TRAITEMENT DES CHATS DANS LES MALADIES
Ce qu'on appelle la maladie chez les chats, quoique le cas soit moins fréquent que chez les jeunes chiens, provient habituellement d'un état inflammatoire.
L'animal devient triste & somnolent; la tète peut à peine se porter ; la queue est tombante ; la voix s'altère ; la pupille est extraordinairement dilatée; la respiration courte & gênée. Tels sont les premiers symptômes. De plus en plus, l'animal deviendra paresseux & frileux; le poil perd son lustre; les oreilles sont chaudes. Le chat répond à peine aux caresses, se cache dans le coin le plus sombre
de l'appartement, fait à peine entendre son ronron & ne mange plus.
S'il avale avec difficulté ou refuse de manger, on peut être certain que la langue est devenue pâle, verte ou jaunâtre, & il est prudent de veiller à cet état. Pour arrêter les progrès d'une inflammation qui peut devenir dangereuse^ il convient de donner au chat une cuillerée à bouche du purgatif appelé sirop de nerprun.
L'animal, dans sa faiblesse, se laissera ingurgiter ce purgatif & se sauvera avec quelques traces de dégoût; mais il faut le laisser tranquille dans l'endroit qu'il a choisi & lui disposer une corbeille, s'il lui convient de s'y étendre. Surtout ne pas gêner son indépendance dans cet état.
A la suite de la maladie, on devra servir à l'animal du lait &, plus tard, de petites quantités de mou ou de foie. Plus sage que les hommes, le chat ne commet pas d'imprudence & s'en tient habituellement à l'eau pure pendant la convalescence.
La maladie s'empare quelquefois des femelles privées de la société des mâles. Si la
chatte tombe dans un état d'abattement & de langueur, qu'on la laisse sortir.
Il est également dangereux d'enlever, aussitôt après leur naissance, les petits à leur mère; le lait restant inactif dans les mamelles de la chatte peut causer des désordres dans sa santé.
Un certain nombre de personnes croient faire passer le lait des chattes en leur attachant au cou un collier de bouchons. Quel rapport peuvent avoir des rondelles de liège avec le travail des mamelles > C'est un ancien usage, comme de mettre une affiche de bière de mars à la porte d'un cabaretier. On a toujours vu orner le cou des mères chattes d'un pareil collier ; on s'imagine alors que le lait suit son cours.
Il est un remède moins naïf pour rendre un cours naturel au lait des mères séparées de leurs petits.
On fera une sorte d'onguent, composé de carbonate de chaux & de vinaigre convenablement battus & délayés; avec cet onguent frictionnez les mamelles de l'animal soir & matin, & en même temps faites-lui boire
une tisane de décoction de persil bouilli dans du lait.
Friction & tisane doivent durer dix jours, après quoi purgez la chatte pendant deux jours avec vingt grammes chaque fois d'huile de riccin; mais pour ne pas fatiguer l'animal, il convient de laisser vingt-quatre heures de repos entre les deux purgations.
Lad 7 Cust, une Anglaise qui a écrit un livre sur les chats, donne des conseils auxpersonnes qui n'ont jamais soigné de chats malades.
Il est bon d'entourer doucement le chat dans une serviette assez grande pour que tout le corps disparaisse & que l'opérateur soit protégé contre les griffes.
L'animal étant placé entre les genoux de celui qui doit administrer la médecine, on passe un mouchoir sous le cou du chat, afin que sa robe ne soit pas salie.
c D'une main gantée, dit l'Anglaise, vous ouvrez largement, mais avec douceur & d'un seul effort, la bouche du chat, & vous y faites entrer la médecine au moyen d'une cuiller à thé, goutte à goutte , pour que le malade l'avale sans s'étouffer & par petites doses. Ne
lui mettez pas la cuiller entre les dents, sinon il la mordra & en répandra le contenu. Enlevez avec une éponge & de l'eau tiède toute souillure ; essuyez à sec avec un linge propre ; démaillotez le patient, tenez-le pendant une heure & demie dans un lieu chaud & tranquille; ne lui donnez ni à boire ni à manger.
(( Bref, surveillez l'effet de la médecine, comme chez un malade de l'espèce humaine.
« Organisez un hôpital temporaire, quelque chambre inhabitée, sans tapis, mais où ^ous entretenez un bon feu, car la chaleur fait la moitié de la cure, & tout animal malade en a particulièrement besoin.
(( Ayez pour votre patient un lit confortable ; laissez-lui de l'eau en cas qu'il ait soif; & que nul, hormis vous, n'entre près de lui, car la tranquillité est, avec la chaleur, l'auxiliaire par excellence de la bonne naturel »
Quelques personnes également croient délivrer le chat du ver en lui coupant le bout de la queue qui est censé le contenir. Des
Revue britannique, mars 1H68.
ciseaux ou une pelle à feu rougie à blanc privent l'animal d'une partie de cette libre queue serpentine dont le jeu s'associe si bien aux mouvements & aux sensations du chat.
C'est encore un préjugé barbare qui cause une telle mutilation. Mais que faut-il penser de l'écrivain qui entretient un tel préjugé dans les esprits & en fait l'objet d'un chapitre : Quand il faut couper la queue des chats ^ donnant à cette opération le pouvoir de diminuer l'intensité de leurs maladies^.
Quelques affections cutanées des chats sont d'autant plus dangereuses, qu'elles se communiquent à l'espèce & peuvent atteindre les enfants & les hommes.
Hurtrel d'Arboval, savant médecin-vétérinaire, a donné, dans son Dictionnaire de médecine & de chirurgie^ une description de maladies cutanées avec des moyens curatifs pour les guérir.
I. Voir Traité d'éducation physique Sj morale des chats. par Catherine Bernard, portière, 1828, in-12. Cette portière, on le pense, est le masque d'un barbouilleur de livres qui, flattant les passions fr les usages populaires, n'a osé donner son véritable nom.
L'auteur du livre actuel a élevé nombre de chats & -n'a pu heureusement constater ces sortes de maladies qui doivent provenir du marîque de soins, à moins qu'un courant épidémique ne circule, comme en 1673, où la plupart des chats de Westphalie moururent.
En tout cas, dès qu'apparaîtront les premières pustules, il est bon de lotionner pendant quelques jours la partie malade avec une décoction de mauve, de guimauve ou de graine de lin, à laquelle on ajoute des lavages composés de feuilles de tabac bouillies dans la lessive, ou d'une dissolution de deutoxyde de potassium.
Exposez l'animal à un soleil ardent & frictionnez-le avec la composition antisporique suivante : deux onces d'huile de lin dans laquelle a été fondu un dixième d'onguent citrin. Le tout bien mêlé, étendez une couche épaisse sur les parties affectées; ajoutez-y, comme traitement interne, quelques infusions de sureau, de fumeterre & de lait. L'animal guérira bientôt, s'il a été purgé préalablement avec quelques grains de jalap délayés dans un peu d'eau miellée.
Les médecins de chats emploient un remède plus prompt pour combattre l'inflammation; mais l'animal a besoin d'un fort tempérament pour résister à un si énergique traitement.
Ces praticiens font vomir le chat au moyen de la staphisaigre, de l'euphorbe & du tabac. Deux fois par jour l'animal est trempé dans une décoction de pieds de griffon ou de tabac. Traitement sommaire, mais dangereux.
Il en est un plus doux lorsque l'éruption est déclarée. Il faut tenir le chat dans un endroit chaud, lui faire prendre quelque boisson sudoriiique laxative & le frictionner avec une lotion de nitrate d'argent fondu (quatre gros) & d'eau naturelle (une livre).
Mais cette grave maladie qui décime la race féline se compte comme les invasions de choléra, & depuis Tannée 1779, où succombèrent la plupart des chats de France, d'Allemagne, d'Italie & de Danemark, la science n'a pas enregistré de nouvelles épidémies.
Quant aux fractures des chats, la science du vétérinaire doit être invoquée.
J'ai vu un chat dont la colonne vertébrale
avait été cassée se promener plus tard avec quelques difficultés, il est vrai. Sa chute du haut d'un toit éle\'é, quoiqu'elle lui eût enle\ é l'agilité, n'avait modilié en rien l'affabilité de son caractère.
le chat chez les hebreux et dans l'antiquité.
Il n'est pas question de chat domestique dans la Bible, & si le prophète, au nombre des animaux qui viendront crier la nuit dans les ruines de Babylone, évoque les Tsjrm^ que certains commentateurs ont pris pour des chats, il est plus présumable qu'il s'agit des chacals.
Itobades, imité par Pilpai dans les Fables indiennes, appelle le chat « le mangeur de souris. )) Pilpai copie Itobades, Esope copie Pilpai, Phèdre copie Esope, & c'est ainsi
I. Le chat est appelé Tsy en hébreu, au pluriel Tiyim, d'après Bochart.
qu'à travers les siècles se présente le chat à La Fontaine, qui, lui aussi, admet la caractéristique perfide de l'animal félin, telle que l'ont donnée les fabulistes ses aïeux.
M. Bureau de Lamalle croit que dans le Combat des grenouilles attribué à Homère, le vieux poëte parle du chat domestique qu'il appelle gale.
Il est plus certain que le mot ailuros employé par Hérodote & Aristote s'applique au chat domestique.
Diodore de Sicile, parlant des conquêtes d'Agatoche de Numidie, dit qu'il lit passer son armée à travers des montagnes élevées, habitées par un si grand nombre de chats, qu'aucun oiseau n'y fait son nid.
Elien prouve également que Vailiiros des Grecs est notre chat domestique, en faisant figurer cet animal au nombre de ceux que l'on peut apprivoiser par la nourriture & des caresses ; il ajoute (sans doute Elien avait en vue les chats sauvages) que les singes, pour leur échapper, se réfugient à l'extrémité des • branches.
L'ailiiros des Grecs de\int fclis chez les
Latins. Pline s'en est occupé particulièrement, & un écrivain de la décadence, Palladius , dans son ouvrage sur l'agriculture , parle du Cattiis ou Catus comme d'un animal utile dans les greniers pour détruire les souris.
(( Il semblerait donc, dit M. de Blainville, que c'est vers cette époque que le chat est devenu domestique, puisqu'il paraît certain qu'il ne l'était pas si anciennement chez les Grecs, ni même chez les Romains, quoiqu'il le fût chez les Egyptiens. »
En effet, le naturaliste français, qui, dans son beau traité à'Ostéographie a cherché la confirmation par les monuments anciens de la domestication des animaux, ne trouve de représentations du chat ni en Grèce ni dans l'ancienne Rome.
M. de Blainville parle d'un chat momifié dont le squelette fut dépouillé de ses bandelettes pour les collections du Muséum.
« M. E. Geoffroy, dit-il, a reconnu, ainsi que M. G. Cuvier, un animal ne différant en aucune manière de notre chat domestique en Europe, ce qui n'est pas exactement vrai.
Depuis lors, M. Ehrenberg, qui a eu également l'occasion de voir ces momies de chats, a assuré qu'elles provenaient d'une espèce encore actuellement sauvage & également domestique en Abyssinie. »
Diverses autres momies de chats amènent M. de Blainville à conclure que les Égyptiens avaient plusieurs espèces de chats : a On peut donc assurer que les anciens Egyptiens possédaient trois espèces ou variétés de chats que les modernes connaissent encore aujourd'hui, en Q/lfrique. à l'état sauvage aussi bien qu'à l'état domestique. »
Le chat n'était pas un animal domestique chez les peuples scytho-celtiques, car dans les tumulus fouillés en Europe & dans l'Asie boréale, où sont amassés de nombreux ossesements de bœufs, de cerfs, de moutons, de cochons & de chiens, M. de Blainville n'en a trouvé aucun se rapportant au chat.
RECHERCHES SUR LA DOMESTICATION DES CHATS ET l'ancienneté DE LEUR RACE, PAR DARWIN.
Dans son livre de V Origine des espèces. Darwin s'était déjà occupé des chats. On lui doit cette observation, que les chats qui ont les yeux bleus sont presque toujours sourds. Il a fait remarquer encore que les chats ont l'oreille droite, parce qu'étant perpétuellement aux aguets, les muscles de l'oreille sont, dès le plus bas âge, sans cesse en exercice, tandis que les animaux domestiques apathiques ont les oreilles lâches & pendantes.
Dans un nouvel ouvrage De la variation des animaux & des plantes sous Faction de
la domestication^ le naturaliste est revenu avec plus de détails sur les chats. J'emprunte à ce livre quelques recherches historiques & quelques observations :
« Le chat a été domestiqué déjà fort anciennement en Orient; M. Blyth m'apprend qu'il en est fait mention dans un écrit sanscrit datant de deux mille ans...
(( ... Les chats sans queue de l'île de Man diffèrent du chat commun non-seulement par l'absence de queue, mais par la longueur de leurs membres postérieurs, la grandeur de leur tête & par leurs mœurs...
(( Desmarets a décrit un chat du cap de Bonne-Espérance, remarquable par une bande rouge sur le dos...
(( Nous avons vu que les contrées éloignées possèdent des races distinctes de chats domestiques. Les différences peuvent être dues en partie à leur descendance d'espèces primitives différentes, ou du moins à des croisements avec elles. Dans quelques cas, comme au Paraguay, Mombas, Antigua, les différences
I. Traduit par J.-J. Moulinie, t. 1 , in-H". Paris, Ueinwald,
paraissent dues à l'action directe des conditions extérieures. On peut dans quelques autres attribuer quelque effet à la sélection naturelle, les chats ayant, dans certaines circonstances, à pourvoir à leur existence & à échapper à divers dangers; mais, vu la difficulté qu'il y a à appareiller les chats, l'homme n'a rien pu faire par une sélection méthodique, & probablement bien peu par sélection inintentionnelle, quoiqu'il cherche généralement, dans chaque portée, à conserver les plus jolis individus, & estime surtout une portée de bons chasseurs de souris. Les chats qui ont le défaut de rôder à la poursuite du gibier sont souvent tués parles pièges. Ces animaux étant particulièrement choyés, une race de chats qui aurait été aux autres ce que le bichon est aux chiens plus grands, eût été probablement d'une grande valeur: & chaque pays civilisé en aurait certainement créé quelques-unes, si la sélection eût pu être mise en jeu; car ce n'est pas la variabilité qui fait défaut dans l'espèce. m
(( Dans nos pays, nous voyons une assez I
grande variété dans la taille, les proportions ■
du corps, & considérable dans la coloration des chats... La queue varie beaucoup de longueur; j'ai vu un chat qui, lorsqu'il était content, portait la queue rabattue à plat sur le dos...
(( Les conditions extérieures du Paraguay ne paraissent pas être très-favorables au chat ; car, quoique à moitié sauvage, il ne l'est pas devenu complètement, comme tant d'autres animaux européens. Dans une autre partie de l'Amérique du Sud, d'après Roulin, le chat a perdu l'habitude de hurler la nuit. Le Rév. W. D. Fox a acheté à Portsmouth un chat qu'on lui dit provenir de la côte de Guinée : la peau en était noire & ridée, la fourrure d'un gris bleuâtre & courte, les oreilles un peu nues, les jambes longues, & l'aspect général singulier. Ce chat nègre a produit avec le chat ordinaire.
(( ... Une race en Chine a les oreilles pendantes. Il y a, d'après Gmelin, à Tobolsk, une race rouge. En Asie, nous trouvons aussi la race angora ou persane.
« Le chat domestique est revenu à l'état sauvage dans plusieurs pays, & partout, autant
qu'on en peut juger d'après de courtes descriptions, il a repris un caractère uniforme. A la Plata, près Maldonado, j'en ai tué un qui paraissait tout à fait sauvage ; M. Waterhouse, après un examen attentif, ne lui trouva de remarquable que sa grande taille. Dans la Nouvelle-Zélande, d'après DiefFenbach, les chats redevenus sauvages prennent une couleur grise panachée comme les chats sauvages proprement dits : ce qui est aussi le cas des chats demi- sauvages des Highlands de l'Ecosse. »