‹ Les chefs-d'œuvre lyriques de Pierre de Ronsard et de son écoleChapitre 12 sur 29 · ANTIQUITÉS DE ROME · texte numérisé non relu

ANTIQUITÉS DE ROME

TELLE que dans son char la Bérécynthienne Couronnée de tours et joyeuse d'avoir Enfanté tant de dieux, telle se faisait voir En ses jours plus heureux cette ville ancienne.

Cette ville qui fut plus que la Phrygienne Foisonnante en enfants, et de qui le pouvoir Fut le pouvoir du monde, et ne se peut revoir Pareille à sa grandeur grandeur sinon la sienne.

Rome seule pouvait à Rome ressembler, Rome seule pouvait Rome faire trembler :

Aussi n'avait permis l'ordonnance fatale

Qu'autre pouvoir humain, tant fût audacieux, Se vantât d'égaler celle qui fit égale Sa puissance à la terre et son courage aux cieux. 44 8i

L'ÉCOLE DE RONSARD

NI la fureur de la flamme enragée.

Ni le tranchant du fer yictorieux»

Ni le dégât du soldat furieux.

Qui tant de fois, Rome, t*a saccagée,

Ni coup sur coup ta fortune changée, Ni le ronger des siècles envieux.

Ni le dépit des hommes et des dieux.

Ni contre toi u puissance rangée,

Ni Tébranler des vents impétueux.

Ni le débord de ce dieu tortueux, Qui tant de fois t'a couvert de son onde,

Ont tellement ton orgueil abaissé,

Que la grandeur du rien qu'ils t'ont laissé.

Ne fasse encore émerveiller le monde.

TOI qui de Rome émerveillé contemples L'antique orgueil qui menaçait les cieux, Ces vieux palais, ces monts audacieux, Ces murs, ces arcs, ces thermes et ces temples.

Juge, en voyant ces ruines si amples,

Ce qu'a rongé le temps injurieux.

Puis qu'aux ouvriers les plus industrieux

Ces vieux fragments encor servent d'exemples.

Regarde après comme, de jour en jour, Rome fouUlant son antique séjour.

Se rebâtit de tant d'oeuvres divines :

Tu jugeras que le démon romain S'efforce encor d'une fatale main Ressusciter ces poudreuses ruines.

JOACHIM DU BELLAY

COMME le champ semé en yerdure fobonne.

De yerdare se hausse en tuyau verdissant.

Du tuyau se hérisse en épi florissant, D'épi jaunit en grain, que le chaud assaisonne ;

Et comme en la saison le rustique moissonne Les ondoyants cheveux du sillon blondissant.

Les met d'ordre en javelle, et du blé jaunissant Sur le champ dépouillé mille gerbes façonne :

Ainsi de peu à peu crut l'empire romain, Tant qu'il fut dépouillé par la barbare main. Qui ne lûssa de lui que ces marques antiques.

Que chacun va nillant, comme on voit le glaneur, Cheminant pas a pas, recueillir les reliques De ce qui va tombant après le moissonneur.

JEUX RUSTIQUES D'un Fanneur de Biê, aux VenU

A VOUS, troupe légère.

Qui d'aile passagère Par le monde volez, Et d'un sifflant murmure L'ombrageuse verdure Doucement ébranlez :

J'offre ces violettes.

Ces lis et ces fleurettes, Et ces roses ici.

Ces vermeillettes roses, Tout fraîchement écloses.

Et cet œillets aussi.

L'ÉCOLE DE RONSARD

De votre douce haleine Éventez cette plaine, Éventez ce séjour.

Cependant que j'ahane A mon blé que je vanne A la chaleur du jour.

A Venus

AYANT après long désir Pris de ma douce ennemie Quelques arrhes du plaisir, Que sa rigueur me dénie.

Je t'offre ces beaux œillets, Vénus, je t'offre ces roses.

Dont les boutons vermeillets.

Imitent les lèvres closes,

Que j'ai baisé par trois fois.

Marchant tout beau dessous l'ombre De ce buisson que tu vois ; Et n'ai su passer ce nombre.

Parce que la mère était Auprès de là, ce me semble, Laquelle nous aguettait :

De peur encore j'en tremble.

Or* je te donne des fleurs ; Mais si tu fais la rebelle Autant piteuse à mes pleurs Comme à mes yeux elle est belle,

Un myrte je dédierai Dessus les rives de Loire,

JOACHIM DU BELLAY

Et sur Técorce écrirai Ces quatre vers à ta gloire :

'< Thénot sur ce bord ici, ** A Vénus sacre et ordonne *< Ce myrte, et lui donne aussi ** Ses troupeaux et sa personne."

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