‹ Les chefs d'écoleChapitre 42 sur 59 · ET PITTORESQUE · texte numérisé non relu

ET PITTORESQUE

montrer digne d'être distingué de la foule. Lorsque, sans s'arrêter, sans se démentir, on a consacré à la réalisation de son désir toute sa vie, c'est-à-dire son intelligence, son temps et sa santé , on a fait preuve d'une supériorité marquée sur la plupart des hommes frivoles et inconscients. — M. Ingres est donc un homme supérieur.

C'est en effet un spectacle fécond que cette longue carrière toute occupée du même objet, la poursuite de la beauté pittoresque. Nous devons être émus en voyant ce peintre octogénaire manier aujourd'hui le crayon et le pinceau d'une main aussi ferme qu'il y a soixante ans. Nous n'en sommes pas encore à apprécier et à juger le talent de M. Ingres, nous le ferons tout à l'heure avec une indépendance assez sincère pour qu'il nous soit permis d'insister sur ce touchant caractère d'une vie pénible à ses débuts et plus tard entourée des hommages d'une école nombreuse et fidèle ; vie heureuse que maintenant couronne une vieillesse toujours active, toujours honorée, parce qu'elle fut foncièrement honorable et respectable.

M. Ingres est né à Montauban, en 1780. A vingt ans,, il obtenait le prix de Rome. Son tableau de concours représente Achille recevant dans sa tente les envoyés d'Agamemnon; il est encore à l'école des Beaux-Arts. Après un séjour forcé de cinq années à Paris, pendant lesquelles il peignit quelques portraits, quelques tableaux d'histoire, un Bonaparte, premier consul, un Napoléon sur le trône, en grand costume impérial, et

une allégorie de Napoléon au pont de Kehl, il partit enfin pour l'Italie. Arrivé à Rome en 1806, il y fit, entre autres compositions, Œdipe et le Sphinx, -le Tu Marcellus eris, des tableaux de genre sur des sujets modernes, ses Odalisques célèbres. Il ne quitta la ville éternelle qu'en 1820, pour aller à Florence, — où il exécuta le Vœu de Louis XIII et Y Entrée de Charles V dans Paris, et revenir en France en 1824. — L'Apothéose d'Homère et le Saint Symphorien marquent, à Paris, la présence de M. Ingres, qui n'y resta que dix ans. En 1834, blessé de l'accueil fait par la critique à son dernier tableau, il obtint de retourner à Rome, mais alors comme directeur de l'Académie de France. La Stratonice, la Vierge à l'hostie, Y Odalisque et son esclave, le Portrait de Cherubini furent peints à la villa Médicis, ou il dirigea la jeune école jusqu'en 1841, date de son retour définitif à Paris. Cette année (1861), il exposait dans les galeries du boulevard des Italiens, une œuvre récemment achevée, la Source. Cette composition clôt jusqu'à ce jour la série des peintures exécutés par M. Ingres, pendant cette période de vingt ans, soit pour les vitraux des chapelles de Saint-Ferdinand et de Dreux, soit pour l'Hôtel de Ville (Y Apothéose de Napoléon 7er), soit pour l'Exposition universelle de 1855 (la Vénus anadyomène). — En 1824, M. Ingres fut nommé chevalier de la Légion d'honneur, officier en 1826, commandeur en 1845. Lorsqu'en 1855, le jury international pour l'Exposition universelle des beaux-arts lui décerna la grande

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