeau destiné au corps des chasseurs à pied, avant de le remettre à S. M., a prononcé d'une voix forte et retentissante, la formule militaire du serment, ainsi conçue :

» — Officiers, sous-officiers et soldats ! Vous jurez fidélité et obéissance au roi des Français, à la Charte constitutionnelle et aux lois du royaume ?

» — Nous le jurons !

» Le maréchal a ajouté :

» — Vous jurez de défendre ce drapeau (jue le roi va confier à votre vaillance ? Vous jurez de périr jusqu'au dernier plutôt que de l'abandonner jamais ?

» — Nous le jurons !

» Alors, le roi, ayant pris le drapeau des mains du maréchal Soult, et M. le duc d'Orléans ayant fait sonner un second ban, S. M. a adressé à la troui)e une allocution chaleureuse, à laquelle ont

ripomlu îles cris tmanimcs tic : Vive le roi ! Puis S. M. a rcmîa le drapeau à l'oflicicr chargé de sa garde, et qui <i fait le salut mititarrc au roi et au prince.

«Ledàtilédesdixbataillonsa eu lieu ensuite, M. le duc d'Orléans en tête, avec un ordre et une précision remarquables et aux cris mille fois répétés de : Vive le roi ! Après le défilé, lesoUiciers ont été reçus par S. M. dans la salle des Maréchaux. Le soir, tous les chefs de bataillon ont diné avec LL. MM. »

!^ 2' bataillon, destiné à tenir garnison A Vincenncs, eut l'honneur d'Ctrc chargé de la garde du drape.iu.

Quelques jours plus tard, après des manœuvres d'ensemble et des exercices de tir qui curent lieu en présence du Ministre de la guerre, dans la plaine de Saint-Ouen, pour montrer que ces nouvelles Iroupes n'étaient pas seulement faites pour la parade, cinq de CCS batnillous, les 5° et 8*, destinés A la province d'Oran, les 3' et (>°, suivis de près par le 10° bataillon, destinés à la province d'Alger, partaient bientôt pour l'Afrique, où ils allaient en peu de temps intinortaliscr, par leurs exploits, leurs bataillons res|>cctils rt l'arme entière des chasseurs à ])icd.

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