II
Campagnes de l'année 1862.
Au printemps de l'année 1852, les désordres* recommençaient sur notre frontière du Maroc, dans les environs de Lalla-Marghnia. La remuante tribu marocaine des Beni-Draër avait apporté le pillage et Tassassinat chez nos tribus des Ouled-Mellouk. Une colonne est formée le 9 mai à I^lla-Mar^lmia, sous les ordres du général Montaubau, commandant la subdivision deTIcmccn. Elle se compose du 4* bataillon de chasseurs à pied, de trois escadrons de chasseurs d'Afrique, d'un escadron de spahis et d'une section d*obusiers de montagne. Le soir même, elle se dirige sur M'nasseb* Kiss; il 8*agit en effet de tomber sur les Beni-Draër, de les bousculera l'improviste dans la plaine de Trifa (Maroc) et de les razzier d*im|M>rtanrc. Par une marche <l<! nuit, la colonne arrive <^ quelque disUmce tic Sidi cl-Azou/. Fendant que la cavalerie s'y porte rapidement c;t rejette dans la plaine tous les contingents qu^elle rencontre, le 4* bataillon de chasseurs à pied et l'artillerie, placés le long du ravin qui s'étend vers M'nasseb Kiss, écrasent de leurs feux les Arabes qui sont re jetés de ce c6té par la cavalerie. Le 4* bataillon de chasseurs est vivement félicité pour sa brillante conduite. Il reste en observation ;i I^lla-Marghnia, et après un séjour à Tlemcen, va rejoindre le 1 1 mai à M'nasseb-Kiss la colonne qui, après avoir continué ses opérations chez les Beni-Draër, doit opérer maintenant au Souk-el-Arba, chez les Beni-Snasscn. L'action commence au milieu d'un épais brouillard qui finit bientôt par se dissiper; le 4* bataillon, en colonne double, refoule les charges de la cavalerie arabe et repousse énergiquement une nouvelle attaque dirigée sur notre convoi par les Beni-Snassen vainctis, qui viennent peu après demander Taman. Ix: iq juin, après un dernier combat heureux contre les Aral>csdeSi-el-Mékir, la colonne rentre à Tlemcen.
Expédition de la Kabylie dn DJaijiira«
Après s'être caché quelque tempe dans le Djurjura, le chérif Bou-Bargla s'était montré vers le milieu de janvier dans la vallée de rOued-Sahel et s'était emparé du village d' Aguemoun ; mais il
avait été repoussé par le général Bosquet et s'était réfugié sur le territoire difficile des Zaoua.
Vers la fin du printemps, le général Randon, gouverneur général de TAIgérie, donne Tordre d'investir la Kabylie du Djurjura, où les foyers d'insurrection sont nombreux.
Un corps d'investissement est aussitôt formé. Le général DR Mac-Mahon part de M'silah avec 7,000 hommes. Le i*** bataillon de chasseurs à pied, qui vient d'arriver de France, est placé à la i'* brigade (général Pâté), qui doit observer la vallée de l'Oued- Sebaou, dans la petite Kabylie, pendant que la 2® brigade (général d'Aurelles), opérera dans la vallée de TOued-Sahel. Après des travaux de routes préparatoires, la colonne expéditionnaire qui vient de recevoir sa deuxième division pénètre dans la Kabylie de Collo, pour aller attaquer le Chérif Bou-Seba, qu'elle trouve établi le 21 mai chez les Ouled-Aouat, dans la forte position du contrefort de l'arête principale qui sépare la vallée de l'Oued-Kébir du territoire des Beni-Aïcha. La position, abordable seulement par ses deux extrémités, est couronnée par quatre villages, et couverte en avant par un profond ravin, dont les flancs sont garnis de broussailles inextricables.
Le général DE Mac-Maiion fait attaquer la droite par le général d'Autemarre; le général Bosquet attaque par la gauche. Le 2* bataillon de chasseurs à pied, à la tête de la colonne d'Autemarre, s'élance sur les villages, les enlève vigoureusement et pousse devant lui les fuyards, qui sont enveloppés par les deux colonnes d'attaque. Nos chasseurs relancent les Kabyles jusque dans les bois et ravins environnants, en leur infligeant des pertes très sensibles. Le 31 mai, le corps expéditionnaire bat encore les Kabyles de la tribu des M'cliat, et pousse jusciu'à Collo, que sa tête de colonne atteint le 4 juin. Au combat contre les M'chat, le 28 mai, le 2** bataillon de chasseurs protège la retraite de la division ; les compagnies s'échelonnent. La 4^ compagnie, qui est en flanc-ganle sous le commandement du sous-lieutenant PlFKAKU, repousse énergiquement les charges répétées des Kabyles, et ne se retire que lorsque toute la division est hors de portée des fusils. Pendant la marche, la 4°, harcelée par les rebelles, perd un de ses hommes, le chasseur VINCENT; le caporal Lecesne ne veut pas abandonner le corps d'un brave aux mains de l'ennemi; il le charge sur ses épaules et remporte ainsi jusqu'à la queue de la colonne. Dans ce combat, le 2* a perdu i chasseur tué et 1 1 blessés.
A la nouvelle de l'insurrection de la subdivision de Bône, les
opérations, loin d*ètre interrompues, sont poussées avec la plus grande vigueur. Le 2^ bataillon de chasseurs à pied se fait remarquer par son entrain aux combats du 13 juin chez les Beni-Saaks et du 17 sur le Djebel-GoufTi, où, malgré une résistance très vive, il enlève les positions défendues par de nombreux obstacles naturels. Le 19 juin, les tribus viennent faire leur soumission au général DE Mac-Mahon. Le pays pacifié, la colonne expéditionnaire rentre i Constantine le 2 juillet.
Insurrection dn oarole de Ghielma.
Cependant, la révolte venait aussi d'éclater dans le cercle de Guclma et le camp des travailleurs d'Aïn-Souda. Le 12 juin, à Feldjcl-Foul, un détachement de bûcherons militaires, composé du sergent Lefèvre, du caporal Pommier, de 8 chasseurs du T bataillon et de 8 soldats d'autres corps, assailli à la pointe du jour par 3 ou 400 Beni-Salah, se défend vaillamment en se retirant sur Barrai. Le sergent, le caporal et les chasseurs Rouveron, GUVOT, SiREDÈS et Denis sont tués; les chasseurs Arp AILLES, BONNEL, PËTRAUD, FerrÈ, et Ics soldats d'autres corps qui n'avaient pas succombé dans la lutte, arrivent à Barrai , après avoir fait chèrement payer aux Beni-Salah la mort de leurs camarades. Ces braves furent tous décorés pour leur belle conduite et leur énergie.
Le i®' bataillon de chasseurs à pied fait partie de la colonne du colonel Tourville qui doit aller châtier les relielles. Elle les bat complètement le 13 juin à Aklietel-Zeitoun, et escalade le 14 la forteresse naturelle de Kef-el-Ask, où le chasseur Pelletier, du i*' bataillon, mérite, par sa bravoure, d*ètre cité à l'ordre du jour de l'armée : « Le premier de tous, il atteint le sommet des pentes occupées par l'ennemi, et, par son exemple, enlève et entraine sa rompa)fnic. »
Le 2* bataillon de chasseurs, à peine rentré i Constantine, repart le 4 juillet avec le général DE Mac-Mahon, qui rejoint le général d'Autemarre le 11 juillet à Tamatinat, et se met le lendemain i la poursuite des rebelles, qui émigrent vers le village tunisien de Calah . I Ji cavalerie seule est engagée et ramène tous les émigrés. L'infantcrio arrive enfin compléter l'action, après une marche de vingt* trois heures, par le temps le plus chaud de Tannée. Après un jour
lUst B«i.CtiaM. •
de repos, la colonne se remet en marche vers le Nord, atteint les Beni-Sàlah déjà réfugiés sur le territoire tunisien et leur inflige une sanglante leçon.
La défection du chérif de Laghouat, Ben-Salem, amène un commencement de révolte, rapidement étouffé par le général Yusuf . Mais le caïd Mohamed-ben- Abdallah soulève de nouveau les tribus de Laghouat, se met en complète révolte et s*apprête à une résis* tance opiniâtre. Deux colonnes se forment pour l'attaquer. Le lOi* bataillon de chasseurs à pied est attaché à la colonne de réserve de l'expédition. La marche combinée des trois colonnes amène la soumission des rebelles.
Campagnes de l'année 1858.
Expédition de la Kabylie des Babort.
Rentre à Bône le 19 novembre, le 2® bataillon de chasseurs & pied, décimé pendant quatre mois par le typhus, reçoit l'ordre de rentrer en France et quitte T Algérie le 17 février 1853, emportant un ordre du jour très brillant, où le général DE Mac-Mahon retrace les combats auxquels a pris part « cette troupe d'élite ».
Le 3 mars, le 7° bataillon de chasseurs à pied (commandant PlSSONNET DE Bellefonds) débarquait à Philippevil le et se rendait directement à Constantine pour prendre part à l'expédition qui se préparait contre la Kabylie des Babors. I^s territoires insoumis et non encore visités de ce pays donnaient asile aux agitateurs, qui renouvelaient sans cesse leurs prédications et entraînaient dans des tentatives de soulèvement les tribus i peine soumises du Djurjura.
Le gouverneur général de l'Algérie (général Randon) prend le commandement du corps expéditionnaire réuni le 13 mai près de Sétif. Le général DE Mac-Mahon en commande la indivision, le général Bosquet la 2", dont la i'* brigade (colonel Vinoy) comprend le 7* bataillon de chasseurs à pied.
Le 18 mai, le corps expéditionnaire part de Sétif i 7 heures du matin et campe le 19 à TOued-Drouatt, sur la limite des pays insoumis. L^ 20, le général Bosquet, emmenant avec lui un bataillon et demi de zouaves, un bataillon du 68* et le 7* bataillon de chasseurs i pied, enlève et incendie sous les yeux des Kabyles, maintenus à distance par les armes de précision de nos chasseurs i pied»
les villages des Beni-Tizi, situés sur les sommets élevés du Takoutch.
Le 21, le corps expéditionnaire se dirige sur Tizi-Sakka. Le 7* bataillon de chasseurs d*avant-garde parvient vers 9 heures au col des Beni-Tizzi et aperçoit sur la crête, entre les ravins et les rochers, un rassemblement considérable de Kabyles. Arrivé à bonne portée de fusil, le gouverneur général fait mettre sac à terre aux chasseurs à pied, qui se déploient en tirailleurs et commencent le feu. La justesse et la rapidité de leur tir ne tarde pas à ébranler l'ennemi. Aussitôt le i^' bataillon du 2^ zouaves se précipite en avant et gravit la position, suivi de quelques compagnies de chasseurs à pied. Ce mouvement est tellement impétueux, que les Kabyles s'enfuient devant nos troupes qui escaladent les hauteurs escarpées de la position sur laquelle Taigle du 2* zouaves flottait quelques instants après, aux cris mille fois répétés de : Vive Tempereur ! Pendant ce temps, une compagnie du 7^ bataillon de chasseurs et un détachement du génie, engagés dans le village de Tannavin, étaient vivement pressés par une multitude de Kabyles. Le bataillon du 68* accourt les dégager et repousse vigoureusement l'ennemi, qui laisse plusieurs cadavres entre nos mains. Après neuf heures de marches et de combats dans un pays tourmenté, diflicile, la colonne, qui n'a fait que deux lieues dans sa journée, établit enfin son camp A. 3 h. 1/2. Le combat du 21 coûtait au 7** bataillon de chasseurs à pied 1 homme tué et 3 blessés.
\jt lendemain, la division Bosquet se porte en deux colonnes au milieu des villages des Beni-Tizzi, situés dans la haute vallée de righzen. L'ennemi, après quelques heures de combat, s^enfuit par les ravins du contrefort de Trarist. Les villages sont brûlés, les jardins dévastés, les oliviers et arbres fruitiers coupés au pied. Les Beni-Tizzi et les tribus environnantes, terrifiés, viennent faire leur soumission.
Le 4 juin, les deux divisions opcrcrcnt leur jonction sur la rive droite de l'Oued- Agrioun.
La deuxième période de la campagne se continue sous une pluie battante. Les tribus kabyles, pour pénétrer chez lesquelles la colonne expéditionnaire est obligée de faire ses chemins, viennent successivement demander Taman. En Kabylie, « les routes sont les rênes du gouvernement ^, aussi nos troupes se mettent i Tceuvre et entreprennent la route stratégique qui doit faire communiquer le port tic Djidjelli avec ConsLintine.
Le 13 juin, la campagne terminée, le corps expéditionnaire est
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dissous; le 15 du même mois, le 7* bataillon de chasseurs à pied rentrait à Bône.
Le 3 octobre, le général Montauban, avec une colonne dans laquelle sont comprises quatre compagnies du 4® bataillon de chas* seurs, sous les ordres du capitaine GAUTHIER, pousse une pointe jusqu'aux frontières du Maroc, et, vers le Sud, jusqu'aux sources de la Tafna, chez les Beni-Snous. Le 8 octobre, la colonne rentre à Tlemcen.
Vers la même époque, les Beni-Idder ayant formé le projet d'enlever le lieutenant-colonel Robert, commandant supérieur du cercle de Djidjcili, pendant qu'il faisait une tournée administrative, le général DE Mac-Mamon organise le 31 octobre, à Fedjel-Arba, une forte colonne expéditionnaire de deux brigades, pour étouffer dans son germe cette tentative d'insurrection.
Le 7® bataillon de chasseurs à pied est placé à la i*^ brigade (général de Serre). Le i*'' novembre, la colonne campe à Bezzerga, où les tribus ayant pris part au complot viennent protester de leur soumission. Apres avoir infligé des amendes aux coupables et changé plusieurs chefs de tribus, le général DE Mac-MahoN continue pendant onze jours une véritable tournée politique. La colonne était ensuite dissoute, et le 7® bataillon de chasseurs à pied regagnait Bône le 12 juillet.
Or^tion des bataillons de cliaHears à pied, de 11 à 20, et du bataillon de cliassears de la garde.
Par décret impérial du 22 novembre 1853, le nombre des bataillons est porté de dix à vingt , et le nombre des compagnies dans chaque bataillon de huit à dix, les 9* et 10® compagnies devant toujours constituer le dépôt.
La circulaire ministérielle du 3 janvier 1854 réglait tousiesdétalls de cette nouvelle organisation et prescrivait le dédoublement des dix anciens bataillons pour concourir à la formation des dix nouveaux. Les bataillons devaient ensuite être reconstitués à dix compagnies, au moyen de détachements tirés des corps d'infanterie.
Voici quelle fut la composition des nouveaux bataillons de chasseurs à pied, avec l'indication des anciens bataillons ayant servi de noyau à leur formation.
RUIÉROS