‹ Les chefs-d'œuvre de la peinture italienneChapitre 31 sur 34 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

ssiYONs de résumer cette grande histoire, ou plutôt ce voyage de découverte à la recherche de l'idéal. La beauté longtemps rêvée, atteinte un jour et presque aussitôt perdue, est-il un spectacle plus intéressant? N'est-ce pas comme un drame où les faits se lient les uns aux autres par la forte attache d'une puissante unité? Sans doute, lorsqu'on assiste aux transformations successives de la peinture italienne, à ces métamorphoses d'un idéal qui semble toujours changeant, on serait tenté de croire qu'une sorte de caprice, une mode tous les vingt ans renouvelée ont été la loi de cet art, dont nous avons dit l'éclosion, la grandeur triomphante et la fin. Mais ne nous laissons pas tromper par l'aspect menteur des choses. Sous ces formes constamment modifiées, la pensée profonde se maintint. L'expression a pu varier souvent : le rêve resta le même.

Cette unité échappe aux historiens qui ont jugé à propos de classer les jieiutres de l'Italie selon le hasard de leur origine. Dans ce système, pour enrégimenter un artiste sous tel ou tel drapeau, on ne lui demande pas quel est le caractère de son œuvre, on s'enquiert du lieu de sa naissance. L'abbé Lanzi, si ingénieux d'ailleurs et si savant aux choses italiennes, ne reconnait )ias moins de quatorze écoles. Queli|ues-nns ont trouvé cette classification incomplète; ils ont fait observer que l'art de Pérouse et de FoHgno n'est pas tout à fait l'art romain, et qu'il conviendrait, en bonne justice, de créer une école de plus, l'école ombrienne. Lancé sur cette pente, il n'y a plus de raison de s'arrêter. Gardons-nous de pousser jusqu'à l'abus

un système qui dérive de l'ancien antagonisme provincial, et ne faisons pas aussi bon marché des réalités de l'histoire.

Pour nous, nous reconnaissons deux grands courants, qui se sont mêlés quelquefois, qui plus souvent ont paru ne point se confondre. Dans son ensemble, l'école florentine a été plus particulièrement touchée de la beauté du dessin; les Vénitiens ont plus ardemment cherché le coloris et la lumière. Florence et Venise sont les deux extrémités de l'axe autour duquel l'art italien a tourné. A côté de ces manifestations de l'idéal, qui, disons-le bien haut, ne se sont jamais systématiquement combattues, se groupent d'autres ambitions, inspirées par certaines fatalités d'origine, par certaines tendances locales, ou mieux encore, individuelles. Delà des écoles, dont le nombre ne doit pas être augmenté, mais réduit, et qui, si différentes qu'on les suppose, se sont constamment mêlées et ont travaillé à la même œuvre. Comme dans un savant orchestre, ce sont des instruments divers qui ont fait l'harmonie.

Nous croyons donc que ceux qui dans l'avenir voudront étudier et raconter l'histoire de la peinture en Italie adopteront une classification meilleure.

On trouvera dans ce livre, à l'état d'essai et jiour ainsi dire à titre de proposition qu'on ose soumettre au sentiment des bons juges, une première application de la méthode nouvelle. Cette classification n'est plus empruntée à la géographie, mais à l'histoire. Elle cesse d'avoir égard aux linéaments de couleurs diverses tracés sur

une carte, — on sait combien en Italie la frontière fut chimérique et changeante !

elle s'opère selon la succession des événements et des transformations morales : elle ne se fait plus dans l'espace, mais dans le temps.

Envisagé à ce point de vue, l'art italien se reconstitue et redevient ce qu'il fut en réalité, un organisme complet et vivant, qui a conscience de sa personnalité collective et qui obéit à la loi universelle, la naissance, le développement, la décadence et la mort. Nul spectacle ne fut plus intéressant, on dirait volontiers plus dramatique. Aux derniers jours du treizième siècle, on voit la peinture italienne briser les formules byzantines et s'affranchir des liens étroits de la tradition hiératKjue. Ce lut une magnificpie évasion : aujourd'hui encore, après tant années, nous sentons la joie de la délivraucc. Giotto, le libérateur, était un Florentin, et ses premiers disciples furent des Toscans; mais il avait parlé au nom de l'Italie entière; aussi le mouvement ne tarda pas à se généraliser; l'adhésion fut universelle, et le quatorzième siècle appartient aux Giottesques.

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