LES REGRETS
CEUX qui sont amoureux leurs amours chanteront. Ceux qui aiment l'honneur chanteront de la gloire. Ceux qui sont près du roi puUîercmt sa victoire, Ceux qui sont courtisans leurs faveurs vanteront :
Ceux qui aiment les arts les sciences diront, Ceux qui sont vertueux pour tels se feront croire. Ceux qui aiment le vin deviseront de boire.
Ceux qui sont de loisir de fables écriront :
Ceux qui sont médisants se plairont à médire. Ceux qui sont moins iâchfittxdifQiit desmoto pour rire. Ceux qui sont pins vaillanu vanteront: kur valeur :
Ceux qui se plaisent trop chanteront lent louange, Ceux qui veulent flatter feront d'un diable un ange : Moi, qui suis malheureux, je plaindrai mon malheur.
FRANCE, mère des arts, des arme» et des lois, Tu m'as nourri longtemps du lait de ta mamelle :
JOACHIM DU BELLAY
Ores, comme tto agneau qui sa nourrice appelle. Je remplis de ton nom les antres et les bois.
Si tu m'as pour enfant avoué quelquefois.
Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?
France, France, réponds k ma uiste querelle ! Mais nul, sinon Écho, ne répond à ma voix.
Entre les loups cruels j'erre parmi la plaine. Je sens yenir l'hiver» de qui la froide haleine D'une tremblante horreur fait hérisser ma peau.
Las ! tes autres agneaux n'ont faute de pâture. Ils ne craignent le loup, le vent, ni la froidure : Si ne 8uis-je pourtant le pire du troupeau.
HEUREUX de qui la mort de sa gloire est suivie, Et plus heureux^ .celui dont l'immortalité Ne prend commencement de la postérité, Mais devant que la mort ait son âme ravie !
Tu jouis, mon Ronsard, même durant ta vie.
De l'immortel honneur que tu as mérité :
Et devant que mourir, rare félicité, Top heureuse vertu triomphe de l'envie.
Courage donc, Ronsard, la victoire est à toi,
Puisque de ton côté est la faveur du roi :
Jà du laurier vainqueur tes tempes se couronnent.
Et jà la tourbe épaisse à l'entour de ton flanc Ressemble à ces esprits qui là-bas environnent Le grand prêtre de Thrace au long surpeli blanc.
VOUS dites, courtisans : Les poètes sont fous. Et dites vérité ; mais aussi dire j'ose
L'ÉCOLE DE RONSARD
Qae tels que tous soyez tous tenez quelque chose De cette douce humeur qui est commune à tous.
Mais celle-là, messieurs, qui domine sur vous En autres actions diversement s'expose :
Nous sommes fous en rime et vous l'êtes en prose. C'est le seul différent qu'est entre tous et nous.
Vrai est que vous avez la cour plus favorable, Mais aussi n'avez-vous un renom si durable ; Vous avez plus d'honneur et nous moins de soucL
Si vous riez de nous, nous faisons la pareille : Mais cela qui se dit s'envole par l'oreille.
Et cela qui s'écrit ne se perd pas ainsi.
O QU'HEUREUX est celui qui peut passer son âge Entre pareils à soi ! et qui sans fiction, Sans crainte, sans envie, et sans ambition.
Règne paisiblement en son pauvre ménage !
Le misérable soin d'acquérir davantage Ne tyrannise point sa libre affection ; Et son plus grand désir, désir sans passion.
Ne s'étend plus avant que son propre héritage.
Il ne s'empêche point des aâTaires d'autrui.
Son principal espoir ne dépend que de lui.
Il est sa cour, son roi, sa faveur et son maître ;
Il ne mange son bien en pays étranger.
Il ne met pour autrui sa personne en danger.
Et plus riche qu'il est ne voudrait jamais être.
IL fait bon voir, Paschal, un conclave serré, Et l'une chambre, à l'autre également voisine,
POEMES DIVERS
Sinon a petits bonds sur le bord sauteler.
Incontinent je cours et, prompte, lui dérobe Sa douce liberté, le cachant sous nia robe; Puis, pliant et nouant de vergettes de buis Et d'osier une cage, en prison je le mis.
Et fût que le soleil se plongeât dedans l'onde. Fût qu'il montrât au jour sa belle tresse blonde, Fût au plus chaud midi, alors que nos troupeaux Étaient en remâchant couchés sous les ormeaux, Si bien je le veillai, parlant à son oreille. Qu'en moins de quinze jours je lui appris merveille. Et lui fis oublier sa rustique chanson.
Pour retenir par cœur mainte belle leçon Toute pleine d'amour. J'ai souvenance d'une ; Bien que l'invention en soit assez commune, Je la dirai pourtant, car par là se verra Si l'oiseau sera cher a celui qui l'aura...
Il en sait mille encore et mille de plus belles Qu'il écoute en ces bois chanter aux pastourelles. Car il apprend par cœur tout cela qu'il entend. Et bien qu'il me soit cher, je le gage pourtant.
VAkudU
f HÉ i Dieu I que je porte d'envie Aux plaisirs de ta douce vie, Alouetie, qui de l'amour ^aquettefi dès k point du jour^ *^ue des ailes tu Eccoues %^X|uand tu te joues !
Phébus sott levé a corps lavé très de la nue$
L'ÉCOLE DE RONSARD
De tout bots faire pape et cardinaux aussi Et vêtir CD trois jours tout une autre figure.
Les princes et les rois viennent grands de nature. Aussi de leur grandeur n'ont-ils tant de souci. Comme ces dieux nouveaux, qui n'ont que le soorci Pour faire révérer leur grandeur qui peu dure.
Paschal, j'ai vu celui qui naguères trainait Toute Rome après lui quand il se promenait, Avecques trois valets cheminer par la rue ;
Et traîner après lui un long orgueil romain Celui de qui le père a l'ampoule en la main Et, l'aiguillon au poing, se courbe à la charrue.
VOICI le carnaval, menons chacun la sienne, Allons baller en masque, allons nous promener, Allons voir Marc Antoine ou Zani bK)ufFonner Avec son magnifique à la vénitienne ;
Voyons courir le pal k la mode ancienne.
Et voyons par le nez le sot biiffié mener ; Voyons le fier taureau d'armes environner.
Et voyons au combat l'adresse italienne ;
Voyons d'œufs parfumés un orage grêler.
Et la fusée ardrat' siffler menu par l'air.
Sus donc, dépêchons nous, voici la pardonnaoce ;
Il nous faudra demain visiter les saints lieux, Là nous ferons l'amour, mais ce sera des yeux, Car passer plus avant, c'est contre l'ordonnance.
HEUREUX qui, comme Ulysse, a fait un beau
voyage.
Ou comme celui-là qui conquit la toison,
JOACHIM DU BELLAY
Et puis est retourné» plein d'usage et raison. Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Quand reverrai-je, hélas, de mon petit rillage Fumer la cheminée ? et en quelle saison Reverrai-je le clos de ma pauvre maison, Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?
Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux. Que des palais romains le front audacieux :
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine.
Plus mon Loire gaulois que le Tibre latin.
Plus mon petit Lyre que le mont Palatin, Et plus que l'air marin la douceur angevine.