‹ Les Châteaux Royaux de Saint-Germain-en-Laye 1124-1789Chapitre 16 sur 69 · PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

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Les origines de la Villa Sancti Çermani.

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Saint-Germain-en-Laye, ville aujourd’hui bien paisible, modeste par son étendue, mais grande par les souvenirs historiques que son nom rappelle, bâtie dans un site naturellement beau que la fantaisie d’un monarque tout puissant eût pu rendre plus beau encore, — et à moins de frais que ce déshérité de la nature qui s’est appelé un jour le Versailles du Grand Roi, — Saint-Germain-en-Laye, assis sur une plate-forme demi-circulaire, profitant également des avantages d’une orientation merveilleuse, pouvait aisément devenir l’un des séjours les plus prenants des environs de la capitale.

Les horizons lointains des échappées du parc de Versailles eussent fait défaut, peut-être ; mais ceux, nuis, des trois écrasantes avenues aboutissant à la cour d’honneur du massif palais versaillais, n’auraient-ils pas été compensés par la vue féerique dont on jouit de la « Terrasse », aujourd’hui célèbre, de Saint-Germainen-Laye ?

On peut y contempler, en effet, un panorama très reposant, développé en une courbe faite à souhait, prise à partir des hauteurs du Mont-Valérien, et s’infléchissant mollement sur les coteaux de Bougival et Marly à droite, tandis que, vers la gauche, la perspective fuyante de la forêt de Laye, déployée en éventail au nord de la ville, s’en va mourir sur les vallonnements de Maisons-Laffitte, pour se relever, comme la bordure d’un cadre magnifique, par les collines de Cormeilles à Argenteuil. En face, c’est l’espace libre, le plein air vivifiant de l’Est. Au pied des vignes, un ruban d’argent, la Seine aux reflets changeants, miroitante et scintillante sous la lumière du jour, dont le soleil, dans sa course en diagonale, paraît se faire un jeu de varier sans cesse les effets. Enfin, sur l’autre bord du fleuve, une plaine discrètement ombragée appelant la création d’une ville de luxe, complément obligé du château fièrement dominateur campé là-haut, au sommet des terrasses d’Henri le Grand (v. fig. 8).

C’est un peu le tableau qu’entrevoyait Saint-Simon écrivant : « Saint-Germain, « lieu unique pour rassembler les merveilles de la vue, l’immense plein-pied d’une

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« forêt toute joignante ... .les hauteurs des terrasses qui , les unes sur les autres, pouvaient « aisément se conduire dans toutes les directions qu’on aurait voulu... le roi l’abandonna ! ! » Saint-Simon avait raison jusque dans les moindres détails de sa critique sarcastique.

Par la pensée, nous qui connaissons les lieux et les aimons, imaginons, comme « pendant » à la superbe terrasse de Le Nôtre, bordant la forêt à gauche du Château Neuf, une terrasse semblable prenant naissance à droite du palais et s’éloignant en

Fig. 8. -- Le Château Neuf, d'Iienri IV, ses terrasses et ses jardins, vus des rives de la Seine en 166G (grav. par Israël Silvestre.) (i

contournant la colline du côté. du Sud (2); supposons cette admirable voie, bordée dormes ou de tilleuls séculaires; entrevoyons, comme en un rêve, le panorama kaléidoscopique qui se déroulerait sous nos yeux au cours d’une promenade dominicale par un beau jour d’été, et nous serons excusables d’en vouloir quelque peu au monarque dédaigneux de la réalisation d’un tel plan d’embellissement.

(1) Le pont actuel du Pecq et la grande route, dite des Grottes, ont été tracés dans l’axe même <lu château et de la porte de sortie des jardins inférieurs sur le quai. Une ligne verticale tirée de haut en bas, dans le milieu de la gravure, donne cet axe.

(2) Suivant le tracé des rues Giraud-Teulon, Voltaire et de Mantes jusqu'à la place de Mantes, ou même plus loin.

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Img. 9. — Carte de la Vallée de Feuillancourt, par de Beaulieu, élève de feu Chauveau. Arch. de S.-&-0. (Coté II. Joyenval ; voir Notice, page 4).

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La forêt n’était-elle pas, en outre, un parc admirable, tout planté, que la main d’un Le Nôtre, secondée par la volonté puissante d’un Colbert, eût transformé en un jardin merveilleux par son étendue et ses frondaisons arclii-séculaires? Tout cela fut oublié par le roi au profit d’une lande inculte, labourée par les taupes, où le moindre arbrisseau dut être apporté, de loin, souvent, planté et soigné comme un pauvre être débile pendant les premières années de sa croissance.

Avouons égoïstement que l’édification des palais projetés a Saint-Germain (1) à la fin des règnes de Louis XIV et de Louis XVI, jointe à la transformation de la forêt en parc anglais, — ou même dessiné à la française, — aurait donné a notre ville l’essor que l’abandon du Roi, vers 1682, arrêta tout net.

Saint-Germain était désormais condamné à végéter, en s’auréolant de son passé légendaire et glorieux, comme l’on voit ces vieux serviteurs de 1 Etat, retraités, faisant appel à des souvenirs vacillants, incontrôlables et charmeurs, raconter en petit comité les hauts faits — un peu surfaits, quelquefois de leurs jeunes années.

Toutefois, ce ne sera pas dans les légendes incontrôlables que nous irons chercher la vérité sur le passé de l’ancien village germanois. Nous irons droit aux sources pures et nous y puiserons une documentation irréfutable.

(1) On en verra plus tard les plans, fort curieux, dont la plupart sont peu connus.

Notice sur la Carte de DE BEAULIEU (Fig. 9)

Quelle date peut-on assigner à cette carte ?

De Beaulieu enseignait « la mathématique aux garçons jardiniers de la pépinière du Boule » entre 1678 et 1680. Chauveau, son maître, graveur estimé, était mort entre le 9 décembre 1675 et le 26 février 1676. Ces divers renseignements sont fournis par les comptes des Bâtiments. La carte serait donc à dater de l’une des années, 1678-79-80. Mais, sauf pour le dessin du Château Neuf vu à vol d’oiseau, aucun des détails de cette carte ne répond à l’état des lieux à ce moment : 1° Le Château du Val (1676-80) n’y figure pas; 2° la grande route des Loges, (terminée en 1679), non plus; 3° la grande Terrasse de Le Nôtre (1668-80), pas davantage; -4° le grand Parterre nouveau (1664), néant ; 5° aucune trace des aqueducs de Poncy-Aigremont-Hennemont (1528-40); 6° les chemins de la contrée ne sont pas encore les rues, même les plus proches du centre de la ville. Par contre, on y voit : 1° l’ancien jardin potager de François Ier et de ses prédécesseurs avant 1515; 2° les murs de la Ville ancienne; 3Ü le moulin du Prieur à son ancienne place au bas de la ruelle Nicot ; 2° la tour de Montjoie encore debout ; 5° l’ancienne abbaye de Joyenval avant 1500. — Tout ceci nous fait remonter très haut dans le passé, et l’apparence de la carte n’est pas trompeuse sur ce sujet. Conclusion : ce dessin, signé par de Beaulieu, entre 1678-1680, n’est qu’une copie, faite par lui, d’un très ancien plan terrier d’une abbaye de la région (Joyenval, Saint- Léger, Ilennemont?) et cette copie ne contient qu’un seul détail ajouté par de Beaulieu : «c le croquis du Château Neuf », restauré par Louis XIV (1662-66); tout le reste porte un cachet d’antiquité incontestable : probablement autour de l’an 1500, sinon avant.

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