‹ Les chefs-d'œuvre lyriques de Pierre de Ronsard et de son écoleChapitre 13 sur 29 · LOUISE LABÉ · texte numérisé non relu

LOUISE LABÉ

OH ! si j'étais en ce beau sein ravie De celui-là pour lequel vais mourant ; Si avec lui vivre le demeurant De mes courts jours ne m'empêchait envie ;

Siy m'accolanty me disait : '* Chère amie.

Contentons-nous l'un l'autre," s'assurant Que jà tempête, Euripe ni courant, Ne nous pourra déjoindre en notre vie ;

Si de mes bras le tenant accolé.

Comme du lierre est l'arbre encercelé, La mort venait, de mon aise envieuse,

Lors que souef plus il me baiserait, Et mon esprit sur ses lèvres fuirait.

Bien je mourrais, plus que vivante, heureuse !

TANT que mes yeux pourront larmes épandre A l'heur passé avec toi regretter.

Et qu'aux sanglots et soupirs résister Pourra ma voix, et un peu faire entendre ;

Tant que ma main pourra les cordes tendre Du mignard luth, pour tes grâces chanter ;

L'ÉCOLE DE RONSARD

Tant que Tcaprit se voudra contenter

De ne vouloir rien hors que toi comprendre ;

Je ne souhaite encore point mourir.

Mais, quand mes yeux je sentirai tarir, Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour

Ne pouvant plus montrer signe d'amante.

Prierai la Mort noircir mon plus clair jour.

REMY BELLEAU

AVRIL, l'honneur et des bois Et des mois.

Avril, la douce espérance

Des fruits qui sous le coton Du bouton

Nourrissent leur jeune epfance j

Avril, l'honneur des prés verts.

Jaunes, pers,

Qui d'wne humeur bigarrée

EmaUleqt de mille fleurs De couleurs

Leur parure diaprée ;

Avril, l'honneur des soupirs Des zéphyrs.

Qui, sous le vent de leur aile.

Dressant encore aux forêts Des doux rets

Pour ravir Flore la belle ;

REMY BELLEAU

Avril, c'est ta douce main Qui du sein

De la nature desserre

Une moisson de senteurs Et de fleurs,

Embaumant l'air et la terre.

Avril, l'honneur verdissant,

Florissant Sur les tresses blondelettes De ma dame, et de son sein

Toujours plein De mille et mille fleurettes ;

Avril, la grâce et le ris

De C3rpris, Le flair et la douce haleine ; Avril, le parfum des dieux

Qui des cieux Sentent l'odeur de la plaine.

C'est toi courtois et gentil

Qui d'exil Retire ces passagères.

Ces hirondelles qui vont

Et oui sont Du printemps les messagères.

L'aubépin et l'églantin, Et le thym.

L'œillet, le lis et les roses,

En cette belle saison, A foison.

Montrent leurs robes édoses.

Le gentil rossignolet, Doucelet,

L'ÉCOLE DE RONSARD

Décoojpe dessous Tombrage Mille ft-edons babillards,

Frétillards Au doux chant de son ramage

C'est à ton heureux retour

Que l'amour Souffle à doucettes haleines Un feu croupi et couvert

Que l'hiver Recelait dedans nos veines.

Tu vois en ce temps nouveau

L'essaim beau De ces pillardes avettes Voleter de fleur en fleur

Pour l'odeur Qu'ils cachent en leurs cuissettes.

Mai vantera ses fraîcheurs,

Ses fruits meurs Et sa féconde rosée, La manne et le sucre doux,

Le miel roux, Dont sa grâce est arrosée.

Mais moi je donne ma voix

A ce mois, Qui prend le surnom de celle Qui de l'écumeuse mer

Vit germer Sa naissance maternelle.

AH ! je vous pri', mes yeux, soyez-moi si courtois De me fournir de pleurs, n'épargnez la fontaine

REMY BELLEAU

Qui ne tarit jamaia de Phttmeur de ma peine, Soyez-m'en libéraux, au moins a cette fois !

Je sens une douleur qui m'étoupe la voix, Qui me glace le sang et retient mon haleine ; Je Tois déjà la mort cruelle qui me mène Où les simples bergers sont grands comme les rois.

Cette douleur me vient d'une jalouse envie Que j'ai de voir, absent, les grâces de ma vie Ayant que de mourir, et de baiser encor

L'ivoire blanchissant de sa chaste poitrine, De voir ses yeux, sa main et sa marche divine, Puis^ en baisant, mourir dessus ses lèvres d'or.

Page 1