‹ Les chefs-d'œuvre de la peinture italienneChapitre 32 sur 34 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Alix approches de i4oo, cet art naïf et loljuste commence à ne plus répondre aux besoins des intelligences inquiètes. La peinture se plaît aux redites, elle va languir; une rénovation, qu'on pouvait prévoir, la translorme et lui donne une vitalité nouvelle en la retrempant aux sources vives, à la nature. Etait-ce trahir Giotto? Non; c'était apj)liquer hardiment le principe qu'il avait lui-même posé.

Le quinzième siècle fut admirable, et il l'ut admirable [lartout. Déjà, le but étant vaguement entrevu, l'art italien cherche les moyens de l'atteindre. Il étudie la nature, dans son dessin, dans sa couleur, dans les modifications (jue lui fait subir la lumière; il perlectionne les procédés d'exécution, il pi'épai'e les insti'uments dont les maîtres immortels vont se servir, et, interrogeant lïime humaine, il en exprime les vagues tristesses, les âpres douleurs, les espérances éternelles. Mais les peintres de ce siècle ont compris aussi que 1 essence du génie italien, c'est la lecherchc de la beauté, et, si, dans leur lovale ardeur, ils étudient curieusement la forme vraie, c'est pour atteindre bientôt à la forme choisie, épurée, sublime.

Tout était préparé, les dernières traces de gotbicitc venaient de dis[)araitre , lors<pie arrivèrent les maîtres attendus, f^éonard de Vinci, Michel-Auge, Raphaël. Spectacle magnifi(pie! En moins de quinze ans, l'histoire voit naître les trois créations les plus prodigieuses de la peinture, la Cène, la voûte de la chapelle Sixtiiie, et XEcole d'Athènes. L'art ne devait pas aller au delà. Corrége n'eut qu'un joui', Giorgione n'eut qu une matinée. Vainement Titien prolonge par la magie de la couleur le triomphe de l'école, il disparaît, et Véronèse est le dernier des grands maîtres.

Avant la fin du seizième siècle, des signes de décadence commencent à se manifester, et le mal se révèle partout à la fois. Le niveau baisse visiblement. Que font les meilleurs pour arrêter la peintui'e sur la pente oii elle se laisse glisserP Celui-ci propose un système d'éclectisme qui, combinant les hautes (|ualités des maîtres de la veille, les annihile parce mélange même; celui-là se plaità l'emphase tragique, aux mensonges des attitudes d'académie; tel autre cherche un refuge, non dans la nature, mais dans la vulgarité des types et des formes, et il croit leur donnei' plus d'accent eu les noyant dans l'ombre. Le dix-septième siècle, brutal à son origine, fade à ses dernières heures, s'achève avec: Liica Giordano et les maniéristes ; tout sourit alors, et tout meurt, et, pendant que la peinture descend aux abimes, le dixhuillème siècle porte gaiement le deuil en rose.

Ce fût là un triste dénoiiment ; mais le bien et le mal se sont heureusement fait une part inégale, et les mélancolies de la décadence disparaissent dans l'éclat des

jours radieux. Considérée dans son ensemble, l'histoire de la peinture italienne est un des plus grands spectacles que le génie ait offert au monde. Et les vaillants artistes qui ont tant lutté n'ont pas gardé pour eux seuls le fruit de Iclu- conc[uéte : c'est pour nous tous qu'ils ont comljattu. Le foyer qu'ils ont allumé a été un phare éclatant, et nous sentons encore aujourd'hui les rayonnements de sa chaleur et de sa lumière. Remercions donc l'Italie pour ce qu'elle nous a donné; gardons le culte des maîtres victorieux; interrogeons, sans nous lasser, leurs œuvres viriles. Nulle fréquentation ne saurait être plus salutaire. Il y a une sorte de joie saine, et comme un agrandissement de l'esprit dans l'étude de cet art merveilleux qui demeure la consolation de l'histoire et sa fête éternelle.

La Poésie, par Rapharl. (Chauiljies du Vatican.)

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