LE PREMIER BERGER
PUISQUE le lieu, le temps, la saison et l'envie, Qui s'échauffent d'amour, a chanter nous convie. Chantons donques, bergers, et en mille façons A ces vertes forêts apprenons nos chansons.
Ici de cent couleurs s'émaille la prairie, Ici la tendre vigne aux ormeaux se marie, Ici l'ombrage frais va les feuilles mouvant Errantes ça et la sous l'haleine du vent ; Ici de pré en pré les soigneuses avettes Vont baisant et suçant les odeurs des fleurettes ; Ici le gazouillis enroué des ruisseaux S'accorde doucement aux plaintes des oiseaux ; Ici entre les pins les Zéphires s'entendent.
POÈMES DIVERS
Nos flûtes cependant trop paresseuses pendent A nos cols endormis, et semble que ce temps Soit à nous un hiver, aux autres un printemps.
Sus donques en cet antre ou dessous cet ombrage Disons une chanson. Quant a ma part, je gage, Pour le prix de celui qui chantera le mieux, Un cerf apprivoisé qui me suit en tous lieux.
Je le dérobai jeune, au fond d'une vallée, A sa mère, au dos peint d'une peau martelée, Et le nourris si bien que, souvent le grattant, Le chatouillant, touchant, le peignant et flattant, Tantôt auprès d'une eau, tantôt sur la verdure, En douce je tournai sa sauvage nature...
Il va seul et pensif où son pied le conduit : Maintenant des forêts les ombrages il suit. Maintenant il se mire aux bords d'une fontaine Ou s'endort sous le creux d'une roche hautaine. Puis il retourne au soir, et, gaillard, prend du pain. Tantôt dessus la table et tantôt en ma main...