‹ Les Châteaux Royaux de Saint-Germain-en-Laye 1124-1789Chapitre 63 sur 69 · LIDA · texte numérisé non relu

LIDA

Il nous paraît évident que le sens du texte d’Irminon est alors celui-ci :

En Lida, en tant ([ue forêt, il y a, etc...

En Creua , en tant que forêt, il y a, etc...

Lida et Creua sont devenus les noms des terroirs fonciers; comme l’on dirait : en Laÿe, en Cruye, en Yveline, en Rouvray, etc...

Pour l’un, Lida, c’est l’état foncier qui a donné le nom patronymique, pour l’autre, Creua (la grève, le rivage, le port), c’est la nature du lieu, que l’on retrouve encore de nos jours dans la désignation le Port-Marty , comme sous Louis XIV, — avant comme après son règne, d’ailleurs, — l’on disait le Port-Aupec en parlant du village du Pecq; de même, à l’origine, la plupart des dénominations locales transformées en un nom fixe, Carolivana : vanne de Charles, devenue Charlevanne (1).

On a proposé une autre étymologie prise dans le mot litus, rivage.

Elle nous semble déplacée, parce que : 1° la forêt de Lave ne descendait plus jusqu’aux rives de la Seine à l’époque où le nom de Lida fait son apparition; 2° parce que ce terme litus, rivage, eut fait double emploi avec celui de creua , grève, appliqué à l’autre forêt voisine. Nous nous en tenons à notre première explication.

Nous ne saurions quitter la forêt de Laye sans relever quelques erreurs graves, génératrices éventuelles d’autres interprétations fautives.

C’est, en premier lien, un acte de 1111, par lequel Louis VI accorde à l’abbaye de Saint-Martin-des-Champs la dîme de la pâture dans les bois de Laye (2). A première vue, nous ne pouvions admettre qu’après avoir repris la forêt de Laye sur Saint-Germain-des-Prés, un roi en vint à réintroduire une autre abbaye dans la place. Notre doute était de bon aloi, puisque nous reportant au texte de l’acte en question, nous lûmes ces mots : Omnem decimam pastionis Leigii et Bierie (3). Ce Leigii accolé à Bierie nous transporte au Sud de Paris dans la forêt du Loge, portion de la forêt d’Orléans et dans celle de Fontainebleau, dont un canton a conservé le vocable « Bière », accolé au nom d’un pays en bordure : Ghailly-en-Bière. La forêt ellemême est constamment appelée forêt de Bière jusqu’après François Ier pour le moins. Seconde erreur de même ordre : il s’agit cette fois, en 1224-2Ô, d’un aveu de l’abbé de Saint-Victor, de Paris, reconnaissant qu’il ne jouit d’aucun droit dans la forêt de Lagii. L’éditeur a traduit par « forêt de Laye » (4).

Lagii est une autre forme orthographique d’un mot latin mal lixé une première fois dans Leigii et désignant encore la forêt du Loge (ou d’Orléans). La suite du texte de l’acte le laisse prévoir d’ailleurs (5) :

« Jean, abbé de Saint-Victor, de Paris et tout son couvent, reconnaissent n’avoir en forêt de « Lagii » aucun droit d’usage à cause de leur maison de Gantoilo, si ce n’est, etc... »

(1) Près Bougival, aujourd’hui la Chaussée des pécheurs, ou simplement La Chaussée.

(2) Luchaire, Louis VI, p. 62, n° 115, mention et analyse, et Tahdif, Cartons des rois, n° 348, p. 201, simple mention de l’acte.

(3) De Lasteyrie, cari. gén. de Paris, n° 158, p. 182-83 et table, col. 2, p. 508. De Lasteyrie ne se trompe pas sur le sens vrai de Leigii.

(4) Cf. Teueet, Layettes du trésor des Chartes, t. 11, p. 49, pièce 1699. — Voir à la table au mot Lagii.

(5) « Bccognoscunl se nutlum pro domo sua de Canloilo usuarium habcre nec clamarc in foresta Lagii, etc... »

NOTES

Cette maison de Cantoilo est de l’aveu même de lediteur (1) : Notre-Dame de Chanteau, Loiret. C’est clairement parler de la forêt du Loge.

Le même vocable « Lagium, Lagii », reparaît dans trois autres actes, bien à point pour certifier le vrai sens du mot:

1° Acte de 1256, octobre, Maubuisson (2). On y lit : Nemora quæ dicuntur Chaumontes vel Lagium. Ghaumontès était la désignation d’une partie de la forêt d’Orléans : Lagium vel Chaumontes, sont donc bien du Loiret.

2° Acte de 1267, Paris, 12 juin (3), on y lit : Burgum novum cum Iota f'oresta Lagii ; déclaration de Philippe 111, fils premier né de saint Louis, faisant savoir à tous, etc... qu’il possède, par concession paternelle, la ville d’Orléans, plus divers biens aux alentours, dont la forêt du Loge... » C’est enfin :

3° La Charte même de saint Louis, 1268-69 (4), confirmant la concession annoncée par sonlils Philippe en 1267, et mettant les points sur les i géographiques : Vitriacum in Lagio (Vitry aux Loges) in f'oresta Lagii aurelianensis (dans la forêt du Loge, d’Orléans).

Nous n’insisterons pas davantage sur ces petites taches, grosses de conséquences quelquefois, il faut le reconnaître.

Le lieu dit JYîansiones

La question d’identification du Mansiones — dont l’inventaire foncier, incomplet, figure sous le § XVI du polyptyque d’Irminon — paraissait définitivement tranchée en faveur de factuel Maisons-Laffitte, contre la thèse extravagante du célèbre Abbé Lebeuf (5) le transportant à un lieu, dit « la Maison Rouge», situé près d’une antique chapelle de Saint-Michel de Chevaudos, au fond de la vallée de l’Etang-la- Ville.

Il paraîtrait, au contraire, qu’aux yeux de certains érudits la thèse de Lebeuf aurait une base plus solide qu’on ne l’avait voulu admettre, puisqu’un bénédictin, Doni Anger(6), vient de faire sienne, et sans l’étayer davantage, la dissertation du fameux abbé du XVIIIe siècle (7).

Le litige se réduit à l’éclaircissement d’un point précis : Mansiones désigne-t-il Maisons (-Laffitte) ou la Maison Rouge (de l’Etang-la- Ville) ?

(1) Tkim.iît, t. Il, p. 677. CI. Egalement Teulet, t. IV, préface LXV, 9e ligne, au sujet de l’apanage de Philippe, le 12 juin 1267 et pièce 5289.

(2) Layettes , 1. 111, p. 329 B, acte n° 4399.

(3) Layettes , t. IV, p. 227a, acte 5289.

(4: Layettes, t. IV, p. 361, charte 5497.

(5) llisl. du dioc. de Paris, Vit, 246.

(6) Dom Angeiî, les Dépendances de ï Abbaye de Saint- Germain-dcs- Prés (1907, Poussielgue, Paris).

(7) M. de Pellerin de Latouche, dans une étude très captivante à lire : Un coin de la forêt de Mark), s’est rallié sans hésiter aux conclusions de Guérard et de M. Longnon. Nous n avons connu ce travail à présent que tout récemment alors que notre étude était écrite depuis plus d un an. Nous sommes heureux de nous rencontrer avec des opinions aussi autorisées. M. de Pellerin de Latouche démontre d’ailleurs, pièces en mains, que ce nom «la Maison Rouge » remonte simplement au début du XVIIIe siècle.

MANSIONES

Sur quoi Lebeuf basait-il son argumentation en faveur de la Maison Rouge, que Dom Anger admet sans discussion ?

Sur quoi peut-on baser la déduction contraire en faveur de Maisons-Laffitte?

Traduction du texte litigieux invoqué par les deux thèses opposées

Relevé de la Villa de Mansiones

Il y a, à Mansiones, un manse seigneurial avec demeure et autres édifices en nombre suffisant. En vignes anciennes. 46 arpents; en nouveau plant, 4 arpents, que maître Irminon planta lui-même.

En terre seigneuriale, entre Mansiones et Chambourcy, on compte sept [centres de] culture et un campellum (?) faisant en tout 220 bonniers (1) (de superficie); une île (2) (pie maître Irminon défricha, contenant 6 bonniers : [le tout] peut [absorber] en semences, 650 munis de froment et de seigle. En prés, [on compte] 110 arpents sur lesquels on peut récolter 100 charretées de foin.

Il y a en Lida, dans la forêt (3), d’après l’estimation, en tout dans son étendue trois lieues (carrées?) suffisantes pour l’engraissement de 200 porcs; en Creua, dans la forêt, en tout, d’après l’estimation, deux lieues (carrées?) suffisantes pour l’engraissement de 150 porcs; plus deux petits bois convenant pour la nourriture des jeunes pourceaux (4).

Il y a là [dans le domaine] deux églises : une à Mansiones, l’autre à Chambourcy, avec demeures et autres dépendances. On y compte trois hôtes (5); I un d’eux acquitte 16 deniers, 3 poulets, 15 œufs; les deux autres I sou argent, 3 poulets, 15 œufs, 2 charretées de bois; ils labourent, en hiver, quatre perches, au printemps, deux (6).

Entre le presbyterum (?) et eux (7), il. y a 4 arpents de vigne, 35 bonniers de terre arable, 8 arpents de prés. Enfin, trois manses et demi.

Nous avons donné dans le corps du volume (8) le complément superficiel de l’énoncé, touchant les lieux exploités et le nombre des exploitants fixés sur leur sol.

Passons aux élucubrations incriminées de Lebeuf, rééditées par Dom Anger.

Thèse de Lebeuf. — Dès les premiers mots, il est clair que l’Abbé pose des conclusions auxquelles il faudra donner une apparence de solidité : « C’est dans « cette partie de la forêt de Cruye (auj. de Marly), située sur la paroisse de l’Etang « (la-Ville), que se voient les restes d’un petit monastère, appelé communément de « Cbevaudeau, ou Chevaudos, et une maison qui en est voisine, appelée aujour- « d’hui (9) la Maison Rouge.

(1) Environ.

(2) Est-ce Vinsula Spinosa bien connu des érudits et non identifiée avec certitude ?

(3) Nous commentons plus loin cette traduction personnelle.

(4) On sait que l'un des gros revenus et l'un des aliments les plus répandus à celle époque de semi-barbarie étaient fournis par ces intéressants animaux.

(5) V. Loncnon, Polyplique, 1, 52, sur la condition des hôtes.

(6) V. Idem, la question des labours, I, 1 16-1 17.

(7) Nous avouons ne pas comprendre le sens de cette incise.

(8) V. pages 13 à 16.

(9) Aujourd’hui, c'est-à-dire en 1757.

NOTES

« Ces deux lieux ont quelque rapport ensemble, et c’est ce qu’il faut développer. « Irminon, abbé de Saint-Germain-des-Prés, vers la fin du règne de Charlemagne, « faisant un état des biens de son monastère, met cet article :

« Habet in Creva de Silva , Leuvas ij. Habet ibi lucos ij parvulos ad nutriendum purcellos : « Habet ibi ecclesias ij , a nam in Mansiones, alleram in Camborciaco. »

« L’abbaye de Saint-Germain avait donc alors deux lieues de bois dans la forêt « de Gruye et, outre cela, deux bosquets. »

« Des deux églises, qu’elle avait en même temps dans cette forêt, l’une était « située à Chambourcy et l’autre au lieu dit Maisons. On ne peut entendre, par ce « dernier lieu, Maisons, au-dessus de Saint-Germain, sur le bord de la Seine, parce « qu’il était de la Forêt de Lida qu’Irminon distingue de la Forêt de Creva. »

« Ainsi il s’agissait d’un autre lieu dit Maison ou Maisons. Chambourcy est un « village encore existant avec son église de Saint-Saturnin, sur les bords du diocèse « de Chartres. A trois quarts de lieue vers le Midi, à l’extrémité du diocèse de Paris « et de la paroisse de l’Etang, est un lieu, dit la Maison Rouge, auquel touche la « chapelle de Saint-Michel de Ghevaudeau, appartenante de temps immémorial au « monastère de Saint-Germain-des-Prés (1). C’est sans doute la qu’était la première « église dont parle l’Abbé Irminon, mais on ne trouve pas qu’elle ait jamais été « paroisse. »

Par quels côtés pêche cette suite de déductions à l’apparence débonnaire? Par tous à la fois, et gravement, qui plus est :

1° Lebeuf s’appuie sur une citation tronquée, en supprimant l’alinéa : habet in Lida de Silva... pour ne plus considérer que le suivant : habet in Creua... Et cela lui permet de dire avec assurance : « Des deux églises que l’abbaye avait en même temps dans cette forêt, etc... », procédé historique indigne d’un érudit de son renom. Lorsque le même historiographe ajoute : « On ne peut entendre par ce dernier lieu (2) Mansiones au-dessus de Saint-Germain..., parce qu’il était de la forêt de Lida qu’Irminon distingue de la forêt de Creua... », il nous donne lui-même la plus complète infirmation de son raisonnement, puisqu’à son tour il supprime la mention de la forêt de Lida et tout ce qui est énoncé du inanse seigneurial de Mansiones, pour reporter uniquement sur la misérable Maison Rouge de Cbevaudos ce qu’il vient de reconnaître comme s’appliquant à la première forêt, il l’avoue ingénuement. On peut se demander pourquoi Dom Anger O. S. R. adopte cette étonnante conclusion de son illustre guide : on ne trouve pas la réponse.

2° Lebeuf parle de la chapelle de Saint-Michel de Ghevaudos comme d’une dépendance de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, de temps immémorial! On sait ce que vaut, en général, ce cliché littéraire dispensant de citer une date, de la rechercher même.

Dans quel lointain nébuleux se dissimule ce temps immémorial? Rien dans le polyptyque n’a trait à une chapelle de Chevaudos.

Dom Anger, par contre, cite l’année 1218, comme la plus ancienne date connue. La chapelle est alors desservie par un seul prêtre (8), et jamais elle n’a été élevée au

(1) Ce nom du prieuré n’apparaît qu’une fois dans le Pouillé de 1260 comme étant du diocèse de Paris.

(2) La Maison Rouge du XVIIIe siècle.

(3) Dom Anger, page 211.

MANSIONES

rang de paroisse. C’est cette misérable masure perdue au fin fond de la vallée de l’Etang-la-Ville (pie Lebeuf-Anger veulent nous faire admettre comme chef du manse seigneurial de Mansiones en 810-820.

La prétention est assez hardie : Dom Anger parlant des biens très importants du manse seigneurial de la Celle-Saint-Cloud, voisin de Chevaudos, aurait dû énoncer de même les biens aussi importants du manse de Maisons-sur-Seine (1) appliqués à Chevaudos. Mais ni Anger ni Lebeuf ne paraissent se soucier de cette objection de fond. Elle est d’un certain poids, convenons-en.

Notre réfutation de la thèse de Lebeuf est presque complète déjà; nous l’achèverons par les considérations suivantes :

Saint-Michel de Chevaudos remonte à l’an 1218 au moins, mais il est inexistant en 810. Or, nous avons dit (2) qu’entre 810 et 1015 la forêt de Lida avait changé de maître, et que ce maître nouveau était, en 1015, Robert le Pieux. Il nous semble logique d’admettre alors que l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, ayant été dépossédée de la portion « Lida » de son fisc de Mansiones, eut la pensée de fonder, pour mieux marquer sa possession dans la forêt de Creua, qui lui restait sans contestation, une chapelle que l’on baptisa « Saint-Michel de Chevaudos ».

Cette chapelle ne fut même pas une remplaçante d’une plus ancienne fondation en ce lieu, mais une création utile faite après coup. Le polyptyque d’Irminon ne pouvait donc pas en parler. Cette Maison Rouge de Chevaudos n’a rien de commun avec Mansiones, et Maisons-Laffitte peut revendiquer l’antiquité de 810-820 comme date d’une situation prospère, certaine.

A titre de curiosité, rappelons les charges imposées aux hommes d’une villa agricole, vers l’an 800.

Nous prendrons Ghambourcy et traduirons, en l’abrégeant, le texte du polyptyque concernant cette agglomération. Donnons d’abord les noms :

Ghambourcy : 0 hommes, 8 femmes, 10 enfants. Leurs noms : Cristingaudus, colon, sa femme Amaltrudis, et leurs quatre enfants. — Airoard, colon, célibataire. — Gautsarius, colon, sa femme Godaltrudis, et leurs deux enfants. — Sichelmus, colon, sa femme esclave, Lauda, et leurs deux enfants. — Amalgisus, colon, son fils lide et deux enfants d’une autre femme, plus son épouse, colonne, sans enfants. — Er lent eus, colon, sa femme, colonne de Sainte-Marie, nommée Hildegarde, et leurs deux enfants. — Aldegarius, colon, sa femme Adalhidis, et leurs deux enfants. — Teulboldus, colon, sa femme Framneildis, et leurs deux enfants. — Landolinus, colon, sa femme Iltrudis, et leur fille.

Que doivent-ils produire? Prenons le premier ménage, celui de Cristingaudus- Amaltrudis : on jugera par celui-ci de la condition de certains tenanciers :

« Cristingaudus, colon, sa femme nommée Amaltrudis, gens de Saint-Germain [-des-Prés], et leurs [quatre] enfants (non dénommés), demeurent à Ghambourcy. Ils tiennent un manse ingénuile constitué par : onze bonniers de terre arable, 2 arpents de vigne, 2 arpents de prés. Ledit colon paie à l’hôte : soit 4 sous, soit un demibœuf; un muid de vin comme redevance particulière (canonica); 4 deniers [à titre de remplacement | de droits de bois, et 4 deniers de capitation personnelle [Pro hoc

(1) Ouv. cité, p. 223.

(2) Préliminaires, p. 16.

Notes 2

NOTES

accipiunt passionem?}. Ils doivent : tous les trois ans une gerbe; tous les ans le transport, sur les cultures seigneuriales, de cinq voitures de fumier tiré de la cour seigneuriale; tous les ans une mesure (appelée pedalis?) de bois d’échalas et cent lattes de toiture ( scindulas , esseaux). En labours : 4 perches en hiver, 2 au printemps, et le fauchage de 4 perches de prés. Ils s’acquittent de 3 poulets, 15 œufs. En toute saison, chaque semaine, ils doivent deux corvées et un jour de main-d’œuvre, font les charrois et fournissent au grenier seigneurial 12 muids de blé qu’ils transportent au monastère. »

Les autres tenanciers sont loin d’être aussi chargés que Cristingaudus, nommé en tête du dossier de Chambourcy. Tous les services dûs se ressemblent et l’énoncé nominatif serait fastidieux.

Saint-Wandrille (du Pecq)

Saint-Wandrille ou Fontenelle, abbaye bénédictine fondée au diocèse de Rouen en 648. La terre royale du Pecq lui fut donnée par Cbildebert en 704. Cette donation était approuvée en 845 par Charles le Chauve et par Louis VII en 1177, acte signé à Pontoise (v. Luchaire, Actes de Louis VII, pièce 729, analyse d’après Bibl. Nul., latin 5425, f° 62-63, et Martène, Ampl. coll., I, 987, et Rev, des Documents historiques, par Et. Charavay, 6e année, 1879, pp. 106-108, avec reproduction de la charte). Les pays cités sont Le Pecq, Demonval, Feuillancourt, Mareil, Le Vésinet, différents de ceux énoncés à la charte de 704 : Novitianus, Gurbavia (Courbevoie), Albacha (Abbécourt?), Hannido(Hennemont?), Tremlido (Le Tremblay?); celle de 845 cite Visiniolo (Le Vésinet), Vilcedono (?), Curva via (Courbevoie) et Area (?). Pour quelques-uns de ces pays, l’identification restera un mythe.

Avant cette date de 1177, on connaît plusieurs autres documents intéressant Le Pecq, appelé alors Alpicum ou Alpecum, d’où Aupecou le port Aupec, des anciennes chartes ou pièces administratives.

En 1169-70, jugement de Louis VII contre Thibaud de Marly qui s’était emparé du manoir de Saint-Wandrille (Luchaire, pièce 572).

En 1170-71, Louis VII confirmait une charte de Louis le Gros (de 1121) sur les droits réciproques des marchands bateliers de la Seine entre Rouen et Paris. La limite de leurs cantons respectifs d’exportation était le rivulus Alpeci (ruisseau de Aupec, rû de Buzot). Entre autres clauses, on remarquait celles-ci : défense de transporter des marchandises depuis le pont de Mantes jusqu’à Paris, si l’on n’est pas marchand de Paris, ou l’associé de l’un d’eux ; d’autre part, permission aux marchands de Rouen de remonter la Seine en bateaux vides jusqu’au ruisseau d’Aupec pour y prendre des marchandises.

Les pièces d’archives concernant l’histoire du village du Pecq (1), pendant les

(1 ) En 1399, il y avait un bac au Pecq, mais pas encore de pont. (Sauvai, 111, p. 258). Le premier pont de bois paraît remonter à l'année 1625. (Coiiard, 21e rapport au Conseil général, p. 17, 30 Juin 1908). La carte de Jansson, vers 1630, (au dépôt des cartes, n° 1446, Bibl. Nat.), rie le marque pas. Mais cette carte reproduit toute une série antérieure de Uuilloterius depuis 1598. Les estampes elles-mêmes ne peuvent faire foi. V. la carte de Guilloterius, flg. 29, p. 46.

Page 1