JEAN CHAPELAIN
Ode au Cardinal de R'tcheîïeu
GRAND Richelieu, de qui la gloire.
Par tant de rayons éclatants, De la nuit de ces derniers temps Eclaircit l'ombre la plus noire ; Puissant esprit, dont les travaux Ont borné le cours de nos maux.
Accompli nos souhaits, passé notre espérance, Tes célestes vertus, tes faits prodigieux, Font revoir en nos jcrurs, pour le bien de la France, La force des héros et la bonté des dieux.
Le long des rives du Permesse, La troupe de ses nourrissons Médite pour toi des chansons Dignes de l'ardeur qui les presse ; Ils sentent ranimer leurs roix A l'aspect de tes grands exploits.
Et font de ta louange un concert magnifique ; La gravité s'y mêle avecque les douceurs, Apollon y préside, et, d'un ton héroïque. Fait soutenir leur chant par celui des Neuf Sœurs.
Ils chantent quel fut ton n-térite, Quand, au gré de nos matelots, Tu vainquis les vents et les flots, Et domptas l'orgueil d'Amphitrite ;
Quand notre commerce affaibli,
Par toi puissamment rétabli, Dans nos havres déserts ramena l'abondance ; Et que, sur cent vaisseaux maîtrisant les dangers, Ton nom seul aux Français redonna l'assurance Et fit naître la crainte au cœur des étrangers.
Ils chantent l'effroyable foudre Qui, d'un mouvement si soudain.
Partit de ta puissante main Pour mettre Pignerol en poudre ; Ils disent que tes bataillons.
Comme autant d'épais tourbillons, Ebranlèrent ce roc jusque dans ses racines. Que même le vaincu t'eut pour libérateur, Et que tu lui bâtis, sur ses propres ruines. Un rempart éternel contre l'usurpateur.
Ils chantent nos courses guerrières.
Qui, plus rapides que le vent, Nous ont acquis, en te suivant, La Meuse et le Rhin pour frontières ; Ils disent qu'au bruit de tes faits.
Le Danube crut désormais N'être pas, en son antre, assuré de nos armes ; Qu'il redouta le joug, frémit dans ses roseaux, Pleura de nos succès, et, grossi de ses larmes. Plus vite vers l'Euxin précipita ses eaux.
Ils chantent tes conseils utiles.
Par qui, malgré l'art des méchants, La paix refleurit dans nos champs, Et la justice dans nos villes ; Ils disent que les Immortels De leur culte et de leurs autels