‹ Les chefs d'œuvre lyriques de Malherbe et de l'école classiqueChapitre 16 sur 19 · VINCENT VOITURE · texte numérisé non relu

VINCENT VOITURE

IL faut finir mes jours en l'amour d'Uranie ; L'absence ni le temps ne m'en sauraient guérir, Et je ne vois plus rien qui me pût secourir, Ni qui pût rappeler ma liberté bannie.

Dès longtemps je connais sa rigueur infinie ; Mais, pensant aux beautés pour qui je dois périr. Je bénis mon martyre, et, content de mourir, Je n'ose murmurer contre sa tyrannie.

Quelquefois ma raison, par de faibles discours. M'invite k la révolte et me promet secours ; Mais, lorsqu'à mon besoin je veux me servir d'elle.

Après beaucoup de peine et d'efforts impuissants. Elle dit qu'LTranie est seule aimable et belle. Et m'y rengage plus que ne font tous mes sens.

GUILLAUME COLLETET

La Maison de Ronsard

JE ne vois rien ici qui ne flatte mes yeux : Cette cour du balustre est gaie et uîagnifique ; Ces superbes lions qui gardent ce portique, Adoucissent pour moi leurs regards furieux.

Le feuillage, animé d'un vent délicieux. Joint au chant des oiseaux sa tremblante musique; Ce parterre de fleurs, par un secret magique. Semble avoir dérobé les étoiles des cieux.

l>'aimable promenoir de ces doubles allées, Qui de ])rotanes pas n'ont point été foulées Garde' encore, ù Ronsard, les vestiges des tiens.

Désir ambitieux d'une gloire infinie !

Je trouve bien ici mes pas a%'ec les siens,

Mais non pas, dans mes vers, sa force et son génie.

Hommage à Ronsard

AFIN de témoigner a la postérité Que je fus en mon temps partisan de ta gloire, Malgré ces ignorants de qui la bouche noire Blasphème parmi nous contre ta déité ;

Je viens rendre à ton nom ce qu'il a mérité, Belle âme de Ronsard, dont la sainte mémoire Remportera du temps une heureuse victoire Et ne se bornera que de l'éternité.

Attendant que le ciel mon désir favorise. Que je te puisse voir dans les plaines d'Élyse, Ne t'ayant jamais vu qu'en tes doctes écrits ;

Belle âme, qu'Apollon ses grâces me refuse. Si je n'adore en toi le roi des grands esprits. Le père des beaux vers et l'entant de la Muse.

jiv'is à un Poète buveur d'Eau

EN vain, pauvre Tircis, tu te romps le cerveau Pour changer en beaux vers tes rimes imparfaites ; Tu n'auras point l'ardeur des illustres poètes. Si ton esprit d'oison se refroidit dans l'eau.

Va trinquer a longs traits de ce nectar nouveau

Que Lecormié recèle en ses caves secrètes.

Si tu veux etfacer ces antiques prophètes

Dont le nom brille encor dans la nuit du tombeau.

GUILLAUME COLLETET

Bien que les neuf beautés des rives d'Hippocrène Exaltent la vertu des eaux de leur fontaine, Les fines qu'elles sont ne s'en abreuvent pas ;

L'a, sous des lauriers verts, ou plutôt sous des treilles, Les tonneaux de vin grec échauffent leurs repas, Et Teau n'y rafraîchit que le cul des bouteilles.

Rodomontade amoureuse

CLAUDINE, avec le temps tes grâces passeront. Ton jeune teint perdra sa pourpre et son ivoire ; Le ciel, qui te fit blonde, un jour te verra noire. Et, comme je languis, tes beaux yeux languiront.

Ceux que tu traites mal te persécuteront. Ils riront de l'orgueil qui t'en fait tant accroire ; Ils n'auront plus d'amour, tu n'auras plus de gloire ; Tu mourras, et mes vers jamais ne périront.

O cruelle "a mes vœux, ou plutôt a toi-même. Veux-tu forcer des ans la puissance suprême, Et te survivre encore au delà du tombeau :

Que ta douceur m'oblige a faire ton image, Et les ans douteront qui parut le plus beau, Ou mon esprit, ou ton visage.

Sur la Naissance de Nùtre~Seigneur

QUI vit jamais au monde un miracle pareil? Un Dieu s'assujettit aux lois de la Nature, Le Créateur de tout nait de sa créature. Et la lumière sort des ombres du sommeil !

Bien qu'il vienne sur terre en un pauvre appareil, Qu'un antre ténébreux lui serve de clôture, C'est lui qui fit du ciel la belle architecture, Et qui fonda son trône au milieu du Soleil !

O célestes Esprits, Saintes Intelligences, Qui vous glorifiiez de vos pures essences Et rendiez de votre heur tous les hommes jaloux,

Enviez aujourd'hui, par un contraire échange. Le bonheur que le Ciel vient répandre sur nous, Puisque Dieu s'est fait homme, et ne s'est pas fait ange.

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