L'INSURRECTION ALGÉRIENNE DE
Il Ib pin ■ puit, panent b
Causes (le rin-airrei^ion. — Op^nlions dani I» province de Coiutantinc. — Opérations duu la prorioce d'Alger. — Dèblocin de Fort National et Gn de I insurrection.
CftusM de rinsnrreotiOB.
A guerre de 1870-71 avait appelé i ta défense du territoire français envahi la presque totalité de nos troupes indigènes régulières d'Algérie. Fnzschwilier, Wœrth, Sedan, avaient été pour elles l'oc- >ion de montrer, dans le malheur, leur attachement profond au drapeau français, Il <^ui les »v:tit i;ni(lécs (tans la virtoirc à Inkcrmann, à MalakolTct à Saii-Lorcnio.
Mais l'Algérie était prcsiquc complètement dégarnie de troupes; l'armècd'Afrique, qui venait de prodiguer son sang sur les champs de bataille de la mère-patrie, était encore prisonnière en Allemagne. L'occasion était belle pour le» agitateurs musulmans de secouer le joug de la domination française; ils la saisirent avec empressement.
A ta nouvelle de nos désastres, Tinsurrection commence i gronder sourdement. Au mois de janvier 1871 , l'étincelle est mise aux poudres par les spahis de la smala d'Aîn Guettar, qui refusent d'aller comt»ttrc en France et abandonnent même, avec leurs nrmcR et leurs clicvaux, le territoire de leur smala. Ce mouvement de lévulto est immédiatement suivi de celui des Uibus vaincues dont la panfication n'était pas encore complète. L'insurrection cclalc aussilùt dans la Kabylic orientale : Bordj cl Milah est attaqué le 14 lévrier par les Kabyles, qui brûlent le village.
Notre situation militaire en Algérie devient d'autant plus critique, qu'à la guerre contre TAllemagne vient de succéder la Commune, et qu'il est difficile d'envoyer des renforts pour réprimer l'insurrection grandissante. Le bach agha Mokrani, un des chefs les plus influents de la province de Constantine, comblé naguère d'honneurs par l'empereur Napoléon III, profite de ce réveil de la vieille haine musulmane pour se mettre à la tête du mouvement et venir attaquer, le i6 mars, le bordj bou Arréridj. C'est le signal d'une insurrection générale.
Quelques renforts sont envoyés de France, parmi lesquels les 21®, 23®, 27^ et 28^ bataillons de chasseurs à pied.
Optoations dans la proyince de Ctonstantliia.
Le 28® bataillon de chasseurs à pied, commandant Vanlemput- TEN, débarqué à Bône le 1 1 mars, fait immédiatement partie de la colonne expéditionnaire du colonel Bonvalet, composée de détachements des 78*, 80** de ligne, du 81' de marche, du 3* tirailleurs et des zouaves, qui va débloquer Bordj bou Arréridj. Le général Saussier prend le commandement des troupes et livre , le 8 avril, un premier combat à Bordj Medjana, résidence de Mokrani, qui est razziée et brûlée ensuite. Le 13 avril, le 38* bataillon reçoit le baptême du feu au retour d'une reconnaissance dirigée sur Saguiet Keha. Il est chargé de protéger la retraite des autres troupes, assez vivement poursuivies' par l'ennemi. Les i~, 2*, 3* et 4^ compagnies sont successivement engagées; deux positions occupées par les Arabes sont brillamment enlevées par la 3* compagnie et une compagnie du 3® tirailleurs. Le 28* bataillon a 4 hommes blessés dans cette affaire, à la suite de laquelle un ordre du général commandent la colonne félicitait les jeunes troupes de leur solidité et de leur entrain.
Le même jour, les 5° et 6^ compagnies du 28* bataillon, d'escorte i un convoi, échangent à leur tour leurs premiers coups de fusil avec l'ennemi ; un chasseur de la 5' compagnie est ble^.
Le 13 mai, la colonne arrive à Takitount; le lendemain, vers 6 heures du soir, le 28* bataillon prend les armes pour aller au* devant d*une partie de la colonne qui, dans la journée, a fait une ■ortie et a été assez vivement engagée avec les Arabes. Les 2*1 3* et 4* compagnies se déploient tout d'abord et commencent le feo;
les y et 6* cotnpap^ics entrent ensuite en liji^ne, pour permettre aux autres compagnies, épuis<^es, débattre en retraite sur le camp. Ce mouvement s*exécute difficilement, à cause de la nature du terrain et de la nuit qui tombe. Le 28^ bataillon compte dans ce combat i officier blessé, le lieutenant LebieT; i sous-officier, I caporal et 2 chasseurs blessés.
A la suite de la défection du marabout de Seddouk, la révolte a éclaté dans la région située entre Sétif et Bougie. Le général Saussier, revenu en toute hâte, attaque et défait, le 23 avril, les Ouled Nabct. Arrivé le 25 à Takitount, il retourne le 28 à Aïo Messaoud, en repart à la même date, par une marche de nuit, pour infliger une sévère leçon i Bou Mezrag, frère de Mokrani.
Malgré ces coups rapides et heureux, l'insurrection s'est encore accrue.
Dans la province d'Alger, la Grande Kabylie, d'Aumale à Dellys, est en complète révolte, et dans celle de Constantine, Tin. surrection gagne Bou-Saada, El Bordj, Bougie, le cercle Sétif et la région de Djidjelly. Nos communications sont coupées entre Batna et Constantine.
Le 21* bataillon de chasseurs (commandant Palach), débarqué à Bougie, rejoignait le 17 mars, au camp d'El Kseur, la colonne Lapasset, qui revenait camper au col de Tizi, en vue de Bougie. Elle repoussait le 21, au combat de l'Oued Ghir, les bandes nombreuses du cheik El Azziz.
Le 28^ bataillon assiste au déblocus de Takitount, au combat d'avant-garde de Teniet el Ghenem et campe le 22 mai à Ain Sultan avec la colonne Saussier. Le 24, quatre de ses compagnies font partie d'une sortie de six bataillons, à la suite de laquelle les indigènes sont refoulés sur l'Oued Berd. Un chasseur de la4^ corn* pagnie est tué.
Le 8 juin, la colonne Saussier campe à Houd ben Serrar; dans la journée, le 28* bataillon se porte au secours des troupes vivement engagées contre les insurgés, commandés par Sidi Azziz. Les 3* et 4" compagnies prennent part à l'affaire, qui ne coûte aucune perte au bataillon. Dans la nuit du 13 juin, il repousse énergiquement les Kabyles qui attaquent le camp. Le général Saussier témoigne au commandant du 28* sa satisfaction pour la manière dont le bataillon s*cst comporté dans les divers engagemcnts auxquels il a pris part depuis le commencement de Texpidition. On |)èsc alors sur le pays. Un clairon du 28* bataillon est blessé pendant l'incendie du village de Djermouna. La colonne se
— 37^ — porte ensuite dans le Hodna, où elle châtie sévèrement les rebelles, et s'installe le 13 août à Sidi Ali Khreir. Le 28'' bataillon prend part les 14, 15 et 23 septembre, à quelques reconnaissances, dans lesquelles elle a 3 chasseurs blessés.
La colonne part le 5 septembre pour N'Gaous, et, dans un engagement où il y a un chasseur blessé, le 28* bataillon reçoit de nouveau les félicitations du général, pour la vigueur et l'entrain avec lesquels il a enlevé les positions ennemies. Le 8 octobre, le même bataillon, de concert avec le 3* tirailleurs, fait une impor* tante razzia de 1,700 chameaux chargés de grain et de 4,000 têtes de bétail. Deux -jours après, on arrive à M*Silah, où a lieu la réunion des colonnes convergentes parties de Batna, Sétif, Constantinc et Bord] bou Arréridj.
Le 30 octobre, la colonne Saussier était dissoute, et le général de division commandant la province de Constantine, et chargé des opérations contre les insurgés dans cette province, adressait à tous les corps qui la composaient ses félicitations pour l'énergie qu'ils avaient déployée pendant ces sept mois de campagne.
Du 28 avril au 30 octobre 187 1, le 28^ bataillon de chasseurs à pied avait pris part à quinze engagements, qui lui avaient coûté I officier et 17 hommes blessés.
Opérations dans la province d'Alger.
Dans la province d'Alger, l'insurrection avait pris dès le début des proportions désastreuses. Nos villages européens avaient été incendiés et les colons massacrés. Les insurgés n*avaient laissé, après leur passage aux villages de l'Aima et de Palestro, que des ruines fumantes, et avaient égorgé les habitants de ces localités, malgré leur résistance désespérée. Le Bprdj de Béni Mançour, dans la vallée de l'Oued Sahel, était vivement attaqué par les bandes de Bon Mezrag.
Le caïd Ali occupait fortement avec ses Kabyles le col des Béni Aïcha, au-delà de l'Oued Corso. Les garnisons de Tizi Ouzou et de Fort National étaient étroitement bloquées. La situation était très grave. Deux colonnes s'organisent en toute hâte; la colonne du général Cerez doit opérer dans la vallée de l'Oued Sahel, débloquer Beni-Mançour et faire sa jonction dans la Grande Kabylie avec la colonne du général Lallemand, qui est chargée de déblo* quer Tizi Ouzou et Fort National.
La colonne Cerez, dont fait partie le 23* bataillon de chasseurs à pied (commandant Bayard), après s'être organisée à Aumale, exécute une première pointe sur les tribus de l*Ouennougha, qui sont défaites dans les combats de Teniet Ouled Aoud, du 18 avril, et de Summah, du 21 avril, où le 23* bataillon de chasseurs prend une part active à rengagement. Les compagnies mises en ligne attaquent le village de Summah avec une ardeur et un entrain qui lui valent de vives félicitations du général.
Rentrée à Aunialc le 25 avril, la colonne Ccrcz en repart le lendemain pour aller châtier les rebelles des vallées de lisser et de rOued Soufflât. Le 28 avril, le 23^ est engagé tout entier contre les Ouled Aziz, qui s*étaient fortifiés sur les premières pentes du Djurjura. Le 5 mai, à TOued Soufflât, deux compagnies de grand** garde du 23* sont serrées de près par les insurgés; le reste du bataillon accourt les dégager. L'ennemi est repoussé et le bach agha Mokrani, chef de l'insurrection, est tué pendant l'action. Le bataillon |>crdait 3 chasseurs tués et 6 blessés.
Le 7 mai, la colonne se dirigeait sur Palestre et recueillait les colons échappés au massacre. De retour le 10 à Aumale, elle en repartait le 20 mai pour la vallée de l'Oued Sahei. Le 23^ bataillon de chasseurs ne comptait plus que six compagnies, les 7* et 8* ayant été licenciées par suite de la faiblesse de Teffectif des offi* ciers, réduits au nombre de 8. Le 26 mai, la colonne dégageait la garnison du Bordj de Béni Mançour, bloquée depuis quarante jours. La garnison avait eu beaucoup à souffrir du manque d'eau, qu'elle était obligée d'aller chercher, sous le feu des assiégeants, dans rOued Sahel qui coulait à 300 mètres au bas du Bordj. La colonne Cerez parcourait ensuite le territoire des peuplades belliqueuses des Béni Abbès, des Béni Mellikench et des Mechedallah.
Le 5 juin, elle partait de l'Oued Isser et débloquait Dra el Mizan après un vif engagement contre les Plissas. Le 9 juin, la colonne qui a quitté Dra el Mizan bat les insurgés aux Maactas et arrive le 13 à Tizi Ouzou.
Pendant le combat de Tighil Mahmoud, elle opère sa jonction avec la colonne Lallemand. Celle-ci, après avoir reçu quelques renforts qui la portaient à 6,000 hommes, s'était établie au village de l'Aima. Le 21* bataillon de chasseurs à pied (commandant Palach) l'y rejoignait le 27 avril. Après de nombreuses reconnaissances sur Ir front de Tcnnemi établi au col des Béni ATcha, audelà de l'Oued Corso, nous barrant la route de Tizi Ouzou, la colonne Lallemand, par un mouvement tournant sur la gauchei
totct l'ennemi à battre en retraite en nous abandonnant les ruines (lu village où nous campons. Le lo mai, les Kabyles couronnent les hauteurs au Nord et au Sud ; ils sont vigoureusement repoussés, poursuivis et dispersés.
La colonne, renforcée le lendemain par l'arrivée du 27* bataillon de chasseurs à pied (commandant Fauquignon), accourt le 12 mai débloquer Tizi Ouzou, dont la garnison allait manquer d'eau. Les insurgés sont rejetés après un combat opiniâtre qui dure jusqu'à la nuit. Les 3* et 4* compagnies du 27* bataillon de chasseurs repoussent les charges de la cavalerie ennemie, débusquent les Kabyles des ravins et les rejettent au loin après avoir incendié un village.
Au combat deTaourda, le 16 mai, pendant que trois compagnies du 21* bataillon de chasseurs escaladent audacieusement les hauteurs d'Aîn el Arba sous le feu de l'ennemi, la 3^ compagnie du 27* bataillon débusque l'ennemi du village qu'il brûle ensuite. Les insurgés, vigoureusement culbutés dans les ravins, laissent de nombreux cadavres sur le terrain.
Le même jour, une partie de la colonne se dirige sur Dellys, qu'il est urgent de débloquer avant de pousser au Fort National. Tout le 21* bataillon de chasseurs à pied et les i'*, 2* et 6* compagnies du 27® bataillon font partie de l'expédition.
Après le combat des Beni-Slyem, le 18 mai, le 21* bataillon, placé en réserve près de l'artillerie, envoie deux compagnies au secours d'une compagnie du 4* zouaves vivement attaquée, qui commence à perdre des hommes et du terrain. Les deux compagnies de chasseurs la dégagent et sauvent ceux de leurs blesâés qui n'avaient pas été égorgés. Le soir même, la colonne campait sous Dellys, dont l'ennemi venait de s'éloigner. Le 23 mai, en tra* versant la tribu des Tleta Flisset El Bahar, le 21* bataillon de chasseurs est accueilli par un feu violent des Kabyles, embusqués derrière des rochers, des murs et des fourrés. Pendant qu'une partie du bataillon maintient l'ennemi sur le front, trois compagnies tournent la position en escaladant les hauteurs qui se trouvent sur notre droite; l'ennemi, chassé de ses positions, est vigoureusement poursuivi jusqu'au bord de la mer.
Le même jour, le 27^ bataillon, chargé de l'escorte du convoi de la colonne qui opère en avant, est attaqué par 3 ou 400 Kabyles. Pendant que la 2^ compagnie contient l'attaque de front, la ()^prend l'ennemi à revers. Les Kabyles, énergiquement attaqués, prennent la fuite en abandonnant de nombreux morts sur le terrain. Le
conyoi, dégagé, reprend sa marche sous la protection du bataillon qui ne peut poursuivre i*cnnemi à cause du brouillard qui s'est levé pendant Taction.
Le 27 mai, 4,000 hommes de la colonne Lallemand partent sans sacs du camp de Frika et attaquent les Béni Fraoucen à Djemmaâ Saaridj» au pied des pentes Nord qui descendent de Fort National. Le 21* bataillon de chasseurs est en réserve près de l'artillerie. Le combat était indécis; un parti ennemi assez nombreux, se glissant dans un ravin, cherchait à tourner notre gauche; le commandant Falacii envoie deux compagnies du 2r appuyer la gauche de Ttittaque et en oppose une autre au mouvement tournant qui est immédiatement arrêté, puis refoulé. La pluie met fin à ce combat, pendant lequel 5 chasseurs du 21® sont blessés.
Le déblocus de Tizi Ouzou et de Dellys nous garantissait la libre possession de la route et du port de ravitaillement nécessaires à la marche de Tarmée de secours vers Fort National, que les Kabyles assiégeaient vivement. Les opérations préliminaires commencèrent immédiatement, avec Tizi Ouzou comme base.
Le 6 juin, la colonne part de Tizi Ouzou pour opérer chez les Béni Khalifa; le 27^ bataillon de chasseurs est chargé d'appuyer la colonne d'attaque à droite et à gauche et détache deux compagnies en soutien de l'artillerie. Le 21* bataillon coopère à Tattaque générale des pentes escarpées qui conduisent au village des Béni Khalifa. Après avoir enlevé toutes les embuscades, la colonne at« taque le village. La 2* compagnie du 27* bataillon pénètre par la gauche en môme temps que la tôte de colonne y entre par la droite. Les Kabyles abandonnent leur village, mais vont se reformer aussitôt après dans un nouveau retranchement où ils reprennent position; nous sommes obligés d'aller les en déloger. Le 27* bataillon est chargé de l'attaque de front, pendant que les zouaves exécutent un mouvement tournant par la droite et la gauche de la position. Après une fusillade de quelques instants, le 27* bataillon est lancé à Tattaque; l'ennemi ne tient pas devant l'élan de nos troupes qui occupent bientôt le village. Il était 3 heures de l'après-midi, on se battait depuis 6 heures du matin. Le 27* bataillon comptait dans cette affaire i sous-officier et 2 chasseurs tués et 9 sous-officiers et chasseurs blessés.
La colonne se remet en route le 8 juin, couverte par le 21^ bataillon à l'avant-garde, qui refoule les Kabyles à Souk el Kemis, après avoir eu i officier, le capitaine SCHULTZ, et 8 chasseurs blessés. Les chasseurs creusent des tranchées sur la crête de la
position et le bataillon y passe la nuit, entièrement déployé, i un kilomètre en avant du camp.
Le 9 juin, les deux colonnes Lallemand et Cérez opèrent leur jonction à la suite du combat de Tighil M*ahmoud, chez les Maactas. Le 21® bataillon avait 3 chasseurs blessés dans cette affaire, pendant laquelle les compagnies du 23® bataillon furent plusieurs fois déployées en flanqueurs, et durent tenir tête, depuis 8 heures du matin jusqu'à 5 heures du soir, aux attaques tentées sur les flancs et à Tarrière-garde par les Kabyles embusqués sur tout le parcours.
Les deux colonnes réunies campent, le 10, sur les hauteurs d*Agucmoun. Les Kabyles se montrent, vers midi, sur les hauteurs, au Nord et à TEst du camp, pour l'attaquer. On court aux armes, la fusillade s'engage; le 21® bataillon est immédiatement placé en réserve près de Tartillerie. Devant les difficultés du terrain et l'audace croissante de l'ennemi, la chaîne de tirailleurs est un moment arrêtée. Le commandant Palach lance alors trois de SCS compagnies, qui se précipitent* sans brûler une cartouche et entraînent les tirailleurs du 80"* régiment de marche jusque dans les embuscades, d'où les Kabyles s'enfuient précipitamment.
Le 21® eut dans cette affaire un homme blessé mortellement et 8 blessés.
Le 13, les colonnes réunies arrivaient àTizi Ouzou; elles en repartaient le lendemain, pour aller débloquer la garnison de Fort National.
Déblocos de Fort National; fin de l'insurreotion.
Le 16 juin, a lieu le combat contre les Beni-Katcn, dont l'issue, favorable pour nos armes, amène le déblocus de Fort National.
A minuit, les colonnes se mettent en route pour se masser au pied des hauteurs des Beni-Raten, à Sikh ou Meddour, dont elles doivent enlever les hauteurs. La colonne Lallemand prononce son mouvement contre la route du Fort National, pendant que la colonne Cérez attaque la position par la gauche. Le 23^ bataillon participe à l'enlèvement à la baïonnette des villages dlghil Guifri et d'Affensou, par la colonne Cérez. Pendant ce temps, le général Lallemand franchit l'Oued-Aïssa pour attaquer les hauteurs du Takcep. Le combat s'engage aussitôt, et se continue de sommet en sommet, jusqu'à 10 heures du matin. Trois compagnies du 27* bataillon de chasseurs, déployées en tirailleurs à la gauche de la colonne d'at-
laque, débusquent les Kabjhs et enlèvent successivement à la baïonnette plusieurs embusrides. Le 21** bataillon participe à rattaqiiej;(^nrraic,i)cn<lanlliqii<îlic il i><Tdim cliasîuîurtué. Pendant le combat, quelques chasscu's du 27", escortant les voitures du bataillon, réussissent, avec Tiide du reste de Tescorte, à repousser une attaque des Kabyles ar le convoi de la colonne. Le 27* bataillon comptait 8 blessés «ans cette journée : i officier, le capitaine DE Reviers, de la s^'compagnie, et 7 chasseurs.
L'ennemi avait été partat vigoureusement chassé de ses positions, et les colonnes rcuncs opéraient, a 1,200 mètres de Fort National, leur jpnction ave la garnison qui, pendant le combat, avait exécuté une sortie sou: iesordresdu commandant MARÉCHAL. La journée du 16 juin avai porté un coup décisif à Tinsurrertion kabyle, dont le chef, Mokraii, avait été tué pendant rengagement du 5 mai. On s'occupa imnédiatement de réparer les routes, de combler les tranchées creuses par les assiégeants, et de remettre Fort National en état rom[ict de défense.
Les Kabyles, forcés de le/er le siège de Fort National, allèrent se retrancher sur les hautetrs d'Ischeriden. Le 24 juin, anniversaire du même combat en :857, '^ général Lallemand attaque les retranchements formidablei élevés parTennemi, sur une longueur de plus de 400 mètres. La colonne Cerez tourne la position par la gauche ; la 2** brigade de la colonne Lallemand s'avance sur la droite, |)en(lant que la i*^ Irigade attaque le front de la position. Le 27^ bataillon de chasscirs s'avance à la tète de la i^ brigade, occupe successivement «leix mamelons et arrive à 150 mètres du retranchement, s*élance àla baïonnette, disperse les Kabyles, qui fuient en désordre et vontc heurter à deux compagnies du bataillon placées dans un ravin en irrière du retranchement ; ces deux compagnies leur infligent enore de grandes pertes. L'ennemi est vivement poursuivi par noschasseurs.
La journée d*Ischerklei coûtait au 27** bataillon : tués, i sousofficier, I caporal et 3 chasseurs; blessés : i officier, le sous-lieutenant DuCROS, 25 s3u>-officier8, caporaux et chasseurs. Neuf militaires du bataillon furent cités à l'ordre du jour, pour leur belle conduite; parmi eux, e lieutenant DuCROS et le sous-lieutenant Damery, comme était arrivés les premiers dans les retranchements ennemis. Le colonel commandant la 1^ brigade adressait, le jour même, une lettre de félicitations au 27** bataillon, pour son entrain et son élan acmirablcs |>cndant l'attaque, exécutée sous un feu très vif, et eu face de difficultés très grandes.
Pendant le combat d'Ischeriden les chasseurs des nouveaux bataillons s'étaient montrés, sur le n6ne théâtre, dignes de leurs devanciers de 1857.
Le 27 juin, Tarmée continue les opèations de pacification de la grande Kabylie, et, le 6 juillet, les deus colonnes se séparent au col de Tirourda, le général Cerez pour allff soumettre les Beni-Koufi, le général Lallemand pour opérer contr les bandes de Bou-Mezrag et descendre sur Bougie par la vallée ce TOued Sahel. .
Le général Lallemand, apprenant, b 16 juillet, que les gens de Bou-Mezrag se sont établis au col de ''irourda, iait lever le camp et va les déloger. Un bataillon de tiràlleurs algériens g^ravit les rochers escarpés qui dominent à pic la droite de l'ennemi, et que les insurgés ont transformés en une vé'itable forteresse; il gagne péniblement du terrain. Deux compagnies du 21* bataillon sont immédiatement envoyées pour le renbrcer. Malgré une pluie de pierres et de quartiers de rocs, nos trcipes arrivent avec élan sur la position, et chassent les Kabyles, qu'ils culbutent dans les ravins. Cet engagement coûtait au 21* bataillon de chasseurs I homme tué et i sous-officier, et 9 honmes blessés, presque tous par les pierres lancées par les Kabylca
La colonne descend ensuite sur TOisd Sahel, remonte chez les Béni- Abbés, et campe, le 20 juillet, i Bordj-Boghni. Elle rentre sans coup férir dans El Galah, la ville »ainte des Kabyles, le berceau des Mokrani, où jamais une troupe armée n'avait encore pénétré, puis elle se dirige, par Akbou, ar Bougie, où elle est licenciée le 2g juillet.
Pendant ce temps, la colonne Cérea arrivait , le 9 juillet, à la zaouïa de Sidi Mohamed ben Abderrhamann , et recevait la soumission de quelques rebelles du Djurjuu; elle attaquait ensuite la tribu non encore soumise des Beni-Kotfi, qu'elle forçait à l'obéissance, et rentrait à Aumale le 24 juillet
Du i**^ au 20 août, avait lieu une d^uiième expédition de la colonne Cerez dans l'Ouennougha. Le 3 août, Bou Mezrag est attaqué & Timproviste par nos troupes; ses contingents, surpris, lâchent pied dès le début de l'action. Le J août, au bivouac de Sidi Aïssa , le général Cerez fait laisser les sacs au camp et va attaquer le village de Kasbah, dernier reiuge de la famille des Mokrani. Le chef des insurgés, ben Daoud dérouté par cette attaque soudaine, laisse entre nos mains sa siite et ses troupeaux. Quelques jours après, le colonel atteignait M'Silah et en chassait Ben Daoud. Après un séjour de quatre jeun employé & la pacifi-
cation du pays, la colonne Cerez arrive à Aumale le 20 août, pour y être dissoute le 2g du môme mois, après avoir (ait rentrer dans Tordre la subdivision d*Aumale, le cercle de Dra el Mizan, les tribus de rOueniiouglia, du Sclil, et aide à la paciRcation de la Grande Kabylie. « Ces résultats, disait le général Cerez dans son ordre du jour à ses troupes, sont dus exclusivement à votre bravoure, à votre dévouement, à votre discipline et à votre excellent esprit, qui vous ont fait supporter sans hésitation les fatigues d'une campagne d'été et surmonter tous les obstacles pendant près de cinq mois. »
Divers détachements de chasseurs à pied se distingruèrent encore dans les opérations de détail qui s'effectuèrent autour de Collo, de Bougie, et chez les Beni-Menaçf r.
Les insurgés avaient incendié les forêts de Collo et menaçaient Bou Negra; le 5 août, un détachement de 120 chasseurs à pied du 27* bataillon, sous les ordres du lieutenant ROLLAND, s*embarque à Philippeviile, à destination de Collo, pour faire partie de la colonne qui doit débloquer Bou Negra. L'ennemi dispersé, ce détachement, sa mission terminée, rentre i Philippeviile le 16 août.
Les 7* et 8* compagnies du 21* bataillon de chasseurs, restées à Bougie sous le commandement du capitaine POMEZ, prirent part à toutes les sorties faites, du 25 avril au 2 juillet, contre les Kabyles qui bloquaient la place. Dans celle du 18 mai, elles avaient i lieutenant blessé, 8 sous-ofTiciers et chasseurs tués et 13 blessés. Dans les journées des 18, 24 et 27 mai, i***, 6, 7, 11 et 12 juin, elles contribuèrent à refouler les contingents insurgés. Le 30 juin, franchissant le pont de la Soummam, elles se déployèrent sur la rive gauche pour couvrir le passage de la colonne du colonel Ponsard, puis elles gardèrent ce pont pour assurer les communications entre la colonne et la place. Dans ces divers engagements, les 7* et 8^ compagnies perdirent i officier et 12 sous-olTiciers et chasseurs tués et 46 blessés.
Le 14 juillet, ces deux compagnies rejoignirent la colonne Ponsard, qui avait rallié 200 hommes du 23* bataillon de chasseurs, commandés par le lieutenant SCHMITT, et rentrèrent i Bougie le 10 août.
L^ 21* bataillon de chasseurs fit encore partie de la colonne Ponsard, du 16 septembre 1871 au 2 janvier 1872, et marcha par la route des crêtes sur Takitount, Sétif et Bordj bou Arréridj, d*où il revint par Bordj lioghni et Akbou. ~*
L'Algérie était complètement pacifiée, et, grAce h l'énergie et à
la bravoure de nos troupes, cette belle colonie, dont la possession
avait co&té tant de sang à la France, rentra bientôt dans le calme
le plus complet.
. Les 21*, 33*, 27* et 28* bataillons de chasseurs à pied pouvaient revendiquer une grande part dans cette œuvre de pacification, et si les anciens bataillons de chasseurs avaient largement aidé à la conquête de l'Algérie, les nouveaux venus dans l'arme n'avaient pas moins su conserver à la France la terre d'Isly, de Sidi-Brahim et de Zaatcha.
Le 22* bataillon de chasseurs h pied, qui était à Oran depuis le 5 mai, n'ayant à son cfTcctlf que 60 sous-officiers, caporaux et chasseurs, ne prit part à aucun des faits de guerre de l'insurrection algérienne. Trois de ses officiers seulement, les lieutenants PiCOT et Estrade , et le sous-lieutenant Berthaud , furent envoyés ik la colonne Laliemand.
Ces bataillons rentrèrent successivement en France, où ils aU laient se remettre des fatigues de ta guerre africaine et travailler ' bientôt i la réorganisation de notre année.