DÉCRÈTE
» Article i^. — L'aigle française est rétablie sur les drapeaux de l'armée. »
Suivant les traditions de l'Empire, les drapeaux devaient porter au revers, en gros caractères, les noms des batailles où s'étaient illustrés les corps, et la date à côté en chiffres plus petits. Le 10 mal 1852, à la distribution des aigles à l'armée, le commandant du 6* bataillon reçut le drapeau des chasseurs à pied, doAt la garde
fut confiée au 5* bataillon, le plus ancien dans la garnison de Paris. Il portait les inscriptions suivantes, qui consacraient la brillante conduite des chasseurs & pied pendant leurs premières armes :
MOUZAÏA (1840); ISLY (1844); TEDJENNA (1845); KOME (1849);
Zaatcha (1849). Sui* 'c ^àté principal on lisait : LouiS NAPOLÉON
AUX Chasseurs a pied.
A la suite de la campagne de Crimée, les inscriptions suivantes furent ajoutées sur le drapeau : BOMORSUND (1854); Traktir (i^SS)! SebastopOL (1855); auxquelles furent adjointes, au fur et à mesure des campagnes : ITALIE; Syrie; Chine, Cochinchine;
Mexique.
Le bataillon de chasseurs à pied de la garde impériale reçut, à sa formation, un drapeau spécial, portant au revers les noms des batailles où s'étaient illustrés leurs aînés de la garde impériale du premier Empire : Marengo, Ulm, Austerlitz, IëNA, Fried-
LAND, ESSLING. WaGRAM, SMOLENSK, LA MOSKOWA, HaNAU,
MoNTMiRAiL. Sur la face on lisait : GARDE Impériale. — L'Empereur Napoléon III au bataillon de Chasseurs a pied.
Après la bataille de Magenta, l'Empereur, par décret du 14 juin 1859, décida que, pour rétablir d'anciennes et glorieuses traditions, le corps qui prendrait un drapeau à l'ennemi porterait la croix de la Légion d'honneur attachée à son aigle. Quelques jours après, le 34 juin, à la bataille de Solferino, le bataillon de chasseurs de la garde et le 10* bataillon de chasseurs à pied fai* saient mériter cet insig^ne honneur aux deux] drapeaux des chas* seurs à pied.
A la rentrée d'Italie, la croix de la Légion d'honneur fut attachée au drapeau de la garde par les mains du maréchal Regnault de Saint-Jean-d'Angély.
« Je viens, dit-il aux chasseurs de la garde, attacher une déco« ration à votre drapeau, symbole de courage, de discipline et de dévouement militaire. Que ce drapeau, décoré en récompense de votre valeur, nous devienne plus cher encore. Que chacun de vous comprenne que cette croix d'honneur, qui marchera désormais à votre tête, et dont les rayons se reflètent sur tous les bataillons, c'est le but auquel il doit aspirer, et la France, notre chère patrie» saluera en vous des enfants dont elle peut s'enorgueillir. »
Le 15 décembre 1859, '^ 4*t it* et 19* bataillons de cliasseurs À pied, en garnison à l'armée de Paris, étaient réunis à Vincenoes. Le maréchal Magnan, délégué par TEmpereur, après une m&le et énergique allocution rappelant les services rendus par les
Ions de chasseurs à pied depuis leur création, les combats et batailles où ils ont illustré leur unique drapeau, attachait la croix de la Légion d'honneur à Taigle des bataillons. Le sergent Garnier, le héros du lo* bataillon, qui avait enlevé un drapeau & Tcnncmi, représentait son bataillon à cette mémorable cérémonie militaire.
Voici en quels termes le lo* bataillon apprit, par la voie de l'ordre, la décoration accordée au drapeau de l'arme :
« Le ?4 juih 1859, à la bataille de Solferino, le sergent Garnier avait enlevé un drapeau aux Autrichiens du 60* rég^iment (prince Wasa). Tous les corps qui avaient enlevé des drapeaux i Tennemi avaient vu décorer leur aigle, et le 10* bataillon n'avait cessé de réclamer une faveur semblable.
» Enfin, le commandant est heureux de porter à la connaissance du bataillon que TEmpereur, sur la proposition du Ministre de la guerre, a décidé que le drapeau des chasseurs i pied, qui est en dépôt à Vincennes, serait décoré de la croix d'honneur, en raison du drapeau enlevé à la bataille de Solferino par le 10* bataillon.
» Le commandant, Bressolles. »
Effectivement, quelques jours plus tard, le maréchal Magnan, commandant en chef de l'armée de Paris, se rendait à Vincennes, et, dans une belle cérémonie militaire, décorait lui-même l'aigle des chasseurs à pied (décembre 1859).
Le 17 septembre 1861, sur le nouveau drapeau remis aux chas* seurs de la garde, à la suite des anciens noms de batailles, figurèrent leurs nouveaux titres de gloire : SÉBASTOPOL, MAGENTA,
Solferino.
Au moment de la déclaration de la guerre contre l'Allemag^ne, le 7* bataillon de chasseurs à pied, dépositaire du drapeau, le remit à la place de Paris, avant de partir pour la frontière.
Le drapeau des chasseurs de la garde, qui avait été emporté à l'armée de Metz, et qu'on avait longtemps cru détruit par le feu, le 28 octobre, en présence du colonel Melchior, de l'artillerie de la garde, vient d'être retrouvé et remis au Ministre de la guerre, qui l'a fait déposer aux Invalides. Ce drapeau, à moitié consumé, avait été dérobé à l'arsenal de Metz par un ouvrier civil, nommé Antoine Laurent, qui le cacha sous ses vêtements, et le conserva pieusement à l'abri de la souillure de l'étranger. A sa mort, cette relique sacrée fut confiée à son gendre, Antoine Laurent, qui fut expulsé de Metz en 1888, et s'établit à Nancy. C'est grâce à la
généreuse intervention de M"** Adam, qae les chasseurs à pied ont pu recouvrer leur vieux drapeau , mutilé , à demi consumé. Il reste presque toute la partie blanche, la moitié de la rouge et très peu de la partie bleue. Les inscriptions se lisent encore très bien.
Après nos malheurs de la guerre 1870-71, les drapeaux qui n'avaient pas été pris ou détruits furent versés à rartillerie, et une décision ministérielle, du 5 juillet 1871, prescrivit les mesures suivantes :
« En attendant qu'une décision ait été prise relativement aux nouveaux drapeaux à distribuer à Tarmée..., les corps se procureront provisoirement, aux frais de la masse générale d'entretien, des drapeaux de grandeur moyenne, qui ne porteront aucune inscription, et dont la hampe sera surmontée d'un fer de lance doré... »
Le 22 juillet 1872, le général de Cissey, Ministre de la guerre, fit paraître la décision suivante :
« Pendant la campagne de 1859 en Italie, le bataillon de chasseurs à pied de Tex-garde, actuellement le 21* et le 10* bataillon, ont enlevé chacun un drapeau à l'ennemi. Afin de perpétuer le souvenir de ces glorieux faits d'armes, en exécution de la décision impériale du 17 novembre 1859, '«^ croix de la Légion d'honneur a été donnée aux deux aigles qu'avaient reçues, d'une part, le bataillon de chasseurs à pied de l'cx-garde, et de l'autre, l'arme des chasseurs. Le Ministre de la guerre a décidé, i la date du 22 juillet courant :
» 1* Qu'un nouveau drapeau serait remis à l'arme des chasseurs à pied, en remplacement des deux aigles qui avaient été remises à cette arme (garde et ligne);
» 2* Que rinsigne de la Légion d'honneur, qui avait été attaché à Taigle du bataillon de la garde, et qui avait été remis au dép^t central de Tartillerie avec cette aigle, en exécution de la circulaire du s juillet 1871, serait suspendue au nouveau drapeau des chasseurs à pied. Le drapeau sera très prochainement transmis, par le service de l'artillerie, à M. le gouverneur de Paris, qui le remettra à M. le général commandant la place, pour être confié» lors des revues et cérémonies militaires, au 10* bataillon de chasseurs à pied ou au 21* (ex-garde), si l'un de ces bataillons est à la prise d'armes, au premier de ces corps s'ils y sont tous les
deux, et, en leur absence, à celui des bataillons présentsà la revue qui occupera la droite dans l'ordre de bataillé.
» Versailles, le 22 juillet 1872.
» Le Ministre de la guerre,
» DE CiSSEY. »
Cette décision renferme une erreur relativement au 21* bataillon, qui n'a pas été formé avec le contingent de l'ancien bataillon de la garde, qui servit en effet à former le 24* bataillon de chasseurs à pied actuel.
Le décret du 3 février 187g décida que de nouveaux drapeaux seraient remis à l'armée, par le Gouvernement de la République, et le 30 juin, à la grande revue de la distribution des 'drapeaux à l'armée, le 25* bataillon de chasseurs à pied, en garnison i Paris, recevait à Lonchamps, des mains du Président de la République, le nouveau drapeau de l'arme.
Ce drapeau portait les inscriptions suivantes : CHASSEURS A
PIED. — ISLV, SiDI-BrAHIM, SÉBASTOPOL, SOLFEKINO; unc
■croix de la Légion d'honneur était attachée à sa cravate. Sur la face, sont écrits en lettres d'or les mots : RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. — Honneur et Patrie.
A la suite de la campagne du Tonkin, le Ministre de la guerre, s'inspirant des faits d'armes accomplis en Annam et au Tonkin par le 11* bataillon de chasseurs, décida que l'inscription de Extrême-Orient serait ajoutée à celles déjà existantes. Par son ordre du bataillon, en date du 2 janvier 1887, le commandant SovER, du 20^ bataillon de chasseurs à pied, en garnison à Versailles, qui avait l'honneur d'avoir à cette époque la garde du drapeau, annonçait en ces termes au bataillon le nouveau titre de gloire qui y était ajouté :
«Officiers, Sous-Officiers, Caporaux et Chasseurs,
» Par ordre du Ministre, le drapeau vient de recevoir l'inscription de la campagne dans l'Extrême-Orient.
» Monsieur le Ministre de la guerre a bien voulu affirmer ainsi la part glorieuse prise par les chasseurs dans les faits de guerre accomplis au Tonkin et en Annam.
» Nous n'oublierons jamais que cette part glorieuse est due au II* bataillon, qui, dans ces expéditions les plus pénibles, a brillamment soutenu la réputation de notre arme, et a ajouté à ses annales une page digne des précédentes.
^ Aussi, est-ce avec un sentiment de profonde reconnaissance pour nos camarades du 1 1®, que nous saluerons la nouvelle inscription. »
Le drapeau des chasseurs est actuellement confié à la garde des i8^, 20* et 29* bataillons, en garnison dans le gouvernement militaire de Paris, qui, chaque année, se transmettent successivement, avec un soin jaloux, le symbole sacré de Thonneuretde la Patrie.
A la revue finale des grandes manœuvres du 6* corps d*armée, en 1889, le drapeau des chasseurs à pied avait été envoyé de Paris et confié, pour la circonstance, au vaillant 10* bataillon, sous la garde duquel il défila à la tête des i*', 2*, 4*, 9*, lo*, r5«, ij*, 19®, 25^ et 26* bataillons de chasseurs. Le général de la Hayrie les réunit après le défilé, et, présentant à nos chasseurs de TEst notre glorieux drapeau, leur adressa les paroles suivantes, qui trouvèrent un profond écho dans la poitrine de ces vaillants soldats de Tavant-garde :
» Chasseurs,
» C'est avec un sentiment de profond et iégritime orgueil que je he suis vu désigné, hier, par M. le Ministre de la guerre, pour vous remettre aujourd*hui, solennellement, le drapeau de votre arme.
» Votre réputation militaire n*est plus & faire : c*est par milliers que sont inscrits, dans les fastes de Thistoire, les faits d*armes accomplis par les chasseurs & pied depuis leur fondation, et je suis certain que si la France est dans la nécessité de tirer l*épéc pour sa défense et son honneur, vous serez à hauteur de vos devanciers.
» Je remets donc au 10* bataillon ce noble emblème de la patrie. Il sera placé en bonnes mains et porté haut et ferme, comme à Solferino.
» Je salue en vous, braves chasseurs à pied, Tesprit de discipline, l'esprit de corps, la conHance dans le commandement, qua* lités maîtresse^ qui font la force et la cohésion des armées. Je vois en vous la personnincation de Tinfanterie française, intelligente et vaillante, dont la devise sera toujours :
« Honneur, Patrie. »
La brise de PAIsace-Lorraine a caressé pour la première fois les plis de notre drapeau , et les chasseurs à pied y ont vu Theureux présage de la victoire!