‹ Les chasseures à piedChapitre 8 sur 96 · I.BIIU CONDUITE · texte numérisé non relu

I.BIIU CONDUITE

milDANT LR GOMMAT

Cet homme m*a été siji^alé par M* LARRA7.rr, sous- lieutenant, comiiio sVtnnt trrs bien ronduit |)endnnt le combat.

Id.

A été pris sur le piton en défendant la dernière position ; s'est conduit en très brave soldat.

Cet homme m*n été signalé par Bl. Larraxrt, sous -lieutenant, comme s'étant très bien conduit pendant le combat.

Estropié du bras gauche, suite d'un coup de fuail qu'il a reçu au moment où les premières compagnies furent enlevées.

A été pris en combattant aupn'^s du commandant FROMRirr-CosTt.

A éti* pris sur le pibm rn défendant la dernière position; s'est conduit en brave soldat.

Id.

A été pris on comlxittant auprès du commandant Faoïitirr-CosTt.

A étô pris adirés la sortie du marabout, prrs de DjemmAa, en se défendant aunrès du corps du capitaine i>r uAriaux.

Id.

Id.

Id.

DÉTAIL

DIS RLISSORKS

0)up de fea à la tête, l'autre A la cuisse gauche.

Doux coups do feu aux deux caisses ; coup de poignard dans rabdomen

Coup de feu au pied droit.

Coup de feu au

Pcnou gauche, aulre au pouce droit

Coup de fea dans l'articulation de l'os écràno du braa gauche.

Coup de feu au cùlé droiL

Un coup de feu à la cuisse nuche. un au Bras droit, l'autreau bras gauche.

Un coup de fea à la tête, un coup de feu à la feste gauche.

Un coup de fea au bras gauche.

Id. ^

0)up de yatagan A la tète.

0>up de feu à la région sacrée.

Coup de feu à Tabdomen.

(}onp de feu main droite.

à la

— So —

NOMS

GRADES

mbre essjares

LEUR CONDUITE

DÉTAIL

IT minons

INo debl

PKNDAIIT LK GOURAT

i»Bs aucssuacs-

CoTTi(André-Eug.)

Chasseur.

A été pris après la sortie du marabout, près de DjemmAa, en se défendant aupri»s du corps du capitaine de G^riaux.

Vidal (Jean)

Boum (Raymond)

Id.

Id.

Chatinay (Pierre).

Id.

Id.

Pendant que le capitaine de Chargëre prolongeait sa résis* tance héroïque dans le marabout de Sidi-Brahim, la colonne de Barrai avait un instant marché à la fusillade. Le colonel avait pris môme les devants avec ses cavaliers dont les trompettes sonnaient la marche pour annoncer sa présence; arrivé à huit ou dix kilomètres du marabout, n'entendant plus la fusillade, Il retourna sur ses pas.

Le commandant n'Exilt:A, du lo*" d'Orléans, était d'avis qu'on poussât de l'avant, mais le colonel craignant d'être coupé de ses communications avec Marghnia et croyant qu'Abd-el-Kader s'était retiré, ne voulut pas suivre le conseil qui, s'il eût été mis à exécution, aurait certainement sauvé la compagnie de carabiniers du 8* bataillon.

Le lo* bataillon d'Orléans se mit en route le jour même pour Lalla-Marghnia. Vivemetit poursuivi par Abd-el-Kader, il eut dans ce mouvement de retraite quelques chasseurs blessés, son commandant, M. d'Exéa, eut un cheval tué sous lui. Le lo* atteignit cependant Lalla-Marghnia, où il resta bloqué par les troupes de l'émir jusqu'au 15 octobre.

A la nouvelle du désastre de Sidi-Brahim, le général de Lanioricière accourt à Oran avec quatre bataillons et opère sa jonction le 9 octobre avec le général Cavaignac au col de 'Fhaza. Les deux généraux se portent alors au secours de Djemmâa-Ghazouat, blo* . que depuis quinze jours.

La première pensée des généraux fut pour les carabiniers morts et restés sans sépulture dans le ravin des Oulcd Ziris. Quelquesuns, MM. DK Gkkkaux et dk Ciiappedelaine entre autres, purent '

-Si -

étfe reconnus. Le lieutenant-général, gouverneur par intérim, voulut lui-même présider la triste cérémonie, et dans une allocution pleine d*éloges et d*expressions d*un vif regret, demanda vengeance au nom de la France et de l'armée, pour ces braves qui venaient de porter si haut le nom français.

Le lendemain, il faisait paraître Tordre du jour suivant :

« Au bivouac, sous I)jemmAa-(ilinzaoual, le 11 octobre lfM5.

^ Une nouvelle prise d'armes vient d'avoir lieu dans la province d'Oran, sous l'inlluencc de l 'émir Abd-el-Kader. Son début a été marqué par d'odieuses trahisons; de braves ofTiciers ont péri victimes de leur zèle et de leur loyauté; leurs soldats ont défendu jusqu'à la mort l'honneur du drapeau. Le lieutenant-général, gouverneur général par intérim, croit devoir donner au nom de l'armée une dernière marque de souvenir à ceux de nos frères d'armes qui ont succombé avec gloire; leurs généreux exemples guideront ceux qui leur survivent et qui aspirent à les venger.

» Ce sont : le lieutenant-colonel DE MoNTAGNAC ; le commandant FROMENT-CoSTE,du 8* d'Orléans ; le chef d'escadrons CoURBV deCognord; le capitaine Gentil de SAiNX-ALPHONSEetlelieutenant Klein, du 2* hussards; le capitaine adjudant-major DUTER- TRE; les capitaines DE CllARGKRK, Burgard et DeGêreaux; les lieutenants Raymond et de Chappedelaine ; le sous- lieutenant Larrazet; l'adjudant Thomas et le docteur Ko/.aguiti, du 8« d'Orléans, et l'interprète LÉvv.

» M. le lieutenant-colonel de MoNTAGNAC,du 15" léger, commandant supérieur de Djemmâa-Ghazaouat, ému par les bruits d'une attaque prochaine de l'émir, avait formé la résolution téméraire de protester, avec sa seule garnison, contre la violation de notre frontière et de couvrir les tribus voisines, les Djebala et les Souhalias, qui réclamaient perfidement sa protection. Le 23 septembre, & la tête d'un escadron du 2* hussards et de 350 hommes du 8"* batiillon de chasseurs d'Orléans, il se laisse entraîner hors de sa place ; environné par des forces plus que décuples, il communique à sa faible troupe un courage désespéré. L'escadron du 2** hussards charge et va chercher la mort au milieu des cavaliers ennemis. Le 8* bataillon de chasseurs d'Orléans, formé en carré, résiste trois heures, et, après avoir épuisé ses cartouches, est détruit lorsqu'il est livré sans défense au feu de ses adversaires. M. le lieutenantcolonel DkMontagnac, m. le chef de bataillon FromentCosTK, M. le chef d'escadrons CoURUV DE C0C.NORD, leurs ofTiciers, leurs

Uiai. Bat. Chaaa. •

soldats, sont tués, non sans avoir fait chèrement payer leur vie. Quelque5v-uns, seulement blessés et foulés aux pieds, sont pris vi» vants. Une seule compagnie, celle des carabiniers, restée un peu en arrière à la garde des bagages, réussit à gagner un marabout entouré d'une petite cour, et, sous ce faible abri, prolonge une lutte héroïque. Trois attaques de vive force sont repoussées; les sommations répétées de l'émir sont méprisées, et il est réduit à bloquer de loin 80 hommes sans vivres, sans eau et bientôt sans munitions.

y> Enfin, après trois journées, la valeureuse troupe, poussée par la faim et par la soif, digne d'elle-même jusqu'à la fin, se fait jour, et, accablée sous le nombre, vient périr à une demi-heure de la place qu'elle espère atteindre. L<i garnison de njemmâ-Gliazaouat, accourue à son secours, ne peut arracher à la mort que 13 soldats.

» Les noms du capitaine DeGéreaux, du lieutenant DeChappe- DELAINE, qui commandaient ces intrépides soldats, méritent d'être conservés dans nos annales militaires. L'armée lira avec intérêt ceux des braves gens qui, fidèles à leurs officiers, ont combattu jusqu'au dernier moment et n'ont dû leur vie qu'à leurs armes; ce sont : Lavavssière, caporal; Delfieu, carabinier; Fert, carabinier; MEDAILLE, carabinier; Sigijikr, clairon; LANCINAIS, carabinier; Laparrat, carabinier; Tressv, carabinier; LÉGER, carabinier; Antoine, carabinier; Langevin, carabinier; MlCHEL, carabinier; RlSMOND, chasseur.

» Les Arabes parlent avec admiration de cette lutte acharnée ; ils n'oublieront de longtemps le sang qu'elle leur a coûté. Pour nous, officiers de tous grades qui avons l'honneur de commander de pareils hommes, n'oublions pas que jamais le soldat n'a manqué au chef dig^e de le conduire ; et redoublons d'énergie en face des nouveaux efforts qui nous sont imposés.

- Lg li€uUnant-ginèral, gottverneur dt VAlgèrU par inUrimi,

» Signé : DE Lamoricière. »

I^ caporal LAVAVSSIÈRE, dont l'énergie morale avait été si remarquable, et qui avait puisé dans <X'tte énergie les forces nécessaires pour rapporter seul son arme, fut nommé sergent; les chasseurs et carabiniers qui l'accompagnaient furent nommés caporaux. Le sergent Lavavssière fut décoréde la Légion d'honneur, ainsi que les autres survivants.

Un hommage posthume fut rendu aux victimes dont les corps avaient été retrouvés; des croix de la Légion d'honneur furent attachées sur les cercueils qui renfermaient les restes glorieux.

Campagnes contre Abd-el-Kader et Bou-Maaa.

HiTer 1845-1846.

Toutes nos colonnes se mettent alors en mouvement pour réprimer l'insurrection.

Le 12 octobre, le général de Lamoricièrc part h DjemmAa et cnimcnc avec lui 46 chasseurs qui représentent le glorieux S'* d'Orléans. I^ 13, il repousse les rebelles au col d*Am Kebira et tombe sur les Traras qui (ont leur soumission. La colonne va ensuite débloquer le 10® bataillon d'Orléans à Lalla-Marghnia. A la suite de l'expédition des Traras, le capitaine Levassor-Sorval, commandant le 10" d'Orléans ; le capitaine DE NoÉ ; les sous-lieutenants Srmidki et Bricr; le sergent Simon; le caporal Raison et le chasseur Imoff, du 8** bataillon d'Orléans, furent mis à l'ordre du jour de Tannée d'Afrique.

L'émir, qui a assisté impassible au*combat d'Aïn Kebira, essaie de se jeter vers l'Est, sur les tribus des basses plaines; de Lamoricière lui barre la route. C'est en vain qu'il cherche encore & nous gagner de vitesse sur Mascara; de Lamoricière tombe sur les Borghias et sur les Ferragas; de son cAté, le colonel do Grry soumet les llcni-Chougran.

Abd-el-Kader tente alors de donner la main à Bcn-Salem, mais poursuivi par une colonne légère commandée par le général Yusuf, il est vivement ramené vers le Sud, perd môme une partie de ses bagages et disparaît définitivement, sans renouveler ses essais infructueux.

Vers le mois d'octobre, le général Comman allait expéditionner chez les Flissa-el-Bahr. Le 3^ d'Orléans se distinguait particulièrement dans les combats des 17 et 28 octobre, à la suite (lesc|ucls le commandant Skrviics, les capitaines Cagarriga et Petit, le sergent fourrier Dautei., le caporal Boisson et l'adjudant Nattier étaient cités à l'ordre du jour.

Pendant ce temps, Bou-Maza continuait son audacieuse campagne dans le Dahra et dans la vallée du ChélifT. Ijc maréchal Bugeaud, revenu de France, se porte immédiatement chez les Flittas. Bou-Maza, chassé du territoire des Sdamas, retourne dans le Dahra. où il est rejoint par l'ancien caïd des Beni-llidjas, Ben- Henni.

L'ancien commandant du 5* d'Orléans, le lieutenant-colonel

Canrobrrt, commandant supérieur de Tenez, où se trouve son Ancien bataillon, part pour Orléansville le 29 janvier 1846, afin de s'entendre avec le colonel de Saint-Arnaud. I^ môme jour, le commandant SOUMAIN, du S"* d'Orléans, qui commande la place de Tenez en Tabsence du colonel Canrobert, apprend que Bou- Maza est installé à Tedjenna, village peu éloigné de notre camp.

Il envoie aussitôt les compagnies ESMIRU et DE Cargouet, du 5* d'Orléans, appuyées par une compagnie d*élite du 36® de ligne. Les sacs sont laissés au camp ; on se dirige rapidement et en silence vers le camp de Bou-Maza. Surpris par cette attaque soudaine, les Kabyles opposent une résistance très vive, mais ils lâchent bientôt pied, laissant le terrain jonché de cadavres, parmi lesquels ceux de Tagha des Ouled-Derbal et du fameux Ben-Henni; Bou- Maza parvient à s'échapper a[jrès des prodiges de valeur. Ce combat coûtait au 5® d'Orléans 8 tués et 20 blessés.

Le colonel Canrobert, revenu d'Orléansville avec quelques com pagnics de zouaves de renfort, se porte le 30 janvier à la rencontre de Bou-Maza, qui essaie de rallier ses contingents dispersés la veille. Pendant que la cavalerie, conduite par le colonel lui-même tourne l'ennemi, le commandant SouMAiN charge à fond avec son bataillon, qui culbute les Kabyles, leur tue une centaine d'hommes et les met dans une complète déroute.

Les mois de février et mars se passent en courses continuelles; nos colonnes sont en mouvement de tous côtés.

Le 15 mars, le colonel Canrobert accourt au pas de course pour dégager le capitaine de spahis Fleury, commandant les 150 chasseurs et spahis d'avant-garde qui, tombés dans une embuscade de 800 cavaliers arabes, avaient pris position sur un petit mamelon où ils tenaient énergiquement tête à l'ennemi. Ils sont dégagés rapidement par les zouaves et les chasseurs d'Orléans. La colonne continuant sa marche après le combat, Bou-Maza tente un coup de main sur le convoi des blessés, mais la compagrnie de carabiniers est en flanqueurs, ses feux de salve maintiennent l'ennemi à distance. Le soir, un déserteur annonçait qu'une des balles de nos carabiniers avait cassé un bras h Bou-Maza.

Le 23 avril, l'agha des Beni-Zerouals, allié et lieutenant de Bou-Maza, vient attaquer par ses quatre faces à la fois le camp du colonel Canrobert. Après avoir tenu pendant un certain temps, à un signal donné, les petits postes d'une des faces abandonnent leurs positions et s'enfuient en toute hâte vers le camp. Ce mouvement de retraite attire les Kabyles dans une embuscade préparé^

par notre cavalerie, qui les sabre et les met en un instant dans une complète déroute. Grièvement blessé, Ben-Kekka, Tagha des Zérouals, est fait prisonnier.

Dans son rapport au gouverneur général, le colonel Cankohkkt signala la grande vigueur des grand'gardes du 5® d'Orléans; il cita à Tordre : le commandant Soumain, le capitaine Esmieu, les lieutenants BoNNKT et Chopin, et le brave caporal Mkrcikk qui, grièvement atteint à la tête, venait de recevoir sa troisième blessure depuis un an.

Malheureusement Bou-Maza et Abd-cl-Kader sont insaisissables. Ce dernier, surpris dans la nuit du 6 au 7 février 1846 par le général Gentil, chez son allié Ben-Salem, est vivement poursuivi dans le Sud et abandonne définitivement le territoire de TOuest de la province d^Oran.

Du 7 au 10 février, le 8* bataillon d'Orléans marche sur la MoulouTa, dans le but d'enlever la deïra d'Abd-el-Kader, commandée par Ben-Thamy, où se trouvent les prisonniers de Sidi- Brahim. Ce projet échoue malheureusement ; l'ennemi, prévenu à temps, s'est éloigné.

Pendant la route, pour rentrer à Djemmâa, le 1 1 février, le bataillon revoit pour la première fois le champ de bataille de Sidi- Brahim, où gisent les restes de nos malheureux frères d'armes. Une tombe large et profonde est creusée le 12 février sur remplacement même où tombèrent les trois compagnies commandées par le capitaine UK CllAKGKRK.

Ix lendemain, le bataillon rentrait à DjcnimAa, dont la garnison entière rendait les derniers honneurs à la compagnie DE GÉREAUX tombée à quelques centaines de mètres de la place.

Le 6* bataillon d'Orléans, qui rayonnait dans les environs d'Orléansville, se trouve le 16 janvier dans une position périlleuse; il se dégage avec honneur au prix de quelques morts et blessés, et chacun se distingue par une bravoure et une inlrépidité au dessus de tout éloge. Le bataillon continue sa marche, toujours harcelé par les Arabes, que son attitude vigoureuse maintient à distance. La soumission de nombreuses tribus est le résultat de tant d'efforts.

Le 8 avril, au combat de l'Ouarensenis, le 9* bataillon d'Orléans est d'avant-garde dans une colonne légère; il a à traverser un défile gardé [lar 300 Kabyles. Les carabiniers prennent position à droite, sur un mamelon; la 6* compagnie tourne la position par la gauche; la 5* attaque le front. Ixs Kabyles sont culbutés et le passage est enlevé. Le lieutenant COMMEL, commandant la 5* com-

pagnie, est grièvement blessé ; MM. DE Marolles, capitaine commandant le bataillon, et ROQUES, capitaine, ont chacun un cheval blessé sous eux.

Dans la vallée supérieure de TOued Sahel, Rou-Chareb tente d'enlever notre poste-magasin de Sour-Ghozlan ; il est repoussé par le 3* bataillon d*Orléans qui est placé sous les ordres du colonel DE Ladmirault. L'importance de ce poste fait décider sa transformation en un chef-lieu de subdivision qui prend le nom d'Aumale.

Le pays fut bientôt presque partout complètement pacifié.

Ainsi se termina cette campagne de l'hiver 1845-46, cette chasse à l'émir et à ses lieutenants, dans laquelle nos troupes et leurs chefs intrépides déployèrent une activité surhumaine pour réprimer la plus étendue et la plus difficile des insurrections algériennes. Nous eûmes un instant jusqu'à dix-huit colonnes en mouvement sur les divers points du théâtre de la guerre. Partout nos chasseurs d'Orléans se firent remarquer dans cette lutte où il fut impossible de déployer plus d'énergie et de supporter plus de fatigues.

L'espérance de s*cmpartîr enfin de Ténu'r Abd-cl-Kadcr, ce grand agitateur de l'Algérie, et de venger nos frères de Sidi-Brahim, faisait supporter k nos chasseurs des dilTicultés inouïes et des fatigues sans cesse renouvelées.

Le 26 avril , un crime affreux est commis par Mustapha Ben Thamy, lieutenant et beau-frère d'Abd-el-Kader, chargé de conduire les prisonniers et les blessés de Sidi-Brahim à la deîra de l'émir, sur le territoire marocain. A la suite de dissentiments élevés entre Ben Thamy et le Khalifa Bou Hamidi, 250 prisonniers français furent massacrés, à l'exception de 1 1 des principaux d'entre eux, officiers et sous-offiriers, qui furent séparés de leurs compagnons de captivité et emmenés dans l'intérieur du Maroc. A la faveur de la nuit du 26 au 27 avril, les Arabes se précipitèrent dans les gourbis et les tentes qui abritaient nos malheureux soldats et les égorgèrent perfidement. Le carabinier Dklfkch, le chasseur Bernard et le clairon RoiXAND réussirent seuls, à force d'énergie, à échapper au mass;uTe. Ils purent voir, en n'éloignant, les llanimes dévorant les gourbis des prisonniers dont les cris et les gémissements arrivaient jusqu'à eux.

Tel fut ce crime atroce, inouï, ce massacre de prisonniers inoffensifs et désarmés. Cet acte de barbarie eut un profond reten« tissement dans toute l'Algérie; une soif de vengeance s'empara de tous les cœurs français.

Heureusement le pays est assez tranquille en ce moment. Abd* el-Kader, chassé de notre territoire, rentre h sa detra et s*établit à Aïn Zhora, sur le territoire marocain. Le lo" bataillon d'Orléans, commandant DR Labadie D*Aydrrn, est détaché dans le sud-est de la province d*Oran pour s*opposer à toute tentative de retour de Témir.

Pendant le mois de mars, le 8* bataillon de chasseurs d'Orléans se reconstitue à Djemmâa, sous les ordres du commandant DE LOURMEL, avec des détachements des i*"", 2**, 4** et 7* bataillons, qui arrivent de France pour compléter son elTcctif.

Le 12 mai 1846, au milieu d*un immense carré formé de dix-huit bataillons et de huit escadrons, le général Cavaignac, commandant la subdivision de Tlemcen, remettait au nom de S. A. R. le comte de Paris, une carabine d'honneur au sergent Lavavssîère. Cette arme portiit Tinscription : « Donnée par le Prince Royal au capo* rai Lavayssikrk. Sidi-Brahim, septembre 1845. *

Après l'avoir félicité publiquement, le général Cavaignac terminait ainsi son allocution : « Sergent Lavavssîère, au nom du roi et du prince royal, en récompense de votre belle conduite dans la retraite du marabout de SiJi-Brahim, dont vous êtes le héros, je vous fais la remise d'une carabine d'honneur en échange de celle qui a été sauvée par vous. Sergent Lavavssikre, vous avez bien mérité de la patrie ! »

Le lendemain, le bataillon apprenait avec rage et douleur le massacre des prisonniers de Sidi-Brahim ; lancé le 14 à la poursuite de Témir, il ne put malheureusement l'atteindre.

Pendant tout l'été, il multipliait ses courses pour donner la chasse à l'émir et tirer vengeance de ses alliés les Mserda, les Athias et les Souhalias qui avaient montré le plus d'acharnement aux journées de septembre 1845.

La présence d*Abd-elKaderentrctenantune agitation sans cesse renaissante dans les tribus de la frontière marocaine, le général Cavaignac réunit au camp de la Tafna, une colonne destinée à le poursuivre. Le 17 juin, les Kabyles ont l'insolence de venir insulter le camp en plein jour. Le général forme deux colonnes sous les ordres des colonels Chadeysson et DK Mac-Mahon. Le8*' bataillon d'Orléans et deux compagnies d'élite du 5** de ligne, sous la conduite du commandant DE LOURMKL, marchent avec le colonel DE Mac-Mahon et prennent l'avant- garde.

A quelques lieues du camp, on trouve les traces d'une émigration. Le goum a bientôt découvert sa retraite. L'infanterie, malgré

les difficultés des chemins et l'ardeur du soleil, se met au pas de course, arrive à Tembouchure de TOued-Guarda et gagne, en longeant la rivière, un plateau élevé et couvert de broussailles. Deux compagnies du 8® bataillon, les i"* et 2", commandées par le capitaine HuRVOY et le lieutenant COLlN, sont déployées en tirailleurs et se précipitent au milieu des rochers. Les Arabes, surpris, essaient un instant de se défendre ; les chasseurs s'élancent sur eux à la baïonnette et une lutte s'engage au-dessus d'un abîme de cent pieds de profondeur. En moins de deux heures, 200 cadavres ennemis gisent sur le rocher ou roulent dans la mer. Un troupeau considérable reste entre nos mains. Le 8* s'est enfin vengé sur ces tribus qui avaient montré tant de cruauté et de perfidie dans les combats de septembre 1845 ^^ '^ massacre des prisonniers.

Les résultats de cette affaire eurent un grand retentissement dans le pays, et, le lendemain, les tribus insoumises venaient au camp français demander l'aman.

Cependant, la soumission du Dahra continuait à s'effectuer; toutes les tribus étaient venues implorer leur pardon ; seuls, les Achachas, qui habitent la partie de la montagne la plus voisine de la mer, continuaient leur révolte contre nous. I^ colonel Canro- BERT rabat cette tribu vers la côte, pendant que la colonne de Mostaganem lui barre la route vers l'Ouest. Le 10 mai, les Achachas, repoussés de toutes leurs positions, perdent en un instant 60 hommes, tués par le feu des chasseurs du 5* bataillon d'Orléans. Refoulés jusqu'à la mer, un grand nombre de Achachas se précipitent du haut de leurs falaises et meurent noyés. Le soir mrme, tous les survivants de la tribu venaient implorer l'aman.

Le Dahra éLiit dès lors complètement pacifié.

Le 21 septembre, le 8^ bataillon d'Orléans, faisant partie d'une colonne lancée à la poursuite d'Abd-el-Kader, campait à Sidî- Brahim, à deux kilomètres du marabout, où le bataillon envoyait un poste d'honneur. Toute la colonne, guidée par le clairon ROL- LAND et 4 carabiniers survivants de la compag^nie DE GÉREAUX, visitait pieusement le champ de bataille des trois glorieuses journées.

Le 23 septembre 1846, premier anniversaire du combat, tous les corps de la colonne s'unissaient au 8** bataillon pour l'inauguration d'un monument destiné à perpétuer la mémoire de ceux qui moururent pour la Patrie en septembre 1845. Sur les quatre faces d'un obélisque qui domine toute la contrée, on lit les inscriptions suivantes :

Face Ouest. — S^ b*"dech"àpied. Froment-Coste, commandant.

Face Nord. — Lieut*-col. de Montagnac, comm* supérieur.

Face Est. — Sidi-Brahim, 23 septembre 1845.

Face Sud. — 2** liuss''». Gentil de S^-Alp"*", cap"'' c*.

Du 24 septembre au 13 octobre 1846, le 8'* bataillon, pendant son séjour au camp de Djemmâa, accomplissait un pieux pèlerinage aux lieux témoins des derniers moments de la retraite héroïque des défenseurs de Sidi-Brahim.

On éleva sur remplacement même où périrent le capitaine DR GÉKKAUX, le lieutenant DE CilAiM»Ki)iiLAiNE, le docteur ROZA- GUTTl, entourés de quelques chasseurs, un monument destiné à perpétuer la mémoire de cette poignée de braves. Ce tombeau, situé dans le cimetière de Nemours (Djemmâa Ghazaouat), porte au haut du fronton Tépitaphe suivante :

« A la mémoire des soldats de la compagnie des carabiniers du 8*" bataillon d'Orléans et de leurs officiers, MM. Géraud (de Géreaux), capitaine; Rogazetti (Rozagutti), chirurgien aide-major, massacrés dans ce ravin par les Arabes des environs, le 26 septembre 1845. ^

Au-dessous :

€ Derniers débris de la colonne de Montagnac, réfugiés au nombre de 79 dans le marabout de Sidi-Brahim ; ils avaient juré de mourir plutôt que de se rendre. — Fendant trois jours sans vivres, sans eau, ils rc|>oiiss<Tcnt les atla(|ucs «rAlwl-clKadcr. — Puis, ayant brûlé leur dernière cartouche, ils se firent jour à travers les Arabes qui les bloquaient. — Arrivés à deux kilomètres de Nemours, ils furent assaillis par les Uuled-Ziris. — Tous succombèrent, à Texception de neuf (treize), qui purent se réfugier dans la ville. »

Le 17 novembre, la colonne DK Mac-Mahon opère une razzia importante sur les Ouarensenis et quelques tribus de la frontière, et s*empare de 16,000 tètes de bétail et de 400 prisonniers, qu*elle emmène à l^lla-Marghnia.

A son retour à Djemm«la-Ghazaouat, le 8** apprend avec surprise Tarrivée de 10 prisonniers échappés au massacre de la dctra. A la surprise succède bientôt une joie délirante; on accourt chez le commandant de la plaee pour voir nos malheureux frères d armes. Un envoyé d* Abd-el-Kadcr les accompagne, porteur de lettres de paix au roi et au maréchal Bugcaud. Tout le camp se précipite sur leurs pas, les cœurs bondissent dans les poitrines émues, les yeux pleins de larmes, «hacun voit avec joie «es dix braves précédés du commandant COURBV DE COGNOKD devenu colonel ;

c*étaient : les lieutenants Larrazet et Marin ; les sous-lieutenants Thomas et Barbut; le docteur Cabassk; Tkstard et Metz, hussards; Trottk et Michel, chasseurs. Le lieutenant Larrazet et le sous-lieutenant Thomas reçurent la décoration de la légion d'honneur devant toutes les troupes. Le soir, la population et la garnison offrirent un banquet aux prisonniers; on tira le canon, la ville se mit en fête.

Gampagnes de 1847.

Pendant Thiver 1846*1847, notre colonie jouit d'une tranquillité assez complète. La nouvelle année qui s'ouvrait allait être décisive pour l'Algérie. La grande œuvre de conquête et de pacification entreprise par le maréchal Bugeaud allait recevoir son couronnement, grâce à quelques expéditions énergiquement menées, heureusement terminées.

Prise de Bou-Maza.

Bou-Maza n'avait pu s'entendre avec Abd-el-Kader. Le saint prestige qu'ils tenaient à conserver vis-à vis des Arabes, chacun pour son propre compte, amène fort heureusement une scission entre les deux causes un moment communes. Bou-Maza se sépare de l'émir et s'avance près de Guelt-es-Stel. Le général Herbillon se porte à sa rencontre et soumet les Oulad-Djellal. Bou-Maza s'enfuit dans Textrême Sud, près du caïd de Tuggurt. Tout à coup on apprend sa présence dans les environs de Tcniet-el-IIad. Doux colonnes partent immédiatement de Tenez et d'Orléansville. Naturellement, l'infatigable 5^ chasseurs d'Orléans se met en route, mais un contre-ordre le fait aussitôt rentrer à Tenez.

Dégoûté de la lutte, traqué de tous côtés, dépouillé de son trésor, presque seul par suite de la mort ou de la fuite de tous ses fidèles, l*homme à la chèvre, l'insaisissable Bou-Maza, sur le point d'(>trc pris, vient se rendre au colonel de Saint- Arnaud (celui des Français contre lequel il avait le plus combattu).

Le 5*" d*Orléans, campé aux portes d'Orléansville, accourt en foule voir partir pour Texil cet ennemi auquel il avait donné de si rudes chasses.

Jeune, au visage régulier éclairé par deux yeux ardents et exprès-

sifSfd'une taille élancée, d'une tournure élégante, Bou*Maza était un des plus intrépides cavaliers de T Algérie. A la vue des sombres uniformes des chasseurs d*Orléans, il s'avança vers eux, et montrant au colonel de Saint- Arnaud son bras gauche ankylosé « Ce sont eux, dit-il, qui m*ont cassé le bras l'année dernière. » Il tendit ensuite loyalement la main au capitaine DE PONTUAL, commandant par intérim le bataillon, pour témoig^ner de la haute estime et de Tadmiration qu*il professait pour les chasseurs d'Orléans.

ExpMiiion de Kabylie, de 1847.

Si le Dahra était maintenant complètement pacifié, toute la Kabylie ne reconnaissait pas encore notre domination. Le maréchal Bugeaud résolut d'aller soumettre les tribus intraitables et de réduire les Béni- Abbès, les plus ardents et les plus redoutables des rebelles. Le 3^ bataillon de chasseurs d^Orléans fait partie de cette expédition, dont Taction principale fut l'enlèvement du village d'Âzrou, fortifié comme une citadelle et défendu par deux énormes tours crénelées, surnommées les « cornes du taureau ». Le 15 mai, Faction s*engage, les villages environnants sont vigoureusement enlevés, mais Azrou, le village sacré, tient toujours, malgré tous nos efTorts. Le maréchal se met h la tôle du 3** bataillon d'Orlé«ins, qui se précipite avec élan dans le village. Pendant vingt minutes, c*est un carnage, une lutte corps à corps, une mêlée indescriptible ; les Kabyles, chassés de leurs villages. s*enfuient en désordre vers la montagne. Cet acte de vigueur avait pour conséquences immédiates la soumission des tribus hostiles et la pacification de toute la Kabylie.

C*était la dernière victoire de Tillustre gouverneur général maréchal Bugeaud, le vain(|tictir d'Isly, qui rentrait en France au mois de juin, remplacé dans son poste dillicilc par Monseigneur le duc d*Aumale. le vainqueur de Taguin.

Pour établir notre domination dans l'extrême Sud de la province d'Oran, le général Cavaignac y pousse une pointe avec une colonne dont lait partie le 10' bataillon de chasseurs d'Orléans. Les villages tic Moghar-Tatini et Moghar-Fokani sont enlevés par le 10*' bataillon, malgré la résistance des habitants. Au retour, la colonne est attaquée au pas.sage de l'Oued-Tyout par de nombreux Aralics, cachés derrière les rochers. Trois compagnies du 10" bataillon

d'Orléans sont lancées sur Tennemi et ouvrent un passage à la co« lonne qui rentre à Tlemcen le 23 mai, après une marche de cinquante-trois jours, sous une chaleur intolérable.

Prise d'Abd-el-Kader.

Les événements militaires de l'année 1847 ^ terminaient par la reddition de Témir Abd-el-Kader, qui abandonnait la lutte contre nous et reconnaissait notre domination.

Réfugié au Maroc, Abd-el-Kader avait réorganisé sa deïra; il avait préparé des approvisionnements considérables et renouvelait ses intrigues. Son prestige était toujours très grand , mais il affec* tait de ne pas trop compter avec l'empereur du Maroc, sur le territoire duquel il se conduisait en véritable dominateur. 11 en arriva à razzier les tribus marocaines, soit pour augmenter ses approvisionnements, soit pour faire acte d'autorité.

L'empereur du Maroc, pressé par la France, lui intime l'ordre de quitter le territoire du Riiï, sur lequel il est venu camper; il envoie même contre lui un de ses lieutenants, Ifamidi, avec un corps de cavalerie. Abd-el-Kader le surprend et le met dans une complète déroute. Il est alors déclaré hors la loi par l'empereur du Maroc, qui met immédiatement plusieurs corps en marché pour le chasser de son territoire.

A ces nouvelles, le général de Lamoricière forme une colonne expéditionnaire à Lalla-Marghnia; les 8*^ et 10^ bataillons de chasseurs d'Orléans en font partie. On campe sur la Moulouîa, prêt à profiter de toutes les occasions. Abd-el-Kader, traqué par les Marocains, tente de gagner le désert par le col de Kerbous. Il y trouve Lamoricière posté avec sa colonne. L'action s*est engagée; les 8* et 10^ bataillons, précédés de leurs compagnies de carabiniers, ont déjà résolument abordé l'ennemi, lorsqu'on apprend que les principaux chefs ennemis demandent A faire leur soumission. Abd-cU Kader lui-même, pris au piège, se rend le 22 décembre au général de Lamoricière, sur le théâtre même du combat de Sidi-Brahim.

« Quatre escadrons de chasseurs d'Afrique, commandés par le colonel Montauban, formèrent la haie. Abd-el-Kader, suivi de ses lieutenants, accompagné du général de Lamoricière, passa au milieu des troupes, comme pour une revue, les soldats présentant les armes. On dit qu'à ce spectacle, à ces honneurs dus au mal-

heur, Témir, sans doute par un sentiment d'orgueil, releva un Instant la tête. Bientôt on passa devant la kouba de Sidi-Brahim ; les officiers mirent le sabre a la main , les soldats portèrent les armes, les clairons sonnèrent aux champs, nos fanions s'inclinèrent. € Qu'est cela, dit Tèmir?» On lui répondit :« C'est l'hommage rendu au courage des nôtres, le jour où Dieu te donna la victoire. » De là & Nemours, Témir ne dit plus un mot; il se renferma dans cette dignité silencieuse, si conforme à sa situation présente, et qui, d'ailleurs, est le plus beau caractère de cette race arabe.

Abd-cl-Kader était entre nos mains, notre ennemi redoutable n*était plus Témir. Personne ne nous contestait plus maintenant la possession de notre belle conquête.

Campagnes de Tannée 1848.

Les oliassears d*0rlèan8 reprennent le nom de chassenrs à pied.

A la suite des résultats acquis pendant l'année 1847, malgré les avis du maréchal Bugeaud et du nouveau gouverneur général duc d* Aumale, le gouvernement français croit pouvoir diminuer l'cfFectif de l'armée d'Afrique. Trois bataillons de chasseurs d*Orléans sont rappelés en France. Le 6" s*emharquait le 4 octobre 1847, après sept années de dures campagnes en Algérie; le 30 mars 1848, le 3**, et, dans le courant du mois de mai, le lo*", le suivaient dans la voie du retour.

La prise d*Abd*el-Kader semblait devoir apporter une trêve à nos luttes continuelles en Algérie; en effet, pendant les premiers mois de Tannée 1848, le pays fut assez tranquille. De toutes parts, nos troupes ouvraient des routes, élevaient des fortifications, créaient de nouveaux villages, transformaient les endroits malsains et les marécages de la Milidja en de véritables paradis. L'armée, suivant les idées du général de I^moricière, combattait au moyen de la civilisation.

A la suite de la journée du 24 lévrier 1848, le duc d*Aumale, remplacé dans le gouvernement général de l'Algérie par le général Cavaignac, remettait l'intérim au général Changamier, et s'embarquait à Alger le 3 mars 1848. Avant de quitter le sol de T Algérie, il adressait une proclamation chaleureuse aux chasseurs d'Orléans et leur exprimait tous ses regrets de n'avoir pu faire ses adieux de vive voix à ces vaillants soldats.

Par décret du gouvernement provisoire, en date du 7 mars 1848, les chasseurs d'Orléans reprennent leur dénomination primitive de chasseurs à pied.

L'empressement fatal qu'on mit à réduire l'efTectif des troupes d'Algérie; les événementsde Février, qui amenèrent le changement de la forme du gouvernement; les bruits de guerre avec l'Angleterre; les agitations de Paris et de la province, habilement exploitées par les agitateurs, détruisirent TefTet moral de la prise d'Abdel-Kader et de Bou-Maza, et persuadèrent aux Arabes que nous allions abandonner la conquête et que notre domination touchait à sa fin.

I^s habitants du Dalira, hîs neni-Ouraglis, les Flittas, refusent de payer rim|)ôt ; les Righas et les Beni-Hassen commencent à se révolter. Mais nos généraux sont sur leurs gardes. En apprenant le meurtre d'un soldat du train sur le territoire des Righas, le général Marey, commandant la subdivision de Médéah, rassemble une colonne où se trouve le 5® bataillon de chasseurs à pied (cornm<indant Soumain), et se porte chez les révoltés, qui sont frappés d'une forte amende et contraints de livrer les assassins du soldat du train. De lA, le général Marey, laiss<'int un batiilloii du 64** de ligne chez les Righas, se porte le 27 avril contre les Ouled-Naïls, qui sont en fermentation et refusent aussi de payer l'impôt. La présence de la colonne suffît pour tout faire rentrer dans l'ordre; le 29 mai, le général Marey retourne à Médéah.

Dans la province d'Oran, le général Pélissier pénètre avec sa colonne chez les Beni-Ouraghs, détruit leurs villages, enlève leurs troupeaux et lance sa cavalerie à la poursuite des habitants qui fuient devant lui. Il opère ensuite sa jonction avec la colonne Bosquet, venue d'Orléansville, dont il se sépare après la soumission complète des Beni-Ouraghs. Rejoint ensuite par la colonne Maissiat, de la subdivision de M<iscara, il se porte chez les Flittas, qu'il chasse de leurs villages qu*on livre aux flammes, les poursuit de tous côtés et les force à se soumettre en payant une forte amende.

Le 30 août, le S" bataillon de chasseurs à pied se joint à la colonne du général l)K Mac-Maiion, destinée à opérer chez les Beni- Snous. En quinze jours, toutes les tribus révoltées sont réduites à implorer notre pardon. Par son énergie, par sa belle conduite dans cette courte expédition, le 8** bataillon de chasseurs mérite d'être cité particulièrement dans le rapport adressé par le général DE Mac-Mahon au ministre de la guerre.

Pendant le reste de l'année 1848 et le commencement de l'année

suivante, le pays est tranquille, la colonie entre dans une voie de prospérité inconnue. La paix générale ouvre dans les belles vallées du Chéliff, dans la plaine de la Mitidja, une ère nouvelle à Tagriculture; les provinces d*Oran et de Constantine jouissent d'une situation très prospère ; des marchés abandonnés depuis longtemps sont rouverts au commerce; la confiance en notre gouvernement renait de toutes parts. L'Arabe en a pris son parti : il obéit au plus fort, mais aussi au plus civilisé. Le soldat français, joyeux, honnête et travailleur, a remplacé le soldat turc des anciens bcys, insolent, pillard et fainéant. L*arméc multiplie ses travaux d'utilité publique : constructions, routes, barrages, ponts et canaux, nos chasseurs à pied abordent tous les travaux, et, reprenant pour un moment Tancieu métier qu'ils avaient au pays, ils travaillent avec ardeur pour transformer notre conquête , cette nouvelle partie de notre territoire, en une France nouvelle, dont la civilisation leur rappellera le souvenir de la patrie absente.

CampAgnes de Tannée 1849

A part quelques petits mouvements peu iinportauls, Tliiver se passe sans incidents remarquables. Néanmoins, les prédications du Cheik-bcn-Taïcb produisent une certaine agitation dans le Sud de la province d*Oran. Une colonne se forme à Saïda dans le courant de mars, sous les ordres du géniVal I>K Mac-Maiion. Pendant qu'il opère avec une partie de la colonne, l'autre partie, sous les ordres du colonel Maissiat, qui emmène avec lui le 8^ bataillon de chasseurs à pied (commandant Bkas-DE-Fer). tombe sur les Rexajna, pousse à Moghar-Fokani et à Moghar-Tatani. En retournant à la première de ces localités, les carabiniers du 8*" bataillon de chasseurs rr|>ousscnt, le 15 avril, une attaque assez, vive des Arabes. Le pays pacifié, la colonne est dissoute le 8 mai.

Quelques d^rdres dans le Sahara sont rapidement réprimés par le général Pélissier; une colonne d'observation dont fait partie le 5' bataillon de chasseurs à pied opère chez les Beni-Silem, qui •ont en retard pour payer l'impôt.

Modifications apportées à rarmement des chasseurs à pied. Suppression des compagnies de carabiniers.

L'Ecole normale de tir constituée à Vincennes au moment de la création des chasseurs à pied multipliait ses travaux pour améliorer notre armement. Dans la carabine Delvigne, le forcement mal assuré de la balle dans la chambre en amenait une certaine déformation préjudiciable à la justesse du tir. Le colonel d'artillerie Thouvenin proposa de supprimer la chambre de l'ancienne carabine et de faire porter le forcement de la balle sur une tige d'acier pla* cée suivant l'axe du canon. Deux officiers éminents attachés à l'école, le capitaine Tamisier, de l'artillerie, et le lieutenant MlNlÉ, des chasseurs à pied, apportèrent une importante modification à cette idée, en proposant d'employer une balle cylindro-ogivale, présentant à l'arrière une gorge annulaire ou des cannelures. Ils déterminèrent en outre la profondeur et le pas des rayures en hélice. Ces recherches eurent pour résultat l'adoption, pour toutes les compagnies des bataillons de chasseurs à pied, d*une carabine à tige, dite carabine modèle 1846, plus communément connue sous le nom de carabine Minié. Du calibre de ly^^'.S, rayée au pas de 2 mètres, elle lançait une balle cylindo-ogivale du poids de 47s*', 2, dont le forcement s'opérait à l'aide d'une baguette à tête fraisée, permettant d'emboîter la pointe ogivale du projectile et d'en éviter la déformation.

C'en était fait des compagnies de carabiniers et de leur armement spécial; le décret du 12 septembre 1848 les supprima dans les bataillons de chasseurs à pied. Leur rôle avait été bien beau et bien rempli pendant les dures années de la conquête ; aussi, malgré leur suppression , le souvenir des carabiniers des capitaines D'ExÈA, DE JouvENCOURT, Bras-de-Fer, et des immortels du capitaine DR Gkrraux, brillera-t-il toujours dans nos cœurs.

Un tiercement général des compagnies eut lieu dans chaque bataillon ; les anciens carabiniers furent répartis comme chasseurs de r* classe dans toutes les autres compagnies.

Expédition de Kabylie, de 1849.

Cependant, la période de tranquillité allait bientôt prendre fin.

L'Algérie était à nous, mais la partie du Tell, bordée par les montagnes, échappait à nos lois. D*Algcr, le regard, en parcourant riiorizon, s*;irrôtait au loin sur les cîmcs neigeuses du Djurjura. Dans ces contrées, sur les flancs escarpés de ces montagnes, à part les Krachnas, les Beni-Djaad et les Flittas visités par nos armes et soumis à Timpôt, leâ Kabyles, ces fiers montagnards de la grande chaîne, retranches dans leurs villages de pierres entourés de haies impénétrables de cactus épineux et de jujubiers aux branches enchevêtrées, perchés sur des hauteurs abruptes, se croyaient à l'abri de nos attaques et refusaient de reconnaître notre autorité. Us comptaient sans notre armée d'Afrique, sans ses soldats aussi solides dans les plaines brûlantes du Sahara que vigoureux dans les montagnes tourmentées de TAtlas et du Dahra.

Nos postes principaux établis en Kabylie étaient, d'une part, la ville d'Aumale, au pied du Djebel-Dirah, près des sources de rOued-Sahel, sur le cours duquel Bordj-Bouïra constituait une amorce dans la haute vallée. A l'embouchure du fleuve, nous possédions Bougie depuis 1835; c'était le port de ravitaillement de Sétif dans la petite Kabylie, qui constituait pour nous un point d*appui solide sur la roule d'Aller à Constantine.

Mais toute la vallée de TOued-Sahel méconnaissait notre auto* rite; il fallait donc la soumettre, pour assurer nos communications entre Sétif, Aumale et Bougie, c'est-à-dire entre Constantine et Alger.

On forme trois colonnes qui doivent : la première, partant de Bougie, sous les ordres du gr'néral i]v Saint-Arnaud, 0|>érer sa jonction dans la vallée de l'Oued- Amazin, un des principaux affluents de rOuedSahel, avec la colonne du général de Salles, partant de Sétit. I^ troisième colonne, commandée par le général Blangini, doit partir d'Aumale, réduire les Guechtoulas, et assurer notre domination sur la vallée supérieure de TOued-Sahel.

Les deux premières compagnies du 5" bataillon de chasseurs à pied, commandées par le capitaine Ol^GNlF.R, sont attachées à la colonne de Saint-Arnaud ; les quatre autres, sous les ordres du commandant AU7X)UV, marchent avec la colonne Blangini, qui va

lliil. Dat Chas». 7

camper te i6 mai à Bordj-Bouïra. Une députation des Guechtoulas vient demander au général Blangini de faire respecter par ses troupes le marabout de Sidi-Abd-er-Rhaman, un des plus vénérés * de TAlgérie. En ayant obtenu l'engagement, cette députation se retire, en annonçant fièrement que les Guechtoulas sont décidés & . défendre énergiquement leurs foyers.

Le 19 mai, la colonne débouche dans la vallée du Sebaou, sur les terres verdoyantes des Guechtoulas, retranchés dans leurs grands villages entourés presque tous de murs en pierre sèche.

La colonne établit son camp à Bordj-Boghni, au milieu d'un pays très accidenté. Le général Blangini envoie aussitôt le colonel Canrobert en reconnaissance, avec un bataillon de zouaves et les chasseurs du commandant Auzouv.

Le colonel Canrobert refoule les Kabyles à coups de fosil et atteint bientôt les crêtes, d'où il peut étudier tout le pays. La reconnaissance terminée, il fait sonner la retraite.

Le mouvement est à peine commencé que les Kabyles sorteiit à l'improviste de tous les replis de terrain où ils se cachaient, se jettent sur nos chasseurs déployés en tirailleurs, les harcèlent pendant leur retraite qui s'opère par échelons, lentement, en bon ordre. Nous perdons 2 chasseurs tués et 14 blessés. On parvient ainsi jusqu'à une petite dislance du camp. Au moment où le dernier échelon, composé d'une section commandée par le lieutenant DE LA Tour, s'apprête à battre en retraite à son tour pour rentrer au camp, une troupe nombreuse de Kabyles, qui se sont adroite- . ment défilés derrière les cultures, coupe la retraite à nos chasseurs. M. DE LA Tour, sabre à la main, enlève sa section et s'élance à la baïonnette pour passer sur le corps à Tennemi. La mêlée s'engage; le lieutenant DE LA Tour, renversé à terre, foulé aux pieds, a la jambe fracassée d'un coup de feu tiré à bout portant. Deux compagnies du bataillon accourent heureusement à temps pour dégager la section, et rapportent au camp le brave officier, dont la blessure nécessite l'amputation.

Le lendemain, au petit jour, la colonne se met en marche; dès les premiers coups de fusil, les nouvelles carabines de nos chasseurs font merveille et tuent les Kabyles derrière leurs retranchements de pierre sèche ; des feux de salve atteignent même de nombreux groupes ennemis postés à 900 mètres. A 1 1 heures, toutes les crêtes sont occupées; le général Blangini forme trois colonnes d'assaut pour enlever les villages des Guechtoulas. Le 5" bataillon forme la colonne du centre. Après avoir fait canonner les villages par les

obusiers, le général donne le signal de l'assaut. Malgré la résistance des Kabyles, qui sont au nombre de 8,000, les colonnes enlèvent rapidement la position et en chassent l'ennemi, [./^s villages sont livrés aux flammes; le lendemain, on commençait à couper les oliviers et les arbres fruitiers, lorsque les Guechtoulas vinrent implorer Taman. Suivant sa promesse, le général Dlangini avait fait religieusement respecter le marabout de Sidi-Abd-er-Rhaman.

Après avoir été se ravitailler le 30 mai à Dellys, la colonne pénètre le 2 juin chez les Flitbis, dont certains contingents ont prôté main-forte aux Guechtoulas, et sont en retard pour payer l'impôt. A l'aspect de nos soldats, les Flittas abandonnent toute velléité de révolte, payent leur impôt, se soumettent à l'amende dont on les frappe.

Les opérations terminées, la colonne était dissoute, et le 5* bataillon de chasseurs à pied était envoyé à Blidah.

De son côté, le général de Saint- Arnaud rassemble sa colonne à Bougie, que les Kabyles serrent de pri^. Ix 15 mai, il fait faire une reconnaissance chez les Bcni-Mimoun par les deux compagnies de chasseurs du 5" bataillon, qui ont avec l'ennemi un petit engagement où elles ont 6 hommes blessés. Le 16, le général se porte sur le territoire des Barbachas , maîtres d'une grande partie de la vallée de l'Oued-Amazin, et le traverse sans rencontrer une grande .résist.incc. Le 21 mai, il pcMiètre chez les Beni-Sliman; la i"" compagnie du 5° bataillon est à Pavant-garde, la 2** compagnie à 1 arrière-garde. Vers 7 heures du malin, la fusillade s'engage et devient de plus en plus vive à mesure qu'on avance. A 9 heures, la colonne s'arrête en face d'une crôte boisée, défendue par des retranchements en pierre sèche, qui semblent fortement occupés. La i'* compagnie du 5^ met sac à terre, et, appuyée par une compagnie d'élite du 12* de ligne, enlève au pas de course un premier retranchement. Un nouvel élan amène nos chasseurs sur un second retranchement parallèle au premier et situé un peu en arrière. Après celui-là il faut encore en enlever deux autres avant d'arriver au pied de la crête boisée. Pendant que le goum prononce un mouvement tournant, le général de Saint- Arnaud lance pour la cinquième fois la vaillante i'^ compagnie à l'assaut. Le sous-lieutenant Hochkde/. |>arvient à j;agner la cri^te avec sa section et s'y établit un moment. Les Kabyles reviennent en masse et font pleuvoir une pluie de balles sur nos chasseurs. Ix sous-lieutenant IIOCIIKDEZ est tué d'une balle h la tète ; auprès de lui tombe le sergent CoSTA. La section, sans chefs, se replie eu bon ordre sur la 2* section,

— ÎOO —

établie sur un petit mamelon. Là, tombe mortellement frappé le capitaine Olagnier; le sergent-major SCHMITZ prend, alors le commandement de la compagnie emportant ses morts et ses blessés, se dégageant par de vigoureux retours oITensifs, lorsqu'il est trop pressé par les Kabyles; le sergent-major SCIIMITZ sauve sa compagnie, qui est recueillie par le 12" de ligne. Le capitaine Olagnier, le sous-lieutenant Hochedez, le sergent Costa, tués; 14 chasseurs tués ou grièvement blessés, telles étaient les pertes de la i^^ compagnie du 5^ bataillon de chasseurs à pied. A ce moment la fusillade éclate derrière les Beni-Sliman ; c'est la colonne de Sétif qui arrive. Pris entre deux feux, les Kabyles sont rapidement dispersés.

Jusqu'au 10 juin, la colonne tombe successivement sur les Guifser, les Béni- Abdallah et autres tribus insoumises qui viennent tour à tour demander l'aman. Le 12 juin, les colonnes se séparent et les deux compagnies du 5® bataillon de chasseurs à pied s'embarquent le 27 juin à Bougie, pour aller rejoindre à Blidah le reste du bataillon.

Iniurrection des Zibans« — Prise de Zaatclùu

Les tribus du Zab étaient gravement mécontentées par une surtaxe de 25 à 40 centimes sur les palmiers des oasis qui venait de leur être imposée. Les cercles de Batna et de Biskara s'agitent bientôt, un grand nombre de tribus refusent même l'impôt. Un ancien klialifat d' Abd-el- Kader, Bou-Zian, qui était venu demander asile aux habitants de Zaatcha, exploite facilement la situation et prêche la guerre sainte, en proclamant que les défenseurs de Zaatcha feront œuvre aussi méritoire qu'un pèlerinage sacré à la Mecque, en résistant aux chrétiens. Un coup de main manqué sur Bou-Zian met le feu aux poudres. Un grand nombre d'habitants des oasis voisines se joignent à ceux de Zaatcha et en organisent sérieusement la défense*.

Située à une journée de marche de Biskra, c'était une forteresse bâtie sur une éminence perdue au milieu d'une forêt de 70,000 palmiers. Outre Zaatcha, l'oasis contenait encore deux grands villages : à l'iist, Lichana; à l'Ouest, Farfa. De nombreux canaux arrosaient les jardins entourés de murs et formaient, avec les chemins creux, un inextricable réseau autour de la place. C'était là une première

— loi —

et sérieuse ligne de défense. La deuxième ligne était constituée par un fossé profond, de 7 mètres de largeur, entourant complètement la dachera (forteresse). Une enceinte bastionnéeet crénelée, bordée de maisons percées de meurtrières, formait la troisième ligne de défense. La place était abondamment pourvue de vivres et de munitions, et défendue par une troupe fanatisée par son chef, habile et farouche. Le siège de Zaatcha allait être une opération sérieuse et difficile.

A la nouvelle de Tinsurrection, le général Herbillon rassemblait à la lutte sa divison a iiatna. L^ y bataillon de chasseurs à pied, appelé de Blidah par dépêche, y arrivait le 28 octobre. La colonne expéditionnaire, qui s'était ensuite concentrée à Biskra, est divisée en deux brigades, sous les ordres des colonels Dumontet et Carbuccia. Le 5* bataillon de chasseurs à pied reste sous les ordres directs du général Herbillon.

Le 6 octobre, la colonne part de Biskra et vient camper le lendemain de bonne heure à un kilomètre au Nord de Toasis. La vue se repose sur cette mer de verdure ; elle s'étend plus loin sur Toasis de Tolga vers TOuest et à l'Est vers celle de Bou-Chougran, que la colonne vient de traverser.

Pendant l'établissement du camp, le général Herbillon reconnaît rapidement le terrain et donne à quatre compagnies du 5" bataillon de chasseurs, les i**, 5*, 7* et 8*, Tordre d'enlever immédiatement une zaouïa, située sur la lisière de l'oasis et [louvant servir de base à nos attaques. Il fait appuyer et garder les flancs des chas* seurs par des compagnies d'élite de la légion étrangère. Quelques coups d'obusiers sont tirés d'abord ; ils restent sans réponse. Le général donne alors le signal de l'attaque. Malgré une vive fusillade, elle est rapidement enlevée, la zaouïa. Emportés par leur ardeur, les chasseurs poursuivent l'ennemi et s*élancent à sa suite dans les jardins. La lutte s'engage, terrible, difficile; cachés derrière les murs, les Aral)cs nr cèdent le terrain (|ue pied à pied. Chaque jardin devient une forteresse à l'assaut de laquelle nos chasseurs, dispersés par petits groupes, se lancent avec fureur, mais en éprouvant des pertes sen.sibles. Tour à tour sont frappés : le sous-lieutenant DE Saint- A M AND, de la 7** compagnie, blessé; le lieutenant Bonnet, commandant la T" compagnie, tué; le sergent-major Lajus, qui en est h sa quatrième blessure depuis qu'il est en Algérie; le sous-lieutenant Nèe-Devaux, de la 8** compagnie, blessé. Le capitaine API.V, de rrtte compagnie, déjà blessé à l'épaule, ne s'arrête que lorsqu'il a la cuisse traversée par une balle.

Les sergents Morlaas et Maignien, le fourrier Blot, tombent mortellement atteints. La situation devient très critique; éparpillé de tous côtés, le bataillon n'est pas soutenu. Le capitaine DuPLES- SIS fait alors sonner la retraite. Elle se fait lentement, pied à pied, mais nos pcites s'augmentent encore. Toujours au premier rang, l'adjudant D'AVOUST est tué d'une balle à la tête. Les Arabes veulent enlever à nos chasseurs son cadavre sur lequel on se bat avec rage; mais les ennemis sont trop nombreux, quelques hommes tombent sur le corps de Tadjudant; il faut céder au nombre. Exapéré, le chasseur Jannerod, de la i*^ compagnie, revient en quelques bonds jusqu'au cadavre du pauvre D'AvouST, dont il rapporte le sabre en s'écriant : <c C'est toujours ça de sauvé, ils n'en feront pas un trophée ! »

Enfin, le bataillon se rallie dans la zaouïa et écarte à coups de fusil les Arabes qui veulent nous y poursuivre. Nos pertes ont été cruelles : un officier, un adjudant, trois sergents et dix-huit chasseurs ont été tués; trois officiers, deux sous -officiers et trente-trois chasseurs sont blessés.

La 6° compagnie, qui vient d'arriver, occupe la zaouïa; le reste du bataillon retourne au camp pour se remettre des fatigues du combat.

D'après la gravité de ce premier engagement, on peut s'attendre à une résistance désespérée de la part des défenseurs de Zaat« cha. Le général Herbillon fait ouvrir des tranchées pour s'emparer des jardins de l'oasis; on chemine lentement. La 6° compagnie du 5*^ bataillon s'empare, le lo octobre, d'un grand jardin; le lendemain, le capitaine DE Cargouet, avec les s** et 6° compagnies, enlève par surprise un nouveau jardin. Quelques instants après, l'ennemi, qui a fait un vigoureux retour offensif pour le reprendre; est repoussé avec pertes par nos chasseurs.

Les troupes étaient sur pied nuit et jour; leur fatig^ue était extrême; les premiers renforts demandés par le général Herbillon arrivent fort heureusement avec le colonel de Barrai, pour aider un peu nos troupes et apporter quelque soulagement à leurs fatigues.

Le 2o octobre, jugeant qu'un siège régulier demanderait trop de temps, le général, après avoir franchi la première ligne de défense, se décide à brusquer les opérations par un assaut. Pendant que le bataillon de turcos et les y** et 8"^ compagnies du 5* bataillon de chasseurs, sous les ordres du commandant BOURBAKI, culbutent les contingents du village de Lichana, accourant à la défense de Zaatcha, la colonne d'assaut, formée par la légion étrangère et

la 6* compagnie du 5* bataillon (lieutenant MASSE), rencontre devant elle une résistance désespérée qui la force à reculer. La 6" compagnie couvre la retraite de la légion et reprend par une charge à la baïonn(!tte, qui lui coûte 2 tués et 2 blessés, une de nos tranchées dans laquelle les Arabes s*étaient déjà établis.

' Le général Herbillon se décide alors à investir la place en règle ; en attendant Tarrivée des renforts, on pousse activement les travaux d'approche.

Le 31 octobre, le général part en reconnaissance avec les 5". 6**, 7** et 8* compagnies du 5* bataillon de chasseurs, 100 chevaux et une section de montagne, et tombe près du marabout de Sidi-Rouag, sur une masse de 6 à 7,000 nomades, qui viennent faire parler la poudre au secours de Zaatcha. Les carabines de nos chasseurs maintiennent Tennemi à bonne distance et nous évitent des pertes cruelles.

Le 8 novembre, le colonel Canrobert amène d*Aumale une colonne de renfort qui apporte malheureusement le choléra dans les rangs du corps expéilitionnaire. Les opérations continuent néanmoins avec la plus grande activité ; on n'attend plus pour agir d'une façon définitive, que de nouveaux renforts qui arrivent le 15 novembre; le 8* bataillon de chasseurs à pied (commandant Bras-DE-Fer) en fait partie. Le même jour, le lieutenant DEBOUT, du 5* bataillon de chasseurs, est mortellement frappé dans la tranchée.

Les tribus hostiles tiennent la campagne et tentent à tout moment de se porter au secours des défenseurs de Toasis. Dans la nuit du 15 novembre, le général Herbillon apprend qu'un fort rassemblement d'Arabes est campé près de Toasis d'Ourla, à 20 kilomètres de 2^tcha. Il part immédiatement avec une colonne composée de deux brigades. On arrive en face dp l'ennemi. Pour l'attaque, le 8* ba* taillon de chasseurs à pied est à la colonne de gauche et le S* bataillon à la colonne de droite. L'ennemi, surpris, se retire en désordre dans roa.His; nos chasseurs, déployés en tirailleurs, se lancent vigoureusement à sa poursuite. Nous nous emparons de 10,000 mou* tons, 2,000 chameaux, des tentes et des bagages de l'ennemi.

Le 17, la 2* compagnie du 5* chasseurs (capitaine Cambriei^) vient compléter le bataillon.

A la vigueur avec laquelle les travaux d'approche sont menés, à Ténergie de la résistance des défenseurs de la place, on sent que la lutte décisive sera terrible.

Le 24, les Arabes de Bou-Zian font une sortie désespérée, tom-

bent sur nos tranchées défendues par deux compagnies du 8* bataillon de chasseurs, qui les repoussent énergiquement et les obligent à rentrer dans la place. Le capitaine Delmas, Tadjudant DK Lacotre, sont mortellement frappés; 4 chasseurs du 8"* sont tués. D*un autre côté, les Arabes font en même temps irruption dans un jardin occupé par un poste de la 7* compagnie du 5* bataillon de chasseurs, et lui enlèvent un homme. La 8^ compagnie, conduite par le sous-lieutenant Née-Devaux, à peine remis de sa blessure, les chasse de cette position après un engagement assez vif, dans lequel le 5^ compte 4 tués et 9 blessés. La sortie a été tellement acharnée, que les femmes arabes elles-mêmes ont pris part au combat.

Le lendemain, trois brèches ayant été jugées praticables, l'assaut est résolu. Le 26 novembre, d*après les ordres du général Herbillon, trois colonnes d'assaut s'organisent sous les ordres des colonels Canrobert, de Barrai et DE Lourmel. Une partie du 5^» bataillon de chasseurs forme la tête de la colonne d'assaut du colonel CANRO- BERT; le 8® bataillon, celle de la colonne DE LOUKMEL. Le commandant BOURBAKI, avec une quatrième colonne comprenant le reste du 5* chasseurs à pied, opère, par un mouvement tournant, l'investissement de toute la partie de la ville qui n'est pas entourée par nos ouvrages. Les troupes de réserve , sous les ordres des colonels Dumontet et Jolivet, se préparent à appuyer l'attaque.

Au dernier moment, alors qu'on n'attendait plus que le signal de l'assaut, le général Herbillon envoie chercher les chasseurs du 5* bataillon qui sont à la colonne CANROBERT. Les Arabes, paraît-il, menacent d'attaquer notre camp. Le colonel &e sépare à regret de ses anciens chasseurs, mais garde à la tête de sa colonne d'assaut 25 d'entre eux, commandés par le lieutenant LiOTET et le sergent Gauté.

Cependant, au fracas de l'artillerie qui vient de canonner terriblement les brèches, succèdent un calme et un silence solennels. La carabine dans les mains, la baïonnette au bout du canon, nos chasseurs sont prêts à bondir. Tout à coup, au signal donné, les trois colonnes s'élancent à la lois. En avant ! Le fossé est rapidement franchi, malgré la pluie de balles et de mitraille qui s'abat sur nos vaillants soldats. Les colonnes Canrobert et DE LoURMEL couronnent les créte& avec un élan tel, que les défenseurs n'ont pas le temps de sortir de l'intérieur de leurs maisons, d'où ils dirigent sur nous un feu très violent. La colonne de Barrai, arrêtée par un éboulement, gravit les décombres sous une g^êle de projectileS|

chasse les Arabes devant elle à la baïonnette, et, renversant tout sur son passage, donne bientôt la main aux deux autres colonnes qui sont déjà arrivées sur la place.

Mais la lutte n*est pas terminée; de toutes parts, les balles pleuvcnt drû comme grêle ; il faut enlever les maisons une par une. C'est la guerre de rues, la guerre d'escalade contre un ennemi fanatisé, enivré par Todeur de la poudre si chère aux Arabes. On arrive bientôt devant une tour d'où part un feu d'une violence inouïe; on sent que l'dme de la ré.sistance est là; Bou-Zian y est réfugié avec 150 de ses plus braves et attend courageusement la mort et la some autour de lui. Une pièce de montagne est amenée pour battre en brèche ce réduit, tous les servants en sont tués. Deux sacs à poudre éclatent sans résultat ; ce n'est qu'au troisième qu'un pan de mur s'écroule. Nos chasseurs se précipitent aussitôt, et, malgré la fusillade, pénètrent dans Tintérieur et massacrent les défenseurs. Le sergent Gautk, un des vingt-cinq braves du 5"* qui représentent si dignement leur bataillon dans cette lutte san* glante, saisit un Aralic qui se fait remarquer par la blancheur de ses vêtements; un des chefs du goum reconnaît Bou-Zian. Le gé^ néral, auquel on annonce cette prise importante, ordonne de le fusiller et de lui trancher la tête.

Quatre heures durant on s'était battu de maison en maison; 800 cadavres ennemis jonchaient le terrain. Parmi les 25 chasseurs du 5** bataillon qui accom|vignaicnt le lieutenant LiOTKT, 3 furent tués, 5 blessés. Le sergent Gautè fut décoré de la légion d*honncur. Le 8" bataillon comptait 6 tués et 12 blessés, parmi lesquels le capitaine HUKVOV, qui, atteint d'une balle au front, n'avait cessé de donner le meilleur exemple par son sangfroid et son intrépidité; la figure couverte de sang, il ne voulut se laisser panser que lorsque tout fut terminé. Le sous-lieutenant Le- VAIIJ.ANT, oITicier d*cntrain et d'une grande énergie au feu, fut blessé à la jambe gauche.

La colonne BoURBAKI avait eu pendant le combat une telle atti* tude et un tel entrain, que les auxiliaires de Bou-Zian lurent dispersés sans pouvoir lui porter secours.

Toutes les troupes avaient noblement fait leur devoir; aussi, dans son rapport au Ministre, le général en chef s'exprimait en ces termes : « Nos zouaves, nos vieilles troupes d'Afrique, .les 5' et 8* bataillons de chasseurs à pied, ont soutenu leur belle réputation ; l'on ne saurait dire ce que valent de pareils soldats , conduits [>ar des cheb aussi intrépides! »

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Et pour terminer :

« L'armée d'Afrique vient d'écrire de son sang une nouvelle page à l'histoire militaire, à la gloire de nos armées. Je ne puis donner la liste de tous ceux qui se sont distingués dans une aussi longue série de combats; il faudrait, pour ainsi dire, dresser le contrôle nominatif de toutes les troupes. »

» Au milieu de la journée, tout était fini; il ne restait plus que des vainqueurs et des ruines. Le reste de la soirée et toute la journée du lendemain furent consacrés à raser la place. On voulait détruire à tout jamais ce foyer de résistance, et on avait raison. Lorsque sauta en l'air, avec un fracas épouvantable, le minaret de la mosquée de Zaatcha, l'armée poussa un long cri de joie. I^i chute de Tédifice, du haut duquel avaient si longtemps retenti contre nous d'implacables malédictions, annonçait la fin de ce siège meurtrier qui nous avait coûté , sur un effectif qui varia de 4,000 à 7,000 hommes, plus de 1,500 tués ou blessés. » (Paul Gaffarel.)

Après avoir achevé la destruction de Zaatcha, la colonne rentra, le 29 novembre, à Biskrà, où le choléra sévissait avec violence.

Le i**" décembre, on reprend la route de Constantine; mais le 6, en arrivant à Ksour, le général Herbillon envoie le colonel Can- ROBERT, avec une colonne compqsée des 5* et 8* bataillons de chasseurs à pied, de deux bataillons de zouaves, du 8* de ligne et de trois escadrons de cavalerie, pour opérer dans le Hodna et parcourir les tribus chez lesquelles on a remarqué le plus d'agitation pendant le siège de Zaatcha. Après une expédition de douze jours sans qu'elle ait à tirer un seul coup de fusil , la colonne rentre à Batna le 23 décembre.

Expédition de TAurès. Prise de Narah«

Les insurgés de Zaatcha s'étaient réfugiés chez les tribus turbulentes de l'Aurès, qui déclarèrent bientôt ne plus vouloir payer rimpôt.

L'Aurès est un massif montagneux composé de cinq contreforts se réunissant à un nœud central. Le 25 décembre, le colonel Cankohert part de Batna avec sa colonne pour aller pacifier cette contrée et en chasser les réfugiés de Zaatcha. S'emparer des hau-

teurs du nœud central pour descendre de là vers les vallées, tel est le plan du colonel Canrobert.

Le 26 décembre, la colonne gravit les sommets de TAurès et débouche dans la vallée de rOued-cl-Abdi. Les premières tribus que nous traversons protestent de leur fidélité et nous apportent rimçôt; maîd, le ?g décembre, à peine campés en (ace de Narah, les habitants viennent attaquer insolemment nos grand* gardes.

Véritable nid d'aigle, Narah est bâtie sur des hauteurs abruptes à 500 mètres au-dessus du cours de TOued-el-Abdi ; d'un acc^'S extrêmement dirTicilc, elle est détendue par une enceinte garnie de tours crénelées.

Le colonel Canrobert se décide à frapper un grand coup pour terrifier les tribus de TAurès. Le manque d'artillerie dans sa colonne ne lui permettait pas d'entreprendre un siège méthodique, la saison était avancée, nous étions engagés dans une vallée peuplée de tribus hostiles qui n'attendaient qu*un signal pour tomber sur la colonne. Il était donc nécessaire de s'emparer de Narah par un vigoureux coup de main. Dans ce but, le colonel Canrorert prit les dispositions suivantes : Après avoir dépassé Narah comme s'il voulait continuer à descendre la vallée de TOued-el-Abdi, il campe le 4 janvier au-dessous de la ville. Si le coup de main tenté ne réussit pas, la colonne doit continuer sa route par le col de Tezinto Zoughat, qui fait communiquer Narah avec la vallée pa* rallcle de l'Oued -el-Abiod, située de l'autre côté de la chaîne. Pendant la nuit, la colonne revient m silence sur ses pas et arrive bientôt sous la ville endormie, foruice en trois colonnes d'attaque qui doivent converger sur la position. Le 5 janvier, à 4 heures du matin, nos trois colonnes s'ébranlent à la fois. A la tête de celle de droite, commandant DE Lavarande ; la 6* compagnie du 5* bataillon de chasseurs précède un bataillon de zouaves. Les autres compagnies du 5* sont h la colonne de gauche, commandée par le folonrl Carbucria. \.c colonel Canromkrt marche avec la colonne du centre, commandée par le commandant Bras-DE-Fer, du 8*, dont le bataillon (orme la tôte de colonne. La colonne Carbuccia gravit péniblement les escarpements qui sont devant elle, mais arrive malgré tout en position à 6 heures du matin. L'avant-garde de la colonne de droite (6* compagnie du 5* bataillon), atteint les |>orlt»s do Narah sans quo sa prés<'nrc soit remarquée. Au signal donné, elle se précipite brusquement dans la place et y prend pied, pendant que la colonne du centre escalade rapidement les hauteurs, repousse les Arabes réveillés par l'attaque générale et

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franchit le mur d'enceinte. Les habitants de Narah défendent leurs maisons une à une, mais, écrasés par l'élan de nos troupes, enfumés dans leurs demeures, ils s'enfuient hors de la place et vont tomber sous les sabres de nos cavaliers et sous les baïonnettes de la compagnie d'avant-garde de la colonne de gauche (capitaine BOCHER, du 5^ bataillon), qui les refoule dans la place, où elle pénètre en même temps qu'eux. A 8 heures du matin, nous étions maîtres de la ville, dont tous les défenseurs étaient tués, pris ou dispersés.

A 4 heures du soir, Narah, le nid d'aigle, n'était plus qu'un monceau de ruines.

Le 8"^ bataillon, qui comptait 5 tués et 15 blessés, s'éUiit comporté d'une façon remarquable. Le colonel Canrobert tint à lui exprimer tous ses éloges, et s'adressant à soki chef, M. Bras-DE-Fer : « Commandant, lui dit-il, venez que je vous félicite, votre bataillon a tous les honneurs de la journée; dites bien à ces braves gens que vous commandez combien je suis content d'eux ». Il citait à l'ordre du jour : au S"" bataillon, les capitaines DE Brauer et HURVOY; le lieutenant ViRKT et le sergent Veinguertner, entré le premier dans la place; au 5** bataillon, le lieutenant Nattier; le sergent Gauté; le capitaine deCargouet; l'adjudant Laj US; le caporal BouRRUST et le sapeur PoNS qui, entouré par cinq arabes, s'en défit à coups de baïonnette, après une lutte acharnée dans laquelle ce brave soldat reçut quatre coups de yatagan.

La prise de Narah eut un grand retentissement ; c'était le complément de celle de Zaatcha. Les tribus de l'Aurès, consternées par le coup de main du colonel Canrorert, accoururent de toutes parts faire leur soumission et payer les taxes et les amendes qui leur furent imposées.

La colonne expéditionnaire continuait pendant quelques jours encore sa campagne dans l'Aurès et rentrait à 3atna le 16 janvier pour y être dissoute.

An mois de mai, les 8^ et 5^ bataillons de chasseurs à pied recevaient l'ordre de rentrer en France, après dix années de belles campagnes noblementaccomplies. Ces deux bataillonsemportaient, en quittant la terre africaine qu'ils avaient si généreusement arrosée de leur sang, des ordres du jour glorieux portés à la connaissance de toute l'armée d'Afrique.

Le reste de l'année 1850 se passa pour l'Algérie dans un repos presque complet, à peine troublé par quelques actes d'insubordi* nation sévèrement réprimés.

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Le 27 décembre, le 9** bataillon de chasseurs à' pied quittait à son tour la terre d'Afrique pour rentrer en France, après sept ans huit mois et quatorze jours de campagne. Pendant les deux dernières années de son séjour en Algérie, il fut cruellement éprouvé en 1849, ^u camp de Misserghin, par le choléra, qui lui enlevait le commandant ValiX)IS, son chef, le sous- lieutenant Marx et 89 hommes.

Expéditions de Tannée 1861.

Il n*y avait plus de bataillons de chasseurs en Algérie, mais les généraux de Tarmée d'Afrique ne tardèrent pas à demander et à obtenir Tenvoi de nouveaux bataillons pour remplacer ceux qu'ils avaient perdus. Le 4*^ bataillon de chasseurs à pied (commandant Capriol DK PéCHASSANT), s'embarquait le 17 décembre à Port: Vendrcs, débarquait à Oran et arrivait le 19 janvier 185 1 à Tlemcen. •

L'état pour ainsi dire permanent de désordre et d'anarchie des fractions de l'empire du Maroc qui bordaient notre frontière de l'Ouest réagissait d'une manière fâcheuse sur nos tribus. La surveillance en était difficile, et pour les protéger, nos colonnes étaient obligées de tenir continuellement la campagne.

Une des tribus marocaines, les Dracr des I3eni-Snasscn, multipliait ses brigandages et ses incursions sur notre territoire. Le général l)K Mac-Maiion se lanccii sa |K>ursuitc le 22 avril avec une colonne dont fait partie le 4"" bataillon de chasseurs à pied, l'atteint au-deli de la frontière et lui inflige un châtiment sévère. La colonne rentre ensuite à Tlemcen le 26 mai, après avoir rétabli les communications un instant interrompues entre cette ville et Nemours.

Expédition de la petite Kabylia. — Boo-BargU.

Le Sud de l'Algérie était un refuge assuré pour nos ennemis les plus fanatiques qui travaillaient sourdement notre autorité et formaient ces orages terribles qui, éclatant i {'improviste sur les confins du Tell, ébranlaient la fidélité de nos tribus récemment soumises.

Au printemps, un de ces agitateurs apparaît soudain dans la

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petite Kabylie.*Bou-Bargla, Thomine à la mule, prêche la guerre sainte et réunit autour de lui un grand nombre de tribus rebelles.

Le 2* bataillon de chasseurs à pied (commandant Pursel), qui vient de débarquer le 5 avril à Stora, part le 5 mai pour rejoindre la colonne du général de Saint-Arnaud, qui doit opérer contre Bou-Bargla. Le 8 mai, la colonne part de Milah, descend la vallée de rOued-Kébir, dont elle atteint l'embouchure le 14, après les trois affaires très chaudes des 11, 13 et 14 mai. Après deux jours de repos, le général de Saint- Arnaud reprend sa marche vers le Sud, culbute sur son passage les Beni-Amrou, les Beni-Foughal, les Beni-Ouarrez-Eddin, dans les combats des 19, 20, 26 et 27 mai. Après avoir été se ravitailler à Djidjelli, le général se porte vers rOued-Mansourah, après quelques engagements, dont un assez sérieux le 13 juin; il revient à Djidjelli le 16, en repart le 18 pour rOued-Kébir, livre les combats des 24 et 26 juin et se dirige ensuite vers Collo.

Tous les premiers jours du mois de juillet sont marqués par des combats heureux pour nos armes; ils ont pour résultat la soumission des Djebala, des Beni-Meslem et des Méchat. Bou-Bargla, battu de tous côtés, disparaît dans les montagnes ; rinsurrection est étouffée.

Le 24 juillet, la colonne expéditionnaire rentrait à Constantine.

Dans cette campagne de quatre-vingts jours, le 2* bataillon de chasseurs avait fourni une marche presque continue de 700 kilomètres et avait assisté à vingt-six engagements, qui lui avaient coûté 62 hommes tués, blessés ou enlevés par l'ennemi, mais dans lesquels il avait su se faire hautement apprécier. Aussi, le général de Saint-Arnaud félicitait-il ce bataillon de ce beau début qui l'avait placé de pair avec les vieux régpments africains.

Après l'expédition du général Camou contre Bou-Bargla, qui avait reparu dans la région située entre Sétif et Bougie, le reste de l'année s'écoula dans uo calme à peu près complet. Mais dans la province d'Oran le choléra sévit d'une cruelle façon sur nos troupes pendant l'été. Le 4"* bataillon de chasseurs paya une Large part de tribut à ce terrible fléau, car il (verdit près de 150 des siens, parmi lesquels le capitaine adjudant-major Schlinkek, le capitaine Martin, les lieutenants Parent et Offret et le docteur HOYBIC.

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