SACHEZ-VOUS RESPECTER VOUS-MÊME, ET L ON VOUS RESPECTERA
Examinons si le respect est dû à l'homme qui gouverne, à cette heure, une grande nation dont il médite la déchéance, après l'avoir brutalement asservie par un guet-apens infâme.
On assure qu'il porte en lui un impur foyer de destruction, et qu'à l'exemple de Mazarin, montrant à ses docteurs certaines parties de son corps maculées de taches violettes, et une de ses jambes où bave une plaie livide, il osa s'écrier un jour : « Voyez, messieurs, dans quelle déplorable situation je me suis mis en travaillant au repos de la France. »
La débauche n'est-elle pas la vraie coupable, et la seule cause du mal qui dévore une vie qu'elle a usée? Et ne doit-on pas infliger à cet empereur décrépit le jugement qu'on portait sur le subtil cardinal dont il s'est appliqué le grotesque mensonge : « Fourbe il a vécu, fourbe il veut mourir ! »
Quelques traits de sa laborieuse vie répondront bientôt à ces deux questions.
Il me semble utile d'initier d'abord nos lecteurs à la source de ces anecdotes biographiques ; la physiogno-
monie et la phrénologie vont s'emparer de notre héros, qui apporte à ces deux sciences un des témoignages les plus éclatants qu'elles aient jamais reçus.
« L'homme physique étant la souche d'où résulte l'homme intellectuel et moral, » analysons et raisonnons la tête et les traits de Louis Bonaparie. J'ai tenu plusieurs fois cet homme sous mon regard, qui l'étudiait; — j'écrivais prudemment les réflexions de mon examen ; je ne me serais point décidé, — tant une pareille ertude me semble délicate et difficile, — à publier le résultat de mes observations, si un phrénologue, dont la main savante a palpé le crâne impérial, n'eût apaisé mes scrupules en confirmant et en complétant la justesse de mes notes psychologiques.
Au premier aspect de cette face impériale, l'œil se détourne : un teint bilieux et jaunâtre indique une sensibilité intérieure, une force morale, propres, ordinairement, aux plus grands crimes. »
Regardez ce menton plat et qui s'amenuise, — signes de la sécheresse et de la ruse ; — cette bouche, dont la fente décolorée court et se cache disgracieusement sous l'épaisse moustache où vont se perdre, sans ondulation, deux lèvres aux bords rognés, — signes de fausseté basse et méchante.
Au milieu de joues rétrécies par les jouissances, et où se creusent des sillons triangulaires, — signe infaillible de l'envie, — un nez, au large profil, n'atteint pas une longueur proportionnée à la largeur de son dos; l'intervalle bucco-nasal se développe trop aux dépens de cet organe mal dessiné; ce qui donne au bas du visage « un caractère d'âpreté animale. »
« Parmi les traits du visage, dit le docteur Adelon, on doit placer au premier rang les yeux, comme siège du regard ; le regard, en effet, peint à la fois tous les mouvements de l'esprit et du cœur. » — L'œil, ajoute Buffon, appartient à l'âme plus qu'aucun autre organe : « il
semble y toucher et partager tous ses mouvements. » Si Buffon et Adelon avaient eu à juger M. Louis Bonaparte sur ses yeux petits, demi-ouverts, ternes, d'où s'échappe un 'regard éteint, vitreux, inquiet, et qu'une paupière horizontale coupe diamétralement, ils eussent deviné la ruse flegmatique, les dissimulations profondes, les sinistres agitations d'une âme criminelle, et tourmentée par le remords « qui attache un ennemi à chaque artère, arrête le sang qui circule, et prend la meilleure place dans le cœur, dont il précipite les battements. »
L'observateur qui fixe les sourcils mal arqués de cet œil étrange, ne leur trouve que deux mouvements : l'un très-fréquent, par lequel ils s'élèvent, — ce qui, d'après Buffon, « exprime surtout les passions les plus farouches et les plus cruelles ; » l'autre, plus rare, par lequel ils s'abaissent au milieu , tandis que les extrémités de la bouche opèrent le même mouvement : « c'est le signe d'une douleur corporelle; » on suppose que le satyriasme, dans ces moments-là, donne signe de vie.
ÏII
La théorie du front nous fournira peu d'observations.
La région frontale est le siège des facultés perceptives ; elle est peu habitée chez notre sujet.
Sur ce front perpendiculaire, on voit d'abord le fanatisme et l'opiniâtreté; ses rides irrégulières « éloignent l'estime et l'amitié; » quelques lignes droites, sur sa rondeur saillante par le haut, annoncent une irritabilité sourde, un cœur de gîaee.
L'ensemble de cette physionomie rappelle fortement la figure hypocrite et atroce de Benoît, « l'assassin de sa mère et le meurtrier de son ami, afin de les voler et de se procurer de l'argent pour satisfaire la passion des femmes, dont Vorgane était très-actif chez lui-; » le tempe-
rament de Benoît était, comme celui de l'empereur des Français, névroso-lymphatique.
Un seul organe bien distinct se dessine sous l'arc sourcillier de M. Louis Bonaparte : l'organe de la pesanteur et de la résistance; cette faculté est nécessaire aux écuyers, aux équilibristes et aux jongleurs; Franconi et surtout, madame Saqui en étaient fortement doués. On sait que M. Louis Bonaparte excelle dans l'art de l'équitation.
A la partie antérieure de la tête, on remarque l'absence de la causalité, « qui donne la perception des conséquences logiques. » L'individu à qui cette faculté manque « est aveugle sur les conséquences éloignées, rejette les principes comme de vaines théories, préfère les expédients, et les représente comme le beau idéal de la sagesse pratique. »