‹ Les chauffeurs (volume 2)Chapitre 1 sur 4 · Les chauffeurs · texte numérisé non relu

Les chauffeurs

Le roman moderne, suivant en cela les erreraenls de certaines littératures étrangères, a beaucoup trop poétisé, selon nous, de grands criminels qui se sont mis en révolte ouverte contre la loi et la société. Soit pour obtenir de vives oppositions de caractères, soit pour appuyer quelque utopie ptiilosophique, il s'est plu souvent à représenter les chefs de brigands tantôt comme des Fra Diavolo galants et courtois, tantôt comme des Anges rfcf/n/s qui dans leur abaissement conservaient le caractère de leur grandeur originelle, il noiis a semblé que celte tendance présentait un dan«^or Vv rilable. Ne se peut- il pas en elTet que des esprits

LES CH LFFtURS lît

ardents et superficiels . rennenl pour une réalité la brillante conception du romancier? N'est-il pas à craindre qu'ils partagent l'erreur de la belle Minna Troïl qui \oyait dans un vuli^aire pirate de nos jours un de ces vaillants aventuriers du Nord dont les bardes jadis chantaient les exploits ?

C'est pour prolester, autant qu'il est en nous, contre cette propension fâcheuse que nou"^ avons écrit les C h au /feur a; nous avons voulu montrer les brigands tels qu'ils sont, sans les draper dans le velours, sans les hausser sur des échasses. Mais comme en pareille matière on pour-

rait êire accusé de calomnier rhumanilé, nous prévenons le lecteur que les épouvantables individualités qui vont paraître devant lui ne sont pas des créations de rimagination. On n'invente pas des monstres de cette espèce. Nous avons reproduit avec une exactitude minutieuse leur caractère, tel qu'il ressort des pièces officielles de leurs procès, leurs usages, leurs trails,et jusqu'à leurs costumes. Si le tout forme des portraits passablement repoussants, nous rappellerons qu'on ne saurait rendre trop odieux ce qui est vraiment digne de la haine et du mépris des honnêtes gens.

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