Acte d’Imbert de Vergy, évêque de Paris, vers
Diplôme de Philippe Ier, roi, daté 1073.
Diplôme de Louis VI, roi, daté 1124-1125.
Leia : Diplômes de Louis VII, roi, datés 1143-44 et 1161.
Lova < Actes de Philippe II Auguste, roi, datés 1182(3), 1185, 1195-96.
Laie : Traduction française du XIVe siècle, du IIe testament de Philippe Auguste, en 1222.
Leïa : X I Ie/X 1 1 Ie siècles, Actes du Cartulaire de Saint-Germain (copie XIVe/XVe siècles).
Lava : Acte de 1229, fondation par Regnauld l’Archer à Saint-Germain.
Leva : Acte de 1261, par saint Louis.
Lava : Actes de 1300 et 1314, par Philippe le Bel.
Laye : Acte d’octobre 1328, inventaire des biens de Clémence de Hongrie, veuve du roi Louis X le Hutin.
Leva : XIVe siècle, Actes du Cartulaire de Saint-Germain (copie XI Ve/XVe siècles).
Laye : Acte de 1428 par Henri VI, roi d’Angleterre et de France, régence du duc de Bedford, son oncle.
(1) Cette suite de déformations prouve par elle-même que nul de ces mots n’a conservé une signification précise ; ce n’est plus qu’un mot. Lida, au contraire, doit avoir un sens. Lebeuf (Vil, 210), dit que « ce serait perdre son temps que chercher à trouver l’étymologie de ce nom-là. » (!)
(2) Polyptyque d’/rminon entre 810-820.
(3) Cf. L. Deetsle, Cal. des Actes de Plril. Aug., n° 54, p. 14, et tous autres non cités ici même.
Ledia :
Lea :
Lira :
Leva ( Laya j Leva ) Leïa !
Notes t
NOTES
Il est inutile d’allonger cette liste ; elle nous suffît pour établir la filiation de la déformation du mot primitif Lida en Laya et la traduction française « Lave » qui s’ensuit obligatoirement.
Nos devanciers ont cherché le sens du mot « Laye » dans une analogie avec ,le mot laie ou layon — sentier tracé à travers un bois. C’est une explication toute moderne d’un mot moderne.
La question n’est pas d’élucider le mot Laye français, mais le mot Laya infixé dans Laïa, Leïa, Leya , Loya, Lca, Lira et primitivement proposé dans Lida. A-t-on jamais rencontré le mot latin Lida employé pour désigner ce que nous appelons en français une laie, un layon? Tout est là. Si jamais ce sens ne s’est rencontré, c’est que Lida signifie autre chose; quelle est cette autre signification ?
A notre avis, et jusqu’à preuve du contraire, la voici :
Le dénominatif Lida est un mot féminin dont la forme masculine Lidus, en français « Lide », est le terme caractéristique de l’un des trois états (colon, lide ou serf) des hommes attachés à la glèbe, comme esclaves, à des degrés différents, des manses du haut moyen-âge : manses ingenuiles, lidiles ou serviles.
Le mot Lida, féminin de Lidus, n’est pas plus un adjectif que Lidus; c est un substantif ayant même valeur grammaticale et objective que lidus : un lide; lida : une lide, synonyme de ancilla, serra : une domestique, une esclave. Lorsque nous lisons dans le Cartulaire de l’abbaye de Saint-Germain -des-Prés à l’année 1222 (1) ces mots : Radoardus Lidus et uxor ejus Lida nomine solvant denarios XIII, etc... « Radoard, lide, et sa femme, nommée Lida, acquittent XIII deniers... » Nous avons la preuve que ce mot « Lida » est un substantif employé à titre de nom propre, comme de nos jours nous donnons à nos filles les noms de Rose, Blanche, etc. Ces prénoms, substantifs ou adjectifs, sont devenus des noms propres par destination. Si nous prenons les noms de lieux, l’application de mots étrangers se fait souvent avec plus de liberté.
En ce qui concerne notre forêt, l’application du mot « Lida », substantivé en un nom de localité, est plus admissible encore, puisqu’il désignait sans aucun doute l’état administratif de la forêt (régime lidile), comme nous voyons le même mot » Lida », état de servage de l’épouse de Radoard, devenir son prénom, son nom propre même.
Si nous faisons intervenir le texte du polyptyque auquel nous nous référons, nous verrons que notre thèse se justifie mieux encore : In Lida de Silva juxta æstimalionem, etc... rapproché de l’alinéa suivant : In Creua de Silva...
Ecartons Lida, et parlons de Creua.
Que signifie « Creua? » On traduit par « Cruye, forêt de Cruye »; ce n’est pas une traduction savante : ce n’est que la francisation populaire dérivée de « Creua » en Cruye, comme « Lava » a tourné en « Laye » par la force de la prononciation courante.
Mais Creua n’a-t-il aucun sens? Il en a un : pro greva », dit Du Cange.
celui de grève, rivage, sable,
Creua
1 V. Du Cange, gloss, mcd. et inf. lutin au mot Lilas, /.