XXI II
LE CHATEAU DES CAPÉTIENS
Transportons donc une fois de plus ces « grands » dans notre vieux château féodal si sympathique, nous aurons la joie un peu cruelle de constater que si le peuple peinait au dehors, les grands faisaient souvent la dent longue au dedans.
Tout d’abord, Charles IV éloigne les parasites (1) :
« En l’hôtel du Roi n’auront de logement que les six fonctions suivantes : le « chancelier, le confesseur, l’aumônier, les chapelains, les maître de l’hôtel et le « maître de la chambre aux deniers (le trésorier général) ».
Et les fourriers du Roi auront seuls le privilège de la fourniture desdits fonctionnaires. Et voici leurs... rations :
1° Le chancelier aura cinq rations de pain, trois setiers de vin, quatre pièces de viande, quatre de volaille, et aux jours « de poisson (2) », il en aura à l’avenant. 11 prendra six provendes d’avoine pour ses chevaux, mais la ferrure est à sa charge. On ne lui comptera rien s’il fait faire quoi que ce soit à la cuisine. Il aura à prendre à la fourrière (au magasin) 8 couvertures et une charretée de fourrage sans plus ; deux mesures de bûches, et, quand les notaires seront chez lui, il en aura le double (4 mesures). Il doit héberger avec lui son chauffecire (3) et le facteur (?); il aura comme livraison de chandelles: un paquet des 7, un autre des 5, deux autres des 4 à la livre, plus une poignée de menues chandelles et torches, mais il devra rendre les bonis! C’est un vrai poème en prose.
Passons des détails d’un second ordre. Arrivons au confesseur: celui-là n’est pas très ménagé. Le Roi se venge peut-être sournoisement de certaines pénitences que l’histoire n’a pas connues :
Le « confesseur du Roi mangera en sa chambre ». De cette façon, le Roi aura un brin de liberté à sa table.
Le même dignitaire aura comme livraisons pour lui, son compagnon et sa suite:
« Potage et deux paires de mets, et au jour qu'il jeûnera, des harengs avec le <( potage et deux mesures de pain; et au jour qu’il ne jeûnera pas, trois mesures de « pain et toujours pour lui deux pains de bouche et sept quartes de vin le jour, « (dont) trois quartes de la bouche (c’est-à-dire du service du Roi) et un sextier de vin « commun ; et en la fourrière, trois coûtes et 5 boises (fagots, bottes) de fourrage, un « môle de bûches et livraisons de chandelles: trois quartères et une douzaine de coûtes et « torche (4) il en rendra le tronçon ». Cela devient un article sine qua non.
« Il aura 4 chevaux qui seront de l’escurie et mangeront toute sa gent par devers
li ».
Admirez la phrase: 4 chevaux qui mangeront tonte sa gent par devers li !
Le règlement continue, heureusement pour nous qui ignorons les beautés de l’aponctuation du moyen âge: et mangeront toute sa gent par devers li, et cest assavoir que
(1) Cf. Leber, XIX, pp. 70-72.
(2) Jours de « maigre ».
(3) Le Roi ne veut pas de parasites, mais il les tolère... au crochet de ses grands serviteurs.
(4) Cela signifie : 3 paquets des 4 et une douzaine de chandelles d’une coudée.
RÈGNE DE CHARLES IV LE BEL
quant aucuns frères de son ordre li surviendront, il aura pour chacun frère G denrées (deniers) de pain, et viande à l'avenant et ne les puet tenir que un disner ! On a bien lu : un dîner !
Toujours in cauda venenum, le Roi entendait ne pas être envahi.
Et le roi des Ribauds, ce gendarme rôdant au dehors et faisant les rondes pour empêcher les intrus de se faufiler dans la maison:
« Le roi des liibauds (1), qui estait au Mareschal, ne mangera pas à court (il mangera <( en dehors du château), mais il aura 6 denrées de pain, 2 quartes de vin, 1 pièce de chair, « / poule, 1 provende d’avoine et 13 sols de gages, et sera monté par Vescuyer et se doit tenir « toujours hors de la porte et garder illuec que il n’y entre que ceux qui y doivent entrer ».
Allez donc essayer de pénétrer jusqu a la cuisine, en passant sur le corps d’un gaillard armé jusqu’aux dents!
Il faudrait un Alexandre Dumas père pour évoquer ces mille et une scènes d’intérieur on d’extérieur de la vie au château. Après tout, que fallait-il au peuple? Voir un beau cortège, et se venger, en catimini, des gens du lise pour les labeurs que ce joli décor lui coûtait à l’occasion.
En résumé, règne nul pour notre historique. La tige capétienne s’éteint avec Charles IV mourant sans héritier, et le trône appartient à son cousin germain, Philippe VI de Valois, fils de Charles de Valois, frère de Philippe IV.
Philippe 1 V 1285 | 1314
Charles de Valois Louis, cle d'Evreux (Tige des Valois)
Louis X Philippe V CHARLES IV 1314— 1316 1316 — 1322 1322—1328
(sans héritier) (4 filles) (1 fille)