JEAN FRANÇOIS SARRASIN
Ode à Monseigneur le Duc d^ Engin en
GRAND duc, qui d'Amour et de Mars Portes le cœur et le visage, Digne qu'au trône des Césars T'élève ton noble courage ;
Enghien, délices de la cour.
Sur ton chef éclatant de gloire Viens mêler le myrte d'amour A la palme de la victoire.
Avant fait triompher les Lis Et dompté l'orgueil d'Allemagne, Viens commencer, pour ta Phliis, Une autre sorte de campagne.
loi
Ne crains point de montrer au jour L'excès de l'ardeur qui te brûle ; Ne sais-tu pas bien que l'amour A fait un des travaux d'Hercule ?
Toujours les héros et les dieux Ont eu quelques amours en tête ; Et Jupiter, en mille lieux, En a fait plaisamment la bête.
Achille, beau comme le jour, Et vaillant comme son épée, Pleura neuf mois pour son amour, Comme un enfant pour sa poupée.
O Dieux ! que Renaud me plaisait !
Dieux ! qu'Armide avait bonne grâce!
Le Tasse s'en scandalisait, îvlais je suis serviteur au Tasse.
Et nos seigneurs les Amadis, Dont la cour fut si triomphante Et qui tant joutèrent jadis, Furent-ils jamais sans infante?
Grand duc, il n'y va rien du leur, Et, je le dis sans flatterie.
Tu les surpasses en valeur, Passe-les en galanterie.
Viens donc hardiment attaquer Philis, comme tu fis Bavière ; Tu la prendras sans y manquer, Fût-elle mille fois plus fière.
Nous t'en verrons le possesseur, Pour le moins selon l'apparence,