‹ Les Chefs d'œuvres de l'occultismeChapitre 18 sur 35 · UNE RECETTE POUR FAIRE APPARAITRE DES ESPRITS · texte numérisé non relu

UNE RECETTE POUR FAIRE APPARAITRE DES ESPRITS

Il y avait à Haie, vers 1740 ou 1750, un professeur qui faisait à volonté apparaître des esprits. Le célèbre roi de Prusse, Frédéric II, étonné d’entendre des officiers dont il connaissait bien le bon sens et le courage, assurer qu’on leur avait bien réellement faiL voir des esprits, fit venir ce professeur à Berlin et lui ordonna de le rendre témoin de quelqu’une de ces merveilleuses apparitions. Il était dangereux de plaisanter avec Frédéric Le Grand. Aussi le professeur prit-il le meilleur parti, celui d’avouer par quels stratagèmes il parvenait à abuser des spectateurs.

« Je ne suis pas sûr, dit-il au roi, que ma recette soit sans quelque maligne influence sur le cerveau. Pour moi, j’ai soin de n’en user qu’après avoir pris des précautious pour sauvegarder ma santé. Je me garderai donc bien de faire devant Votre Majesté des expériences qui pourraient lui être nuisibles. Je lui demande la permission de lui révéler tout simplement mon secret. Je prépare une espèce particulière de parfum, dont voici la recette, dans la salle où doivent entrer les curieux. Ce parfum, d’une odeur peu sensible, a une grande action sur ceux qui le

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respirent. Il a la propriété, 1° d’engourdir insensiblement leur intelligence dans une mesure sulfisante pour qu’ils entendent et comprennent, sans pouvoir cependant réfléchir ; 2° d’exciter tellement leur cerveau que leur imagination leur reproduit vivement l’image des mots qu’ils entendent et y ajoute même la représentation qui sert à poursuivre et atteindre le but qu’ils se sont proposé. Ils se trouvent alors dans l’état d’un homme qui compose un rêve avec les légères impressions qu’il reçoit pendant le sommeil.

« Je procède donc ainsi : Après avoir obtenu autant que possible du curieux qui me vient visiter, au moyen d’une conversation ou autrement, des renseignements sur la personne qu’il veut que je fasse apparaître, après l’avoir questionné sur la forme et la couleur des vêtement avec lesquels il désire la voir, je l’introduis dans la salle où le parfum est préparé et où règne une obscurité complète. Quand je vois que le parfum commence à produire son effet, j’entre à mon tour, après m’être protégé contre l’influence du parfum au moyen d’une éponge que j’imbibe de la liqueur que voici. Ensuite je dis aux curieux : c< Ne voyez-vous pas la personne à laquelle vous pensez? Regardez bien. N’est-ce pas sa figure? ne sont-ce point ses vêtements ? » J’insiste et je commande pour ainsi dire, à la raison affaiblie du spectateur, qui n'a plus de volonté et que domine l’imagination. L’influence du parfum augmente. Si je m’aperçois que j’ai réussi, je change de voix, et d’un accent caverneux, je dis, comme si j’étais l’apparition même : « Que me veux-tu ? » Quelquefois un dialogue s’engage et se prolonge jusqu’à ce que l’action du parfum amène une syncope. Le dernier effet du

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parfum répand un voile mystérieux sur ce que les visiteurs s’imaginent avoir vu et entendu, efface de leur souvenir les petites invraisemblances qui les auraient désillusionnés, s’ils avaient eu toute leur raison, et leur laisse, au réveil, une conviction mêlée de crainte et de respect qui ne leur permet plus le doute.

Frédéric voulut faire personnellement l’expérience du pouvoir que s’attribuait le professeur de Haie, et reconnut qu'en effet il était difficile de se soustraire à l’espèce de fascination qu’il exerçait sur la raison affaiblie. Il est du reste certain que les moyens dont se servaient les thaumaturges du xvm e siècle variaient beaucoup. En 1782, on fit apparaître devant le roi de Suède, Gustave III, dans l’église Hofœ, à Drottningholm, les spectres de Gustave- Adolphe et d’Adolphe-Frédéric. Gustave III fut très frappé de l’apparence de réalité de cette fantasmagorie : il avait vu les spectres s’élever de terre et se perdre sous le dôme ; mais on lui apprit ensuite que l’on avait simplement employé des fils pour tirer ainsi en l’air des masques cousus à des étoffes blanches. Presque toute la magie était dans l’art d’amener les esprits à un état de crédulité passagère.

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