‹ Les Châteaux Royaux de Saint-Germain-en-Laye 1124-1789Chapitre 17 sur 69 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le Pincerais et le Parisis. — La forêt de Laye, sa situation topographique.

Le fisc de Maisons-sur-Seine

dépendant de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, de Paris.

Deux noms de divisions territoriales reviennent sans cesse dans les énoncés des anciens actes, chartes ou diplômes, ayant trait aux choses de notre contrée : le Pincerais et le Parisis. Le Pincerais avait pour chef-lieu Poissy; le Parisis, Paris; tous deux limitrophes, mitoyens.

Rien ne paraît moins fixé que cette ligne frontière idéale. Cela tient à des causes encore ignorées à l’heure actuelle, mais que l’on peut, sans crainte d’invraisemblance, mettre au compte des fluctuations du « droit du plus fort ». N’est-ce pas le grand argument de ces temps reculés? Que les années passent, les querelles s’enveniment, et des parcelles de territoire sont l’enjeu tout désigné d’un nouveau règlement. On sait ce qu’il advient en pareil cas.

Nous ne saurions dissimuler qu’il est impossible d’écrire d’une main assurée l’histoire du Pincerais, en tant (pie circonscription administrative, parce que l’on rencontre trop de lacunes dans la suite des actes qui, à travers les siècles mérovingiens ou carolingiens, ont certifié l’existence nominale de ce « pagus » (1). Ce qui a subsisté des actes doit être relativement peu de chose. Le plus sage parti pour nous est de nous en tenir à ce que l'on peut fixer touchant la région de Saint-Germain, cette ville étant prise pour centre d’activité. Il est bien certain, au surplus, que l’intérêt nous attirera plutôt vers les pays voisins, situés à l’Est, dans un triangle fictif dont Saint-Germain, Paris et Chartres seront les angles, que vers les villages de la contrée Ouest, de Poissy et de Meulan, par exemple.

(1) Le pagus ou comilatus est le nom civil de la division territoriale religieuse ayant remplacé l’ancienne division gallo-romaine appelée civitas. On sait que ces divisions religieuses se sont substituées, par la force des choses, à celles qui existaient territorialement sous la domination romaine de la Gaule. Le comilatus était administré civilement par un cornes bientôt assisté du chef religieux du diocèse nouveau, Vepiscopus.

Sur le Pincerais et les divisions ecclésiastiques qui l’ont déformé ou démembré, voir : Longnon, Pouillés de la province de Sens. Introduction, Paris 1904. — Géographie de la Gaule au VIe siècle, pp. 33 et 324. — Lépinois et Merlet, cartulaire N. D. de Chartres, Introduction XLVIII et suite, et T. III, Pouillé du XVI I Ie siècle. — Guérakd, cartulaire de Saint Père de Chartres, Pouillé de la fin du XIIIe siècle. — Douet d’Arcq, Pièces inédites du règne de Charles VI, T. I, pp. 24-25 : rôle de la taille en 1382 dans l’archidiaconé du Pincerais. — A. de Dion, le comté de Madrie, note lue en 1859 à la Société archéologique de Rambouillet. — Dütilleux, carte publiée à la suite de l’ouvrage de Cocheris : Dictionnaire des anciens noms des communes du département de Seine-el-Oise (très soigneusement faite, travail de premier ordre). — Pour mémoire : Desnoyers, Topographie ecclésiastique, T. I, p. 124. Extrait du Bulletin de la Société de l’Histoire de France.

LE PINCERAIS ET LE PARISIS

(Ouest)

(Est)

Mantes

Saint-Germain

Paris

Meulan, Poissy Zone d’intérêt secondaire

Région Pinceraise inamovible

Chartres

Le Pecq, Rougi val, Rueil

Zone intéressante

Région Pinceraise fluctuante

Nous ne nous occuperons donc que de la zone Est.

Fig. 10. — Limites diocésaines du Parisis et du Pincerais au XIIIe siècle.

Autant que l’on peut en juger par l’histoire générale, on doit rappeler que notre région chartraine, dont dépendait le Pincerais, faisait partie du royaume de Childebert vers 545. Elle passait aux mains de Clotaire Ier en 558, puis, à la mort de celui-ci (561), dans celles de Charibert, à qui échut le royaume de Paris jusqu’en 567.

LE PINCERAIS ET LE PARISIS

Charibert mort (567), ses trois frères partagent son royaume en mettant Paris hors des lots et indivis. Le pays chartrain donna matière à trois attributions, dont l’une seulement doit nous retenir : le Pincerais (avec le Dreugesin, cap. Dreux) va grossir le lot de Chilpéric, possesseur de Rouen, et roi nominal ou effectif de Paris même.

Est-ce a ce dernier que l’on doive faire remonter la donation de la future contrée de Lida à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés (1), comme on le dira ci-après? On lient le supposer, rien de plus. Vers 820, elle était exploitée par ladite abbaye (2); au X siècle> elle ^tait au r°L Par droit d’usurpation manifeste. Il est hors de doute que toute cette zone entre Paris et Saint-Germain a été l’objet de la convoitise de tous ceux qui jouissaient alors d’une parcelle d’autorité.

Les quelques actes de cette époque reculée (VP-XIP siècles) nous faisant connaître de rares noms de localités situées dans cette zone, sont insuffisants pour nous permettre de dresser une carte du Pincerais de ce côté (3). C’est aux Pouillés des

(1) Fondée en 558 par Childebert I-, v. acte de fondation dans : Tardif, cartons des /(ois, n° 2;

OM Bouillart, histoire de l’Abbaye de Saint-Germain-des-Prés, pièce 1; de Lasteyrie cariai de Pans, pièce 2.

^ Appelée alors de Sainte-Croix et Saint-Vincent : inventaire connu sous le titre de : Polupti/nue de t Abbaye de Saint-Germain-des-Prés, rédigé au temps de l’Abbé Irminon. '

Cet inventaire donne, par le menu, l’énoncé de chacun des revenus de l’Abbaye, classés par domaines. Mine inépuisable de renseignements, mise à contribution maintes fois, et à juste titre pu'sque, par elle, nous pénétrons dans l’intimité de la comptabilité des moines propriétaires!

I ublie par Longnon, Champion, Paris.)

(3) Nous avons relevé les suivants : de 680-684, par Landebert (Ann. Bened. I, 702), on y parle de Rocquancourt (Rocconis car lis)-, - de 690, Testament (Fél.bien, Hist. Abb. Saint-Denis, pièce XIV) c.te Binando (?) ; - 25 avril 69/, par Waldromar (Tardif, pièce 39) à Bougival (. Baudechisilovalle a propos de MamUico (Marly) (?) ; 5 juin 769, vente de terre à Pociollius ?... (Poney) (?) (Tardif piece 67) ; de7/o, Saint-Denis par Charlemagne, à propos de Placido (Plaisir) (IArdif dit 98 jmllet / /o, pièce 7o ; et Féubien, pièce LUI) ; - 30 août 816, Aix-la-Chapelle, par Louis le Débonnaire, pour Rioilus (Rueil) (Dom Bouillart, pièce XIII et Tardif, pièce 110) ; — vers 820 fisc de Mansioncs (Maisons-Laffitte) cité par le Polyptyque d’ Irminon ; — de 843, par Charles le Chauve en faveur d un prêtre, H.cmar (Tardif, 12 août 844, pièce 145), on y relève: Frotmiri Villa ou Toloniacus (cas .) et Fraximdo. Quels sont ces villages? Fraxinido est-il le Fraxineto (Fresnay) d’autres pièces . n connaît 3 Fresnay en Eure-et-Loir, lequel est-ce? — du 10 septembre 862, à Compièeme par Charles le Chauve (Tardif, pièce 186, villa dite Mansus Adalingi ?— du 27 mars 870, par Charles le Chauve (Iardif, pièce 205, et Gallia, T. VII, col. 14), don de Rueil (Biogilum) à l’Abh. de Saintenis ; le texte de la Gallia ajoute une limite de juridiction : du fleuve Sauræ à Cambeiras (s’agit-il e saræ (1 Oise) et Canabeiras , Chenevières-les-Louvres, canton de Luzarches ?) ; — du 20 avril 87° a Saint-Denis (Tardif, pièce 208), VU lads, La Celle-Saint-Cloud ; - de 918, par Charles III (Don Bouillart, pièce XXV), Boalfam (Bouafle), Mellent (Meulan) et Crisparias (Crespières). On y trouve c î te8 urisnas (S u r e s ne s ) en Par.sis, ceci est contre Lebeuf qui le place en Pincerais (voir üioc. de 1 ans, VII, -oO) ; — deux actes: de 980 (Lasteyrie, Cart. de Paris, n° 64), et 997 (d° n° 72) citant le

TÂT ? fnTS de Ja Seië'neUrie (P°teslas)> de Madrie (nom mal fixé : Madreia, Madriaca) ; - entre 03 et 1060 acte d Henri P- (Gallia VII, col. 31 et 32, et Tardif, pièce 279), à propos de l’abbatiole de Laye et de la terrain Filioli curtis (Feuillancourt). Il est inutile de prolonger cette enquête

/Tonoamrne.nt pr°bante par ehe-même pour mettre à néant certaine opinion formulée récemment f que le pagus pinciacensis n’existe pas!

LE PINCERAIS ET LE PARISIS

diocèses de Chartres et de Paris, à partir du XIIIe siècle, qu’il faut demander des certitudes, au moins relatives.

Le Pincerais apparaît comme limité au N.-N.-E. par le cours de la Seine depuis (environ) la rivière d’Epte jusqu’au village du Pecq; ceci est certain, mais ce qui 1 est moins, c’est la limite N., en allant vers Paris, où le cours du fleuve cesse de jouer ce

rôle.

Il semble que Le Pecq, Groissy, Cliatou, Rueil, Nanterre et Courbevoie soient les pays extrêmes du pagus. Ceux, au sud de la ligne idéale tirée de l’un à l’autre jusqu’à une autre ligne parallèle, ondulée, tracée depuis Sèvres jusqu a 1 Etang-la- Ville, sont spécifiés comme étant encore du même pagus. Ce sont, en traçant des parallèles libres s’étageant les unes au-dessous des autres : 1° Bougival, Gharlevanne, Rueil ; 2° Mareil-Marly, L’Étang, Marly-le-Roi, Louveciennes, Rocquencourt, La Celle-Saint-Cloud, Vaucresson, Marnes, Sèvres. Au-dessous de ces villages, on se trouve en plein doyenné de Cliâteaufort et trop éloigné de Saint-Germain pour qu’il y ait intérêt à s’y arrêter.

Des études minutieuses auxquelles nous nous sommes livré, nous avons été amené à conclure provisoirement, d’une part: le Pincerais, division teuitoiiale ancienne, plonge une enclave très importante dans le diocèse de Paris, et représentée par les pays qui viennent d’être cités, malgré leur origine pinceraise; d autre part: le diocèse de Paris, non content d’avoir envahi une partie du Pincerais limitrophe, s’est taillé une seconde enclave bizarre (1), plus lointaine, en plein Pinceiais, partant de Saint-Germain et se dirigeant au S. -O. en suivant la route meme qui va de notre ville à Bois-d’Arcy, en traversant Mareil, Saint-Nom et Villepreux :

Saint-Germain

Le Pecq

Mareil Marly-le-Roi

S ‘-Nom L’Etang-la-Ville Villepreux Rennemoulin Bois-d’Arcy

(En cl a ve diocésa ine)

Noisy

(Diocèse de Paris)

Cliatou

Croissy Bougival - Louveciennes

Rueil

La Celle-S‘-Cloud etc.

Baillv

Soisy-aux-Bœufs

S‘-Cyr

Doyenné de Château/ort

Diocèse de Chartres Doyenné du Pincerais

F ontenay-le-Fleury Trappes

Montigny-les-Bretonneux

Versailles

Bue

(1) M. de Dion, comté de Madrie, p. 5, dit que le diocèse de Paris avait acquis une petite partie du Pincerais autour de Marly. C’est une déduction, mais les pièces du litige manquent. \ . Longnon, Pouilles de la Province de Sens, Introduction, p. L1II.

LE PINCERAIS ET LE PARISIS

A t i li e de complément justificatif de ce qui a été proposé, nous ne saurions mieux faiie que de produire un état des deux diocèses, cliartrain et parisien, à la même époque (1351-1352) ; nous aurons sous les yeux un état vrai au même moment. Nous pouvons ajouter que cet état diocésain n’a pas varié du XIIe au XVIIIe siècle, saut pour le seul prieuré de Saint-Germain, dont on parlera longuement plus tard.

Villes du diocèse de Chartres en 1351 (1)

(Région voisine de Saint-Germain)

Saint-Léger-en-Laye.

Fourqueux.

Retz.

Joyenval.

Chambourcy.

Aigremont.

Betliemont.

Poissy.

Achères.

Garenne.

Maisons-sur-Seine.

Carrières-sous-Bois (3).

Villes du diocèse de Paris en 1352 (2)

(Région voisine de Saint-Germain)

Le Pecq.

Mareil-Marly.

L’Étang-la-Ville.

Louveciennes.

Rougi val.

Chatou.

Croissy.

Le Prieur de Saint-Germain (4).

Pour les villages circonvoisins, voir ce qui a été déjà énoncé.

Au surplus, quels qu aient été les déplacements de cette ligne de démarcation, il ii est lien venu a notre connaissance qui lût de nature à nous taire supposer que Saint-Germain, une lois fondé, ait appartenu tantôt à lune, tantôt à l’autre région. Et d ailleurs ces divisions administratives ne signifiaient plus rien lorsque le village prit figure d agglomération urbaine. Territorialement Saint-Germain fut toujours en 1 inceiais. Les actes jusqu en 1777 le spécifient formellement, mais, au point de vue ecclésiastique, et Ion sait que c’était plutôt sous ce rapport que les divisions anciennes du pays étaient réellement établies, — notre localité fut « tiraillée» san ; cesse entre les deux évêchés en perpétuelle compétition, Chartres et Paris. On exposera plus loin les causes et la solution du conflit.

Pour le moment, il ne peut être question que de la situation légale de la Forêt de Laye, bien foncier situé en Pincerais, et appartenant, de droit ou de fait, à quelqu un. A (pii ? D où lui vient ce droit de propriété? Comment en a-t-il usé dans la suite des temps? Le sujet vaut la peine d’être étudié.

(1) Longnon, Pouilles de Sens. pp. 150-17 1.

(2) Ibid, pp. 383-398.

(3) On voit que c’est toute la suite des villages entourant la Forêt de Laye, de Saint-Légeren-Laye a l'oissy, et, de là, en suivant la boucle de la Seine jusqu'à Carrières-sous-Bois.

(4) La région diocésaine parisienne vient en pointe mourir à Saint-Germain.

CIIATKAIX HOYAI'X. — IV

LA FORET DE LAYE

En remontant le cours des âges, et sans nous égarer dans des digressions de pure imagination sur les temps préhistoriques (druidiques ?) de la forêt, on sait aujourd’hui de science certaine qu’un vaste domaine boisé, d’un seul tenant «v î stait encore aux premiers siècles de notre ère, et connu sous les noms, très mal fixés

ifSpii

5y&‘. . .(.-rh

~PikTC dr Maisgtu

WÈÈMÊÈ:

‘ « flp

§Èfl . p \fTMM

Page 1