CHAPITRE II
Un égyptologue distingué, M. Prisse d'Avennes, qui a recueilli en Egypte des matériaux considérables pour l'histoire de l'art, s'est occupé en même temps des mœurs des pays où il vivait.
De ses notes, le savant voyageur a l'obligeance de détacher pour moi les faits se rapportant à la domestication des chats dans l'Egypte moderne :
(( Le sultan El-Daher-Beybars, qui régnait en Egypte & en Syrie vers 658 de l'hégire (1260 de J.-C), — & que Guillaume de Tripoli compare à César pour la bravoure & à
Néron pour la méchanceté, — avait aussi, dit M. Prisse d'Avennes, une aifection toute particulière pour les chats. A sa mort, il légua un jardin appelé Gheyt-el-Qouttah (le verger du chat)^ situé près de sa mosquée en dehors du Caire, pour l'entretien des chats nécessiteux & sans maîtres. Depuis cette époque, sous prétexte qu'il ne produisait rien, le jardin a été vendu par l'intendant, revendu maintes fois par les acheteurs &, par suite de dilapidations successives, ne rapporte qu'une rente honorifique de 15 piastres par an, qui est appliquée avec quelques autres legs du même genre à la nourriture des chats. Le kadi, étant, par office, gardien de tous les legs pieux & charitables, fait distribuer chaque jour à Vasr^. dans la grande cour du Mehkémeh ou tribunal, une certaine quantité d'entrailles d'animaux & de rebuts de boucherie coupés en morceaux qui servent de pâture aux chats du voisinage. A l'heure habituelle, toutes les terrasses en sont, couvertes; on les voit aux alentours du Mehkémeh, sauter d'une maison