CHAPITRE III LA COMMUNE
CniTwi et commencement de l'insuirectioD. — Formation de l'uméeda VerMÎtlt); commcncemeot des opiratioiu. — Second titje de Parii. — Pràe du fwt d'Iny ; l'armée dé Vcraùlle* entfe k PatU. — La aeiiuine aaoglants; Iïd <U U Cooi-
CaniM «t eonuiMiioamsiit ds l'intarTsetion.
. NE des clauses de U capitulation de Paris portait que la garnison cntiirr devait £tre désarmée, à l'exception d'une division destinée à assurer le service d'ordre. Celle clause funeste, en retirant leurs armes aux r|ucl(]ncs trouj>cs réfjulicrcs qui existaient alors, permit à un grand nombre de bataillons (le la };ardc nationale, qui s'étaient fédérés, de s'emparer du pouvoir militaire dans la capitale.
Le i"marB 1871, les Pnissiens étantentrès à Paris, le parc d'artillerie, établi place Wagram, fut tran»porté au sommet des buttes Montmartre. Le 18 mars , le Gouvernement de la Défense voulut faire enlever les pîf^ccs de canon gardées par un bataillon de gardes nationaux fédérés. Avec les autres troupes désignées pour prendre part à cette opération , les 17* et iS* bataillons de chasseurs quittaient leurs cantonnements  la première heure et grimpaient le long des buttes, dont ils atteignaient rapidement le sommet. L'enlèvement des pièces commençait aussitôt après; mais les attelages manquaient; les 3* et 4* compagnies du 17* bataillon réussissent cependant à conduire treize pièces de canon jusqu'au Champ-de-Man, au milieu d'une (ouïe houlcuscdont le nombre et l'effervescence augmentent d'heure en heure. Dans la journée, l'émeute grandit; les iédérès prennent
les armes pour arrêter et empêcher l'enlèvement des canons qui étaient, disaient-ils, leur propriété. La foule envahit aussitôt les buttes et déborde les bataillons du 88* de ligne et le i8* bataillon de chasseurs, qui a reçu du général Lecomte Tordre de ne pas faire feu. Le commandant DE PouSARGUESetle capitaine Franck sont entraînés ; les chasseurs, dispersés, regagnent presque tous leurs baraquements de la place Courcelles, puis se replient de là sur PEcole militaire, sous les ordres du capitaine BURLIN. C'est une véritable insurrection qui commence au milieu du sang et de l'anarchie. Les généraux Lecomte et Clément Thomas, commandant en chef de la garde nationale, sont saisis par la foule et fusillés. Le commandant DE POUSARGUES, qui a failli avoir le sort du général Lecomte, que les communards ont fusillé' sous ses yeux, est assez heureux pour s^échapper; d'un autre côté, le clairon Olier, du 17* bataillon, dégage le capitaine NiGOTE, aide de camp du général Paturel, entouré et menacé par les insurgés.
Les troupes régulières reçoivent alors l'ordre de se rendre à Versailles pour protéger TAssemblée contre les tentatives de la Commune, qui venait de s'installer à Paris. Le mouvement s'effectua au milieu des insurgés, qui n'osèrent l'inquiéter.
Le 19 mars, les 21* et 23® bataillons de chasseurs, casernes au Mont-Valérien, avaient reçu l'ordre d'évacuer le fort le lendemain matin. Ce départ faillit faire tomber entre les mains des insurgés le seul fort de Paris que possédât encore l'armée ; il ne fut sauvé que grâce à l'énergie d'un officier de chasseurs à pied , le lieutenant COURTOT, du 23® bataillon. Toutes les armes du fort ayant été détruites par les Prussiens, il n'y avait plus pour le service de garde que 20 armes soustraites le 15 février. I^ 20 au matin, il ne restait plus, pour garder le Mont»Valérien , que commandait le lieutenant-colonel Lochner, que 20 chasseurs du 23®, sous les ordres du lieutenant CoURTOT ; ce détachement n'attendait plus, d'ailleurs, que le départ des bagages pour rejoindre le bataillon. Ces quelques braves, armés des 20 fusils du fort, étaient aux postes de l'avancée et de la |K)rte, lorsque les insurgés se présentèrent, vers 10 heures du matin, et sommèrent les défenseurs de mettre bas les armes. Le lieutenant CoURTOT refusa énergiquement. Intimidés par cette attitude, et ne soupçonnant pas la faiblesse de la garnison, les insurgés se retirèrent en promettant de revenir bientôt en forces. Peu après, dans la même journée, des renforts envoyés de Versailles entraient dans la place et la mettaient désormais 4 l'abri d'un coup de main.
Formation do l'armèo de Vonailles.
Les jours suivants, le Gouvernement réunissait à Versailles une armée qu'il plaçait sous les ordres du maréchal DE Mac-Mahon, chargé de reprendre Paris sur les troupes de la Commune installées dans la capitale et dans les forts.
L'armée de Versailles comprenait les bataillons de chasseurs suivants : au i**** corps d'armée, général DE LadmirauLt, le 23* de marche , commandant Olry ; le 2^ de marche, commandant BOS- CHIS; le 30® bataillon de chasseurs à pied, commandant LanES. Au 2* corps d'armée, général de Cissey, le 4^ bataillon de marche, commandant BONNET; le 18* bataillon de marche, commandant DE POUSARGUES; le 17* de marche, commandant M0YNIER{ le ig* de marche, commandant GlOVANNlNELLl. Au 4* corps, générai F. Dou.iy, le 10* bataillon de marche, commandant Tarillon; le 26^ bataillon de marche, commandant Bernardy DE SiGOYER. Au corps de réserve, général Vinoy, le 22® bataillon de marche, commandant Gathe-CÈSAR.
Jusqu'aux premiers jours d'avril, toutes les troupes s'organisent, les divisions se forment, les corps se complètent.
Commencement des opérationf •
Le 3 avril, les insurgés marchent sur Versailles et se heurtent à l'armée régulière à Courbevoie et à Neuilly; ils sont repoussés avec pertes après un violent combat, auquel prend part le 10* bataillon de marche. Le lendemain, à l'attaque de la redoute de Châtillon, les chasseurs du 19* bataillon coupent la retraite aux insurgés, en font 600 prisonniers, et s'emparent de 9 pièces de canon. Le 18" bataillon s'est porté ce jour-là en avant, et a occupé Clamart et l'ancienne batterie du Moulin-de-Pierre; il y reste jus* qu'au 6, expose au (eu des forts de Vanvcs et d'issy qui, sur un effectif de 300 hommes, lui en tue ou blesse 26.
Les 7 et 8 avril, les 4*, 10* et 30* bataillons prennent part au combat et à l'enlèvement du pont de Neuilly. Vers 5 h. 1/2 du soir, trois compagnies du 30*, chargées de sacs à terre, passent au pas de course le pont de Neuilly, balayé par le teu violent des insurgés, et pénètrent dans le village. 5 chasseurs sont blessés pendant ce mouvement.
8«oonâ »ihg9 d» Pkrit.
Le siège régulier de Paris commence alors; l'attaque principale est dirigée contre le fort d'issy , dont le feu violent nous cause quelques pertes.
Le 10, À 6 heures du soir, le i8* bataillon de marche va occuper le poste avancé de Clamart, oîi il reste treate-six heures, pendant lesquelles il perd une quarantaine d'hommes. Le I3, le 2* de marche s'établit en avant-postes à Courbevoie, gardant deux compagnies en réserve; il envoie quatre compagnies en grand'gardes entre la route d'Asnières et le chemin de fer de l'Ouest. Pendant la nuit, la 4' compagnie reçoit l'ordre d'aller couper la voie ferrée à 1,200 mètres en avant de Courbevoie, et d'arrfiter ainsi une formidable machine blindée que les insurgés doivent envoyer de Paris. Cette compagnie rencontre l'ennemi, lui tue i homme, lui en blesse 6 autres et le met en fuite.
Le lendemain, pendant la nuit, le bataillon, qui a Jt£ relevé par la gendarmerie, part de Courbevoie pour reconnaître au petit jour le château de Bécon; assailli en pleine ol>Bcurïté par des feux meurtriers, qui partent de trois côtés différents, il est obligé de se replier sur Courbevoie, après avoir éprouvé quelques pertes. Le commandant BOSCHIS a été frappé par une des premières balles, I caporal et 3 chasseurs ont été tués, 8 sont grièvement blessés et 6 autres ont disparu.
Dans la nuit du 14 au 15 avril, le 4* bataillon de marche occupe le poste avancé de Clamart, et y perd r officier tué, le sous-lieutenant BuCHOLTZ; le 35, le lieutenant Va LF.NTIN, du même bataillon, est contusionné au Val-Fleury. Les t" et 2* compagnies du 32* bataillon de marche, qui sont de grand'garde dans les tranchées ouvertes contre le fort d'issy, perdent un chasseur tuè et 4 blessé*. Le lendemain, à 8 heures du soir, la 3* compagnie de ce l>atailIon, conduite par le lieutenant Dietler, s'empare d'un moulin à pierres situé en avant des tranchées, s'y installe en se retranchant, et facilite ainsi la marche des travaux de cheminement; cette vigoureuse opération ne coûte que 3 chasseurs blessés.
Le 27, à I heure du matin, le 22* reçoit l'ordre de se rendre aux Moulineaux, qui viennent d'être enlevés pendant la nuit par te iio* de ligne et un détachement de marins; il s'y maintient en
position et ne perd qu'un blessé. Depuis le 24 avril, te 2* de marche est arrivé i Neuîlly, dont il occupe le boulevard du Château, de la me Peyronnet & la rue Borghèse, àl'an(;ledc laquelle sont postées les 4* et 5" compagnies. Ces compagnies sont attaquées à trois reprises, les 26, 27 et 28. par les fédérés, qui sont re poussés vigoureusement. Pendant la nuit, les chasseurs construisent rapidement une barricade avec embrasures, pour contre- battre une barrirade élevée par les insurgés, dont les feux balaient toute la nie Borglièsc et In rendent ititcnablc aux deux compagnies du 2*. Au matin, on s'aperçoit qu'un des arbres de l'avenue va gâner le tir de nos pièces, il faut à tout prix l'abattre. Les chasseurs HautION et JaqueliN se présentent alors et, avec le plus grand sang-froid, vont sous le feu de l'ennemi abattre l'arbre à coups de hache; ils reviennent ensuite tranquillement refaire le coup de feu icdté de leurs camar.ides.
Les chasseurs se font partout remarquer par leurbelle conduite: aux tranchées, devant Asniércs, du 27 au 30 avril, le 30* perd 2 hommes; le 29, à 9 heures du soir, le 22* perd un chasseur pendant l'enlèvement du cimetière et du parc d'issy. Dans la même nuit, ce bataillon est porté en avant pour faire une tentative contre le fort d'issy ; avec 25 artilleurs, 25 sapeurs du génie et 25 marins, sous la conduite du colonel d'état-major Lx:|>erche, major de tranchée, il prend position danaicciinctièrc rouvert pardes tranchées, A 2 heures du malin, le bataillon se relie à gauche au village des Moulineaux, A droite aux tranchées du chemin de fer. Pendant les opérations, la 5* compagnie, sous les ordres du lieutenant CarO, simule une attaque de front par une vive fusillade dirigée sur les crêtes du rempart et principaicmcntsurle saillant du t>astion n* 5, L'opération ne peut malheureusement réussir complètement; nous nous avancions cependant de plus en plus. Dans la nuit du i" au 2 mai, des ordres sont donnés pour enlever la station de Clamart et le chAtcau d'issy. f^ 12" bataillon est chargé de l'atlaquc de la gare, et se masse dans le ravin situé entre les forts d'issy et de VanvcB. A II heures du soir, l'heure fixée, le bataillon débouche de la parallèle de la Voie- Verte, précédé d'un peloton de volontaires formant avant-garde, commandé par le lieutenant VassarD; il s'élance aussitôt en nlencc et, vingt -cinq minutes après, les bâtiments de la station, les maisons avoisinantes et la barricade de la rue de Paris étaient tournés et enlevés i la baïonnette ; presque tous les insurgés qui s'y trouvaient étaient tués ou faits prisonniers et, grâce à l'élan de nos chaaseura, le 23* ne perdait que 7 blessés,
parmi lesquels son commandant, atteint à la jambe par un éclat de botte à mitraille. A minuit et demi, trois bataillons de fédérés, appuyés par un feu terrible partant du fort , prononcent un retour offensK et sont vigoureusement repoussés par la 6* compagnie, capitaine Peignon, et la 5®, lieutenant CarO, placées à droite et à gauche de la route de Clamart au fort. Avant le jour, le 22* ba* taillon se replie en arriére, à Tabri d'une barricade élevée pendant la nuit; il avait eu, dans cette attaque, 5 tués et 21 blessés.
Dans les premiers jours de mai , le 2* de marche exécutait des reconnaissances sur Paris, par le bois de Boulogne, pendant les* quelles il avait une dizaine d*hommes blessés. Pendant la nuit du 3 au 4 mai, deux compagnies du 22* bataillon assistent en réserve à la prise de la route qui relie Vanves à Issy, en passant sous le passage voûté du chemin de fer.
Abrités dans les maisons de la route , les insurgés couvraient nos ouvrages d'une grêle de projectiles , qui rendaient la position intenable derrière la barricade et dans la tranchée du chemin de fer en avant de Clamart; il fallait à tout prix les déloger de là. A 10 heures du soir. Tattaque est commencée par le 17* bataillon de marche et 240 fusiliers marins, sous les ordres du général Paturel. Le feu de Tennemi est si violent que les marins hésitent; leur lieutenant de vaisseau tombe mortellement frappé en voulant les entraîner. Le sergent-clairon GALLÉ,du 17*, escalade alors la barricade et se met à sonner la charge : nos chasseurs s'élancent aussitôt à la baïonnette; tous les clairons sonnent la charge; les fusiliers marins, entraînés à leur tour, suivent nos chasseurs, qui débusquent l'ennemi, surpris de tant d*audace et d'intrépidité; ils s'emparent du p.issage voûté occupé par les fédérés. Ije 17* bataillon avait fait des pertes sensibles. Le 8 mai, le 4"* bataillon, qui occupe le poste avancé de Clamart, fait une reconnaissance sur le fort de Vanves.
Prise du fort dissy; l'armée de Versailles entre à Paris.
Le fort d'Issy était complètement investi ; les fédérés l'abandonnèrent dans la nuit du 8 au 9, et le lendemain, à midi, le 22* bataillon l'occupait et s'y installait avec deuxcompagnies du 17* bataillon, malgré le feu terrible qu'y dirigeait le fort de Vanves. I^ 10 mai, à 6 heures du soir, un obus pénètre dans la casemate occupée par
— 36i — la 6* compagnie du 22^, y tue 3 hommes, en blesse 9. L'attaque sur Paris est continuée avec la plus grande vigueur.
Jusqu'au 20 mai, nos bataillons de chasseurs se prodiguent au service des tranchées, dans lequel le commandant G ATHE- CÉSAR, du 22*, est atteint à la main droite d*un éclat d'obus; le 12, le lieutenant Hartv DE PlERREBOURG, du 4* bataillon, est tué pendant que ses chasseurs s'emparent des maisons situées à la croisée de la route stratégique et de la route de Clamart. Dans les opéra- . tions auxquelles il prend part sur Ncnilly, Asnièrcs et le bois de Boulogne, le 23° bataillon de marche perd i sous-officier et 6 chasseurs tués, 4 officiers blessés, le capitaine Grapin, les sous-lieutenants Caro, Devaujanv et Moine, 5 sous-officiers et 46 chasseurs blessés.
Dans la nuit du 20 au 2 1 mai, le 2* bataillon de chasseurs échange dans Neuilly, avec les fédérés, une fusillade très vive, pendant laquelle 5 chasseurs sont blessés.
Le 21, le 2® corps d'armée entre à Paris. Le 18* bataillon de cliasseurs est en tête de la i*^ division, et arrive devant la porte de Sèvres. A i heure du matin, les chasseurs de la 2* compagnie, conduits par le lieutenant Blavier, passent le fossé un à un, sur des madriers, et réussissent à forcer Tenceinte; la 3* compagnie, capitaine MARTIN DE Mierrv, suit immédiatement. Après un léger engagement avec les insurgés qui gardaient la porte, et qui ne coûte que 2 chasseurs blessés, le 18* occupe la station de Grenelle, et se déploie à droite et à gauche sur le remblai du chemin de fer de ceinture, pendant cpic le reste de la division pénètre par la porte de Versailles, dont le pont-levisaété abattu. La i'* division arrive rapidement à TEcole militaire.
Déjà, dans la soirée, le 26* bataillon s*est emparé de la porte d' Auteuil et des bastions n** 61 et 62 ; le 10* est entré par la porte Dauphine ; le 30* s*est emparé de la barricade du pont de Clichy, après avoir rapidement traversé la Seine par le pont du chemin de fer d' Asnières. A 1 1 heures du soir, le 2* de marche, traversant le l)ois de Boulogne, pénètre dans Paris par la porte de Passy.et, se dirigeant sur les Ternes, va bivouaquer, le lendemain soir, près de la porte Bineau. L*enreinte de Paris était forcée; Tarmée de Versailles y pénétra dans la nuit du 21 et la journée du 22. Alors commença cette épouvantable guerre de rues à laquelle Thistoire a donné le nom de « Semaine sanglante ».
La Semaine sanglante. ~ Fin de la Oommune.
Le 22 mai, les i'^ et 2^ compagnies du 4* bataillon de chasseurs enlèvent la barricade de la me de Vaugirard et de la gare Montparnasse; le capitaine HuE, commandant la i'* compagnie, est tué pendant Tattaque. En tête de la colonne du colonel Boulanger, conduisant le 1 14* de ligne, s*élance la 4* compagnie du 4* de marche, capitaine MUOT, qui enlève la barricade du pont du chemin de fer de TOuest ; en même temps, les 5* et 6* compagnies du même bataillon, conduites par le capitaine Ebunger, enlevaient la position de la station de TOuest, sur le chemin de fer de ceinture.
Le 19* bataillon, pénétrant dans Paris, perdait ce jour-là quelques chasseurs et deux officiers, le capitaine Lagueny, tué, et le lieutenant Roman, blessé.
Cependant, le corps d'armée du général Douay faisait reculer peu à peu les fcdcrés et les refoulait dans la direction de la Madeleine ; le 26" bataillon de chasseurs à pied , entraîné par le brave commandant Bernakdy de Sigoyek, s'emparait rapidement du Palais de l'Industrie, et occupait le pont des Invalides. Cet éner» gique coup de main ne coûtait au bataillon que 5 tués, dont un officier, le sous-lieutenant Favel, et 16 blessés.
Le lendemain 23 mai, fut une journée décisive; tandis que les compagnies du 4" de marche enlevaient les barricades des rues avoisinant la gare Montparnasse, dans laquelle le commandant Bonnet était blessé, que le 17* enlevait l'église Sainte-Clotilde et en débusquait les insurgés, qui, du sommet, faisaient pleuvoir sur nos troupes une grêle de balles, le 18* bataillon occupait sans coup férir le couvent du Sacré-Cœur, et recevait l'ordre d'enlever le télégraphe et la mairie du VII* arrondissement. La 3* compagnie, habilement conduite par ses officiers, s'emparait du télégraplic, où se trouvait un poste de 50 fédérés qu'on tuait à coups de baîopnette ; le chasseur PoNTAL, entré le premier dans le corps-de-garde, avait reçu deux coups de feu et plusieurs coups de crosse sur la tête. Pendant ce temps, les autres compagnies forçaient les barricades et tout le monde concourait vaillamment au succès de l'attaque. Le sous-lieutenant Gringault était mortellement blessé; 12 sousofficiers et chasseurs grièvement atteints.
M.iis Taction principale et dont le succès précipita la fin de la résistance, ce fut Tenlèvcment des hauteurs de Montmartre, à la prise desquelles les 2®, 10" et 23" bataillons prirent une grande part. Le 2^ de marche suit le mouvement du i*' corps, qui doit cheminer le long de la rue Militaire, et marcher de façon à tourner la butte Montmartre. Les fédérés s*étaient solidement retranchés dans le quartier de la Chapelle, dont tous les débouchés étaient défendus par d*énormcs barricades; Tusine à gaz formait le réduit central des insurgés qui défendaient Montmartre.
A travers les brèches pratiquées dans les murs par les sapeurs du génie, les chasseurs du 2^ traversent tout le pâté de maisons qui sépare la rue des Poiriers de la rue de la Chapelle, sur laquelle ils sont bientôt prêts à déboucher, se masquant, en attendant le signal de Tattaque, derrière les portes des maisons, pendant que des tirailleurs se postent aux fenêtres. Au signal donné, les tirailleurs ouvrent un feu violent et nourri sur les barricades; tout à coup, les portes s^ouvrent; officiers et chasseurs 8*élancent avec un entrain superbe à Tattaque des barricades. La 2* compagnie enlève celles de la rue Marcadet et de la mairie du XXIII^ arrondissement. La 4* s*empare des ouvrages de la rue Philippe-de- Girard, que la 3® compagnie occupe aussitôt, pour parer h un retour offensif. Pendant ce temps, la 4° continue son mouvement; entrai* née par son capitaine, elle pousse jusqu^à la barricade de la rue d*Aubervilliers. La 5* compagnie a suivi le mouvement de la 4', elle arrive à la dernière barricade; le sous-lieutenant MARTIN se précipite le premier sur Tobstaclc : il est tué raidc d*une balle au cœur. Les deux compagnies se trouvent complètement en l'air et courent alors les plus grands dangers; maîtres des maisons de gauche, les fédérés font sur elles un (eu roulant. Heureusement, la 6* compagnie arrive, les dégage, et tout le monde marchant de concert, on enlève les barricades des rues de Torcy, Cugnot et Pajol. Les insurgés sont réduits à se réfugier dans Tusine à gaz, où toutes leurs forces se concentrent. A 6 heures du soir, le général DR Ladmirault établissait son quartier général à Montmartre.
A 9 heures du soir, le 18* bataillon prend part à Toccupation du Luxembourg, que le 17* vient de traverser sous un feu roulant, en laissant dans le jardin une quarantaine de ses braves chasseurs. Les fédérés avaient transformé le Panthéon en une vaste place d'armes pourvue de redoutables défenses.
Nos trou|)cs oixupcnt pendant la nuit toutes les issues qui y conduisent ; le lendemain, la lutte se continue pendant de longues
Ve«i^ sins qu'on puisse faire lâcher pied aux insurgés; enfin» à t hcm^s du soir, la charge sonne de tous les côtés à la fois. Le ^vMVimandant DE POUSARGUES, du i8* bataillon, fait enlever par la <^ oom|>agnie la barricade de la rue Saint-Jacques, et ses autres compagnies débouchent à la fois de toutes les rues, sur la place; 1^ cha^urs du i8* sont blessés, dont 3 mortellement. D*un autre c^té, le 17* bataillon, qui s*est formé en plusieurs colonnes,' enlève les dernières barricades, derrière lesquelles les fédérés, dé* courages, ne se défendent que mollement, et s'empare de l'Ecole de droit, de la mairie du V^ arrondissement et de l'Ecole polytechnique. Entraînés par leur ardeur, les chasseurs du 17* se trouvent bientôt en l'air; leur position commençait à devenir assez critique, lorsqu'arrive fort heureusement, pour les soutenir, le 19* bataillon de marche, conduit par l'énergique commandant GlOVANNlNELU. On occupe immédiatement le Panthéon, on passe par les armes tous les fédérés qui sont pris, et l'on s'empresse de rechercher et de couper tous les fils destinés à faire sauter le quartier.
Le 24, a la nuit, le gênerai de Cisscy était maître de toute la rive gauche. D*un autre côté, le 26* bataillon de chasseurs à pied, entraîné par le commandant BkknAKDV DE SlGOVKK, enlève, au milieu des flammes et des balles, le Palais du Louvre aux insurgés, qui y avaient déjà mis le feu; 2 chasseurs sont tués et 5 autres blessés. Le bataillon se met aussitôt à l'œuvre, et fait des prodiges pour circonscrire Tincendie et préserver ce beau bâtiment, et les trésors artistiques qu'il renfermait, de l'œuvre de destruction abo« minable des Vandales qui venaient d'incendier les Tuileries, la Cour des comptes et le Palais de la Légion d*honneur. Le lendemain, le 26* attaque vigoureusement et enlève la place Royale aux fédérés. Le même jour, le 30^ bataillon entrait à Paris par la porte Maillot, et rejoignait la brigade DuMONTàTArc de Triomphe de l'Etoile, puis se dirigeait, de concert avec elle, vers le bastion 33, en suivant l'avenue Wagram, les boulevards Berthier et Bessières, et la route stratégique jusqu'au pont du chemin de fer du Nord. Accueilli au débouché de ce pont par le feu redoutable d'une batterie établie à la porte d*Aubervilliers, legénéral UUMONT lance les chasseurs du 30^ en avant. Sans attendre de renforts, Ir 2* compagnie se rue vigoureusement sur les bâtiments de l'usine à gaz, enlève à la baïonnette la barricade de la porte d' Aubervii* liers et occupe la rue de ce nom, jusqu'au pont du chemin de fer de l'Est. Ce succès ne coûtait au bataillon qu'un sous-officier blessé» le sergent Martinet, et 6 chasseurs blessés. Le chasseur AuBER-
TIN| de la 2* compagnie, 8*était fait particulièrement remarquer par son entrain dans renlèvementdela barricade. Par cette action énergique, le bataillon avait sauvé de Tincendieles établissements du chemin de fer.
Dans la nuit du 25 au 26 mai, pendant que les chasseurs du 26* bataillon se reposent, après avoir combattu toute la journée, le commandant Bernardy DE SiGOVER fait seul une reconnaissance des environs de la place de la Bastille; surpris par les insurgés, il est assassiné, et son corps, à moitié brûlé, est retrouvé le lendemain, après la prise de la place, qui coûtait au 26* 9 blessés, dont un officier, le lieutenant Gazeille. Lecapitaine LacoMBE prenait le commandement provisoire du 26^ bataillon.
Le 26 mai, le général DUMONT donne Tordre au 30* bataillon d*enlever les barricades établies en avant des positions occupées par la brigade, et de s'établir rue de Flandre, avec défense de dépasser les bassins de la Villette.
Le commandant Lanes forme aussitôt son bataillon en deux colonnes; la première, après avoir tourné une barricade rue de Bordeaux, enlève la caserne des fédérés de la Marseillaise et une barricade triple, formant redoute, au point de rencontre deTOurcq; la seconde fait tomber une barricade rue Mathis et en occupe une autre, formant redoute, à Tintersection de cette rue avec la rue de Flandre. Le 30* a dans cette attaque un officier blessé, le capitaine Safflet, I ca|)oral et 4 chasseurs blessés.
A la nuit, les avant-postes sont poussés jusqu'au bassin de la Villette; le caporal Vaquier se fait remarquer par son audace dans le placement des sentinelles avancées. Vers 11 heures du soir, les insurgés, tout en continuant un feu nourri qui ne nous fait subir aucune perte, incendient les docks de la Villette sur les bords opposés du canal, malgré les efforts de nos avant -postes, qui cherchent à les en empêcher par leur feu.
Le 27 et le 28 mai, le 26" bataillon occu|)c successivement la place du Trône, le faubourg St- Antoine et la porte de Vincennes.
Les insurgés se sont retirés sur les Buttes-Chaumont, et Tarmée de Versailles exécute contre eux, les 27 et 28 mai. Une marche concentrique pour réduire ce dernier rempart de la Commune.
Le 30* bataillon se porte par lame Lafayette et la rue Secrétan aux Buttes-Chaumont, s'empare, vers 10 heures, de la barricade di! la rue do l'ICst-Pr.idicr, où il perd 2 hommes. Vers 2 heures du soir, la 6* compagnie, envoyée, par ordre du général DUMONT, pour amener un convoi de chevaux pris aux «insurgés rue Julien-I
trouve cette rue barrée. En descendant plus bas pour t passage, elle débouche rue de Cmirtille, en face d'une 11 garnie de pièces d'artillerie. Le sous-lieutenant DEROULÈd 3 sous-ofRciecs et 1 1 cliassciirs volontaires, se jette lïncrgiqil sur cet obstarle, et malgré une blessure grave au bras g sempare de celte barricade, dont il enlève le drapeau. L lieutenant Derouliîde, le sergent Larmignat et le ca^ BenetiËRE s'étaient signalés d'une manière toute particull^ leur entrain et leur belle conduite.
A 4 heures du soir, toute résistance était terminée; la Commuai de Paris était vaincue et l'horrible guerre civile terminée.
Nos bataillons de chasseurs h pied , presque toujours en tête do* colonne, accomplirent noblement leur devoir, en soldats et en patriotes respectueux de l'honneur, de l'ordre et des lois qui président aux destinées de la nation.
L'Assemblée nationale rendit un éclatant témoignage à la mémoire du brave commandant du 26", Bernardy de Sigoyer. En r^ompense du service éminent qu'il rendit en contribuant d'une manière spéciale i sauver le Musée du Louvre de l'incendie du 24 mai 1871, i! fut accordé à sa veuve une ]>cnsion viagère de 2,000 fr., se cumulant avec la pension ù laquelle elle avait droit, et à chacun de ses quatre enfants, une pension viagère de 500 fr.. Outre la faculté d'être élevés gratuitement dans les écoles de l'Etat.
De nombreuses croix et médailles, des citations â l'ordre du jour de l'armée, vinrent récompenser nos vaillants chasseurs i pied du courage et de l'abnégation avec lesquels ils avaient su, selon leur devoir, rétablir et assurer l'ordre intérieur du pays.