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LE MASSACRE

Ils ont jeté la Paix sous un sanglant suaire, Ils ont frappé la Loi jusqu'en son sanctuaire Et la Justice, enfin, sur son plus noble autel, A de leurs mains aussi reçu le coup mortel. Oui, de la Haute Cour les magistrats suprêmes, Voyant le pacte saint qu'ils jurèrent eux-mêmes, Violé par la force, ont, au premier moment, Ordonné d'arrêter, de mettre en jugement, Le bandit qui s'insurge appuyé d'une armée; La haute trahison est par eux proclamée, Le crime palpitant surgit de leur arrêt. Mais ne nous hâtons pas de signaler ce trait A l'admiration de la race future :

C'est assez du conseil pour la magistrature. Imprudente, elle a dit... et n'ira pas plus loin. Pour agir maintenant, le Président Hardouin,

Moreau, Cauchy, Renouard, Delapalme, Pataille, Juges et Rapporteur, n'ont le cœur ni la taille. À l'aspect des soldats qui leur sont envoyés, Ainsi qu'un vil troupeau de dindons effrayés, De leurs robes battant sous leurs larges aisselles Us agitent les plis, comme de lourdes ailes Et s'échappent d'un pas tremblant et l'œil hagard. Hélas ! ce n'est pas tout : on les verra plus tard, Eux qui, de Bonaparte ont fait un grand coupable, Eux qui, de l'échafaud le déclarent comptable, Sous leur toge qu'aucun ne craindra de souiller, Devant le crime heureux aller s'agenouiller.

Des Grands Juges, pourtant, l'acte de résistance, En frappant le bandit ainsi qu'une sentence, Pousse la Bourgeoisie à remplir son devoir. Dès le matin elle est à son poste et peut voir De nombreux infirmiers, oiseaux de noir présage, Lugubres précurseurs des scènes de carnage, Faire sur plusieurs points leurs sinistres apprêts... L'ambulance d'abord et la bataille après !

La Bourgeoisie est là, regardant, fière et calme, À la Patrie en deuil demandant une palme... Que sonne le clairon, que batte le tambour, Elle est prête à la lutte et veut avoir son jour !

C'est elle qui paraît, qui parle, qui proteste ; Habits et paletots sont là... Pas une veste... Qu'attends-tu, Peuple, avec tes vœux irrésolus? Qu'on ajoute à tes fers quelques chaînons de plus?... Tu les auras... Mais non, Bourgeois, qu'on le conseille ! Aux braves ouvriers dont la valeur sommeille, Allez... et rappelant leur courage indompté, Montrez-leur ce qu'ils sont et ce qu'ils ont été.

L'avis est entendu... car déjà les plus braves, Pas plus que les bourgeois ne veulent être esclaves.

Des révolutions éternel arsenal, Le quartier Transnonnain a donné le signal. Par nos forces bientôt la mairie est conquise...* « Mort aux voleurs. » Voyez cette noble devise Qui répond pour le peuple aux soupçons outrageants, Couronner tout à coup le tronc des indigents Dont l'honnête gardien sans crainte se retire. Vils calomniateurs, rimailleurs de satire, Voyez, voyez encor au trait de probité Se joindre au même instant l'acte d'humanité : Aux soldats du tyran on a dit : « Plus d'alarmes. Nous ne voulons de vous que vos coupables armes. » En face d'assassins et de voleurs de nuit, C'est ainsi que toujours le peuple se conduit !

Ailleurs les ouvriers encore se ravisent ; Des redoutes partout se dressent, s'improvisent; La résistance éclate et gagne du terrain. 0, de la Liberté, Génie au front serein, Soulève de ta main ce Peuple magnanime! Il sera tout-puissant si ton souffle l'anime !

Bonaparte pourtant s'inquiète... il a peur! De l'émeute qui gronde il entend ce grand chœur, Ce tumulte confus comme une mer qui houle, Cet ouragan de bruit qui monte de la foule. Il a peur!... A des cris qu'il a pu recueillir Sa voix s'étrangle ; il sent ses membres tressaillir. Déjà sont apparus à sa vue abusée Sur les lambris dorés de son frais Elysée Les mots qui flamboyaient aux murs de Balthasar. Quand les Prétoriens le proclament César, Ce nom l'effraye... Il voit d'Othon l'ombre fatale,

Les spectres de Néron et d'Héliogabale,

Pleins de sang, pleins de boue... il a peur! il a peur!

Magnan et Saint-Arnaud partagent sa terreur.

Sous l'œil de ses suppôts Maupas qui se concentre, Bête fauve et sans cœur, tremble au fond de son antre.

Morny, seul, entouré d'aventuriers, d'escrocs Dont la bourse et l'honneur ont accrocs sur accrocs Veut la lutte et s'étonne encor qu'on la retarde. — Courage de joueur qui, sans pâlir, regarde Le tapis sur lequel par lui sont hasardés Fortune, vie, honneur, sur un seul coup de dés.

Le sang-froid du joueur donne à tous confiance. Du combat populaire ils vont courir la chance. Mais l'homme de Strasbourg se comportera mieux. Du rôle ridicule il passe à l'odieux.

Il doit être Empereur... qu'un peu de sang le sacre! Pour conquérir l'armée on la pousse au massacre ; Durant toute la nuit, comme on l'y préparait ! Tout fusil se chargeait, tout soldat s'enivrait. César sait bien qu'on a le cœur tendre, après boire. Tuer est le mot d'ordre et l'on y met sa gloire. Voyez le plomb partout frapper les curieux; Les passants qu'on abat, ce sont des factieux; Tirez sus à ce Bleu! Tirez sus à ce Rouge !'... S'il s'arrête, tirez... Tirez encor s'il bouge!... Qu'on soit au sein d'un groupe ou qu'on marche à l'écart, Tout est conspirateur, tirez donc au hasard ! Comme chasseurs à courre, à l'affût, à la piste, L'on traque, l'on poursuit, l'on vise l'anarchiste... Où donc le cherchez-vous de quartiers en quartiers ? Bonaparte : voilà le chef des émeutiers ! . . .

A l'aide d'un pouvoir qui dura deux années, Il a conduit la France à ces tristes journées ! Par mille bruits divers, mille fois démentis, Pourtant il avait fait redouter aux partis Sa folle ambition;... mais toujours repoussées, Les peurs disparaissaient, sous le rire effacées.

Et pendant ses serments..., parjures solennels..., Tous les hommes vendus à ses plans criminels, — Voleurs et débauchés formant son entourage, — r De l'Etat avili prennent chaque rouage : Finances, pour solder; Tribunaux, pour punir; Pour corrompre, Beaux-arts; Soldats... pour en finir, Tout se meut dans les mains de ses nombreux complices, Et quand il est à bout de ruses, d'artifices, Il dit un mot, il fait un geste... et tout Paris Dans un cercle de fer se réveille surpris!...

Quatre divisions cernent la capitale.

Leurs chefs sont achetés. Sous leur ligne brutale, Droits sacrés, saints devoirs, tout va bientôt céder; Aux divers lieutenants qu'ils doivent commander, On a jeté déjà l'amorce souveraine De. la Corruption, redoutable sirène.

Que d'offres ! de présents ! que de marchés honteux ! A l'avare, de l'or; des croix au vaniteux, Un grade au mécontent qui boude ou qui réclame ; Cet autre hésite encore... on lui jette une femme. Places, quais, boulevards, l'encan s'ouvre en tout lieu, En plein air, au soleil, sous le regard de Dieu ! Orra vu, — c'est hideux! — quelques femmes perdues, Aux bras des généraux tendrement suspendues, Imprimant sur leur honte ainsi le dernier sceau, Devant le double rang des fusils en faisceau, Parler d'amour à prix, de flamme illégitime, Pour entraîner des chefs et les pousser au crime !

Canrobert qu'à trahir on trouve un peu trop lent, Reçoit le dernier choc de Y Escadron volant Qu'on a ressuscité pour égayer les chasses Du Président-filou, pour courir sur ses traces La cravache à la main, pour lui gagner des cœurs. Canrobert n'y trouvait que des rires moqueurs; Mais il voit arriver l'amazone qu'il aime, Dépouillée à la fin de sa rigueur extrême. Elle est tendre, coquette, et promet un amour Que le sang va payer avant la fin du jour.

— « A ce soir ! » — « A ce soir ! » Et d'une âme asservie

Allant à sa brigade où l'ardente eau-de-vie

Circule, Canrobert fait signe, et le tambour

Jette aussitôt dans l'air son bruit lugubre et sourd.

De la grande cité c'était l'heure marquée. Chaque division, tranquille ou provoquée, A cette "heure, devait, quel que fût le danger, Se mettre en mouvement et faire converger Sur le long boulevard ses légions massées, Qui, de ce point central promptement relancées, Iront de leur fureur, assourdir, effrayer Les quartiers du travail, et partout balayer . Par le plomb, par le fer, les foules indignées ; Ou, plus lâches encor, comme les araignées Tendre de vils filets, afin d'y ramasser L'ennemi dont le sang est si doux à sucer ! Noble emploi du soldat et glorieux office ! Assassin... s'il ne veut être agent de police!

Pendant que Marulaz, Herbillot, Courtigris Et De Cotte et Dulac font dans le haut Paris, Avec leurs fantassins, ces courses militaires, En soufflant la terreur dans ses longues artères; Pendant que le trépas, d'un bout à l'autre bout,

Sur des ailes de feu les précède partout, Reybell, plus sûr encor de sa cavalerie, Au boulevard de Gand la pousse avec furie. Rochefort qui, la veille, avec deux escadrons, Commença ses exploits à l'heure des larrons, S'enhardit ; le grand jour n'a rien qui l'intimide. Du sang des citoyens' leur lance encore humide, D'ivresse chancelants sur leurs coursiers fougueux Qui, de rage et de vin semblent ivres comme eux, Ses cavaliers, reçus par d'immenses huées, Se font jour au travers des rues obstruées, Et leur flamme écarlate, une seconde fois, Ravivera couleur dans le sang des bourgeois. '

Écoutez... regardez... quel bruit!... quelle fumée! Vers le haut boulevard l'atmosphère enflammée Roule et semble porter tous les feux de l'enfer. C'est De Cotte qui vient, poussé par Canrobert; Leurs^soldats sont lancés sur la large- chaussée. A les voir, on dirait une troupe insensée. Ils tirent sans viser... à quoi bon plus de soin? Leur façon de combattre est celle du Rédouin... Dans ce sombre ouragan pour n'être pas heureuses Les balles aujourd'hui sont beaucoup trop nombreuses. Elles sifflent ainsi que de vifs aquilons ; On les sent crépiter ainsi que des grêlons. Dans les carreaux brisés comme elles retentissent! Sur le front des maisons comme elles rebondissent Les murs où tant de plomb frappe et va s'aplatir, Sont étoiles ainsi que les plaques d'un tir; Le plâtre s'en détache et tombe avec les balles ; Du boulevard entier il paillette les dalles, S'arrête aux branches d'arbre, aux barreaux des balcons. On dirait que la neige est tombée à flocons.

Ce n'est pas tout encor, car la guerre civile,

Aux appels du canon, doit ébranler la ville. Ce signal plus affreux, Canrobert l'a donné... Détournons nos regards... le massacre a sonné!... Mais non; comptons les coups sur nos tristes murailles! Et vous, dragons d'airain, vomissez vos entrailles! Les voilà, gueule ouverte... Artilleurs, pointez-les! Éventrez les maisons sous le choc des boulets; Votre gloire, de rien ne peut être jalouse ; Courage!... ouvrez la brèche à l'hôtel Sallandrouze, Ensuite allez fouiller sous ses moelleux tapis. » Là sont dix ouvriers sous leurs plis accroupis ; Traînez-les tout tremblants sur l'escalier de pierre; Dites-leur d'adresser au ciel une prière, Et d'un plomb assassin, sans pitié, sans remords. Nobles gens ! faites-les compter parmi les morts !

Pour son labeur jamais le canon ne lésine. D'un pur conservateur la maison est voisine... Elle a ses flancs ouverts, ses panneaux écroulés Et les corps des martyrs y sont amoncelés.

Bonaparte, voilà tes grandes Saturnales ! Ivres sont tes soldats, leurs fusils et leurs balles!... Mais pour tout raconter courons de toutes parts, Des places aux faubourgs, des quais aux boulevards... Ici d'abord... voyez... un vieux bourgeois se sauve Devant un fantassin ; mais l'hyène à l'œil fauve Abat son arme... ; on voit le vieillard tournoyer, Lever les mains au ciel... sur ses genoux ployer... Et tomber mort... Plus loin, en face de la Bourse, Une femme s'enfuit... — « Camarade, à la course Ce gibier!... » Le coup part... Magnan et Saint-Arnaud, Vos soldats autrichiens valent ceux de Haynau !

Partout des cris d'effroi, partout des voix plaintives ! Suivez ces pas discrets, ces démarches craintives.,.

Là pleurent des amis, là ce sont des parents Qui viennent relever les morts et les mourants...

De Rochefort après la noble passe d'armes, . Cherchant sa ration et de sang et de larmes La ligne arrive... Elle est à présent chez Rrandus. Un domestique y meurt, les deux bras étendus, En voulant de son maître assurer la retraite. Rrandus £st prisonnier... la troupe le maltraite, On le mène à Reybell... Le brave général, D'un ton semi-soldat et semi-théâtral :

— « Vous êtes musicien? Et moi donc! je m'en pique. « Voyons n'ai-je pas fait de très-bonne musique?... » Rien vite au cabanon enfermez l'insensé Qui peut rire du sang que sa main a versé !

Au café de Paris, à l'hôtel de Castille, Partout l'affreuse Mort fauche à pleine faucille. Au Cercle du Commerce on fait irruption. Devant cet arsenal de conspiration Le chef s'est écrié : « Nous. tenons la nichée! » C'étaient quelques vieillards à la tête penchée, Ranquiers, juges, rentiers, autour d'un feu groupés... Sur un échec au Roi le plomb les a frappés!

Marchons et de forfaits allongeons cette liste. On frappe tout : savant, littérateur, artiste. En face du tableau qu'avec amour il peint, Sa palette à la main, Jollivard est atteint, Et d'un voile de mort son visage se couvre!... Jean Goujon écrivait sa gloire au front du Louvre, Quand le plomb ricochant aux festons d'un rinceau, Lui fit tomber des mains son immortel ciseau !

Seul encore, à ces coups le bourgeois est en butte. L'ouvrier ne veut pas se jeter dans la lutte...

II attend ; — toutefois quelques-uns sont venus. Oui, je les reconnais!... le front haut, les bras nus; Ceux-là sont les vaillants, ceux-là sont les fidèles. Liberté! couvre-les de tes puissantes ailes! Par leurs lèvres, le Peuple, en ce jour solennel, Au Bourgeois a donné le baiser fraternel.

Comme au souffle du vent les feuilles balayées, Voyez courir là-bas les masses effrayées. Vers le Temple, un boulet rapide et bondissant Prend une femme aveugle et la tue en passant... Un second qui ricoche entre deux barricades, Frôle du Château-d'Eau les limpides cascades Et frappe un pauvre enfant, au milieu d'un essaim D'écoliers, folâtrant tout autour du bassin.

^ Au quartier Rambuteau, les balcons, les fenêtres Regorgent de soldats. Ils s'y placent en maîtres, Et de là, sans péril, leurs fusils convergeants, Ecrasent les bourgeois avec leurs feux plongeants.

Au repos, Morulaz ne saurait se résoudre ; . Il brûle sur les quais une innocente poudre ; Aux faces des maisons il fait la guerre... Ailleurs J'entends, plus dangereux, les feux de tirailleurs.

Du soldat, en tous lieux la conduite est indigne. Un honnête ouvrier tombe aux mains de la ligne :

— « Es-tu républicain? » — « Oui, vraiment, je le suis ! » — «En prison, scélérat» — « Pas de train... je vous suis. »

— «Non... Vois-tu ce briquet?... si tu crains qu'on têtue,» « Brigand, tu vas crier sous sa lame pointue :

« Vive Napoléon ! » Aussi ferme qu'un roc,

Le prisonnier sourit et crie : « A bas l'escroc!... »

Le fer va droit au cœur de ce martyr qui tombe.

Au quartier Saint-Martin ce n'est point une tombe Qui s'ouvre; mais la honte y fait rougir le front D'un enfant qu'on soumet au plus sanglant affront. Prisonnier, les soldats, en ricanant, le lient Et du fouet dégradant les lâches l'humilient... Les enfants de Paris aiment les beaux trépas : Infâmes ! tuez-les, mais ne les frappez pas !

La bataille s'étant un moment apaisée, Une ouvrière accourt aux fleurs de sa croisée; Derrière leur feuillage elle jette un coup d'œil Timide, épouvanté, sur ces scènes de deuil... Un soldat l'aperçoit, l'ajuste;... elle se penché;... Et son sang va rougir la marguerite blanche... Dans la rue une goutte en tombe, par bonheur, Sur l'habit du soldat... C'est là sa croix d'honneur !

Voyez donc sur ce pont ces hommes qu'on entraîne ? Du haut du parapet, dans les flots de la Seine On les jette blessés... Un seul, avec effort, Sur l'eau teinte de sang monte et surnage encor... Mais on le suit de l'œil... et bientôt de la berge Une grêle de plomb le frappe et le submerge.

Au soldat on a dit de ne point oublier Ses revers de Juillet et ceux de Février... De là ce grand courroux, cette ardeur vengeresse, Ce besoin de carnage excité par l'ivresse...

Un brave et vieux marin au service blessé Descend de son faubourg, d'un pas lent, cadencé, Appuyé sur le bras d'une longue béquille. De loin quelques soldats l'ont vu;... la flamme brille, Le plomb vole... et du cœur du malheureux marin Coule un reste de sang qu'épargna Navarin. Fier de son coup, sur lui son assassin se rue... Et voyant sa béquille à deux pas étendue...

Sans que d'aucun regret son esprit soit saisi, Il dit : « Tiens ! j'avais cru que c'était un fusil. »

Pays du vieil honneur, pauvre France ! ô ma mère î Ta générosité n'est plus qu'une chimère!... Mais à tous ces forfaits ne reconnais-tu pas Le fatal contre-coup des guerres de l'Atlas? Ton orgueil les voulait;... subis-en donc les ptines. C'est la répression des tribus africaines, L'obéissance aveugle, à toute heure, à tout prix, L'indigne razzia transportée à Paris.

Tout chef dit : « Combattons pour couvrir nos désordres ! » Et tout soldat répond lâchement : « J'ai des ordres. » Les crimes qu'on commet, Dieu seul peut les compter! On égorge la ville en voulant la dompter... Tout s'y couvre de morts, dans les pleurs tout s'y baigne, Le meurtre l'envahit, l'assassinat y règne; On voit le sang humain couler, couler partout, En ruisseaux se former et tomber dans l'égout. A chaque pas l'horreur prend des formes nouvelles : De la chair en lambeaux, des débris de cervelles, Des cadavres souillés, rangés sur un trottoir ; Le boulevard n'est plus... c'est un long abattoir!

Dieu juste! Dieu vengeur! quel crime ma patrie Avait-elie commis, pour que son sang qui crie N'ait pas, en l'éclairant sur ta fatale erreur, Contre ses assassins fait tourner ta fureur? C'est peu d'avoir, au sein de son cruel supplice, De l'absinthe et du fiel épuisé le calice ; Quelle que soit sa gloire aux siècles à venir, Les taches de ce jour sont là pour la ternir. Même alors qu'elle aura brisé ses servitudes, Quand nos fils ouvriront, à leurs heures d'études, Le livre qui dira ces horribles combats, Ils rougiront de honte et le liront tout bas.

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