‹ Les chasseures à piedChapitre 40 sur 96 · LE COURAGE CIVIQUE AUX CHASSEURS A PIED · texte numérisé non relu

LE COURAGE CIVIQUE AUX CHASSEURS A PIED

Le bon loltUl ttil le boa cllo]r«B.

PRÈS arojr parlé du courage militaire des chasseurs A pied, il ne serait pas juste de ne pas mentionner aussi leur courage civique. Si le drapeau de l'arme porte la croix de la Légion d'honneur comme haut témoignage de la première de ces vertus, il pourrait aussi attester, par la couronne de gaion des anciens Romains, de la manière dont les chasseurs se sont toujours dévoués pour le salut et la conservation de leurs semblables. Cest avec le même courage, avec la même abnégation qu'ils luttent contre l'ennemi ou contre les éléments.

Parmi les nombreux actes de dévouement qui sont signalés dans les annales de nos bataillons, on ne peut qu'en citer quelques-uns, car leur énumération complète serait trop longue. Ils sufRront pourtant à prouver combien le courage civique a toujours été pratiqué, toujours honoré dans nos bataillons de chasseurs à pied.

En 1856, après les troubles de la Vendée, le I3* bataillon de chasseurs, qui y avait été envoyé, rentrait A Saumur, sa missk» terminée, A une étape de cette ville, le lieutenant MorhaIN se jette tout habillé dans le Thouct, |x>ur sauver un homme en danger de se noyer. 11 reçoit, pour cet acte de dévouement, une médaille d'honneur de 1" classe en argent. En 1860, le chasseur l'KRNOr, de ce même bataillon, se jette t'ïut babillé dans le lac d'Annecy, pour secourir un enfant sur le point de se noyer. Il est décoré de la médaille de sauvetage.

En 1875, pendant les terribles inondations de la Garonne, qui désolèrent les populations de Toulouse, de Gollech et de Verdunfur-Garunnc, auxquelles le 39* bataillon de chasseurs fut appelé à prêter son concours, nos chasseurs se firent remarquer par leur^

courage et leur dévouement. Les nombreuses récompenses accordées à ce bataillon prouvent qu'il sut pleinement accomplir ses devoirs. Le capitaine JOLLY fut fait officier, et le lieutenant Adam, chevalier de la Légion d'honneur; le sergent fourrier Athon reçut la médaille militaire. Des lettres de félicitations furent adressées au commandant Defaucamberge et au sous-lieutenant Bernier; des médailles de sauvetage furent accordées : au sergent Delescluzes ; aux caporaux Heim et Lavocat ; aux sapeurs Perrand et GOELLER et aux chasseurs Perry, Labusquiërr (Paul), Delon, Bronche, Bricourt, Labusquière (Jean), et Saumagne; tous ces militaires furent cités i l'ordre du corps d'armée.

Le 15 juin 1877, le 9® bataillon de chasseurs reçut, par la voie de Tordre, les félicitations du général commandant la subdivision de Dellys, pour le grand dévouement avec lequel les chasseurs du bataillon travaillèrent au sauvetage du vapeur la Colomba, échoué au nord de la jetée du port de Dellys.

Pendant les incendies qui désolèrent Chambéry en 1863 et 1864, le 6* bataillon de chasseurs donna des preuves constantes de dévouement et d'abnégation, en prêtant son infatigable concours aux populations éprouvées. De nombreuses médailles d'honneur récompensèrent le courage de ceux qui se distinguèrent dans ces circonstances. En 1865, le même bataillon vint en aide aux habitants d'Inghin, pendant l'incendie de ce village; 15 chasseuiB furent cités à l'ordre.

Le 13 août 1864, un incendie considérable avait éclaté à Lyon; deux jeunes enfants, laissés seuls dans une des chambres d'une maison embrasée, étaient en danger de périr dans les ilammes, quand le chasseur Beaumont, du 5* bataillon, s'élançant à leur secours, va les arracher à une mort certaine. Le lendemain, ce brave chasseur était mis à l'ordre du jour de l'armée de Lyon.

Dans la nuit du 16 au 17 mai 1859, ^^ incendie terrible ravageait un des quartiers les plus populeux de Rome, le Ghetto. Accourus en toute hâte sur les lieux du sinistre, les officiers et chasseurs du 20" bataillon, en garnison dans cette ville, rivalisaient d'ardeur pour arrêter les progprès du feu , qui menaçait de prendre d'effrayantes proportions. Tout à coup, des cris retentis* sent à l'étage supérieur de l'un des bâtiments incendiés; ces cris partent du 2^ étage, et la flamme a déjà enveloppé le premier. Barbier, chasseur de 2* classe, n'écoutant que son courage, applique une échelle le long du mur, en gravit lestement les degrés

et pénètre dans une chambre envahie déjà par une épaisse fumée. Une femme, affolée de terreur, était af^enouillée auprès du berceau de son enfant, à demi asphyxiée. Bardiër s'attache l'enfant autour du corps, enlève la femme dans ses bras, et, sans calculer le danger, enjambe la fenêtre. Déjà les flammes commençaient à lécher les barreaux de Téchelle. Le moment est décisif; une minute d'hésitation et toute retraite devient impossible : BAR- BIER pose le pied sur Tappui de la croisée; la foule, palpitante d*émotion, pousse des lionrrahs; soulcnn |)ar les applaudissements, le brave soldat, par un effort suprême, d'une main se cramponne à Téchelle, de l'autre, presse sur sa poitrine son précieux fardeau. Après quelques minutes d'une descente périlleuse, il parvient à déposer la mère et l'enfant sains et saufs, au milieu de la foule, enthousiasmée de cet acte de courage. L^ chasseur Barbier fut cite à l'ordre, et le pape Pic IX, en récompense de sa belle conduite, le décora de la médaille de sauvetage.

Pendant la nuit du 25 au 26 décembre 1869, le chasseur BiSSAV (André), de la i'* compagnie du ig* bataillon, périt victime de son dévouement, en travaillant à éteindre un incendie qui avait éclaté au village de Cransac; plusieurs^militaires du bataillon méritèrent les éloges du Ministre de la guerre pour leur belle conduite en cette circonstance.

Le clairon Lachamp, du 12* bataillon, en garnison à Chambéry en 1860, arrête, au péril de sa vie, un cheval emporté, attelé à une voiture renfermant plusieurs personnes. Il est décoré de la médaille d'honneur.

Le 5 février 1861, le chasseur Delabarre, du 20' bataillon, en garnison à Rome, s'élance à la tête de deux chevaux emportés, sur une des promenades les plus fréquentées, le Corso, et parvient à les arrêter, évitant ainsi les plus grands malheurs.

Pendant le rigoureux hiver 1854-1855, qu'eut à supporter notre corps expéditionnaire de Crimée, le choléra, apporté par les troupes qui avaient été dans la Dobrutscha, exerçait de cruels ravages dans nos ran^s. I^s infirmiers venant à manquer, bon nombre de nos chasseurs se présentèrent volontairement pour les remplacer dans les soins dangereux à donner aux victimes. Beaucoup d*entre eux succombèrent noblement aux atteintes du mal , dont ils VOU' laient préserver leurs compagnons d'armes.

Sous le feu de l'ennemi, le chasseur MOME, du 6* bataillon, voit toinl)cr un île ses camarades frappé d'une attaque foudroyante de choléra. Il le charge sur ses épaules, et traverse avec son fardeau

Page 1