‹ Les chefs-d'œuvre lyriques de Pierre de Ronsard et de son écoleChapitre 12 sur 23 · LE SECOND BERGER · texte numérisé non relu

LE SECOND BERGER

Je gage mon grand bouc, qui par mont et par plaine Conduit seul un troupeau comme un grand capitaine; Il est fort et hardi, corpulent et puissant, Brusque, prompt, éveillé, sautant et bondissant, Qui gratte, en se jouant, de l'ergot de derrière (Regardant les passants) sa barbe mentonnière. II a le front sévère et le pas mesuré, La contenance fière et l'œil bien assuré ; Il ne doute les loups, tant soient-ils redoutables, Ni les mâtins armés de colliers effroyables. Mais, planté sur le haut d'un rocher épineux, Les regarde passer et si se moque d'eux...

Dès la pointe du jour, ce grand bouc qui sommeille

N'attend que le pasteur tout le troupeau réveille, Mais il fait un grand bruit dedans l'étable, et puis, En poussant le crouillet, de sa corne ouvre l'huis, Et guide les chevreaux qu'à grands pas il devance Comme de la longueur d'une moyenne lance, Puis les ramène au soir a pas comptés et longs, Faisant sous ses ergots poudroyer les sablons...

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