‹ Les chasseures à piedChapitre 5 sur 96 · SIDI-BRAHIM · texte numérisé non relu

SIDI-BRAHIM

11) U.iraliMt <U N<<l(-llntltiin. [» r^rimhlr Uc SlilÉ-lInliini (1) TorahcMi on rfiuscun

et la télc de la résistance dans ce combat, digne des héros d'Homère.

Le capitaine DK GÉRKAUX, dans rcs|)oir d'attirer l'attention de la colonne de Barrai, que l'on sait rayonner dans les environs, ordonne à LavayssiËRE de désigner un chasseur pour aller planter un drapeau au faîte du marabout. « Mon capitaine, répond le brave caporal, je préfère y monter moi-même, car ce serait envoyer un chasseur à une mort certaine. — Je promots une belle récompense n celui qui aura le courage d'aller planter le drapeau, ajoute aussitôt le capitaine. » LAVAVSSŒKEprcnd là ceinture rouge du lieutenant DR Chappri>KKAINR, la noue h sa cnivate bleue de troupier, fixe ce dra|)cau improvisé à une branche de figuier, et sous une grêle de balles, gravit le dôme du marabout. Lfes balles sifflent de tous côtés ; l'une enlève le képi du caporal sans le blesser, une autre l'atteint à l'épaule gauche, une troisième coupe entre ses mains la hampe de son drapeau au moment même où il le plantait. Lavavssirrr parvient enfin à consolider son signal et se fait lancer la lunette du capitaine. Il aperçoit la colonne de Barrai ; mais il voit qu'elle est attaquée et qu'elle se retire.

Tout espoir de salut était donc perdu pour nos braves chasseurs. Cependant, les Arabes continuaient leur fusillade et leurs assauts furieux contre le marabout.

Une première sommation, qui s*annonc*e par une sonnerie, est portée par un Arabe. Ecrite en français par Tadjudant Thomas, elle indique qiril y a quatre-vin^t-dcux prisonniers au nombre desquels se trouvent le sous-lieutenant L4AKKA/RT et quatre clairons.

Le capitaine répond qu*il préfère mourir cent fois que de se rendre.

Une deuxième sommation parvient au capitaine après une reprise de combat; elle est rédigée en arabe. L'interprète LÊVV en donne l'expliration. Klle contient la menace que, si la |>etite trou|>c ne fc rend pas, les hommes auront la tète tranchée.

Le capitaine fait répondre que ses chasseurs et lui sont sous la garde de Dieu et qu'ils attendent Tennemi de pied ferme.

La troisième et dernière sommation est plus pressante que les deux premières, mais ne renferme aucune menace. Lavavssikrk la reçoit et s'empresse de la communiquer à son chef, qui était allé M! reposer dans le marabout, à côté de son lieutenant, Tun et l'autre souffrant horriblement de leurs blessures. Le docteur Ro/.AGUTTI ne pouvait les soigner comme il l'aurait voulu, car son matériel médical était resté au camp. Le capitaine ne veut faire aucune

réponse. Le caporal lui demanda son crayon et écrit au bas de cette sommation. « M. . . pour Abd-cl-Kadcr; les chasseurs «l'Orléans se (ont tuer, mais ne se rendent jamais ! » Il tend la lettre à son capitaine, qui trouve encore la force de sourire et de lui dire : « Tu as raison, caporal, fais-leur tenir cette réponse. » C'est ainsi qu'il a été donné au héros dont s'enorgueillit le 8'', de réaliser le mot plus ou moins contesté de Waterloo.

Les assauts furieux des Arabes se renouvellent plusieurs fois sans succès; ils commencent à payer cher le massacre du colonel l)K MONTAGNAC et du commandant Fkomknt-Costi:.

Abd-el-Kader fait alors venir le capitaine DuTERTRK. prisonnier, pouvant encore marcher malgré sa blessure, et lui dit : <k Va trouver les liens, nrnouvclle-leiir ma pro|)osition : la vie sauve s'ils se rendent, pour eux et pour toi ; sinon je les exterminerai jusqu'au dernier, je te ferai couper la tête et je donnerai ton cœur en pâture à mes sloughis. En tous cas, tu me jures de revenir te constituer prisonnier. Acceptes-tu mes conditions? — J'accepte, » dit simple-

ni«înt DUTKKIKK.

11 s'approche alors du marabout, fait appeler le capitaine l)K (ii.KKAUX, et, lui serrant la main, il s'adresse à la petite troupe des défenseurs du marabout : « Chasseurs, dit-il simplement, si vous ne vous rendez pas, on va me couper la tête; faites-vous tuer jusqu'au dernier plutôt que de vous rendre! "» Nouveau Régulus, DuTKRTRE va ensuite se reconstituer prisonnier. Abd-el-Kader, furieux de la réponse qu'il lui apportait, le fait décapiter et promène triomphalement sa tète sous les murs du maral)out (i).

La résistance continuait acharnée.

Abd-el-Kader envoie alors thrvant le maral)out une dizaine de prisonniers, les mains lii'rcs et entourés d'une escorte. Il i.'Siiérait que cette vue démoraliserait la défense et amènerait une capitula* tion. Lavayssikrk, qui comptait parmi ces prisonniers quelques compatriotes du Midi, leur crie en patois : « Couchez- vous ! » Ceuxci s'étendent aussitôt, et au commandement du caporal, une fusillade tcTrible commence sur l'i^scorte et sur l'entouragiî de l'émir qui, placé à quelques centaines de mètres, attendait l'elTet de sa démonstration. Abd-el-Kader est môme atteint à l'oreille.

(1) Rn IKIS, li>8 villes do Oalais vX de* lUiulognc se disnuUTCiit riiuiiiit*ur d'iivoir vu iiiiiln' le r:i|iit:iiiio 1M;thitiii:: une suiisi-ription hit ouverte pour lui élever nue statue. La rél»iihli(|ue <le iHlH, eu eliaii^eaut le eouni des id<S*ii, lit oublier faeli' iuiuiorlel a(!n>ui|tli par le glorieux .soldat. (!»u i >n, AVt/fi-i/ Jf faits milittiirci.)

Un nouvel assaut, plus terrible, plus furieux, commence alors. Les Arabes, qui reçoivent des feux de salve à bonne portée, finissent par reculer. A 5 heures du soir, reprise exaspérée du combat, non plus cette (ois seulement à coups de fusil, mais à coups de pierres, que les chasseurs renvoient en partie. On en retira plus tard quatre prolonges de Tenceinte du marabout.

La lutte dure ainsi pendant trois quarts d*heure. Deux hommes sont blessés. I^a nuit met fin au combat et se passe assez tranquillement.

Ia» jour vii^nt (24 septembre). Ce n'est qu'à 10 heures du matin que les Arabes tentent un nouvel assaut, plus terrible encore que les prérétlents. Aucun d'eux ne peut franchir la muraille, l^i journée s*«ichcve sans incidents; la nuit arrive, et le 25, à 8 heures, une nouvelle attaque se produit. Des milliers d'Arabes et de Kabyles se lancent sur lemaralwut. Aprrsune pn*miérc<lérharj;e, vient la lutte* à coups de piern\s, à coups de siibre, corps à corps.

Nos chasseurs font un tel carnaj;e, que les Artibes cèdent le terrain et n'osent venir prendre leurs morts qu'à la faveur de l'obscurité, la nuit suivante.

L'émir avait renoncé à prendre le marabout d'assaut et commençait le blocus.

I^cs braves défenseurs de cette petite forteresse étaient exténués. Ils souffraient de la soif plus encore que de la faim, à la âuite de CCS trois journées <le lutte, s;ins repos, sans vivres, sans eau, sous les ardeurs implacables du soleil d'Afrique. Nos chasseurs en sont réduits à boire leur urine, mrlangée à un i>eu d'absinthe trouvée dans les cantines. Ils demandent tous à tenter une sortie pour atteindre, au péril même de leur vie. une fontaine située à cinquante mètres du marabout.

Le capitaine OK Gkreaux se résout alors à essayer de percerl'ennemi pour regaj^ner njcmnK\a-(iha/ouat. Lavavssikrk, |)endaiit la nuit, va rrprrndrc son |M(il (lra|H\'ui qu'il retrouve criblé de balles.

I.i! 26 au matin, on csialadr la farr Nord du maral)out; les carabines Font bourrées avec doul)le charge et huit morceaux de balles. 1^1 j>etite troupe se compose encore de 80 carabiniers, du capitaine DE GÊREAUX, du lieutenant l)K CllAlM»KI)El^lNK, du docteur RuZACUTTi et de l'interprète LÉW. Lavavssikre commandait, les ofTicicrs et sous-ofTiciers étant affaiblis par leurs blessures.

Les premiers |)ostcs ennemis sont enlevés à la b^iionnette, aucun

Arabe ne se sauve, tous sont égorgés sur place; les carabiniers marchent d'abord assez facilement sur Djemmâa, dont ils sont séparés par trois lieues environ. Les blessés sont au centre, le lieutenant DE Chappedelaink combat à Tarrière- garde.

Les Arabes, d'abord stupéfaits par Taudace de la petite troupe, . se rallient bientôt et se pressent autour de l'héroïque phalange formée en carré et entourant le capitaine et le lieutenant épuisés, soutenus par les chasseurs. Nos braves marchent dans cet ordre, toujours luttant, serrant les rangs chaque fois qu'un camarade tombe iK)ur ne plus se relever. La petite colonne fait ainsi deux lieues; le capitaine, à bout de forces, ne peut plus se soutenir. Lavayssière ordonne une halte de dix minutes. Pendant ce court repos, trois chasseurs sont tués.

Le carré se reforme et reprend sa marche vers Djemmâa, toujours harcelé par des nuées de cavaliers ennemis qui s'opposent à la retraite. Deux kilomètres se font encore ; nouvelle halte, afin de permettre aux officiers exténués et à tous les blessés réunis au centre de se reposer un peu.

Nos chasseurs ne sont plus qu'à deux kilomètres de Djemm:la.. La petite troupe s'engage dans le lit de la rivière rOuled-Zîri, mais l'ennemi, grossi des Ouled-Ziris, la ilislam;ant, lui eou])e de nouveau la retraite. Il faut se frayer la route à la baïonnette, et tel est l'acharnement de l'attaque, que dans un espace de quelques mètres, on doit trois fois former le carré. Le capitaine tombç frappé d'une balle à la tôte; deux chasseurs s'emparent de son corps, et la retraite s'accélère, terrible pour les Arabes. Mais l'ennemi devient plus nombreux, plus acharné que jamais, et bientôt les braves carabiniers sont obligés de donner un dernier regard et de dire un dernier adieu aux restes de leur malheureux capitaine.

Le lieutenant DE CllAPPEDKKAlNE, la carabine à la main, atteint dé deux balles en pleine poitrine, et le docteur Ro/.AGirrn, succombent à leur tour.

I^ tourbillon ennemi enserre de plus en plus les vaillants, les quelques carabiniers, au milieu desquels LavayssiÈKK restait seul debout avec le hussard Nataly.

« Mes amis, s'écrie LavavssiêKE, il n'y a plus de carré possible! En avant et à la baïonnette! y> Suivant l'expression de LAVAYS- SIÈRE lui-même, après s'être encouragés et s'être dit un dernier adieu, ils se précipitent sur les Arabes, et le combat devient de la folie, de la rage, un massacre, une boucherie indescriptible.

lui (in, le passage est forcé, et cinq hommes, tous désarmés, se

retrouvent debout autour de Théroîque caporal qui, seul, avait conservé sa carabine.

Ils arrivent à 200 mètres de la redoute. Nouvelle charge de trois cavaliers, que Lavavssièrk abat successivement. Un Kabyle, dissimulé derrière un arbre, blesse le hussard Nataly ; LavavssièRE lui enfonce sa baïonnette dans le ventre.

Enfin, à 50 mètres seulement de la redoute, un juif vers lequel le caporal s'avançait sans méfiance le blesse d'un coup de pistolet à Toreille gauche. Il a le sort du Kabyle.

Quelques chasseurs échappés au massacre rejoignent le petit groupe. Ils arrivent neuf aux portes de Djemmâa.

La garnison fit une sortie et put recueillir les corps de quelques blessés.

Le 8* bataillon de chasseurs d'Orléans se trouvait réduit à quinze survivants: LavavssièRE, caporal ;Jean-Pierrr, caporal conducteur ; Langlais, RlSMONl). chasseurs; SiGUIER, clairon ; Delfieu,

Lai'parat, Fkrt. Langevin, Médaille, Antoine, Tressv, Léger, Michel. Audebert. carabiniers.

Jean-Pierre et Audebert moururent épuisés en entrant dans Djemmâa; Fert, MÉDAILLE et SiGUiER succombèrent peu de jours après.

8 officiers, 253 sous-officiers et soldats étaient morts dans ces mémorables journées; 80 avaient été faits prisonniers, parmi eux le sous-lieutcnant Larra/.kt et l'adjudant Thomas. Mais chose remarquable et qui fera Torgueil du 8'' bataillon de chasseurs, pas une plainte, pas un murmure, pas une parole de défiance, aucune hésitation, pas l'ombre du désordre, dans ces épreuves si prolongées, si diverses, tant étaient fortes la discipline et l'aveugle confiance dans les chefs qui ont si bien montré combien ils en étaient dignes. Pas un instant le dévouement n'a failli, et c'est le plus bel éloge qui puisse être fait de ces glorieux martyrs de Thonneur et du devoir.

L'état nominatif des prisonniers de Sidi-Urahim, dressé quelques jours après le combat par le commandant COURBV DE COGNORD, montre d'une façon éclatante que tous les chasseurs qui étaient tombés entre les mains de l'émir Abd-el-Kader n*avaient été faits prisonniers qu'à leurs corps défendant et après avoir épuisé tout ce qu'un soldat peut donner de courage, de force et d'énergie.

ARIÉE D'AFRIQUE

EUl-Major Gifiéral

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