CHAPITRE II
L'ALGÉRIE DE 1841 à 1854
• SI Ia niAnUinie pr^ta h l'ennemi un abri pnVAirc, je dis h me» fanlansins : Enfants , voihî ces fiers Arabes qui vous (léflent à la course. Et les sacs sont laissés sous bonne garde, met petits chasseurs, déchaînés comme une meute ardente, enlèvent à la baïonnette ces mamelons d'où pieu vent des balles. • (Maréchal Uuoiaod.)
Situation militaire de la France en Afrique au n>oment de l'arrivée des bataillons de chasseurs à pic<l. — Campagnes de 1H41. — Ravitaillement de Médéah et de Milianah; campagnes d'hiver de 1841-1842. — Campagnes de I année 1842- Ezpédition combinée de la vallée du ChélifT. — Expédition de Changarnier chez 1rs l)oni-Mcnax5Cr. — F.xpriiition des Flitta^. — Kxpé<lition de rOued-Foddah. — Expédition de TOuarensenis. — Les chasseurs d'Orléans. — Campagnes de rOuarensenis et du Dahra, 1843. — Campagnes de Tannée 1844. — Expédition de la Kabylie orientale. — Expédition du Dahra. — Isljr. — Campagnes de l'année 1845. Insurrection générale. — Bou-Maia dans le Dahra. — Combat de Tedjeuna. — Combat de Tifour. — Com'oat de Sidi-Brahim. — Campagnes contre Abd-eUKader et Bou*Maza, hiver 1845-1846. — Campagnes de l'année 1817. — Prise de liou-Maza, — Kxp<>dition de Kabylie de 1&17. — Prise d'AUlrl-Kn<ler. — Campagnes de l'année 184K. — Modifications apportées k l'armement des cha.'^seiini â pied. — Suppression des compagnies de rarabtnicrH. — Kx|tô«liti(>ii de Kabylie m iKp). — In^irrertiun des Zilwnf», pri^» de Zaatcha. — L'Aurès, prise de Narah, 1H50. — Expédition de l'année 1851. — Exp^lilion de la petite Kabylie, Bou-Uargïha. —Campagnes de 1P52. Expédition de la Kabylie du Djurjura. — Insurrection du cercle de Guelma. — Campagnes de l'anr^e 185J; expédition de la Kabylie des Babors. — Création des bataillons de chasseurs k pied de 11 à 3o.
Situation ds U France en Afrique an moment de l'arrivée des bataillons de chassears à pied.
VANT d'entreprendre le récit des hauts faits des chasseurs, quelques mots sont nécessaires pour indiquer quelle était, à l'époque de leur arrivée sur la terre africaine, la situation de notre corps expéditionnaire. Nous verrons aussi quel fut le champ d'honneur que les héros allaient arroser de leur s;uig ; nous verrons que nos braves cnnnureiit tii mort sous tous ses aspects, la mort par la balle aussi bien que par la fatigue et les privations, et la mort aussi, plus terrible par tes maladies. Jamais, nous pouvons le dire de suite, jamais quelle qu'elle fût, sa pensée ne troubla un instant l'âme de ces intrépides soldats, dont l'éncr|;ic farouche n'a p.ts peu contribué à donner h. la France notre belle colonie d'AI);éric.
l^ général Bugeaud venait d'être nommé gouverneur général de l'Algérie. 11 avait trouvé l'armée d'Afrique dans une situation qui n'était pas précisément brillante.
Dans la province centrale, Alger n'offrait pas une sécurité bien assurée dans un rayon d'une lieue aux environs; nous occupions les camps de Maison-Carrée, du Fondouck, de t'Habra, etc., autourdcsquelson ne pouvait s'éloigner qu'àportéede fusil. Nousétions maîtres encore de Blidah, Douera, Bouffarich, Coléah, Cherchell, Médéah et Milianah; maisdans tous ces postes, on était obligé de se retrao' cher, d'entretenir des approvisionnements suffisants en vivres et munitions, pour pouvoir attendre les coloniies de ravitaillement.
Sur la ciMe, nous occupions les ports de Mostaganein.Clierilicll, Bougie, Djidjelly, Hône et les marais mortels de la Seybouse. Philippcville, la naissante villi; de planches, dans laquelle, si on ne se tsat pas, on y meurt qu:Lnd même. A part la zone battue par les canons des remparts de ces forteresses, ta côte appartient aux Kabyles qui insultent journellement leurs garnisons.
Dansia province de Coiistantinc, nous avions le camp de Guelma et Constantine, ce foyer de conspirations: c'était pourtant la plus tranquille de nos provinces depuis la fuite du bey Achmet.
Dans la province d'Oran, Mostaganem est notre base d'opéra-
lions; mais la campagne est tenue par les alliés d*Abd-el-Kader qui coupent sans cesse nos communications avec Mazagran; Oran n*a autour d'elle qu*un rayon d'occupation de trois ou quatre lieues; Arzew et Mers-el-Kébir en dépendent.
Et dans ces camps, dans ces garnisons, quel triste spectacle! Des soldats dévorés par la vermine, excédés de fatigue et d'ennui, détruits par la fièvre, brûlés par le soleil, décimés par les exhalaisons pestilentielles des marécages. Un service excessivement pénible et incessant minait les forces de nos hommes. Des sorties nombreuses pour faire respecter les murs qui les entourent, ou courir au-devant des convois de ravitaillement qui paraissent, jettent & la hâte dans ta place leurs provisions de biscuits de conserves et de munitions, et disparaissent ensuite pour porter ailleurs leurs pas et leurs secours; des alertes continuelles, des combats incessants, fatiguent nos postes et nos colonnes. Le mauvais état des routes, ou plutôt leur non-existence, l'obligation d'allonger les étapes pour trouver mauvaise eau au mauvais gîte, 1rs ardeurs du soleil d'Afrique, le désert fait devant nous par la fuite des tribus, le manque de tout, le besoin de tout, déciment nos soldats et diminuent sans cesse nos effectifs. L'armée était divisée en une multitude de petits postes, trop forts pour vivre sur le pays environnant déjà épuisé, trop faibles pour |)ouvoir s'écarter de la place. En joignant à cela la lutte opiniâtre contre un ennemi fanati(|nr, exalté par l'idée religieuse, insaisis.sablc, connaissant admirablement ses broussailles et s(*s montagnes, fuyant devant nos létes (le colonne, disparaissant devant elles pour venir le lendemain les attaquer en queue, Ton pourra se faire une faible idée des souffrances endurées ù cette époque par nos soldats de la vaiU lante armée d'Afrique. D'après la comparaison imagée du générai Bugeaud lui-même, « l'armée était alors dans la situation d*un taureau assailli par une multitude de guêpes ».
Tel était le champ de gloire où les chasseurs à pied allaient rapidement cueillir les lauriers qui les ont du premier coup placés des premiers parmi l'infanterie française.
Campagnes de 1841.
A |Xîine arrivé en Algérie, le gouverneur général fait prévaloir lo principe dr Toccupation étendue. Avec go.ooo hommes, il fait ocru|K*r un certain nombre de |H)ints stratégiques, d'où, régulière-
menti au printemps et à l'automne, il va lancer sur les tribus éloignées des colonnes légères. Par ce moyen, il frappera l'ennemi dans ses bases d'opérations, dans ses points d'appui politique^ et poursuivra Abd-el-Kadcr à outrance, jusqu'à ce qu'il Tamùnc A merci.
Les colonnes mobiles destinées à razzier les tribus alliées de l'émir étaient en formation au moment où nos premiers bataillons de chasseurs à pied débarquèrent sur la terre d'Afrique. Composées d'un détachement de cavalerie, de trois ou quatre bataillons d'infanterie, elles furent débarrassées de tous les impedimenta, de la grosse artillerie, que remplacèrent deux obusiers de montagne ; l'artillerie à main des compagnies de carabiniers des bataillons de chasseurs à pied devait les aider puissamment de ses feux.
Après avoir supprimé toutes les petites garnisons, le général Bugeaud porte quelques premiers coups sérieux à la puissance d'Abd-el-Kader, lui enlève ses places de Tagdempt, Thaza et Boghar, qu'il rase et dont il détruit les approvisionnements. L'influence de l'émir se faisant surtout sentir dans la province d'Oran, Bugeaud résolut d'occuper Mascara, de rayonner autour de cette place pour forcer les tribus à choisir entre nous et Abd-el-Kadcr, dont on finirait bien par détruire les forces régulières qu'il lui faudrait exposer, s'il voulait protéger les populations contre nos coups.
Pour mettre ce plan à exécution, Mostaganem constituait une base d'opérations d'autant plus importante, que son port pouvait permettre le ravitaillement par mer de nos colonnes dirigées sur Mascara et les pays qui en dépendent. Mais les environs étaient sans cesse inquiétés par les rebelles. Pour les dégager, le 22 juin, le colonel Gachot. du 3" léger, part de nuit avec une |)etitc colonne, dans laquelle étaient compris les 5"* et 8" bataillons do chasseurs à pied nouvellement arrivés de France. Ces deux bataillons reçurent le baptême du feu pendant cette sortie qui ne dura que deux jours. Le 8* perdit un officier, le capitaine LEROY, de la 3" compagnie, tué d*un coup de feu pendant la nuit.
Le i^*" juillet, le 5® bataillon de chasseurs est attaché h la colonne de ravitaillement que le général de Lamoricicre conduit à Mascara, où elle arrive le 5.
Le 2 juillet, le 8" bataillon, d'escorte à un convoi, est vivement attaqué par les Arabes, pendant son retour, à quelques lieues de Mostaganem. La 2* compagnie (capitaine Bazaine) les repousse vigoureusement.
Le 3 juillet, le colonel Tempoure va expéditionner sur le ChélifFi
pour soumettre les Medjers. Le 8* bataillon de chasseurs est i I arrière-garde ; après une demi-heure de marche, les Arabes se montrent en grand nombre à Foukdmitou ; les compagnies sont successivement lancées ;\ leur rencontre. Pendant Taction, une section de la i*^ compagnie, commandée parle sous-lieutenant DE Chappedelaine, engagée imprudemment, est un instant compromise. Le sergent RÉGIS, de la 2* compagnie, enlève une trentaine d*hommes, se précipite à son secours et la dégage ; Tennemi est mis en fuite sur toute la ligne. liC 8** bataillon, engagé presque seul, |>cr(l 2 tués et ii blessés. Le lendemain, Tennemi renouvelle ses attaques par la face du camp occupée par le bataillon; les i"* et 2*" compagnies sont portées en avant et tiennent Tennemi à distance. Le soir, une nouvelle attaque a lieu; la ^^ compagnie (capitaine DE GËREAUX) se précipite sur les Arabes, leur tue une douzaine d'hommes et les met en hiite ; cet engagement coûte au bataillon 3 blessés.
1^1 colonne Tcmpourc rentrait le 7 juillet à Mostaganem, où, par son ordre du jour du 8, le gouverneur général adressait au commandant Uhrich des éloges chaleureux pour la manière dont le 8* bataillon s*était conduit dans cette courte mais dure expédition, à la suite de laquelle le commandant Uhrich, le capitaine DE GèREAUX et le sergent RÉGIS étaient mis à Tordre du jour.
Au lieu de brûler les moissons autour de Mascara, le général de I^imoricicrc les fit récolter par ses troupes pour approvisionner la place; le S'^ bataillon de chasseurs à pied (ut chargé de protéger les moissonneurs contre les attaques journalirrcs des Arabes. Ix 13 juin, notamment, près du marabout de Sidi Daho, Tennemi nous attaqua môme assez vivement ; cinq compagniesdu 5** bataillon furent engagées. La compagnie de carabiniers (capitaine D'JbiXKA) et la 4" compagnie (capitaine DE Luxkr), vigoureusement enlevées par leurs chefs, poursuivirent pendant près d*une lieue les Arabes qui perdirent une trentaine de tués. Le 15 juillet, ta colonne de ravitaillement retournait à Mostaganem, non sans être continuellement harcelée par les Arabes. Le 17, le 5* bataillon, se trouvant 4 Textréme arrière-garde, est vivement attaqué; il repousse victorieusement Tennemi.
Pendant tout le reste de Tété, les 5" et 8" bataillons de chasseurs à pied participent avec succès à toutes les petites expéditions qui rayonnent autour de Mostaganem. Dans ces actions de détail, ils «c font apprécier hautement par le gouverneur, qui leur prodigue les plus grands éloges et met, le 6 août, à l'ordre du jour de Tarméc
— sole commandant Mellinet, le capitaine de carabiniers D*ExÉA, le lieutenant CHOPIN, le fourrier Lesueur et le chasseur Geudot, de la 4^ compagnie ; ces trois derniers, à propos d*unc affaire qui vient d'avoir lieu le i®'' août sur les bords du Chéliff.
Dans la province d'Alger, les y, 6" et lo" bataillons de chasseurs à pied escortent les convois de ravitaillement. Entre temps, ils sont employés aux travaux des camps et des routes; à tout moment, ils déposent Foutil du terrassier pour reprendre la carabine et faire le coup de feu avec les Arabes qui inquiètent leurs travaux. Un jour, le 27 juillet, 30 hommes de corvée du 10* bataillon de chasseurs, sous les ordres d'un capitaine du génie, se rendent à la brèche inférieure du ruisseau de Bou Aza, pour réparer un passage pratiqué dans Tenceinte du camp de Blidah par quelques Arabes. En arrivant près de ce point, ils sont subitement attaqués par une soixantaine de cavaliers qui, après avoir traversé la ligne de défense, cherchent à emmener un troupeau qu'ils ont enlevé à un colon. I^ capitaine fait de suite déployer ses 30 hommes en tirailleurs et les porte en avant |K)ur couper la route à rennemi, mais il s'aperçoit que la brèche est gardée par 200 cavaliers, dont plusieurs ont mis pied à terre; il se replie alors prudemment sur le blockaus du centre. Ce mouvement commençait à s'effectuer en bon ordre, quand quelques zouaves de garde au troupeau de l'administration, se trouvant menacés, arrivent à la course. Le capitaine arrête alors sa petite troupe et reprend résolument l'offensive. Les chasseurs se précipitent à toutes jambes, sans faire feu, à la baïonnette, sur les 200 cavaliers arabes, qui lâchent pied et n'ont que le temps de repasser la brèche, en laissant sur le terrain un tué et trois blessés. Un seul chasseur du 10® bataillon avait été tué d'une balle.
Dans la province d'Oran, la saison des grandes chaleurs étant passée, le gouvenieur général voulut opérer de sa personne contre Abd-elKader. Débarqué à Mostaganem, il trouve la division d*Oran réunie et la divise en deux colonnes. L'une, sous ses ordres directs, est dite colonne politi(|ue, destinée à chasser et à poursuivre Abd-el-Kader; l'autre, dite colonne de ravitaillement, sous les ordres du général de Lamoricière, destinée à aider au réapprovisionnement de Mascara menacé par l'émir.
Le 5* bataillon de chasseurs à pied est placé à la colonne de ravitaillement, le 8* à la colonne politique. Les deux colonnes entrent en oprralions les 22 et 23 septembre. \a: gémirai de lamoricière opère heureusement le ravitaillement de Mascara;
— 3» au retour, son arrière-garde est assez vigoureusement attac|uée. le 29 septembre, par les Arabes. Mais ceux-ci se heurtent aux chasseurs du commandant Mrllinet, qui tes repoussent avec pertes. OlTiriers et chasseurs ont fair preuve de bravoure et de sang-froid dans ce combat, deux épisodes en font foi. Quelques cavaliers arabes, pénétrant par un intervalle de notre ligne, se jettent sur une poignée de tirailleurs isolés pour les enlever. Les officiers montés du 5*^ bataillon, le commandant Mellinet, les capitaines DE Labarevre et D*ExÈA, et le chirurgien-major Brisset, auxquels se joignent immédiatement quelques officiers d'état-major, le commandant Pelissier, le capitaine de Malroy, les lieutenants Renson et Cassaigne, et deux officiers d'artillerie, MM. de Laumièreetde Croix, mettent le sabre à la main, chargent vigoureusement les Arabes qu'ils refoulent et délivrent les tirailleurs. I^e carabinier RiVRON, doué d'une vigueur de jarret surprenante, suit au pas de course les chevaux lancés au galop, pour ne pas quitter son commandant. Atteint d'une balle à la tôte, le brave RiVRON ne veut entrer A l'ambulance que le soir, à l'arrivée au bivouac.
Avec la colonne politique, le générai Bugeaud commençait sa campagne d'automne, qui devait aboutir à la prise de Saïda, forteresse de l'émir, située à 18 lieues au sud de Mascara, où il avait réuni ses principales ressources. Le 8* bataillon de chasseurs, qui fait partie de cette colonne, participe*, le 26 septembre, h la razzia faite chc/ les Millas, de 2,200 btriifs et 3,700 moulons, apn'*s le combat de Sidi Yaliia. Ayant de nouveau fait ravitailler Mascara, le général lUigcaud prononce son mouv(!mcnt vers Saïda et emniénc avec lui deux compagnies du 8*^ bataillon de chasseurs. Le 7 octobre, il livre un combat assez animé k E\ Bordj, détruit le 16 octobre la Guetna de Sidi Mahi biddin, où se trouvait la maison paternelle de l'émir. De retour à Mascara le 17, le générai Bugeaud en repart le K), |)our atteindre le 22 Saïda, que nous trouvons évacuée et sous l<^ murs deiaqucllc le sons-lieutenant Cil ANAL, du 8''lx\taitlon, est tué d'une balle. Le 24, on surprend une fraction des llachcm, dont on vide les silos. Mais nos soldats n'ont plus de chaussures, le temps est exécrable et les vivres commencent à tirer â leur fin ; on se dépêche de brûler Saïda et de pratiquer de larges brèches dans ses murs. Le 5 novembre, le général Bugeaud ramenait sa colonne de Mostaganem par la phiine de l'Habra, après une marche de 200 lieues en cinquante-trois jours.
HaTitaillements de Médeah et de Milianaii.
Pendant Texpédition de Saïda, les villes de Médéali et de Milianah furent chacune ravitaillées deux fois. Les généraux Baragucy d'Hilliers, Bedeau et Changarnier éprouvèrent de grandes difficultés dans ces ravitaillements successifs. Les deux opérations sur Milianah eurent lieu du 17 septembre au 4 octobre et du 8 au 15 octobre. Les 3* et jo* bataillons de chasseurs à pied y prirent une part active et se distinguèrent au combat de Chaba el Ketta.
Du 20 au 30 octobre, les 3", 6* et 10" bataillons prirent ensuite part aux ravitaillements de Médéah. Le 25 octobre, en descendant les pentes du Nador, la colonne est vivement attaquée par de nombreux Kabyles embusqués dans les rochers; 150 chasseurs du 6* bataillon sont à l'arrière- garde et soutiennent seuls Teffort de l'ennemi.
Le commandant FOREY, remarquant un mouvement d'hésitation parmi ses hommes, étonnés tout d'abord par la violence du feu de l'ennemi, fait aussitôt mettre s;ic à terre à ses chasseurs et les lance à la baïonnette sur les Kabyles, qui sont vigoureusement culbutés. Les fatigues de la route étaient telles, les privations avaient été si nombreuses, que nous ne pûmes poursuivre la victoire ; elle nous permit du moins de continuer notre route sans être inquiétés.
Le 29 octobre, en arrivant près de Blidah, la colonne est arrêtée par de nombreux contingents arabes postés dans le bois des Oliviers; le général Bedeau demande des hommes de bonne volonté dans le 10'' bataillon de chasseurs à pied pour enlever le bois. Tout le bataillon se présente ; il s'élance aussitôt et précipite les Arabes dans la ChifTa, en leur tuant, blessant ou prenant plus de 100 hommes. Le 10* bataillon n'avait eu que 5 chasseurs blessés.
Le 7 novembre, la colonne mobile d'Oran, à laquelle est attaché le 8* bataillon de chasseurs à pied, va occuper TIemcen le 14, et revient ensuite soumettre les Bordjias le 26 décembre et les Bcni- Chougran le 3 janvier 1842.
Campagne d'hiver, de 1841-1842, du général de Lamorioière.
Le 2 décembre 1841, le général de Lamoricière 8*était établi à Mascara avec dix bataillons d'infanterie, parmi lesquels le 5"* ba-
— 33 ~ tailton de chasseurs à pied. Les colonels ThicSry et de La Torré commandaient les deux brigades de ta division, dont trois escadrons de spahis formaient la cavalerie. D'après les ordres du gouverneur, le général de Lamoriciorc devait « «igir quelquefois pour empocher les tribus dissidentes de cultiver, vider leurs silos et approvisionner nos magasins». Il devait, en un mot, peser et vivre sur le pays.
Les tribus qui fuyaient à Tapproche de nos colonnes enfouissaient dans leurs silos toutes leurs récoltes d'orge et de blé.
Nos soldats s'appliquèrent bien vite à découvrir les cachettes des Arabes, et devinrent dans ce genre de recherches d'un flair et d'une habileté incroyables. Aussi, cela proHtait-il à eux en môme temps qu'aux fmances de l'Etat. Toujours par monts et par vaux, nos troupes ne prenaient aucun repos ; à peine de retour à Mascara, il fallait en repartir immédiatement, par des marches de nuit de 15 h 18 lieues, pour courir sus A de nouve.iux relx^lles. I^shf>mmes étaient parvenus A se faire ;\ cette vie de fatigues incessantes, mais au grand détriment de leur habillement et de leurs chaussures. L'habillement, on pouvait encore le rapiécer tant bien que mal, mais lorsqu'il n'y avait plus de semelles aux souliers, nos ingénieux troupiers se taillaient de superbes mocassins dans les peaux des bœufs abattus par l'administration ou par eux-mêmes. On n'était pas de l'armée d'Afrique si on ne savait rire des fatigues et des misères, et dédaigner le superflu de nos garnisons de France. Marcheur infatigable, débrouillard à l'étape, brave devant la mort, ardent «^ la victoire, ce type du soldat africain, nos chasseurs à pied se l'étaient promptemcnt assimilé; ils l'avaient même nfTmé par leurs qualités maîtresses, la discipline, la solidarité à tous les degrés de la hiérarchie, et l'esprit de corps, qui les firent débuter par des coups de maître.
I^a campagne d'hiver de la division de Lamoricière, une des plus efllcares de la conquête de l'Algérie, est restée légendaire dans l'armée d'Afrique. Du mois de décembre 1841 à la Hn du mois de mars 1842, cette division tint constamment la campagne, malgré le froid, la pluie et la neige, marchant jour et nuit, se montrant partout où sa présence était nécessaire. IMcine de confiance dans son chef, elle fit preuve du plus grand dévouement, de ia plus grande abnégation, supportant fatigues et privations sans un seul murmure, sans un seul moment de découragement.
Le U) janvier 1842, une pointe dirigée contre 300 cavaliers rouges <rAlKl-el-Kader<lure c|uin/e heures consécutives, sans que nous ayons un seul traînard. Ix 4 février, un débordement de l'CJucd-
nut lut. Cliaiis. s
Frohat, transformé par les pluies en torrent impétueux, arrête un moment la colonne lancée à la poursuite du lieutenant d*Abd-el- Kader, Ben Thamy. Les cavaliers passent assez facilement ; quant à nos fantassins, ils se déshabillent, attachent leurs effets au bout des fusils et, malgré la rigueur de la température, traversent \ gué la rivière, avec de Teau jusqu'aux épaules. Malgré ce retard, qui a permis à Ren Thamy de fuir, nous nous emparons d*un grand nombre d'armes et de grains lui appartenant. Le 6 du même mois, dans une razzia des tribus alliées à l'émir, la colonne s'empare d'une grande partie de la famille de Ben Thamy, de quelques parents d' Abd-el-Kadcr et d'une si grande quantité d'approvisionnements (le toute nature, qu'elle est obligée de regagner Mascara pour y déposer son butin.
Le 27 février, à la suite d'une longue marche de nuit, un détachement de réguliers de l'émir et un poste de rouges sont enlevés au Khalifat, dont la troupe se réduit bientôt à quelques cavaliers seulement.
I^ 10 mars, nouveau départ pour Mascara, pour aller razzier les HachemCheragas; le 15, nous nous emparons de 80 prisonniers et de 6.000 têtes de l)étail. Le 25 mars, le général de I^moriciérc atteint, chez les Sdamas, les Hachem-Cheragas qui s'y étaient réfugiés à la suite du combat du 15. Surpris dans la vallée de la Medrossa, les Sdamas sont enveloppés par trois colonnes conver* gentes. Vaincus après une lutte assez vive, ils sont faits prisonniers, et nous nous emparons de 12,000 têtes de gros détail et d'un butin considérable. Une violente tourmente de neige faillit compromettre le succès de la journée et la colonne elle-même. La neige, tombant sans discontinuer pendant quelques heures, avait couvert le sol d'une épaisse couche, qui cachait les routes et dérobait à la vue les dépressions de terrain et les mauvais passages. La colonne arrive péniblement à gagner le bivouac du marabout de Sidi Ali Mohamed; les égarés sont nombreux, car un brouillard épais, qui enveloppe la montagne, et la nuit qui tombe, amènent un peu de confusion dans nos rangs. Le 5** bataillon de chasseurs à pied, groupé autour de l'énergique commandant Mku.INKT, arrive au bivouac au grand complet. Mais la neige continue à tomber; les hommes, épuisés de fatigue et transis par le froid, se laissent aller au plus profond découragement; ils n'entretiennent même plus les feux du bivouac. Le commandant Mkijjnkt, le capitaine DK Jou- VKNCOURT, le lieutenant DkLastic, l'adjudant Dkhras, le sergent VivOT et le caporal de carabiniers Rivron, restent toute la nuit
sur pîcd, surveiHent Tentreticn des brasiers, raniment par leurs paroles et leur noble exemple le couraj^c de chacun, et apportent cux-mrmes devant les feux ceux (jui, transis de froid, épuisés de fatigue, ne peuvent se traîner jusque-là. Aussi, tandis que le 5** bataillon n'avait à déplorer la mort d'aucun homme, le reste de la * colonne comptait 26 hommes morts de froid pendant cette fatale veillée.
Le lendemain, au petit jour, le général de Lamoricière va abriter sa colonne dans la petite ville de Frendah, où il reçoit la soumission des Sdamas échappes au coup de main de la veille.
La colonne entrait le 31 mars à Mascara.
A la suite de cette rude campagne d'hiver, qui amena la soumission presque complète du pays de Mascara, le général de Lamoricière adressa un ordre du jour à sa division, avant de se séparer des troupes qui en faisaient partie. Il y citait pour leur courage, leur fermeté et leur abnégation en toute circonstance : le commandant Mkujnrt, les capitaines DE Labarkvrk, OR JouvKNCOURT et I)K ToNTUAL, les lieutenants DE Lastic et Chopin, le sous-lieutenant Guilhem, l'adjudant Debras, les sergents-majors Pelletent et AiJMONDY, les sergents VivOT, Lajus, Bourzeix, Demeangeot et Parés, et le caporal des carabiniers RrvRON.
\xi 7 avril, le 5® bataillon de chasseurs à pied rentrait à Mostaganem, nu-pieds, les vrlemenls en lambeaux, m<iis dans un ordre parfait, sans un traînard ni môme un éclopé.
A la fin d'avril, le 5" bataillon se remet en campagne sous les ordres du colonel Marcy. Le bataillon qui, le 25 mars, avait cruellement souffert du froid. sup|)orte avec courage les premières chaleurs qui sont accablantes. Le 28 avril, un bataillon du 3'' léger, nouvellement arrivé de France, perd 4 hommes, morts d'insolation. On voit alors les chasseurs, rompus à toutes les rigueurs extrêmes du climat africain, se dévouer h Parrière-garde, pour porter sur leurs bras, jusqu'au bivouac, 20 hommes du 13'' léger, que leurs camarades, épuisés eux-mêmes, avaient abandonnés sur le bord de la route.
Campagnes de rannèe 1842.
Pendant ce temps, le gouverneur gén«*Tal avait quitté Alger dans les premiers jours de janvier 1S42, enunenant avec lui, jwur l'accompagner, le lo*" bataillon de chasseurs à pied, commandant
de Mac-Mahon. Débarqué à Oran, il prenait immédiatement le commandement de la colonne Tempoure et la dirigeait sur TIemcen f dont il prenait définitivement possession le 24 janvier. Après une campagne de vingt-cinq jours, [K^ndant laquelle nos trou|)cs ne furent arrêtées ni par les rivières torrentueuses , ni par les neiges couvrant les montagnes, toutes les tribus qui s'étendent de Tl labra aux frontières du Maroc firent leur soumission. Le gouverneur général , malgré la rigueur de la saison , poussait alors une pointe jusqu'à Sebdou, forteresse de Témir, située à 13 lieues au sud-ouest deTlemccn, dont il détruisit le fort le 9 février. Une grande quantité de poudre et de plomb et sept pièces de canon en bronze tombèrent en notre pouvoir.
Installé à TÎemcen, le général Bedeau n'y reste pas inactif. Il venait de recevoir, le 2 mars, un convoi de ravitaillement escorté par le 8* batailloii de chasseurs à pied, lorsqu'il apprend que l'emir s'est établi dans les montagnes des Traras. Le 6 mars, il marche contre lui avec 2,500 hommes d'infanterie et trois pièces de montagne. Ixs 8" et 10" bataillons de chasseurs à pied font partie de la colonne quisoumet, le8, lavilledeNedromah. AlKl-cl-Kader.s*enfuit vers la haute Tafna. Ix* 12 mars, vers i heure de raprcs-niidi, la colonne qui s'est mise à sa poursuite était campée sur la Tafna, à une lieue environ au-dessous de KeiT, lorsque le général Bedeau apprend que les habitants de cette petite ville, soutenus par 5 ou 600 Kabyles, ont fermé les portes à nos éclaireurs, se préparent à la résistance et occupent les hauteurs environnantes. Le général fait aussitôt partir deux colonnes; la première, formée d'un bataillon du 26^ de ligne, doit se porter sur les hauteurs de gauche ; la seconde, composée de 700 chasseurs ù pied, dont 400 du 8" bataillon, précédés de 300 du lo**, est chargée de tourner la ville à droite. De ce côté, la montagne domine la vallée de 500 mètres; le terrain est coupé en tous sens par un grand nombre de ravins à berges si escarpe que les Arabes les considéraient comme infranchissables. Ils avaient laissé leurs femmes, leurs enfants et leurs troupeaux dans l'intérieur de la ville et ne Icsen firent sortir que lorsqu'ils virent les chasseurs commencer l'escalade des hauteurs. Ils cherchèrent alors à retarder notre marche par un feu assez soutenu, qui n'eut d'autre effet que de l'accélérer sans nous forcer à répondre.' Il ne leur restait bientôt plus qu'un espoir, celui de nous arrêter à un escarpement à pic de 50 mètres de haut qui nous barre le chemin et au-dessous duquel doivent (léfiier leurs femmes et leurs enfants. Les chasseurs du 10* arrivent au pas de course et tirent à moins
de loo mètres sur cette masse de fuyards, pendant que les Arabes ripostent de la berge opposée. Des scènes épouvantables se produisent ; dans leur frayeur, des femmes arabes se jettent avec leurs enfants dans des précipices de 150 mètres de profondeur. Cependant, deux compagnies du 10° bataillon se glissent par les pentes les moins abruptes, atteignent le revers opposé et se précipitent au milieu de l'ennemi. Quelques Arabes veulent encore résister, trente sont percés à coups de baïonnette; cinq se précipitent du haut des rochers plutôt que de se rendre ; une partie parvient à se sauver, le reste est pris. Les chasseurs du 10" remettent à la garde du 8* bataillon 150 prisonniers, 800 bœufs, i ,800 moutons, 2,000 chèvres, et continuent leur course ;\ la poursuite des Arabes qui fuyaient encore devant eux.
Le 15 mars, la colonne était de retour à Tlemcen, et le 21 elle se remettait en marche sur Oran. Mais Abd-el-Kader vient nous barrer le passage, avec 4,000 hommes, sur les bords de la Sikkah; il est vaincu par le général Bedeau, qui se plait à rendre hommage à la bravoure des chasseurs qui avaient perdu dans le combat : le lo** bataillon, 2 officiers, le capitaine adjudant-major GuiDE et le lieutenant BoCHER et 30 hommes hors de combat; le 8"^ bataillon, un homme tué et 9 blessés. Le général citait à Tordre du jour le commandant Fromknt-Costk, le capitaine CilKVAUCilAUD- Latour, les lieutenants Matis et Duportal, les sergents Mou- ( IIKIUKUK et Rkc.iS, (lu 8** bataillon de chasseurs à pied.
Rentré à Tlemcen, le général l^edcau se lance de nouveau à la poursuite d' Abd-el-Kader, qui tente de bloquer Nedromah, et 1 atteint le 29 avril au col de Bab-el-Thaza que Témir occupait avec ses réguliers, 400 cavaliers et 1,500 Traras. Attaqué d'un côté par les zouaves et le 8*" bataillon de chasseurs à pied, de l'autre par le 10" bataillon et un bataillon du 2(f de ligne, Abd-elKader, vivement rejoint, est mis dans une complète déroute; il laisse entre nos mains 70 prisonniers et abandonne 2(k> morts sur le terrain.
Après la soumission des Ou lassas, des Traras, après le déblocus de Nedromah, la colonne Bedeau rentre à Tlemcen.
A la suite de cette expédition, le capitaine adjudant-major DuTKR TRK et le sergent Stkyakrt, du 8- bataillon, furent décorés (le la Légion d'honneur.
Ix'H 8" et lo'' bataillons, laissant un instant le fusil de côté, tra vaillent avec ardeur à la construction de la route militaire de TInncen à Oran. C'était alors le rôle habituel de nos soldats de l'année d'Afrique, tour à tour terrassiers ou moissonneurs, mar-
cheurs infatigables ou soldats courageux. Abd-el-Kader, abandonné par ses partisans découragés, sentant qu'il n*a plus rien à espérer dans ces parages, s'en éloigne définitivement.
Expédition combinée de la vallée du Ghéliff.
Jusqu'alors, les ravitaillements de Tlemcen, de Mascara, d*Oran et de Mostaganem ne pouvaient s'opérer que par mer; le gouverneur général voulut se servir de la grande voie naturelle du ChélifT pour faire communiquer entre elles les deux provinces d'Alger et d'Oran. Indivision d'Alger, sous les ordres du général Clianganiier, le montagnard, comme l'appelait Bugeaud, devait se joindre «aux frères d'Oran » en descendant la vallée du ChélifF, de manière à opérer sa jonction avec la division d'Oran sur l'Oued-Rouïna. Le général Bugeaud vient en personne prendre le commandement de la colonne d'Oran, forte de 5,000 hommes, divisée en deux brigades. Le 5** bataillon de chasseurs (commandant Mkm.iNK r) est attaché à la première brigade.
Parti de Mostaganem le 14 mai , Bugeaud se porte d'abord sur la Mina, défait au pied du Dahra la tribu des Sbeahs, dont il reçoit la soumission, puis, remontant le ChélifT, campe avec sa colonne, le 29, sur les ruines d'EI Esnam, et rejoint le lendemain, sur l'Oued Rouïna, la division d'Alger, qui venait d'y être conduite par Changamier. Les chasseurs du 5° bataillon y rencontrent avec joie leurs frères d'armes du 6**, qui fait partie de la division d'Alger. L.es deux colonnes réunies continuent leur route victorieuse et campent quelques jours après au pied de la montagne de Milianali, garnison du 3** bataillon (commandant HiSSON), (|ui fait aux chasseurs des 5** et 6" bataillons un accueil des plus chaleureux. Une véritable marche triomphale continue sans coup férir jusqu'à Blidah. Pour la première fois, l'armée française traverse sans brûler une amorce le fameux col de la Mouzaïa. « La ceinture de granit de la Metidja vient de s'écrouler », écrivit alors le général Bugeaud dans son rapport au Ministre de la guerre.
Après quelques jours de repos , la division d'Oran regagnait sa province.
L'expédition du gouverneur général, bien qu'accomplie sans coups de fusil, n'en eut pas moins un grand retentissement parmi les Arabes, dont les tribus s'empressèrent de venir faire leur soumission.
Pendant rexpédition du Chéliff, le général de Lamoricière, qui a reçu Tordre d'opérer dans le sud de la province d*Oran, parallèlement au Cliéliff , pour flanquer le corps d'armée du gouverneur général, se livre, du 15 mai au 5 septembre, à un véritable chassécroisé avec Abd-el-Kader. Ce dernier, vaincu par l'énergie, la vivacité des attaques et la mobilité du général français, se réfugie dans le Sud sans pouvoir arriver jusqu'à l'armée du Chéliff.
Expédition de Cliangamier ehez les Beni-Menaeer.
Le général Changarnier, qui s'est séparé du gouverneur général , s'enfonce dans le pays des Beni-Menacer et arrive le 3 juin au sommet du Mahali. Le 6" batiillon de chasseurs en atteint des premiers la crête, d où il contemple un admirable panorama : au loin bleuit la haute mer et tout autour, à ses pieds , le chaos des montagnes s'étend de Tenez à Cherchell.
Mais les feux ont été allumés sur les sommets des montagnes; l'appel aux armes s'est fréquemment fait entendre dans tout le pays; les Béni Menacer sont accourus. Ils attaquent vivement la cofonnc qui, le lendemain, évacue le bivouac de Mahali. Le 6* bataillon do chasseurs h pied (commandant Imirkv) est à l'arrièregardc; il sait repousser leurs «itta(|ucs. Le commandant et le capitaine adjudant-major CANKonKKl sont admirables de courage; ils méritent d'ôtre cités à l'ordre du jour. I^ 5, nouveau combat, nouveau succès pour nos trou|)es c|ui arrivent enfin, le 8 juin, sur les bords de TOued-Djcr.
Le soulèvement des Beni-Menacer a eu son contre-coup autour de Milianah, dont ils inquiètent tes abords par des escarmouches continuelles. 1^ garnison de Milianah se composait alors du 3** bataillon de (liasscurs à pied (commandant HlSSON) et de i)ctits détachements appartenant au génie et à divers corps d'infanterie. \jc commandant HissoN remplissait les fonctions de commandant su|>éricur; il résolut de cluUicr les Bcni-Mcnaccr et de chercher à obtenir leur soumission en tentant sur eux un coup de main.
A la tète d'une colonne composée de 400 chasseurs du 3" bataillon, de 100 hommes appartenant aux détachements d'infanterie, de 30 sapeurs du génie et de quelques Arabes auxiliaires, il quitte Milianah dans la nuit du 6 au 7 juin. Arrivé au |Knit jour à Mahli- Douaz, centre de la tribu des Ikni-Mcnaccr, il lance de ce point
dans diverses directions toutes les troupes de la colonne, moins deux compagnies de chasseurs avec lesquelles il prend position sur la crête de Sidi-Medjaad, désignée comme point de ralliement. Bientôt tous les villages, toutes les maisons, dans un rayon do trois lieues, sont livrés aux flammes. Près de 600 bœufs, 10 à 12,000 moutons, un grand nombre de mulets chargés de butin, 105 prisonniers sont rapidement amenés à Sidi-Medjaad. Après avoir rallié tout son monde et conRé la conduite de la razzia aux 130 soldats du génie et des divers détachements d'infanterie et aux auxiliaires arabes, le commandant BiSSON donne Tordre de la retraite, qui doit s'opérer par un chemin de montagne extrêmement difficile. Les 400 chasseurs du 3" bataillon sont chargrs de rouvrir ce mouvement. Au moment où la compagnie (rarriéregaide s'a|)prête à se mettre en route, elle est assaillie presque subitement par 2,000 Kabyles qui débouchent d*un ravin. Ils sont reçus par un feu sur deux rangs exécuté à bout portant. Le commandant BiSSON, laissant une compagnie en réserve, accourt avec tout le reste du bataillon au secours de son arrière- garde. Un terrible combat corps à corps s'engage alors; un se bat à bout portant, à la baïonnette. Le commandant BiSSON, blessé dans la mêlée d'un coup de pistolet en pleine poitrine , ne cède son commandement au capitaine Friconnkau dk la Motherik qu'après avoir reçu deux nouvelles blessures. Après une demi-heure de lutte acharnée, les Béni- Menacer, repoussés enfin , laissent plus de 200 cadavres sur le terrai n . Notre retraite continue dans un terrain montueux , tourmenté et couvert de broussailles. L'ennemi en profite pour renouveler sans cesse ses embuscades et ses attaques , qu'on doit plusieurs fois repousser à la baïonnette. Dans la soirée, la colonne, après des prodiges de valeur, rentrait à Milianah, ramenant les blessés, les prisonniers et les mulets chargés de butin. Le troupeau seul, difficile ;\ conduire, avait dû être abandonné. Les pertes du 3* bataillon de chasseurs étaient grandes: le capitaine Saint-Jkan I)K 1\)IN riS, les lieutenants II K/.AKi), BKkTMKNKT et PkOji:AN,4 sous-olliciers, 33 caporaux et chasseurs avaient été tués. Le commandant BiSSON, le lieutenant Mkvnaud, le sous-licutenant LautakI), 4 sous-othciers, 5 caporaux, 13 chasseurs avaient été blessés; au total, le bataillon avait eu 7 officiers, 59 sous-oHiciers, caporaux et chasseurs hors de combat. Tout le monde avait noblement fait son devoir; le rapport cite cependant, comme s'étant particulièrement distingués, les capitaines Friconnkau hk LA MoTiiKRiK et Lokknckz; les lieutenants Mkynaud etBRiOUKT; les sous-lieutenants M KLOT
et Lautard; l'adjudant Astikr, a tr.i versé plusieurs fois les Arabes |K)ur porter les ordres du commandant; les sergents-majors IIknnkry, I.acan, Natikr, Mouc.in, nRKSCiriKi.; ce dernier, blessé lui-même, a sauvé un oRicier blessé; les sergents ROSSI, ViGOUROUX, Bkrtrand, Dki.homk, a sauvé son lieutenant mortellement blessé; Sèrkf:, a sauvé son capitaine, qui allait être pris par les Arabes: GuKLFFUCCi, a sauvé plusieurs blessés; les chasseurs Grankt, Pki.kcif.r, blessés; David, Thkbaud, Sarthr, Lkfkiivrk, Pannii.r, Bovkr. Cm anal, sont restés à l'extrême arricrcgardc, faisant le coup de fusil avec les Arabes et suivant les blessés qui, tous, ont échappé à Tcnnemi.
Tant do sang répandu ne fut pas inutile. Peu de temps après le combat du 7 juin, le caïd Sidi Malelc des Béni Menacer entrait en pourpar ers avec le commandant supérieur de Miliauah et offrait la soumission de sa tribu.
Expédition des Flittas.
Le 18 août, le général d'Arbouville sort de Mostaganem pour attaquer sur leur territoire même, les Flittas, qui menacent Mascara, l/î 23, la colonne* ra/.zie les Oulad Sidi Yahia; le 30, elle c!st vivement attaipiéc par les Kabyles. Ce jour-là, une section tic la 3* compagnie du 5" bataillon de chasseurs se trouve, pendant quelques instants, gravement compromise : une trou|)c de Kabyles, profitant d'un pli de terrain, s'avance rapidement contre une vingtaine de chasseurs postés sur un petit mamelon isolé. 1^ capitaine I>K P()NriJAL,8'apcrcevant du danger qu'ils courent, s'élance avec 25 hommes pour aller renforcer le poste menacé. Il arrive à temps et les quelques centaines de Kabylrs, irrités par cette résistance inattendue, pris d'une rage folle, viennent se précipiter contre les baïonnettes de nos chasseurs. Le capitaine DK PoNinAl., blessé d'un cou|) de feu à la poitrine, continue malgré cela k diriger la défense et |)ermet au commandant Ml-.I.I.INKr d'accourir avec deux sections de carabiniers, entraînés au pas de course par le lieutenant (iUll.llKM. qui dégagent la 3* compagnie par une charge imp<'*lueusc.
I/r 4 septembre, la colonne, attaquée au passage du défilé de Siili-Tifour, supporte un nouvtMu combat l<* 5 et neutre ;\ Mostaganem le 7 septembre. 1^ lendemain . le gouverneur général , en
passant la revue du 5** bataillon de chasseurs à pied, lui adresse les plus chaudes félicitations pour sa brillante conduite dans cette rapide campagne, et met à Tordre du jour de Tarméc d'Afrique le commandant Mkllinet, les capitaines i)K Lauakkykk et i>K PONTUAL, Tadjudant Debras, le sergent de carabiniers ViVOT, les sergents Pautard, Rivron et BOURZEIX, qui s'étaient particulièrement distingués le 30 août.
Expédition de l'Oued Foddah.
Les grandes chaleurs étant passées, le général Changamier reçoit Tordre de parcourir, pendant le mois de septembre, la région du moyen ChélifF et de soumettre quelques tribus rebelles au sud de Milianah.
A la tête d'une colonne de 2,000 hommes composée du 6* bataillon de chasseurs à pied (commandant Fokky), d'un petit bataillon de zouaves et d'un bataillon du 26® de lig^e, il se montre d'abord sur la rive droite, chez les Hraz, puis chez les Beni- Kached insoumis, qui sont rudement malmenés.
Le 18 septembre, la colonne bivouaquait à l'embouchure de TOucd Foddah, quand Tagha des Ayad, Ameur ben Ferath, vient implorer l'aide du général Changarnier contre ben Allai qui menace sa tribu. Le 19, au point du jour, Changarnier se met en route avec 1,200 hommes d'infanterie, 200 chasseurs d'Afrique, 3 pièces de montagne et 500 cavaliers des Djcndel. A la grande halte, vers 10 heures du matin, les Kabyles commencent à se montrer sur les hauteurs environnantes ; la fusillade éclate de plus en plus violente dès que la colonne commence à reprendre sa marche. Les flancs de la vallée se resserrent de plus en plus; la colonne est bientôt engagée entre deux hautes murailles de roc coupées d'anfractuosités, où les Kabyles nous tendent des embuscades à chaque pas; une pluie de balles s*abat sur nos soldats. On combat bientôt corps à corps; chaque fois que le terrain s'y prête, on se lance à l'attaque à l'arme blanche ; dans le plus grand ordre on presse le pas dans les passages difiiciles ; Tarrière-garde, toujours prête aux retours oiTensifs, s'élance six fois à la baïonnette. Officiers, sous-officiers et chasseurs du 6® bataillon rivalisent de courage et d'énergie : le lieutenant KiCO r se fait remarquer entre tous par son intrépidité, il tombe mortellement frappé; le sous-
lieutenant Martin meurt le lendemain des suites de ses blessures. La 2" compagnie se trouve, à un moment donné, acculée au bord d'un ravin escarpé. Los Arabes, s'a|x;rccvant de cette d.ingcreusc position, assaillent les clhisscurs de toutes parts et en précipitent plusieurs dans le lit même du torrent, où ils roulent brisés, ensanglantés, aux pieds de leurs camarades. Le chasseur Calmette, de cette compagnie, se fait remarquer par son sang-froid, son énergie et son courage. Serré de près par trois Kabyles, il en tue un de sa carabine, et, saisissant les deux autres, il se précipite avec eux clans le ravin où ccux-ii rhcrcliaii^nt cux-nicnicsà l'entraîner, roule pêle-mêle avec ses deux ennemis quelques centaines de pieds et se relève sans aucun mal , pendant que ses deux adversaires restent morts sur le terrain.
Dans une charge à la baïonnette, le clairon Brunet arrive sur Tennemi en même temps que la cavalerie en tête de laquelle chargeait le général Changarnier; il a le bonheur de sauver la vie de son général en tuant un K.ibyle qui l'ajustait.
Vers 3 heures, la fusillade devient moins vive, et à s heures la colonne arrive à son bivouac. Les pertes du 6' bataillon étaient sensibles : 22 tués, 109 blessés, 15 officiers atteints, dont 5 tués. Pour être juste, il aurait fallu mettre à l'ordre du jour tous ceux qui avaient pris part à cette dure et sanglante journée. Le général ne put citer que ceux qui s'étaient le plus p«irticulièrement distingués; rVtaicnt. au (f btitaillon de chasseurs à pied, le commandant FORKV, le caporal BoNNiN, les chasseurs Canaud et CouÉ, et le clairon Brunet. Ces vaillants chasseurs furent décorés de la Légion d'honneur en récompense de leur belle conduite.
Le lendemain, la journée, moins difficile et moins sanglante, nous coûte encore 3 tués et 10 blessés. Après deux heures de marche dans une vallée de plus en plus large, l'ennrmi abandonne I.1 lutte, et la cohmne peut s'avancer librement. I^i vaillante colonne du général Changarnier venait de fonrcr glori(»uscmcnt le passage que sept ou huit tribus avaient voulu nous fermer, et retournait le 9 octobre  Médcah.
Expédition de rOaarensenit.
Alxlel-K.'ider s'abritait derrière le rempart formé par la chaîne de l'Ouarcnsenis ; réfugié au milieu des rudes montagnards de cette contrée, il semblait narguer les elTorts de nos généraux. 1^ gouverneur général résolut de l'en chasser. A la tète d'une colonne
dont fait partie le 3^ bataillon de chasseurs à pied, il atteint rapidement le ChélifT, s'enfonce dans la région montagneuse de la rive gauche et refoule les Flittas qui, formant Tavant-garde de la masse ennemie, battent immédiatement en retraite sur la vallée de la Mina. Mais la colonne de Lamoricière, dans laquelle se trouve le 10® bataillon de chasseurs, est là qui les attend, et les Flictas lui font leur soumission. Les autres tribus rétrogradent et essayent de franchir l'Oued-Riou. Malgré leurs efforts désespérés, malgré le secours même d'Abd-el-Kader en personne, elles tombent entre les mains de la colonne Gentil, à laquelle est attaché le 3® bataillon de chasseurs à pied.
I^ colonne Chang<nrnier, qui rallie le corps principal h Milianah, se jette le 28 novembre sur les tribus et leur fait subir des pcrt(*s importantes. Le 6" bataillon de chasseurs se distingue à Tarrièrcgarde. Une compagnie de ce bataillon, commandée par le capitaine DE Castagnv, soutient à l'extrême arrière-garde une attaque fort vive des Kabyles, que la vigueur et Tintelligence de cet officier, non moins que les excellentes dispositions qu'il avait prises, firent reculer en leur causant beaucoup de mal. La journée n'avait conte qu'un .seul homme au 6*^ bataillon de chasseurs.
Les colonnes convergent vers les Heni-Ouraghs, qui sont acculés sur les pentes du grand pic de Chemba, au dôme même de rOuarensenis, et se rendent le 16 décembre au gouverneur général.
Les chasseurs d'Orléans.
Le duc d'Orléans, le fondateur et l'inspecteur général des chasseurs à pied, venait de mourir malheureusement le 19 juillet, à la suite d'une chute de voiture. Pour honorer sa mémoire, le roi décida, par ordonnance du 18 août 1842, que les bataillons de chasseurs à pied porteraient à l'avenir le nom de chas.seurs d'Orléans, dénomination qu'ils gardèrent jusqu'au 7 mars 1848.
Campagnes de TOuarensenis et du Dahra, 1843.
A peine le général Bugeaud est-il rentré à Alger, après sa seconde expédition du ChélifT, qu'Abd el-Kader reparaît dans les contrées que nos troupes venaient de parcourir. A son appel, les
tribus incomplètement soumises lèvent Tètendard de la révolte* rinsurrcclion menace moine de gaj;ncr la Metidja.
Le général Changarnicr part immédiatement, le i8 janvier 1843, avec le 6" bataillon de chasseurs ;\ pied, et tombe sur les dissidents, qui rentrent dans leurs montagnes. Cette courte expédition est pour le &" bataillon une nouvelle occasion de se distinguer. Sa 5* compagnie (capitaine DE Castagny) se couvre de gloire en résistant à une vigoureuse attaque de 900 Kabyles. Le capitaine charge en tétc de sa compagnie; il est blessé, mais parvient à refouler Tennemi. A la suite de cette expédition, les capitaines SouMAiN et DE Castagny, le médecin-major Raichon. les sergents Vrrsini, Auclaire et Bernardi, et le clairon NOGUÈs, sont cités à Tordre du jour de Tarmée.
Le gouverneur général met alors en mouvement sept colonnes, qui doivent converger sur TOuarensenis et le Dalira. Le général Changarnier emmène «avec lui les 3'' et 6" bataillons de chasseurs à pied et alxmlo les montagnes de TOuarensenis, dont il atteint le pied même. Les Arabes se réfugient au sommet; on se met à leur poursuite, et le G"" bataillon occupe enfin trois arêtes principales. Mais, pendant cette pénible ascension, l'ennemi, réuni sur les crêtes, fait rouler une avalanche de rochers qui nous blessent une soixantaine d'hommes; une vingtaine d'Arabes sont tués dans Ttittaque. I^e général n»nonce à Tassant, qu'il convertit bientôt en blocus. IVis au piège, les Arabes demandent h parlementer et se rendent à discrétion. Le résultat de cette journée fut la réunion de 2,000 prisonniers et «le 10,000 tètes de bétail. Ce succès amène la soumission du pays, et la colonne Changariiier rentre h Milianah.
Le général Bugeaud, après avoir donné la main à la colonne du général Gentil (s*" bataillon de chasseurs à pied), fondait, le 27 avril, la ville d'Orléansville sur les ruines roumaines d'EI Esnam. Pour occujKîr solidement le Dahra, le gouverneur général songeait à s'établir à Tenez, à Textrémité de la dépression qui sépare cette région montagneuse du Petit- Atlas. Orléansville, sur le plus grand fleuve de l'Algérie, deviendrait le camp d'intérieur, et Tenez le jiort de ravitaillement; ces deux villes p<Tmetlraient de tenir solidement le pays et d'imposer notre domination aux tribus belliqueuses des Oulcd-Younès, des Beni-Zerouals, des Medjounahs, des Achachas, et à la turbulente tribu des Sbéahs. Le 28 avril , le gouverneur général s'empare de 'I cnez et fonde, à 2 kilomètres plus loin, la nouvelle ville de Tenez. Sachant Tannée occupée A SCS travaux cTinst;illation, la tribu des Sbcalis se remue. Le 12 mai,
deux colonnes légères, sous les ordres du lieutenant-colonel Pélissier, leur tombent dessus, les font prisonniers et s'emparent de leurs nombreux troupeaux. Le 5*^ bataillon de chasseurs d'Orléans est chargé de conduire à Mostaganem 7,000 moutons provenant de la razzia. <( Ces diables d'animaux causaient à nos chasseurs plus de tribulations que 7,000 Kabyles auraient pu le faire. Un jour, entre autres, qu'on longeait le ChélifF, un mouton s'avise de sauter dans le fleuve; aussitôt, la bande entière se met en devoir de le suivre. Il fallut qu'une vingtaine des meilleurs nageurs du bataillon se jetassent à leur tour dans le ChélifF {K)ur ramener, à grands coups de trique, l'indocile troupeau vers la rive. 11 y eut bien quelques bôtcs assommées, mais on n'en parla pas. x^ (Ctipitaine DK SOURDEVAL.)
Le 5° bataillon de chasseurs n'était pas habitué à marcher à cette allure; il fallut, dans cet ennuyeux voyage, s'arrêter à tout instant pour faire rentrer dans le rang les moutons vagabonds. Cette conduite prit fin à Mostaganem, et le commandant Canro- BRRT reconduisit bientôt à Orléansvillc son bataillon, chargé de l'escorte d'un convoi de ravitaillement.
Dans la province d'Oran, les 8*" et 10" bataillons de cha.sseurs multipliaient leurs courses et leurs razzias chez les Beni-Amers, les Djaiïras, les Boni Snous, les Oulassas. Avec leur concours, le colonel de Géry fondait le poste de Saïda, et le général Bedeau celui de Sidi bel Abbès.
L'émir essaie d'empêcher de Lamoricière d'établir le poste de Tiaret et paraît au pays des llachcm-Garabas. A cette nouvelle, le gouverneur général prescrit au général Thiéry de renforcer Mascara de quelques dét<irhemcnts disponibles «^ Oran, ainsi que du if bataillon de chasseurs d'Orléans (commandant Clkkk), qui vient d'arriver de France le 20 avril.
Une nouvelle agitation a reparu dans l'Ouarensenis aussitôt après le départ de nos troupes. Les chefs des Beni-Ouraghs qui avaient échappé h notre action reviennent dans leurs tribus, qu'ils soulèvent siins peine contre nous. 1^ général Bugcaud prend la résolution de détruire complètement le prestige de l'émir dans ces contrées. Il réunit une division dont font partie les 5^ et 9"* bataillons de chasseurs d'Orléans et pénètre dans l'Ouarensenis. Le 4 juin, il refoule les Kabyles au combat de l'Oued-Riou; le 9" bataillon de chasseurs y reçoit le baptême du feu. Harcelé pendant six heures par de nombreux fantassins arabes, il leur fait subir de sérieuses pertes et n'a qu'un tué et deux blessés.
Le gouverneur général (onde alors sur rOucd-Riou le bordj d'A mm i- Moussa.
Le combat de Kamachin, le 15 juin, où est engagé le 5° bataillon d'Orlrans, amène la soumission des hcni-Ouraglis. I^s autres tribus commencent à venir demander Taman ; mais les lieutenants d*Abd-eUI<ader, Ben Allai et Ben Thamy, campés sur le haut Riou, tentent d'arrêter le torrent des soumissions entraînées les unes par les autres. Le gouverneur général fait aussitôt partir le colonel Le Flô avec un bataillon de zouaves, le 5'' bataillon de chasseurs (commandant Cankohkrt) et 70 chasseurs d'Afrique. Guidée par le colonel Pélissier, la petite colonne ne trouve plus que les feux à demi éteints du cam|)cment; elle poursuit sa course en suivant les traces de l'ennemi. Le colonel Le Flô se trouve bientôt en face de deux pistes : il commet Pimprudence dangereuse de diviser la colonne pour les suivre à la fois toutes les deux. Le commandant CANROnKRT s'engage avec le 5" bataillon sur celle de droite; le colonel Le l'^lô suit colle de gauche avec les zouaves. Après une heure de chemin, il se heurte, avec ses 400 zouaves, à 1,200 réguliers de Khalifas solidement postés. L'engagement devient très vif; malgré l'élan des zouaves, le combat reste indécis jusqu'au moment où le commandant Canrorkrt, accourant au bruit de la fusillade , arrive par la traverse , et , par une action vigoureuse, décide le succès. Le commandant Canrohkrt, les capitaines DR JouVKNiOURT et DoKK, rcdcinicr blesse, et le sergent rAUTARU, grièvement blessé, sont cités à l'ordre du jour comme s'étant particulièrement distingués dans ce combat.
Le lendemain, le q** bataillon enlevait, après un vigoureux effort, la position de Zamora et la conservait pendant la nuit , malgré les attaques réitérées des Kabyles.
\jcs Khalifas, menacés par le mouvement du gouverneur, abandonnent la partie et les soumissions, un moment arrêtées, aflluent de nouveau au camp fr.in(;ais.
Pendant ce temps, le duc d'Aumale enlevait audacieusement, le 16 mai, à Taguin, la smalah d'Abdel-Kader, sans que celui-ci, tenu sans cesse en haleine par de Lamoricière , ait pu se porter à son secours.
Le II novembre 1843, '^ colonel Tempoure, après une marche extraonlinaire de quatre jours et quatre nuits, atteint et détruit, :\ rOucd Malah, Tinfanterie régulière d'Abd-el-Kader, commandée par Sidi Embareck, qui est tué dans le combat. Sa deïrah enlevée, Sidi Umbareck mort, son infanterie régulière détruite, la situation de l'émir était devenue très précaire.
Pendant le reste de Tannée 1843, les colonnes multiplient les courses et les razzias; nos bataillons de chasseurs, les 3*", 5*^, 6*^, 8°, 9° et 10**, avec Bugeaud, promu maréchal de France depuis le 13 juillet, Pélissier, de Lamoricière, Bedeau, d'Arbouville, tiennent sans cesse la campagne avec un entrain et une solidité remarquables.
Le 18 octobre, le 10® d'Orléans, qui est déjà en colonne depuis plus d'un mois, se met en marche à midi, dans la direction du Sud, pour poursuivre la nouvelle deïrah d' Abd-el-Kader, arrive à minuit près d'un petit lac salé où la colonne s'arrête pendant trois quarts d'heure. La marche est reprise vers l'Est jusqu'à 10 heures du matin; après quatre heures d'arrêt, nouveau départ pour aller camper à Chalfb, dans une île du Chott ei Gharbi. Parties depuis trente et une heures, nos troupes ont marché sans eau, sous un ciel de plomb, pendant vingt-six heures. A peine campées, une pluie torrentielle se met à tomber et inonde la plaine. La crainte d'être bloqué par les eaux dans l'île où l'on bivouaque force le général à donner l'ordre du départ. La colonne se remet en marche avec de l'eau et du sable jusqu'aux jarrets et atteint péniblement les bords du lac, pour se diriger ensuite vers le Nord et n'atteindre le lieu de bivouac, le 20 octobre, qu'à 4 heures du soir. Sur cinquante-deux heures, du 18 octobre à midi au 20 octobre à 4 heures, les chasseurs du lo"^ bataillon avaient fourni quarante-deux heures de marche !
« Entre temps, nos chasseurs savent échanger leurs carabines pour l'outil des travailleurs, toujours prêts à faire ce qui est profitable à la grandeur de la patrie. » (Colonel Pélissier.) Ils construisent des routes aussi utiles à la colonisation qu'à la conquête, travaillent à la fondation des villes nouvelles, construisent des aqueducs, moissonnent les champs, cultivent les jardins.
Campagnes de Tannée 1844.
C'est au sein de la plus profonde tranquillité que l'année 1844 commençait en Algérie. La voix de la poudre ne se faisait plus entendre ; les travaux de la paix semblaient devoir succéder aux fatigues et aux agitations de la guerre. Pendant les mois de jan* vier, février et mars, les groupes ne furent guère employées qu'à des travaux d'utilité publique. Mentionnons, cependant, la rccon-
naissance de Lalla-Marghnia, l*expédition du colonel de Martimprey avec le 8" bataillon tic chasseurs d'Orléans et deux escadrons de cavalerie, dans laquelle les trou|>cs, emportant huit jours de vivres, atteignent, après sept jours de niarchei Taglia Kadah ben Moktar, qui vient se livrer lui-môme.
La tranquillité dont nous jouissions n'allait pas être de longue durée.
Expédition de la Kabylie orientale.
IVir punir les Kabyles des tribus de PEst qui avaient accueilli l'agitateur Ben Salem et refusaient d'entrer en relations avec nous, pour s emparer de la ville insoumise de Dellys, ce port d'escale si rapproche d'Alger, le maréchal Bugeaud réunit le 25 avril, ;\ Maison-Carrée, une colonne imjiortantc dans laquelle le 3'' d'Orléans était représenté par sa compagnie de carabiniers, commandée par le lieutenant MURVOV.
Après avoir traversé, sous une pluie persistante, la plaine de la Metidja et la rivière des Issers, sur les bords de laquelle notre colonne faillit être bloquée par les eaux, le maréchal Bugeaud arrivait le 7 mai à Uellys, dont il assurait immédiatement la possession.
1^ 12 mai, la moitié de la colonne, qui allait au camp de Bordj Menaïel, est attaquée au passage «le l'Oued Nc<;a. Jetant son convoi et ses bagages sur la rive gauche, le maréchal prend l'ofTensive sur la rive droite et met les Kabyles <lans une complète déroute. LjC 17 mai, la colonne, rejointe la veille par celle du général Gentil, monte à 3 heures du matin à l'assaut du village d'Ouarrez Eddin, au sommet des crêtes des Plissas.
La pente est raide ; notre avant-garde, composée de deux compagnies de zouaves, de la compagnie de carabiniers du 3" d'Orléans et d'une section du génie, s'engage dans un chemin couvert bordé de haies de cactus, de Icntisques et d'oliviers sauvages. On marclie en silence, l'oreille attentive aux moindres bruits; nos carabiniers fouillent les ombres de leurs regards. Enfoncés dans le chemin creux, ils montent sans perdre de temps, d'attendant à être attaqués à droite, à gauche, si l'éveil est donné. Tout à coup la fusillade éclate. Les habitants d'Ouarrez Eddin, surpris dans leur sommeil, sont massacrés par l 'avant-garde. Des clameurs immenses s*élèvent dans la montagne ; la colonne accourt renforcer son avant-garde.
La lutte s'engage corps i corps; ces fiers montagnards, qui n'ont jamais payé l'impôt aux Turcs, défendent avec énergie leur amour-propre national et leur indépendance séculaire. Mais rien ne peut tenir devant nos troupes, électrisécs par le noble exemple de leur maréchal qui, bravant le danger, donne ses ordres pendant le combat, exposé comme le dernier de ses soldats au feu le plus violent des Kabyles. Après quatre heures de lutte, ils fuient enlin, ces intrépides, nous abandonnant une grande quantité d'armes et un drapeau, et laissant le terrain jonché de 800 de leurs cadavres. La compagnie de carabiniers du 3** d'Orléans avait noblement représenté son bataillon dans ce combat acharné. Les citations à l'ordre du jour qu'elle obtint en font foi. liftaient cités : le lieutenant HuRVOY, blessé; le sous-lieutenant LauïARD, le sergentmajor Revol, le fourrier Castevin, le caporal FoiSSV, blessé; le carabinier BoNNET, grièvement blessé.
La grande tribu des Plissas, qui s'était toujours montrée rebelle, faisait sa soumission le 21 mai.
Le maréchal, remontant alors l'Oued Sebaou, alla soumettre, le 24 mai, la tribu des Amraoua. La colonne se remettait en route le 26 pour entrer à Alger.
Fendant que sa compagnie de carabiniers s'illustrait sous les ordres du gouverneur général , le 3® d'Orléans s'enfonçait avec le général Marey dans les sables brûlants du désert. Le i^' mai, la colonne partait de Médéah et atteignait Laghouat le 25. Le général Marey poussait une pointe jusqu'à 44 kilomètres de cette ville, et, après avoir re(;u de toutes les populations l'accuiril le plus favorable, ramenait sa colonne i Médéah le 22 juillet.
Expédition du Dahra.
Les tribus récemment soumises, profitant d'une concentration de nos troupes sur la frontière marocaine, s'agitaient sourdement. Le colonel Cavaignac résolut de les maintenir sous notre domination et partit le 16 mai avec une colonne pour parcourir la vallée du Chéliff. Le 5"* bataillon d'Orléans l'accompagnait.
Les Sbeahs ayant repris les armes , la colonne descend le bas Chéliff pour les chdtier. Sans nous attendre, ils gagnent la montagne et se réfugient dans des grottes profondes réputées inviolables. Le colonel Cavaignac va les y atteindre. Le 10 juin, après une
reconnaissance de la position, la compagnie de carabiniers du 5* bataillon d*Orléans (capitaine I)K JOUVKNCOURT) s'établit sur les hauteurs, vis-à-vis de Tentrée des grottes, dans lesquelles elle refoule les Arabes par un feu bien ajusté. La 2** section . conduite par le lieutenant Chopin et le sergent Lajus. passant par des sentiers dérobés, parvient à s'approcher d'une des ouvertures devant laquelle les carabiniero entassent à la hAtc des broussailles, de la paille, des fagots. On y met aussitôt le feu pour enfumer les Sbeahs et les forcer à se rendre. Cette tentative échoue.
Le capitaine DK JouVKNCOURT, plein de bravoure et de sangfroid, exécute seul la reconnaissance des autres ouvertures canon nées sans résultat. Tout à coup il tombe frappé au-dessous du cœur par une balle ennemie. Les Sbeahs se précipitent sur son corps pour l'emporter; mais des carabiniers de chasseurs n'abandonnent jamais le corps de leurs officiers : ViVOT et Kavail, sergents, Mkkcikk, Bomont. Kaitikk et Ukij.kvoik. carabiniers, s'élancent pour rapporter dans nos rangs le corps de leur brave capitaine. Kaitikk roule dans le ravin, la jambe cassée d'une balle; les autres continuent leur course. Mkkcikk, dont la réputation herculéenne est légendaire au 3*" d'Orléans, charge le corps du capitaine sur ses épaules ; une balle lui brise la main sans le forcer |)our cela à abandonner son précieux fardeau, qu'il est obligé de déposer quelques pas plus loin; il vient de tomber la cuisse tr.ivcrsée d'une seconde balle. Les deux sergents et les<leux car.ihiniers (|ui restent rapportent alors le corps du capitaine et vont ensuite chercher leurs deux camarades blessés.
Four brusquer le dénouement , le colonel Cavaignac fait miner le sol au-dessus des galeries; les explosions ébranlent les voûtes qui commencent à s'écrouler. Les Sbeahs tentent de fuir, mais ils sont re[K>ussés par le feu d'un cordon de vedettes qui font bonne garde. Terrifiés par le bruit des explosions, tourmentés par la soif, les Slïcahs se» rcndrnt h <lis<*r«'ticm.
Le 15 juin, dans le cimetière d'OrIcansville, le 5" bataillon de chasseurs rendait les derniers devoirs au capitaine l)K JoUVEN- COUKT, dont le corps avait été ramené par ses carabiniers.
« Les événements survenus à la frontière du Maroc , écrivait le maréchal Bugeaud au colonel Cavaignac, nécessitent la présence lie troupes soli<les et aguerries dans l'Ouest de la province d'Oran ; faites partir de suite le 5'' Iwitaillon de chasseurs d'Orléans. »
A |>cinc était- il en route pour la frontière de l'Ouest, qu'il lut arrêté dans sa marche et placé sous les ordres du général de
l^ourjolly, pour surveiller les tribus de la haute Mina. Sa mission terminée, le 5"* bataillon d'Orléans rentrait à Mostagancm le i*"" juillet.
Isly.
I^ situation avait empiré vers la frontière du Maroc et une nouvelle guerre avec notre voisin Muley Abderrhaman allait s'ajouter à la guerre de la conquête.
Abd-el-Kader, réfugié près d'Ouchda, avait reconstitué sa deîrah et soulevait par ses intrigues les premières difficultés entre la France et le Maroc.
Après le ravitaillement de Sebdou, les 8*^ et 9® bataillons de chasseurs] prenaient part aux travaux de fortification de l.alla- Marghnia, poste extrême de la frontière, i Textrémité du désert d' Angade, à 24 kilomètres d*Ouchda et à 60 kilomètres à l'ouest de TIcmccn, qu'il devait reliera son port de ravitaillement de Djemmaa Ghazouat. Les Marocains nous contestèrent le droit d'occuper I^lla-Marghnia, prétendirent que la Tafna était une limite absolue, et que l'occupation de ce point constituerait une violation du territoire du Maroc.
Le 30 mai, à Sidi bel Aziz, 2,000 Abias Boukhari vinrent sommer les généraux Bedeau et Lamoricière de se retirer. Ils furent repousses avec des pertes sensibles. Les 8®, 9® et 10® bataillons de chasseurs se distinguèrent dans cette action, où se firent remarquer le capitaine DIC Makoixks, du 9" bataillon d'Orléans, blessé à la tôto, et le carabinier Tkopkf-, du 8* bataillon, qui, après avoir abattu un porte-dra|)eau marocain, s'élança avec quelques-uns de ses camarades au-devant des cavaliers qui venaient enlever le mort, les mit en fuite et rapporta victorieusement son drapeau.
En apprenant ces graves nouvelles, le maréchal Bugeaud, qui venait heureusement de recevoir la soumission des Flissas, réunit toutes les troupes disponibles, appelle à lui le 6^ bataillon de chasseurs et*accourt en toute hâte à Lalla-Marghnia. 1^ 12 juin, le 8° bataillon de chasseurs est envoyé à la rencontre du maréchal, qui lui décerne les plus grands éloges et met le carabinier TroPëL à l'ordre du jour de l'armée d'Afrique. Le 15 juin, le caïd d'Ouchda Gennaoui demande une entrevue au maréchal Bugeaud. Après un entretien inutile entre le caïd et le général Bedeau délégué, au marabout de Sidi Mohamed el Oussine, sur la rive droite de TOuel
el Mouïlah, les Marocains tirent traîtreusement sur l'escorte du général. Le maréchal accourt avec quatre bataillons, dont trois de chasseurs d'Orléans, les 8", 9®, 10®, qu'il lance sur Tennemi. Celuici, vigoureusement attaqué, s'enfuit en désordre en laissant un grand nombre de tués sur le terrain. Le maréchal retourne se ravitailler à Lalla-Marghnia, envoie le 8** bataillon chercher un convoi qui vient de Djemmaa Ghazouat, point de ravitaillement de Tarmée, et marche ensuite sur Ouchda, qu'on trouve évacué. Au retour sur Lalla-Marghnia, les Marocains nous attaquent au passage de l'Oued Isly, le 3 juillet; ils sont repoussés sans peine; les S^ et g"" bataillons prennent part à ce combat.
1^ 13 août, le maréchal Bugeaud réunit sa petite armée et se prépare à marcher contre l'armée marocaine commandée par le fils de l'empereur du Maroc.
I^ 12 au soir, daus un punch auquel l'avaient convié ses officiers, le maréchal leur expliquait en ces termes son plan du lendemain et du surlendemain : « Après-demain, mes amis, s'écriait-il de sa voix forte et pénétrante, sera une grande journée, je vous en donne ma parole. Avec notre petite armée, dont l'effectif s'élève à 6,500 baïonnettes et 1,500 chevaux, je vais attaquer l'armée du prince marocain qui, d'après mes renseignements, s'élève à 6o,ooQ cavaliers. Je voudrais que ce nombre fût double, fût triple, car, plus il y en aura, plus leur désordre et leur désastre seront grands. Moi, j'ai une nrméc; lui n'a (|u*une roliur. Je vais vous préflirc ce qui se passera, lît d'al>or(l, jr veux vous expliquer mon onirc d'altacjuc. Je (lonn<! à ma potilcr armcf la forme d'une hure de sanglier. Entendez- vous bien ! La défense de droite, c'est Lamoririère ; la défense de gauche , c'est Bedeau ; le museau , c'est Pélissier, et moi, je suis entre les deux oreilles. Qui pourra arrêter notre force de pénétration? Ah! mes amis, nous entrerons dans Tarmce marocaine comme un couteau dans du beurre. Je n'ai qu'une crainte, c'est que, prévoyant une «léfaitc, ils ne se dérobent à nos coups. ^
Comment pouvoir décrire l'enthousiasme soulevé par le discours du maréchal, dont je rends le fond, mais qui perd cette forme originale (|ue revêtait sa |)arole, si bien faite |>our remuer les fibres de ses soldats ?
« Ijc lendemain, toute l'armée connaissait le discours du punch et s'identifiait avec l'âme de son chef; elle, comme lui, n'avait qu'une crainte, relie de voir se dérober les Marocains. ^ (Léon Roches.)
Le 13 août, à 3 heures de l'après-midi, la petite année part de Lalla-Marghnîa dans l'ordre suivant :
Avant-garde, colonne de Cavaignac, quatre bataillons dont le 8* d'Orléans, commandant Fromknt-Coste ; colonne de droite, général Bedeau, sept bataillons, dont le çf d'Orléans, commandant ClërR; colonne de gauche, colonel Piu.lsslKK, sept bataillons, dont le lo'^ d*Orléans, commandant BOUAT ; arrière-garde : trois bataillons, dont le 6® d'Orléans, commandant DE FERREUSE. Au centre du losange, la cavalerie, l'artillerie, l'ambulance, le train des équipages, les bagages et le troupeau.
Le lendemain 14, en arrivant à Djerf Hakdar, où l'Isly fait un coude prononcé, on découvre trois grands camps de tentes blanches de même forme.
Des cavaliers ne tardent pas à accourir et à engager une fusillade assez vive avec les chasseurs du S" bataillon d'Orléans, déjà embus* qués le long de risly. A partir du passage à gué de l'Isly, l'affaire devient générale. Une nombreuse cavalerie irrégulière cherche à nous tourner, et ouvre à plusieurs reprises un feu très violent sur la tête de la formation et sur tout son pourtour. A l'aile droite, où se tient le 9*^ d'Orléans, la 4^ compagnie et une section de carabiniers sont déployées en tirailleurs; les cavaliers ennemis se précipitent à la cliarge contre nous. Les tirailleurs rentrent et le bataillon, déployant trois faces du carré, repousse à la baïonnette l'ennemi, décimé par son feu; le 9*^ compte alors 9 blessés. A l'aile gauche, le 10® bataillon, couvert par les tirailleurs de la section du Ueutenant DuPRÉ, maintient l'ennemi à distance par son tir meurtrier. A l'arrière-garde, les tirailleurs du 6® d'Orléans, habilement disposés en éventail, abattent de leur feu les cavaliers audacieux qui tentent de pénétrer dans l'intérieur du losange.
La cavalerie française fit des prodiges de valeur; enveloppée un moment par des nicisscs innombrables de cavaliers marocains qui attaquaient notre flanc droit, elle est dégagée par un mouvement tournant rapidement exécuté par le 9^ bataillon d'Orléans, un bataillon de zouaves et un bataillon du 15° léger, qui détermine la retraite de l'ennemi.
Vigoureusement poursuivis par notre cavalerie, les Marocains se retirent en désordre, partie par la route de Thaz:i, partie par les vallées qui conduisent aux montagnes des Beni-Snassen.
« Il était alors midi ; la chaleur était grande, les troupes de toutes armes très fatiguées. Il n'y avait plus de bagages ni d'artillerie à prendre, puisque tout était pris. Je fis cesser la poursuite et ramenai toutes les troupes dans le camp du sultan.
>> Lo colonel Yusuf m'avait (ait réserver la tente du lils de l'empiv
reur. On y avait déposé les drapeaux pris sur Tennemi, au nombre de dix-huit ; les onze pièces d*artillcrie, le parasol de commandement du fils de Tempereur, et une foule d'autres trophées de la journée.
» Les Marocains ont laissé sur le champ de bataille au moins 800 morts, presque tous de la cavalerie; rinfanterie, qui était peu nombreuse, nous échappa en très grande partie à la faveur des ravins. Cette armée a perdu, en outre, tout son matériel ; elle a dû avoir de 1,500 à 2,000 blessés.
» Notre [)crte a été de 4 ofTiciers tués, 10 autres blessés; de 23 sous- officiers **t soldats tués et de 86 blessés.
:^ La bataille d'Isly est, dans Topinion de toute Tarméc, la consécration (le notre conquôlc de l'Algérie ; elle ne peut manquer aussi d'accélérer beaucoup la conclusion de nos dilTérendsavec l'empire du Maroc.
» Je ne saurais trop louer la conduite de toutes les armes dans cette action qui prouve, une fois de plus, la puissance de l'organisation et de la tactique sur les masses qui n'ont que lavantage du nombre. Sur toutes les faces du grand losange formé de carrés par bataillons, l'infanterie a montré un sang froid imperturbable. Les bataillons des quatre angles (chasseurs d*Orléans), ont été tour à tour assaillis par 3 ou 4,000 chevaux :\ la fois, et rien n*a été ébranlé un seul instant; l'artillerie sortait en avant des carrés pour lancer la mitraille de plus près; la cavalerie, quand le moment a été vtîuu, est snrlic avec une imjMHuosité irrésistible et a renversé tout ce qui se trouvait devant elle.
j^ Je nVntrcprcndrai pas d*énunirrcr toutes le.^ .irtions d'écLil qui ont signalé cette journée, mais je ne puis me dispenser de citer les noms des militaires de tous grades qu'on a le plus remarqués.
» Je citerai dans la colonne de droite :
» Le capitaine GUVOT, du q** bataillon de chasseurs d'Orléans.
^ Dans la colonne «le gauche :
'^ \jc r\\c( i\r bataillon Hoiî/M, connnnndant le lo*" bataillon <le chasseurs d'Orléans; le caporal Skkvai., du même bataillon.
T» Dans le bataillons formant tétc de colonne, je citer.ii : le commandant Fromknt-Cdstk. commandant le S** bataillon de chasseurs d'Orléans; les capitaines Dki.M AS et DuTKRTRKet l'adjudant Flkcmkt, du môme corps.
^ Dans les bataillons formant Tarrière. garde :
^ Dans le 3^ bataillon de chasseurs d'Orléans. M. le chef de l>a- Uiillon Bai'vn dk PKRRKi'SKet le capitaine Jourdain.^ (Rapi>ort du maréchal Bugeaud.)
Après la victoire, le commandant Froment-Coste, du 8" bataillon, reçut la croix d'officier de la Légion d'honneur; le capitaine Delmas et l'adjudant FléCHET furent faits chevaliers de la Légion d'honneur.
Les Marocains éprouvèrent des pertes considérables; leurs traînards et leurs blessés furent impitoyablement traités par les tribus dont l'armée en fuite traversa le territoire pour regagner Fez.
La bataille d'Isly eut un effet moral extraordinaire. La lettre de change tirée par le prince de Joinville i Tanger et h Mogador avait été largement payée par le maréchal, qui fut, en récompense de sa victoire, créé duc d'Isly. Une paix glorieuse pour nos armes fut signée à Tanger le lo septembre 1844.
La fin de l'année 1844 fut marquée par la création de routes militaires, de camps retranchés et de bockhaus devant relier entre eux les postes nouvellement créés dans le Sud et dans le Dahra. Nos chasseurs y furent activement employés : le 5® bataillon, au camp des Gorges; le 8®, à Sebdou; le 10*, à Lalla-Marghnia.
Mentionnons aussi, pour terminer l'année 1844, deux petites opérations faites : Tune, vers le milieu de septembre, par le général de Bourjolly, chez les Flittas, avec le 5" bataillon d'Orléans, h la suite de laquelle, le 18 septembre, le capitaine DE Labakevre et le sergent de carabiniers VIVOT furent décorés de la main du général devant les troupes de la division rassemblées sous les armes; l'autre, chez les Kabyles des environs de Dellys, du 23 octobre au 7 novembre, par le maréchal lui-même, pour dégager le général Comman à Dellys, dans laquelle le 3" bataillon d'Orléans participa au glorieux combat de l'Abizzar, le 20 septembre, dont le résultat immédiat fut la soumission de toute la contrée environnant Dellys.
Campagnes de l'année 1845. — Insurrection générale.
Pour quelque temps, la victoire d'Isly avait Até aux Aral>t*s l'envie de renouveler leurs soulèvements. Visitées à tout moment par nos colonnes, les tribus se maintenaient dans une tranquillité relative. Cependant les esprits se ranimaient en dessous, il y avait longtemps qu'on n'avait fait parler la poudre ; de plus, Alxl-el- Kader, après quelques pointes infructueuses chez nos alliés, se voyant surveillé de près et désespérant de nous surprendre, s'était rejeté dans le Maroc, où il campait sur la rive gauche de la Mou-
louïa. Il acquit bientôt un ascendant considérable» non seulement sur les tribus marocaines voisines de la frontière, mais encore sur nos tribus nomades du Sahara algérien. Une sourde agitation commence à se manifester, le fanatisme musulman qui semblait un instant endormi se réveille tout à coup et provoque la tentative de surprise du poste de Sidi -bel- Abbés.
Bientôt les Oulad Mellouck, les Douï-Saïd, abandonnent notre territoire; les Beni-Bou-Saïd, les Beni-Snous, les Mesirda, cessent h peu près toutes relations avec Tautorité française; deux grandes fractions des Traras, imitant Texcmple des Oulassas, refusent ouvertement rimpôt et se mettent en pleine révolte.
Le général Cavaignac. emmenant avec lui le 8" bataillon de chasseurs d*Orléans, tombe sur les Oulassas, qu*il châtie, et rentre a Sebdou.
Une pointe hardie du colonel de (îéry chez les Oulad-Sidi-Cheik arrête Alxl-cl-Kadcr, qui voulait de nouveau pénétrer sur notre territoire.
Bou-Maza dans le Dahra.
Dans le Dahra, la situation <levicnl dr plus en plus tendue: le rhérif Moliamod-ben- Abdallah, connu sous le nom de Hou-Mazi (riiomme à la chèvre), proche ouvertement la guerre sainte. L*insurrcction débute par le massacre de nos chérifs arabes alliés. Aussitôt tout(!S les tribus de la niont.ignc se soulèvent à la voix de Ik>u-Maza. Le général de Bourjolly part de Mostaganem, et le colonel de Saint-Arnaud d'Orléansville, pour opérer la réunion de leurs colonnes et réprimer ensuite l'insurrection. Les crues du printemps arrêtent devant le pont du bas Chéliff, emporté par les eaux, la colonne de Bourjolly, dont fait partie le ql^ bataillon d'Orléans (coniniandant (l.KKl). IV iidant r<î temps, le coinnci de Saint-Arnaud s'engage dans les montagnes avec le bataillon du commandant Cankohkkt, 5'' d'Orléans. ]3ou-Maza marche sur Orléansville dont il veut s'emparer; il est battu le 14 avril à Aïn- Meran par la cavalerie du colonel de Saint- Arnaud et rejeté clans la montagne. Ix 18 avril, le colonel poursuit ses avantages rt SI» |Mïrte au cœur <lu Dahra. chez les Oulccl-Youness, la belliqueuse tribu de Bou-Ma/.a. A peine rampé sur le plateau de IWl, M envoie quatre reronnaissan<*esdans la direction des quatre |M)ints cardinaux. I^ commandant Ca.nkohkk 1 part vers le Sud avec les
i'*, 2* et 3® compagnies, et la compagnie de carabiniers du 5® d'Orléans, en tout 300 hommes.
Cette colonne, engagée dans un passage difficile, est subitement attaquée sur son flanc gauche par une foule de Kabyles qui dégringolent de tous côtés de la montagne. Les Kabyles, brandissant leurs armes avec des cris sauvages, accourent en désordre; ils menacent de couper la retraite à la reconnaissance et de l'écraser sous le nombre. Le commandant Canrobert, sûr de ses chasseurs, rallie ses carabiniers déjà déployés en tirailleurs, enlève ses hommes, qu*il lance à la charge contre la horde kabyle. Celle-ci, étonnée de l'audace de ces trois cents braves, s*arrête surprise. Cet arrêt d'un instant suffit au commandant pour lui permettre de prendre position sur un petit plateau. Nos chasseurs s'embusquent aussitôt derrière les pierres et les buissons et ripostent au feu nourri que les Kabyles ouvrent sur eux. Excités par leurs chefs, les ennemis se ruent à plusieurs reprises à Tassaut de cette position ; la baïonnette joue chaque fois terriblement entre les mains de nos chasseurs, soutenus par la mâle attitude de leur intrépide commandant. Dignement secondé par le capitaine DE DoRiX)r>OT faisant fonctions d'adjudant-major, et par l'adjudant rKl.r.KTKNT, le commandant dirige la défense avec un admirable sang- froid. La lutte devient de plus en plus âpre; le sang de nos chasseurs commence à couler. Dans un assaut furieux, deux chasseurs blessés sont emportés par les Kabyles; le brave sergent Lajus s*élance à leur secours, il tombe frappé de deux blessures; les Kabyles se jettent sur lui et l'enlèvent «^ son tour. Le clairon Danot s*élance aussitôt et larde avec sa baïonnette les trois Kabyles qui emportent le sergent; Lajus est sauvé.
Depuis une heure déjà, la lutte se soutient avec acharnement, la charge sonne! C'est le lieutenant BONNHT qui accourt avec tous les chasseurs qui sont restés au camp. Le commandant Canrorkrt, se voyant soutenu, laisse la 2" compagnie à la garde des morts et des blessés et s'élance aussitôt avec le reste de son bataillon. En un instant, tout le terrain on avant est balayé. Tout à coup, le commandant s'aperçoit que la 2*' compagnie qui garde les blessés est attaquée par une troupe de Kabyles qui viennent de déboucher d'un ravin. Il revient aussitôt en arrière avec ses carabiniers et dégage la 2® par une charge à la baïonnette. L'ennemi se retire alors complètement et le 5*" d'Orléans rentre au camp de BâI rapportant 5 morts, dont les sergents GiLMAiRK et BOMON r, Tun des braves qui se dévouèrent pour rapporter le corps du capitaine l>F.
JOUVF.NCOURT ct 10 hommes grièvement blessés. Mais les chasseurs avaient eu la douleur de laisser entre les mains des Ka« byles deux de leurs camarades blessés. Un sort épouvantable leur était réservé, c.ir la nuit suivante ils furent brûlés sur un mamelon très élevé, en vue do nos avant- postes, dont Tattention avait été attirée par le bruit des tamtams et les hurlements sauvages des Kabyles.
Le 20 avril, les Beni-Hidjas attaquent le camp des Gorges sur la route d*Orléansville \ Tenez. Le blockhaus est gardé par une section de la 6** compagnie du 5** bataillon d'Orléans, commandée par le sous-lieutenant Balland. Les Kabyles, se défilant derrière un pli do terrain, se jettent brusquement sur le camp, tuent le lieutenant du génie Commandeur, directeur des travaux de la route, et 2 chasseurs, et en blessent 11 autres. Ils se précipitent immédiatement sur les tentes et pillent avec avidité les bagages et le matériel de travail. A la faveur du pillage, le sous-lieutenant Balland rallie ses chasseurs, se jette rapidement dans le blockhaus et fait aussitôt ouvrir un feu violent sur les Kabyles qu*il chasse de Tenceinte du camp. Pendant ce temps, nos chasseurs assistèrent terrifiés et impuissants à une scène de carnage indescriptible. Une malheureuse enfant de 6 ans, fille d'un cantinier, qui n'avait pu se réfugier k temps dans le réduit, avait été mise en pièces par les Kabyles et coupée par quartiers.
A la nciuvt*llr do rotle attac)uc, Ir ayUmv.l <lr Saint-Arnaud .ncrourt au <amp des (ic)rf;cs, lait exécuter m «Icux jours une redoute à laquelle il tlonnc le nom du lieutenant Commandeur, ct y laisse le capitaine DKPoNTUAr^avcc 200 chasseurs du 5"* bataillon. La colonne entre ensuite chez les Beni-llidjas, saccage, brûle, détruit tout sur leur territoire. Terrifiés par cette répression, ils viennent demander Taman quelques jours après. Le colonel de Saint-Arnaud veut leur imposer comme condition le versement «le leurs armes; sur leur refus, la colonne continue son œuvre de destruction, coupe les arbres fruitiers au pied et vide les silos. Les Beni-llidjas, amenés à merci, se soumettent enfm et versent leurs armes.
Le colonel de Saint- Arnaud se met ensuite à la poursuite de Bou-Maza, qui vient d'attaquer sans succès le blokhaus d'Orléansville le 28 avril. 1^ 21 mai, sur les Ixirds de TOued-Sidi Bcl- Abed, il bat encore chez les Beni-Youness le chérifT, (jui est retourné dans la vallée du ChélifT, le poursuit vivement, lui tue 400 hommes, lui prend un drapeau et le force à vider les lieux.
Combat de Tedjenna.
Le I'*'' juin, une compagnie du 2® bataillon d'Afrique, formant l'extrême arrière-garde de la colonne, est vigoureusement attaquée et sur le point d'être enlevée. Averti du danger, le commandant Cankouert s'élance à son secours avec la 6^ compagnie du 5® bataillon et les carabiniers. Les chasseurs chargent à la baïonnette. La mêlée s'engage, on lutte corps à corps. Le sous-lieutenant Etournaud, de la compagnie de carabiniers, est tué d*un coup de feu tiré à bout portant; le sergent de carabiniers Maignen, jeté à terre tout étourdi par un coup de crosse, est entraîné par deux Kabyles ; le sergent Vi VOT les perce à coups de baïonnette et sauve son camarade. La vigoureuse intervention du commandant Can- ROBERT dégage la compagnie du 2° bataillon d'Afrique et lui permet de rallier la colonne.
I^ colonel de Saint-Arnaud continue la pacificsition du Dahra, dont les tribus demandent successivement l'aman et se soumettent au désarmement. D'ailleurs, elles en ont assez de prêter l'oreille aux perfides conseils de cet agitateur fanatique, cause de leur ruine; elles le chassent enfin de leurs territoires. Bou-Maza, atteint par notre fidèle Hadj-Ahmed, est même sur le point d'être pris.
Le 3 mai, le gouverneur général part avec une colonne, passe à Milianah et pénètre dans l'Ouarensenis pour châtier les Béni- Ferath. Il emmène avec lui le 3** bataillon de chasseurs d'Orléans. Le 26 mai, le maréchal inflige un châtiment sévère aux Dcfelten et leur enlève leurs troupeaux. Après avoir opéré le désarmement de plusieurs tribus, il rentre à Alger, en laissant le commamlcnicul de la colonne au colonel Pélissier. Celui-ci enfume les Ouled-Rhia dans les grottes du Dahra et force cette tribu à demander l'aman.
Dans la province d'Oran, le général Cavaignac opérait en mai une razzia chez les Oulassas et tombait au mois de juin chez les Beni-Snous. I^ 1 1 juin, son arriére- garde, composée du 8" bataillon d'Orléans, est vivement attaquée par les Kabyles, qui sont repoussés. I^ chasseur AN(;Kr J prend un drapeau à l'ennemi. I>e 8" compte 3 tués et 16 blessés dans cette affaire, à la suite de laquelle le général Cavaignac pousse plus avant dans la région des Chotts et razzie les Hamian-Oarabas.
A la suite de tous ces succès, la paix semblait être sérieusement rétablie; ce n'était malheureusement pas pour longtemj>s. Une
foule cragitateurs, des soi-disant Bou-Maza, se lèvent bientôt |)our prêcher la guerre sainte. Le véritable Bou-Maza reparaît dans la vallée du Chéliff, soulève les Sbeahs et assassine notre fidèle agha Kl-Iladj- Ahmed. C'était bien ce qu'avait prévu le colonel de Saint- Arnaud, lorsqu'il écrivait spirituellement au mois de mai :
€ Nous venons enfin de chasser Bou-Maza du pays jusqu'à
ce qu'il y revienne. »
Le général de Bourjolly, les colonels de Saint- Arnaud, Tartas et de Géry se mettent à sa poursuite. Bou-Maza leur tient tête à tous, insaisissable, surgissant! l'iniprovistc, tantôt dans le Dahra, tantôt sur la Mina, tantôt sur le Chéliff. Le colonel de Saint- Arnaud, avec le 53^ de ligne et le $*" bataillon de chasseurs d'Orléans, fait au chérilTune chasse à outrance. Etabli dans la redoute d'Aïn-Meran, au milieu du territoire des Sbeahs, il lance des colonnes légères sous les ordres des lieutenants-colonels d*Allonville et Claparèdc et du commandant Cankorkrt, qui sillonnent le pays en tous sens, châtient les révoltés, s'emparent de leurs troupeaux, les réduisent à la plus affreuse misère et désarment les tribus forcées de se rendre à discrétion.
Bou-Maza, traqué par nos troupes, se rejette dans le Dahra; puis, chassé des montagnes, il disparaît chez les Flittas, qu'il agite.
Combat de Tifour.
L^ général de Bourjolly se met à sa |X)ursuite dans le I laut-Kiou, mais, le 22 septembre, Bou-Maza tombe à Timproviste sur sa colonne, à Ilamam-Beni-lsad,et l'oblige à rétrogader surTouîza. Le 9" bataillon de chasseurs d*Orléans forme l'arrière-garde, suivi de près par une multitude de cavaliers et de fantassins ennemis. Après avoir franchi le défilé du lK)is d'Aïn-Ameur, près de Sidi- Tifour, voyant le feu de l'ennemi se ralentir, la colonne se remet m marche, croyant l'arrière- garde en sûreté. Les flanqueurs du bataillon suivent à travers les fourrés du bois le mouvement de la colonne, laissant ainsi l'arrière-garde h découvert et livrée à ses propres forces. A ce moment, l'cxtrémc arrière -garde, forte seulement de 5 oHiciers et de 1 10 chasseurs, se voit entourée subitement par 1 ,200 cavaliers cachés dans le bois. Elle se forme en carré. Ijt commandant Cl.r.kr., admirable de courage et de sang-froid, est blessé mortcllcnient et n*cn continue pas moins à commander
et à diriger le feu. Le capitaine RoQUES, enveloppé par 6 cavaliers arabes, en tue un de sa propre main, et est bientôt dégagé par les hommes de sa compagnie, et notamment par l'intrépide chasseur Akgounks. Le sous-lieutenant l)K î.A ToUR ne se sauve (|u'en tuant son adversaire; le médecin-major MiCilKL doit plusieurs (ois suspendre le pansement des blessés pour tirer ré|)ée. IJadjudant Bkunkt, blessé au pied, est entraîné par un cavalier ennemi et n'est sauvé que par le chasseur ArgounèS, cité plus haut, qui tue son agresseur. Ce même chasseur en tue encore trois à la baïonnette. Le caporal BoiRO est blessé grièvement, après avoir tué plusieurs ennemis.
Au bruit de la fusillade, le général de Bourjolly lance à la charge les escadrons du 4" chasseurs d'Afrique, commandés par le colonel Berthier. Ce dernier combe frappé mortellement dans la charge. Chasseurs d'Orléans et chasseurs d'Afrique, baïonnettes et sabres ruisselants de sang, enlèvent, devant un ennemi quinze fois supé« rieur en nombre, les corps inanimés de leurs chefs.
Mais la charge des chasseurs d'Afrique a dégagé les chasseurs d'Orléans, qui ont perdu 2 odicicrs blessés mortellement : le commandant Cl.fCRK et le lieutenant (iouc.KNOT, blessé a l'épaule gauche ; 19 chasseurs tués et 22 blessés, dont 4 moururent des suites de leurs blessures.
La colonne, qui avait rétrogradé pendant le combat, reprend alors péniblement sa retraite jusqu'à Relizane, où elle arrive le 25 septembre, après un combat assez vif soutenu près du barrage, par les i'^'' et 6*^ compagnies et uuq section de carabiniers du 9« d'Orléans.
Bou-Maza parvient alors jusqu'à Mostaganem; mais, repoussé par le lieutenant-colonel Mellinet, rejoint par le colonel de Géry et par le général de Bourjolly, il s'enfuit après avoir éprouvé des pertes cruelles et disparait de nouveau.
Combat de Sidi-Brahim.
Pendant ce temps, de graves événements se passaient surnotre frontière du Maroc, dans TarrondissemcntdeTlemcen. Peu à peu, l'émir Abd-el-Kader a réussi à réunir autour de lui 6,000 tentes de rebelles. Il se montre bientôt dans la vallée de la Tafna, où sa présence entraîne la défection de notre agha des Glossels, Mulcy
Chcik. C'est le signal de rinsurrcction ; toutes les tribus de la région se soulèvent.
Le maréchal Bugcaud est en France ; le général de Lamoricière, gouverneur par intérim, est à Alger; la situation devient de plus en plus menaçante; notre domination dans la provuice d'Oran est gravement compromise.
Pendant que le général Cavaignac part de TIemcen et se jette sur les Béni Ouersous, la garnison de Djemmâa Ghazouat, composée d*un détachement du 2° hussards et du 8** bataillon de chasseurs ;i pied (commandant KkOMKNr-CoSTK) exécute des sorties continuelles pour contenir l'agitation chez les tribus voisines.
Le 21 septembre, le caïd Mohamed Trari, de nos alliés les Souhalias, accourt demander au colonel de Montagnac, commandant su|)érieur de Djemmâa Ghazouat, aide et protection contre Témir en personne qui menace de tomber sur leurs tribus. Malgré les ordres formels du général Cavaignac, qui lui interdisent de se hasarder en rase campagne avec sa faible garnison, le colonel de Montagnac, tenté par Tenvie «le s'emparer d'Alxl-el-Kader, se décide à sortir avec la majeure partie de la garnison : 6o hussards du 2° régiment, sous les ordres du commandant Courby de Cognord, et cinq compagnies du 8*" bataillon de chasseurs d'Orléans, fortes de 346 hommes, sous la conduite du commandant Froment-Cos TR
C'étaient les :
2" compagnie, capitaine nuRC.AKi);
3** compagnie, sous-lieutenant Lakra/k r ;
6r compagnie, capitaine DK Cmarc.krk;
7" compagnie, lieutenant DK Raymond;
8* carabiniers, capitaine de Géri:aux ; lieutenant DK CnAPPK-
DKLAINK.
Les autres officiers du bataillon étaient le capitaine adjudantmajor I^UTKRTRK et le médecin aide-major Ro/.Ac;iiTn. I^i 1" compagnie du bataillon était alors à TIemcen.
1^ colonne sortit de Djommda le soir même, h 10 heures, emportant des vivres |>our six jours; elle marcha jusqu'à 2 heures du matin à TOuest, dans la direction de l'Oued Taouli La nuit se passa au bord de cette petite rivière, les hommes au pied de leurs faisceaux.
Ix 22 84!ptembrc. au jour, le colonel fit établir le camp; on déjeuna, et A 11 heures on se remit en marche, mais cette fois en apiniyant au Sud-Kst. Li^ colonel de Montagnac commcnvait :\ Cire trahi par celui à Tappol duquel il s était résolu à tenter une
sortie contraire aux ordres reçus, parce Mohamed Trari, caïd des Souhalias, prétendue victime de l'émir, en réalité son allié et son agent secret. A Taide de faux renseignements, il n'eut pas de [icinc A déterminer le colonel à se détourner du chemin pris on sort'int de Djemmâa. La colonne ne fit que deux lieues et campa sur TOucd- Tamana, à 1,200 mètres du marabout de Sidi-Brahim; déjà des cavaliers paraissaient sur les crêtes voisines; une reconnaissance fut reçue à coups de fusils ; les avant-postes furent inquiétés dès 2 heures de l'après-midi. On était en présence de l'ennemi; TinRuence seule de Témir Abd-cl-Kader pouvait donner cette assurance inaccoutumée. Le colonel de Montagnac instruisit de ces faits le capitaine dé génie ColTyn, commandant supérieur de Djemmâa par intérim, et le prévient qu'il ne pouvait rentrer sans exposer les Souhalias à être soulevés.
Au jour, le 23 septembre, on s'aperçut que les postes arabes s'étaient rapprochés à la faveur de la nuit, et les crêtes, à environ 1,000 mètres du camp, se couvraient de cavaliers dont le nombre, à 7 heures du matin, fut estimé à 6 ou 700.
A 9 heures, le colonel laissa le commandement du camp au commandant Fromknt-Costk, du 8" bataillon, et se mit en marche avec le chef d'escadrons Courby de Cognord et ses 60 cavaliers du 2® hussards, suivis des 3*, 6®, 7* compagnies, et de trois escouades de carabiniers, sous les ordres du sergent Bernard, en tout, 185 chasseurs. L'infanterie était sans sacs; la cavalerie marchait en tête, au pas; le colonel la conduisait lui-même.
Il ne restait pour garder le camp que la 2" compagnie et les carabiniers diminués de trois escouades.
1^ petite colonne s'avança jusqu'à 400 mitres de rennemi et éprouva une première résistance. La troupe se forma, puis, laissant l'infanterie en place, le colonel s'élança à la tête de la cavalerie et se rua sur les groupes ennemis. La plus grande partie des hussards périt dans cette première charge. La retraite se fit sur les chasseurs, qui arrivaient déjà au pas de course; on reprit l'offensive, et les trois compagnies marchèrent résolument à l'ennemi.
Vï\ ravin se présentait, qu'il fallut franchir ; à peine les chasseurs y étaient-ils engagés que des avalanches de cavaliers et de Kabyles s'y précipitaient de toutes parts. On était loin de s'attendre à un ennemi aussi nombreux ; les espions avaient trompé la foi du colonel, qui n'avait pu voir qu'une très petite partie des Arabes, habilement cachés dans les plis d'un terrain excessivement accidenté. Cependant on parvint à prendre position.
Le carré fut (orme dans le plus grand ordre, et alors commença unehorrible scène de destruction. Le colonel DE MONTAGNAC tomba des premiers; atteint d'un coup de feu dans le bas ventre, il ne cesse de commander et d'encourager les siens jusqu'au bout. A ce moment, le colonel donne Tordre de charger à la 6*" compag^nie, capitaine DE Chargère. En un instant il est enveloppé et tué ; la 7" compagnie suit de près; le lieutenant de Raymond, qui la commande, est aussi tué. Ces deux compagnies sont décimées. Une partie «le la 3" compagnie, sdus les ordres du sous-lieutenant Larra/.EX, suit le mouvement et éprouve le même sort. M. Lar- RA/KT, dont la conduite est admirable, reçoit deux blessures à la tête et est fait prisonnier. Le reste de la y" compagnie se rallie autour du colonel DE MoNTACNAC mourant et du commandant CoURMV DE COGNORD, et sc défend pendant une heure et demie au sommet d'un piton sur lequel on avait pris position. Ces héroïques soldats se font tous tuer sur place. Le commandant CoUKHV DE CoGNORD, frappé de trois coups de feu et de deux coups de yatagan, est fait prisonnier. Ceux qui, quelques mois plus tard, furent appelés à recueillir les précieux restes de ces héroïques victimes du devoir et de la discipline, ont pu voir sur le terrain que les ossements jonchaient en carré, comment chacun mourut à sa place, et dire combien était vraie la poétique expression d'un des merveilleux érhap|)és de ce massacre : w Sans cartouches, épuises, immobiles et silencieux, ils ont attendu la mort et sont tombés comme nn vieux mur <|ne Ton bat en hrrclic. >^
Mais \c second et non moins douloureux épisode se préparait.
Le maréchal des logis l^arbut était en effet arrivé ventre à terre demander du secours de la part du colonel mourant. Il annonçait que tout était perdu, que l'émir commandait en personne des forces considérables et qu'il n'y avait plus de retraite possible.
I^ commandant Kromi-nt-Cosi i- prend alors avec lui une soixantaine «le chasseurs (2'' compagnie) et s'élance ;\ rennomi, laissant a son tour à la garde du camp le (apitiine DE Gî.RKAr.X et les carabiniers. Il était arrivé à un (|uart de lieue du champ de carnage, quand tout à coup la cessation de la fusillade et l'arrivée bruyante de milliers d'Arabes, lui apprirent que tout était fmi avec le colonel de Montagnac.
Kn toute Idte, il gagne sur la gauche un point plus convenable |H>ur la défense et y forme en carré sa |wlile troupe qui, désormais, ne doit plus compter que sur elle-même. Uicntôt, il était enfermé dans UD cercle d'ennemis qu'enivre un premier succès. A cette
llitt. Bat. ClMM. &
vue, un jeune chasseur s* écrie tout ému : « — Nous sommes (outus, nous sommes morts! — Quel âge as-tu? lui dit le commandant. — Vingt-deux ans. — Eh bien! j'ai souffert dix-huit ans plus que toi; je vais te montrer à tomber le cœur ferme et la tôte haute. y>
Le digne commandant du 8* est aussitôt frappé à la tête ; bientôt après lui tombaient le capitaine adjudant-major Dutkrtkk, qui avait pris le commandement, et le capitaine Burgard; l'adjudant Thomas est enlevé en exhortant ceux qui restaient debout à mourir en braves sur les corps de leurs officiers. Sur cet emplacement si tristement célèbre, il ne reste plus que douze hommes criblés de blessures; on va les écharper, quand l'intervention d'un officier d'Abd-el-Kadcr leur sauve la vie.
Mais, sur ces entrefaites, un autre hussard était arrivé au camp, annonçant que le commandant et ses soixante braves étaient massacrés ou prisonniers.
Le capitaine DK GÉREAUX, aidé par le lieutenant DK Chappe- DELAINE, rallie la garde du troupeau (une escouade de la 3*), les muletiers du bataillon, la grand'garde commandée par le caporal LavaySSIÈRK (deux escouades de la 3*), <;t ses carabiniers; en tout 85 hommes; puis il sVtlance au secours dtrs dirniers survivants. A peine la petite troupe avait-elle parcouru 200 mètres, qu'elle était entourée par une nuée d'ennemis. Toute retraite était coupée.
Le capitaine se décide alors à gagner le marabout de Sidi- Brahim, situé à 800 mètres, résolu à s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité.
Il ordonne de charger à la baïonnette ; ce n'est qu'après trois heures d'un combat acharné que nos chassc!urs arrivcnit sur le marabout gardé par une trentaine d'Arabes. Ils l'emportent d'assaut sur les quatre faces à la fois; mais cette modeste victoire avait coûté la vie à cinq hommes, parmi lesquels le sergent Steyaert, vieux brave, décoré de la Légion d'honneur et comptant vingthuit années de bons et loyaux services.
Le capitaine DE Gérkaux avait eu la cuisse traversée par une balle; le lieutenant DE CllAi»iM:i)El.AlNK avait reçu un coup de feu au côté droit. On organise rapidement la défense : le mur d'enceinte qui n'a qu'un mètre de hauteur est garni de créneaux, l'entrée est fermée à l'aide des cantines; chaque face reçoit une vingtaine de défenseurs.
Alors commence cette lutte épique qui devait illustrer à jamais, avec le numéro du 8" bataillon, l'arme entière des chasseurs à pied et dans laquelle se couvrit de gloire le caporal Lavayssi£:re, l'âme