‹ Les châteaux en EspagneChapitre 22 sur 30 · LA TRAITK DES BLONDES · texte numérisé non relu

LA TRAITK DES BLONDES

eaux quelque part. Il est probable que nous aurons des enfants. Tu vois que nous ne cherchons pas à inventer. Mon père, à qui je ne soupçonnais pas tant d'esprit, m'a dit que le mariage était la prose de la vie , et qu'il fallait agir en prose.

« C'est là un plaisant dénouement au roman de mes amours. Moi qui ai fait des chartes et des traités d'alliance, moi qui ai commandé des flottes, moi qui ai presque été mangé, j'épouse une petite bourgeoise de Paris !

« Et sais-tu ce qu'il y a de plus étrange encore dans ce dernier chapitre de ma vie ? c'est que je me suis marié précisément avec la femme qui a été la cause de mon départ de Paris. Seulement alors elle était jeune fille. Mon père, qui est un grand diplomate méconnu, m'a révélé ce mystère le lendemain de mes noces. J'ai fait le tour du monde pour arriver de la rue des Amandiers-Popincourt à la rue de la Pépinière, et j'ai mis quatre ans à faire un trajet qui demande une heure en omnibus.

« Mon mariage a eu cela de bon qu'il m'a guéri d'un défaut essentiellement français. J'étais qwelque peu sceptique avant d'avoir passé par la mairie et l'église ; aujourd'hui je crois à tout. Beaucoup de gens prétendent que c'est la même chose ; tout croire ou tout nier sont les deux extrémités d'une corde qui se touche en se courbant, disent-ils. C'est possible. Quoi qu'il en soit, on viendrait me dire que les Sickes et les Afghans m'ont nommé grand mogol, que je n'en serais point étonné. ÎN'ai-je pas • épousé une femme brune ?

« Claire, c'est le nom de madame Gaétan, a pour amie intime la comtesse Palombicelli, dont le mari a été nommé

chargé d'affaires de Toscane à Paris. J'ai rencontré cette chère Antonia 'aux ItaUens la première fois que j'y suis allé. Elle m'a prié de lui présenter ma femme avec un sourire plein d'une malicieuse bonhomie, et ne s'est vengée que par un mot : « Je la croyais blonde, ^> m'a-t-elle dit. Quelle satire dans ce mot !

« Rosalinda a tenu la promesse qu'elle m'avait faite à Lima; elle a fui du palais archiépiscopal, s'est démise de ses fonctions intimes de nièce in partibus^ et vient d'arriver à Paris où elle se propose de débuter. Tu la verras dans mes salons, cet hiver.

« Qu'ai-je encore à t' apprendre? rien, ma foi. J'ai trouvé ma chimère ! tu as pu voir qu'elle ne ressemble guère à celle que je poursuivais. As-tu trouvé la tienne ?

« En attendant qu'elle te vienne, je prie Dieu pour

qu'il t'ait en sa sainte et digne garde, et te prie, toi, de

regarder comme une des seules choses sérieuses, au milieu

des fantasmagories de l'existence, la vieille et vagabonde

amitié qui nous unit.

« Gaétan. »

Après qu'il eut achevé cette lecture, Léopold prit une feuille de papier, et il répondit à Gaétan :

« Mon cher mari,

« Je viens de passer demi-dieu ; je n'ose pas dire Dieu tout entier, mais ça viendra, j'espère. Je vais fonder une religion qui sera le Léopoldisme ; je crois en moi. Tu seras • mon grand-prêtre.

« Ma divinité m'a coûté quatre décimes de port. C'est

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